‹ Rome: Le Vatican, les eglisesChapitre 26 sur 140 · PEINTURES DU PLAFOND · texte numérisé non relu

PEINTURES DU PLAFOND

Le plafond de la salle est partagé en deux parties par un arc disposé parallèlement h la fenêtre. Chacune des deux sections est subdivisée en quatre triangles, dont les côtés se réunissent au centre et forment une étoile renfermant les armes d'Alexandre VI.

« Les flatteries d'un poète de cour qui, dans un moment d'inspiration, avait réussi à affirmer, par un mythe ancien, l'origine divine du taureau des Borgia, servent ici de thème à tout une décoration glorifiant la famille du souverain pontife et sa haute mission sur la terre. C'est à cela qu'ont été employés les huit triangles sphériques des deux voûtes en arête et les cinq petites images octogones sur la grande courbe de la voûte. Le taureau des Borgia est le bœuf Apis des Égyptiens, et ce dernier une incarnation mystique de l'ancien Osiris et de sa femme Isis desquels date le commencement de la civilisation. Isis, de son côté, se trouve identifiée à la Io des Grecs qui, d ansformée en vache, était gardée par Argus et fut amenée jusqu'en Égypte. » Voir Sghmarzow et Steinmanx.

Pour l'intelligence des descriptions qui vont suivre, nous croyons devoir rappeler à nos lecteurs cette légende d'Isis et d'Osiris et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le passage consacré à cette

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légende par M. Édouard ScnuRÉ,dans Les Sanctuaires d'Orient (p. 157 et sq).

« Si la doctrine d'Osiris remonte dans la nuit des temps, sa forme dramatisée date probablement de l'invasion des Hyksos. Quand les barbares d'Asie eurent soumis la terre d'Hermès, quand l'autonomie nationale fut menacée, les prêtres thébains répandirent dans le peuple cette légende qui enveloppait d'un voile protecteur, impénétrable pour l'étranger, l'arcane de la religion et l'espoir le plus sacré de la Patrie.

« Osiris, fils aîné du Ciel et de la Terre, régnait en Egypte avec sa sœur céleste l^is, devenue son épouse en ce monde. Ce dieu incarné dans un roi était sage et beau. Si profonde et si parfaite était leur union, qu'elle remplissait l'univers de joie. En parcourant les campagnes, ils enseignèrent aux hommes Fart de cultiver la terre et celui de l'écriture. Après avoir civilisé les gens de la terre de Kern, Osiris voulut instruire les barbares. Il partit pour l'Asie, laissant Isis régner en Egypte. Cependant Set-Typhon, le dieu de l'abîme et du feu, jaloux des gloires de son frère, guettait les heureux et méditait sa vengeance. Il avait pour femme Nephtys, la déesse des régions humides. Quand Osiris revint de l'expédition triomphale où il avait charmé les barbares par la musique, Typhon engagea sa femme à attirer Osiris dans un guet-apens. Nephtys déroba à Isis sa robe lumineuse et parfumée ; enveloppée dans ses plis, elle prit l'apparence de sa sœur et attira Osiris dans sa couche, au bord du Nil. De cette union hybride, naquit Anubis, le gardien redoutable des ombres et le chef des fantômes élémentaires. Pendant qu'Osiris sommeillait, terrassé de volupté et de lassitude, Set-Typhon se jeta sur lui, le tua de son trident, mit son corps en pièces et en jeta les membres épars dans le fleuve. Des clameurs sauvages, mêlées à des lamentations, coururent le long du Nil et parvinrent jusqu'à Thèbes. Isis, éperdue, sortit de son palais couverte de cendres, vêtue de noir, en poussant des cris et des gémissements. Aussitôt, elle fit construire une barque et une arche pour chercher les fragments épars du corps d'Osiris, et, prenant le gouvernail, elle se laissa descendre sur le Nil. A mesure qu'elle en trouvait un, elle le plaçait dans l'arche. Lorsqu'elle découvrit la tête d'Osiris, échouée parmi Les lotus, elle l'arrosa de ses larmes, le pressa sur son cœur, puis, la soulevant entre ses deux mains, la regarda longtemps.... Soudain, les yeux du dieu s'ouvrirent flamboyants et leur rayon pénétra jusqu'au cœur de la déesse. De ce rayon, elle conçut Horus, le libérateur.

