ÉDIFICES RELIGIEUX SUR LA RIVE DROITE DU TIBRE
PALAZZO DEI PADRI PENITENZIERI
(Palais des Pères Pénitenciers.)
Piazza Scossa Cavalli, sur le Borgo Nuovo, vis-à-vis le palais Giraud, construit par Bramante, appartenant à la famille Torlonia.
Ce palais, qui sert maintenant de couvent aux Pères Pénitenciers, fut construit, de H70 à 1490, par l'architecte Baccio Pintelli pour le cardinal Domenico délia* Rovere. Il devint, dans la suite, la propriété de Francesco Alidosi d'Imola, cardinal de Pavie, que tua de sa maiu Francesco Maria délia Rovere, duc d'Urbin, puis du cardinal Salviati et peut-être du peintre Francesco Salviati qui décora les salles qui servent actuellement de réfectoire et de cuisine, et peignit aussi dans la chapelle des Épisodes de la vie de saint Jean-Baptiste. Vasaki nous apprend que Pérugin et Pinturicchio furent les hôtes du cardinal et que, pour pVix de son hospitalité, Pinturicchio orna de peintures la demeure de son protecteur. Cet édifice « tenu autrefois pour considérable et très beau », et sur lequel le cardinal avait composé ces vers :
Stet dorous haec fluctus formica marinos Ebibat et totum testudo perambulet orbem
est dans un état de délabrement lamentable. De maladroites restaurations lui ont fait perdre son beau caractère et les fresques ont presque totalement disparu sous le plâtre et le badigeon. L'écusson du pape Sixte IV, soutenu par deux enfants, qui décorait la façade, et dont parle Vàsari, a depuis longtemps été enlevé; la loggia qui donnait sur le jardin a été murée et le grand escalier en marbre qu'admiraient tous les artistes a été détruit.
Au premier étage, cependant, dans trois salles, les plafonds à caissons et les murailles ont conservé les traces de la décoration du Pinturicchio qui appartient à la manière la plus fantaisiste du maître, et montre dans ses détails une élégance qu'on trouve difficilement dans ses autres productions » (E. Steinmasn, Pinturicchio, p. 38).
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Première salle :
Au plafond, divisé en petits caissons carrés, sur fond bleu, les armes de la ville de Turin, patrie du cardinal, une croix dorée sur champ rouge, et une tête d'empereur en camaïeu. Autour de la couronne centrale, des têtes d'anges, des cornes d'abondance, des vases de fleurs, etc.
« Le tout d'une si grande élégance, qu'on se demande si Mantegna n'aurait pas travaillé dans ce palais vers 1488, sur la demande d'Innocent III » (Schmarzow, Pinturicchio, p. 33).
Deuxième salle :
Le plafond, moins richement composé, renferme des personnages fantastiques et des animaux fabuleux.
« Le dessin, le type dénotent ici un peintre de la Haute-Italie, élève de Pinturicchio, inspiré par Mantegna et les maîtres vénitiens » {Irl.).
Troisième salle :
Au plafond sont représentés des épisodes de la légende, des animaux marins, combats ou scènes amoureuses, des sirènes nageant, des nymphes montées sur des dauphins, des amazones, des morses, une licorne, etc.
SAN PIETRO IN VATICANU
SAN PIETRO IN VATICANO
( Saint-Pierre-du-Vatican ) .
« Sur la place grandiose, avec son obélisque et ses deux fontaines, dans le cadre vaste de la colonnade du Bernin, cette quadruple rangée de colonnes et de piliers qui lui fait une ceinture de majesté monumentale, au fond, la basilique s'élève, rapetissée et alourdie par sa façade, mais emplissant le ciel de son dôme souverain » (Zola, Rome). — «C'est une des merveilles du monde que Saint-Pierre de Rome, et peut être la plus étonnante. Nulle part il n'existe rien de pareil, non seulement dans la réalité, mais dans les fictions des couleurs de l'Orient, dans les descriptions imaginaires des poètes. Immensité, magnificence, richesse, proportions exquises, aspect imposant et majestueux, tout s'y trouve réuni. Les arts ont épuisé là leurs innovations et leurs ressources ; les plus grands hommes y ont épuisé leur génie; quarante papes y ont épuisé leurs trésors » (Ch. Blanc, Galeries de l'Europe, p. 365).
