‹ Rome: Le Vatican, les eglisesChapitre 25 sur 140 · II. — Histoire de la chaste Suzanne · texte numérisé non relu

II. — Histoire de la chaste Suzanne

Dans un verdoyant jardin qu'enclôt une haie de roses, sont réunis différents animaux, des cerfs, des biches, des lapins; un singe est retenu au sol par une chaîne d'or; au milieu s'élève une superbe fontaine, sur la vasque supérieure de laquelle sont assis deux génies en stuc, reproduction, suivant les uns, de la fontaine de Verrocchio dans la cour du Vieux Palais, à Florence, suivant les autres, de la fontaine qui s'élevait sur la place Saint-Pierre à Rome, et fut détruite sous Innocent VIII. Au premier plan, la chaste Suzanne, en chemisette blanche et robe bleue, est saisie par les deux vieillards qui ont jeté à ses pieds une bourse; au fond, dans un paysage rocailleux et boisé; à droite, la sainte est amenée devant ses juges; le prophète Daniel, monté sur un cheval blanc, vient plaider en sa faveur. A gauche, les vieillards, liés à deux arbres, sont lapidés. ,

Suivant certains auteurs, il faudrait voir, dans cette composition, non l'histoire de la chaste Suzanne, mais le martyre de sainte Julienne, la compagne de sainte Barbe. Cette hypothèse est assez plausible, bien que les critiques modernes ne l'aient pas acceptée. — « Les têtes sont bien de la main de Pinturicchio; mais les vêtements de Suzanne, si transparents et si légers, rappellent un peintre qu'on ne s'attendrait certainement pas à trouver ici, Le Sodoma ; et quoique nous nous trouvions, ici, en face d'un anachronisme tout à fait déroutant, il nous faut cependant nommer ce peintre pour caractériser la main étrangère qui a travaillé à ce tableau. Les animaux que nous y rencontrons, et que nous ne voyons jamais chez Pinturicchio. sont aussi une fantaisie favorite de Gianantonio Bazzi » (Schmarzow, p. 4i). — « Si l'on considère ce tableau de la chaste Suzanne par rapport aux mœurs dissolues de l'époque, on comprend pourquoi, malgré tout, les artistes ont créé des œuvres aussi belles. L'art était occupé surtout dans les églises: il servait l'idéal de l'humanité et ne fut pas atteint par les mœurs des nobles Mécènes dont il visitait parfois les palais. Chaste, naïf et inconscient, il se réjouissait sans doute de l'apparence brillante, mais il n'entendait rien à la corruption intérieure et il s'en retourna dans les paisibles chapelles aussi fier qu'il en était

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sorti. Ainsi l'imagination de Pinturicchio habilla sainte Suzanne et la Tentation non moins naïve de saint Antoine d'un décor poétique, et nous en comprendrons davantage la valeur, si nous voulons nous rappeler comment de pareils sujets ont plus tard été traités » (Steinmann, p. 63).

Lunette, au-dessus de la fenêtre :

Martyre de saint Sébastien.

Au milieu, le saint, dépouillé de ses vêtements, est lié à une 1 colonne, qui se dresse devant un pan de muraille en briques, percée d'une fenêtre contre laquelle est accoudé un vieillard. Le sang découle des plaies du martyr dont les yeux sont levés au ciel vers un ange qui s'approche, une couronne à la main. Sur les côtés, sont réunis les bourreaux. Trois d'entre eux à gauche; l'un, en costume italien, essuie la corde de son arc; le second, en costume antique, tire une flèche; et le troisième, un guerrier, la main sur la visière de son casque, regarde si son arme a bien atteint le but. A droite, trois autres archers et l'officier, accroupi sur le sol, en robe blanche, manteau jaune, coiffé d'un bonnet pointu, de couleur grenat, montre, du doigt, le condamné aux trois bourreaux dont l'un s'apprête à lancer une flèche ; le second bande son arc, et le troisième, au second plan, lève les yeux au ciel. Au fond, à gauche, un cours d'eau serpentant dans une vallée ; à droite, sur le mont Palatin, au milieu des bâtiments modernes que surmonte un campanile, les ruines d'un temple; au milieu, le Colisée, vers lequel se dirige une troupe de soldats et de cavaliers.

« Toute cette composition se distingue par une grande vivacité et par une parfaite unité d'action, mérite rare chez Pinturicchio; il nous a donné, dans ses tireurs et dans leur victime, une peinture de l'âme dont il a rarement retrouvé la vérité. Les formes incomplètement développées du saint Sébastien, à peine modelées d'ailleurs indiquent un corps jeune, ce qui fait paraître le martyr encore plus touchant. Le sang dégoutte lentement de ses plaies, sans que rien trahisse les douleurs. La tête auréolée, encadrée de boucles, est levée, un léger cri de douleur s'échappe de la bouche ouverte et les yeux attendent, avec une expression ineffable de désir de prière reconnaissante, l'ange qui descend rapidement du ciel pour parer de la couronne du martyr le soldat du Christ. Les tireurs impitoyables, sous le commandement d'un Turc, exécutent leur mission avec un zèle joyeux. Quelle expression vivante dans les yeux, quelle vigueur dans les mouvements! L'artiste avait dû assister à des scènes semblables pour pouvoir les rendre avec un tel réalisme; ce sont des réminiscences de fêtes d'arquebusiers dont il s'est naïvement servi pour le martyre de saint Sébastien » (Steinmann, p. 61)- — « Ces archers, surout le second à gauche et le premier à droite, ont un caractère si péruginesque, que, mis à une autre place, on les aurait certainement pris pour le travail de son maître Pietro » (Schmarzow, p. 44). — « Les figures et les draperies, avec quelques modifications, semblent provenir du Baptême du Christ. Cependant depuis cette époque, le peintre a beaucoup appris; ses personnages sont plus fermement campés; ils sont mieux en équilibre et les membres ont plus d'élasticité » (E. M. Philips, p. 79).

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— Au Britisli Muséum, un dessin représentant l'officier assis, à droite, les jambes croisées, attribué à Gentiie Bellini et que M. Vextlri classe parmi les œuvres de Pinturiccbio aussi bien que les deux personnages turcs représentés dans la Dispute de sainte Catherine. Voir ci-dessus; p. 98.

Au-dessus de la porte qui fait communiquer cette salle avec la salle précédente :

La Vierge et V Enfant Jésus.

La Vierge, vue à mi-corps, de trois quarts tournée vers la droite, soutient,, de la main gauche, l'Enfant Jésus debout sur un coussin et lisant dans un livre qu'elle lui présente de la main droite. Autour du groupe qu'enveloppe une auréole lumineuse, six tètes de chérubins.

Cette fresque, contenue dans un cadre rond en stuc, serait la reproduction d'un tableau exécuté par Pinturicchio pour le cardinal Rodrigue Borgia, autrefois dans la collégiale de Jativa, et conservé au musée de Valence. — Certains critiques ont cru retrouver dans cette fresque celle dont parle Vas'ari (ih, M9), mais la description qu'il en donne ne se rapporte pas du tout à ce tondo. « Dans le palais, dit-il, il peignit, audessus de la porte d'une salle, Julie Farnèse, sous les traits de Notre Dame; puis, dans le même tableau, la tète du pape Alexandre VI qui l'adore. » Or, ni dans le cadre, ni sur la muraille, ne s'aperçoit la tête du souverain pontife. Donc, ou le narrateur s'est trompé dans sa description, ou bien il fait allusion à une peinture de Pinturicchio qui aurait disparu.

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