« Sur ces entrefaites, Set-Typhon s'empara de Thèbes avec son armée et l'Egypte fut accablée de fléaux. Mais Horus, l'enfant merveilleux, grandissait dans la retraite d'Abydos, sous la surveillance de sa mère. Devenu adulte, il s'attacha de nouveaux partisans et sut même gagner

APPARTEMENTS BORGIA

Nephtys, la femme de son ennemi. Après de longues luttes, il défit l'armée de Set-Typhon. Blessé par sa lance, celui-ci tomba en son pouvoir. Isis accorda la vie au rebelle terrassé, disant, en sa suprême sagesse, que Typhon lui-même était nécessaire au monde, que si la terre porte le ciel, l'abîme porte la terre. Mais Ilorus, irrité de la clémence qui épargnait le meurtrier de son père, arracha le bandeau royal du front de sa mère. Hermès le remplaça par un casque. Alors Isis et Horus convoquèrent tous les dieux dans leur palais de Thèbes et firent apporter en leur présence l'arche qui renfermait tous les membres d'Osiris. Horus toucha l'arche de son sceptre royal et Isis de son lotus magique.. Aussitôt Osiris, brisant le sarcophage, ressuscita à leurs yeux dans une splendeur immaculée et surnaturelle. Telle est la légende qui devint l'histoire sainte de l'Egypte et qui donna naissance chez les Grecs, par voie d'initiation, aux mystères orphiques et à ceux d'Eleusis. »

Au-dessus de la Visitation :

Osiris enseigne aux hommes à labourer la terre.

Assis dans un édicule d'une délicieuse architecture, monté sur deux pieds et terminé par un fronton orné du médaillon d'un empereur romain que surmonte une statue de Judith montrant la tête d'Holopherne, Osiris, en robe rouge et manteau bleu, est tourné à gauche vers un paysan qui conduit deux bœufs attelés à une charrue; à droite, un petit ange montre le dieu à cinq Egyptiens en prière. Aux pieds d'Osiris, sur un cartouche, on lit: SUSÇEPTO REGNO DOCUIT EG1PT1ACOS A RARE ET PRO UEO HABIT US.

Au-dessus du Martyre de saint Sébastien :

Osiris enseigne aux hommes à planter la vigne.

A droite, Oiiris, suivi de trois dignitaires ; à gauche, deux paysans, l'un plantant un ceps de vigne, l'autre apportant un faisceau d'échalas. Entre ces deux groupes, un candélabre en stuc doré.

Au-dessus de la Légende de la chaste Suzanne :

Osiris enseigne aux hommes à cultiver les pommiers.

Assis dans un édicule monté sur deux pieds et terminé par un fronton surmonté d'une statuette du roi David debout sur la tète de Goliath, Osiris est tourné de trois quarts à droite et regarde deux paysans dont l'un monte au tronc d'un pommier et dont l'autre en

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secoue les branches. Au premier plan, des pommes dans une corbeille. A gauche, trois Egyptiens. Sur le socle du trône, on lit : LEGERE POMA AR ARRORIRUS DOCUIT.

Dans le dernier compartiment :

Mariage d'Isis et cTOsiris.

Adroite, un prêtre, coilïé d'une mitre, unit les jeunes gens; aux côtés d'Isis, une servante; en avant, un petit enfant chevauchant un cygne; au milieu, un candélabre; à gauche, trois assistants, dont l'un vus de dos, à la jambe duquel s'accroche un enfant. Contre un arbre, une cuirasse et un bouclier.

Au-dessus de la Dispute de Sainte Catherine :

La mort d'Osiris.

A. droite, Osiris est précipité à terre par trois soldats qui le percent de coups. Au second plan, Typhon, penché sur son ennemi, dont les armes sont éparses sur le sol. Au milieu, un candélabre; à gauche, un enfant emportant dans ses bras un petit chien et un vieillard auquel un esclave montre la scène de massacre.

Au-dessus de la Visite de saint Antoine à saint Paul :

Isis retrouve les membres épars de son époux.

A gauche, un vieillard, les mains jointes, contemple Isis qui porte la tête de son époux dont les membres épars gisent sur le sol; à droite, un personnage en riches atours (peut-être Anubis) et deux serviteurs. Au milieu, dans un petit temple que surmonte une statue d'un jeune homme appuyé sur un trident, une pyramide sur laquelle est représentée la mître du bœuf Apis. Sur le socle, on lit : UXOR EJUS MEMBRA DISCERPTA TANDEM INVENIT QUIRUS SEPULCRUM CONSTITUIT.

Dans le triangle contre l'arcade :

Apothéose d'Osiris.

A gauche, trois personnes en adoration : un vieillard agenouillé, les bras croisés sur la poitrine, un jeune homme, un genou en terre, les mains jointes, et, au second plan, une jeune femme debout, appuyée sur une sorte de lance, la main droite sur la poitrine. Ils sont tournés

APPARTEMENTS BORGIA

tous trois vers le bœuf Apis qui s'avance, portant, entre ses cornes, une mitre, et, sur le corps, un tapis et des bandelettes enrichies de joyaux. Au milieu, un candélabre ; à l'extrémité droite, sur un autel, brûle de l'encens; à gauche, un torse de statue, un bouclier et carquois.

Au-dessus du Martyre de sainte Barbe : Le bœuf Apis porté en triomphe.

Le bœuf Apis, debout sur un socle posé dans un petit autel porté par quatre prêtres qui se dirigent vers la droite. En avant, marchent deux enfants, l'un jouant de la trompe, et l'autre de la flûte. L'autel est surmonté d'une statue d'Hercule et porte, à sa base, l'inscription suivante : SACRA NON PR1US INIT1ABANT Q (uam) POPULO OSTENSUM BOVEM ASCENDERENT.

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