La basilique s'élève, sur la rive droite du Tibre, au pied du mont Vatican, sur l'emplacement du cirque de Néron, à l'endroit même où saint Pierre, dit-on, souffrit le martyre. Dès l'an 65, le pape Anaclet avait fait élever un oratoire pour recevoir le corps de l'apôtre, et l'empereur Constantin posa la première pierre de la basilique, en l'an 306. Ce monument dura onze siècles; et ce ne fut que sous le pape Nicolas Ier que l'édifice menaçant ruine fut, pour la première fois, modifié et transformé, sous la direction de Bernardo Rossellino. Le temple de Probus attenant à l'église fut jeté bas et devait faire place à une tribune plus grandiose; mais la mort du Souverain Pontife arrêta les travaux qui ne furent repris par Bramante que sous le pontificat de Jules II.
L'architecte se mit à l'œuvre en 1506. Il se proposa d'élever, sur les fondations, une basilique en forme de croix grecque à bras égaux avec une grande coupole centrale. Les quatres angles du carré devaient être formés par des tours en saillie, les bras de la croix avec leurs pourtours avançant en forme de tribunes demi-circulaires. Sous sa direction, furent bâtis les piliers de la coupole, les voûtes des arcs et des pendentifs jusqu'au milieu des quatre médaillons, et furent commencées la
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croix du sud et l'une des coupoles latérales, destinées à établir solidement le système et les proportions de l'intérieur.
« Comme unité de composition, il n'est pas de monument antique qui puisse égaler celui-ci en grandeur et en majesté. Bramante lui prêta de plus le charme mystique des cathédrales chrétiennes. Si le grand maître y eût ajouté cette élégance de formes qui lui était familière, c'eût été une église d'une beauté unique » (Burck., 217).
Léon X, après la mort de Bramante (1514) confia la direction des travaux à Raphaël qui, peut-être avec la collaboration d'Antonio da San Gallo, travailla aux deux derniers piliers avant la coupole et voûta les arcades conduisant aux coupoles latérales. Pendant une période de quatorze années, la construction resta ensuite interrompue. Elle ne fut reprise qu'en 1554, sous le pontifical de Paul III, par San Gallo puis par Michel-Ange a dont la renommée et le désintéressement seuls purent assurer la victoire à son projet ». Qui s'éloigne du plan de Bramante, disait-il, s'éloigne de la vérité. Il resta donc fidèle au programme de cet artiste, conservant à l'édifice la forme de croix grecque et les parties essentielles delà composition intérieure ; il concentra toute son attention sur la voûte du dôme « pour relever encore l'effet pittoresque de calme et de majesté ». C'est lui qui emprunta à l'Orient et à Saint-Marc de Venise la combinaison de plusieurs coupoles, et eut l'idée de flanquer la coupole principale de quatre coupoles plus petites dont deux seules furent exécutées.
Mais ce plan des deux grands maîtres fut modifié dans la suite et" Paul V chargea, en 1605, Carlo Maderna de modifier l'intérieur de la basilique et de lui donner la forme de la croix latine en augmentant la largeur de la nef. C'est à cet artiste qu'on doit la façade de Saint-Pierre et le vestibule, lequel est un des plus beaux monuments de la Rome moderne. « La simplicité forcée de l'ordonnance et de la couleur laissa intact l'effet des proportions. »
Bernin succéda à Maderna en 1629. Extérieurement, il exécuta la fameuse colonnade; intérieurement, il imprima sa marque par le détail plastique qu'il y ajouta et, en second lieu, par les imitations de ses élèves et de ses successeurs.
Sous le portique, au-dessus de l'entrée du milieu : Giotto (D'après les dessins de).
Mosaïques de la Navicella.
A gauche, dans une grande barque, aux voiles déployées, et secouée par les vents, deux démons nus, aux ailes de chauves-souris, avec de.
SAN PIETP.O IN VATICANO
grandes trompes, qui soufflent en l'air, à droite et à gauche, les onze apôtres manifestent leur terreur ou leur confiance par des gestes et des attitudes expressifs. A droite, sur le rivage, saint Pierre mettant pied à terre, est relevé par le Christ, debout, vêtu de la toge, tenant le rouleau à la main. Dans le ciel, au-dessus de chaque démon, un couple de saints, tendant les mains aux apôtres. En bas, à gauche, au premier plan, un pêcheur, assis sur le rivage, et tirant, avec sa ligne, un poisson de l'eau; à droite, dans l'angle, un buste d'évêque en prière.
Ce monument si important de l'art, transporté, à plusieurs reprises, durant la reconstruction de Saint-Pierre, d'un endroit à l'autre, et restauré bien des fois, conserve encore pourtant, dans sa composition, le caractère du grand maître qui en a dessiné le carton. Giotto reçut cette commande, en 1298, du cardinal Jacopo Gaetano Stefaneschi et prit, pour collaborateur, le mosaïste romain Pietro Cavallini. L'ouvrage fut payé 2200 florins d'or. — « De la main de Giotto fut encore la barque en mosaïque qui est au-dessus des trois portes du portique, dans la cour de Saint-Pierre, qui est vraiment merveilleuse et dûment louée par tous les grands génies ; parce que, en elle, dans cette mosaïque, en plus du dessin, il y a la disposition des apôtres, qui en maintes manières travaillent dans la tempête, tandis que les vents soufflent dans une voile, qui a autant de relief qu'en aurait une vraie; et pourtant, il est difficile de faire avec ces morceaux de verre une opposition comme on voit dans les blancs et les ombres d'une si grande voile ; avec le pinceau, si on faisait tout effort, avec peine on l'imiterait; dans un pêcheur qui, sur un écueil, pêche à la ligne, on reconnaît, dans son attitude, une patience extrême, et, dans sa ligure, l'espoir et l'envie de prendre un poisson. Sous cette œuvre, il y a trois petits arcs à fresque, desquels, étant la plus grande partie abîmée, je n'en dirai plus rien. Les louanges, donc, données universellement par les artistes à cette œuvre, lui conviennent » (Vas., i, 386). *
Saint-Pierre, si riche en statues et en tombeaux remarquables, ne renferme plus actuellement aucune des œuvres picturales qui autrefois en faisaient l'ornement. Elles ont été enlevées à diverses époques et remplacées par des copies en mosaïques dont la liste est donnée par tous les guides. Dans les sacristies, cependant, sont conservés plusieurs tableaux importants qu'il est indispensable de signaler.
Sacristie.
La sacristie, construite en 1775, sous Pie V, par Marçhionni, se compose de trois salles.
1° Sacristie des Chanoines (Sagrestia dei Canonici). Penni (Francesco) dit II Fattore.
La Vierge, l'Enfant Jésus et saint Jean. Giulio Romano (Giulio Pippi dit). — Jules Romain.
Sainte Famille et saints.
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Sur un trône élevé, est assise la Vierge, l'Enfant Jésus debout sur ses genoux, vu de dos; au second plan, sainte Anne, les yeux levés au ciel; au premier plan, à gauche, saint Pierre, tenant à la main les clés et un livre; à droite, saint Paul élevant, delà main droite, une épée nue et portant, de la gauche, un livre.
« La mère a plus de résolution, les enfants ont plus de volonté que chez Raphaël ; quant à la mélodie des lignes, elle a déjà à peu près disparu » (Burck., 690).
École ombrienne.
La Vierge, V Enfant Jésus entre sainte Madeleine et sainte Claire. Zuccheri (Federigo).
Le passage dé V Ancien au Nouveau Testament.
Dans une gloire est représenté le Sauveur; à droite, sont réunis les personnages de l'Ancien Testament, les Rois et les Prophètes; à gauche, les Saints, les Saintes et les Martyrs; au premier plan, au milieu, deux anges portant une Bible.
2° Sacristie des Bénéficiers (Sagrestia dei Beneficiati). Ugo da Carpi, — Romain; vers 1450; f vers 1520.
Peintre et graveur.
Saints et saintes.
Au milieu, sur les marches d'un escalier, sainte Véronique présentant le linge sur lequel s'est imprimée la face du Sauveur; à ses côtés, saint Pierre et saint Paul.
A la partie inférieure on lit : UGO CARPI INTA1AT0RE, FATA SENZA PENELO.
« Il peignit à Rome, sur l'autel du Vœu sacré, un panneau à l'huile, comme il le dit lui-même, sans se servir du pinceau, mais à l'aide d'autres instruments. Un matin, ayant été entendre la messe devant cet autel, avec Michel-Ange, je lui montrai en riant l'inscription de l'artiste. Michel-Ange me répondit en riant : « 11 eut mieux valu qu'il se « lût servi du pinceau, et qu'il l'eût exécuté d'une manière plus satisfaisante » (Vas,