XV. — La bataille de hépatite
Dans une lettre écrite au prince François, Vasari donne une description complète de cette composition (Lettre CCXVIÏ. Vas., vin, 466.) :
« Mon seigneur et maître sérénissime grand Prince, si je vous fais attendre si longtemps de mes nouvelles, c'est à cause de ces œuvres; malgré que je sois vif et continuellement et assidûment à l'œuvre, elles sont si importantes qu'elles n'avancent pas autant que le désirent et Notre Seigneur qui est vieux et moi-même qui voudrais volontiers jouir au plus tôt des aises de ma maison, au lieu des fatigues et des grandeurs chez les autres. Notre Seigneur a enfin résolu que la Bataille des Turcs fût peinte par moi, dans la Salle Royale, du côté où se trouve la porbe qui entre dans la chapelle Sixtine, et qu'elle forme trois histoires distinctes.
« 1° Dans une, qu'il y eût le golfe de Lépante et la Céphalonie, avec les îles et les rochers des Curzolari, où il y ait tout l'apparat des navires chrétiens et turcs, en ordre de combat, une flotte vers les Dardanelles, l'autre entre les îles Curzolari et la Céphalonie avec le pays peint d'après nature; où, du côté des chrétiens, je fais trois grandes figures embrassées delà Sainte Ligue : une sera l'Eglise, jeune vierge en habit sacerdotal, la croix papale à la main, sous l'ombrelle et les clefs, l'agneau de Dieu à ses pieds; l'autre sera l'Espagne, jeune fille en costume de combat, avec le fleuve Ebre à ses pieds; l'autre sera Venise, une matrone portant la simarre du doge, à ses pieds son lion ailé. Du côté de l'armée turque, il y aura trois autres figures qui se tiendront embrassées, qui représenteront la Crainle, la Faiblesse et la Mort; dans le ciel et au-dessus de l'armée chrétienne, il y aura des esprits divins qui enverront des palmes et des couronnes de fleurs; et, au-dessus des Turcs, des démons envoyant misères, feu, el Pandore renversant sur eux le vase ouvert de tous les maux.
« 2° Dans la seconde histoire il y aura la bénédiction que Notre Seigneur fit de l'étendard, donné par Sa Sainteté à Don Juan d'Autriche; au milieu, le cardinal de Médicis avec le diacre Simoncello et le roi Philippe II et le doge de Venise. 11 y aura aussi les portraits de Marcautonio Colonna, le grand commandeur, de Michèle Bonello et de tous les cardinaux de la Sainte Ligue; dans les airs, les trois Vertus, dans un nuage plein de splendeur, accompagnées par des anges : l'Espérance, avec laquelle marchèrent les soldats chrétiens, la Force, avec laquelle ils combattirent, la Vertu Divine avec laquelle ils vainquirent et qui prononce les mots : Deus Sabaoth
SALLE ROYALE
a 3° Dans la troisième, sera la bataille et la vigueur des Chrétiens qui en combattant, remportent la victoire, avec tous les navires, bateaux, galères et autres vaisseaux qui échouent, brûlent et fuient et la mer pleine de morts, de noyés et teinte de sang. Dans les airs, il y aura, dans une gloire céleste, Jésus-Christ, la foudre à la main, qui frappe l'armée turque ; à ses côtés, saint Pierre et saint Paul, saint Jacques et saint Marc, et un grand nombre d'anges avec des dards et des flèches qui, avec d'autres armes célestes, massacreront toute l'armée turque; et, de l'autre côté, au-dessus des Turcs, une légion de démons qui s'enfuieront, emmenant avec eux Mahomet, le plus grand diable des Turcs. Sous l'armée chrétienne, il y aura une grande femme assise sur un grand nombre de prisonniers turcs attachés à la croix du Christ; celleci représentera la Sainte Foi, qui, élevant le calice avec l'hostie d'une main, de l'autre brûlera, avec un llambeau, toutes les dépouilles des Turcs. La première ligne sera formée par les provinces, la seconde par les personnages connus et les trois Vertus célestes, la troisième par des Saints dans le ciel. J'ai fait de cette troisième déjà la moitié du carton ; mais elle est si compliquée par la mêlée des navires, mâts, rames et drapeaux et cordages, que je m'y perds souvent, parce que c'est la chose la plus compliquée que j'aie jamais faite. J'espère, avec la grâce de Dieu, que je remporterai la même victoire avec mes pinceaux que les Chrétiens avec leurs armes. J'ai beaucoup de satisfaction avec ces dessins et avec les portraits des chefs qui conduisirent la guerre, Marcantonio, les autres et Sa Sainteté. »
Au-dessus de la porte faisant face à la Scala Regia (porte d'entrée pour les visiteurs) :
Vasari (Giorgio).
XVI. V excommunication de Frédéric II, empereur d'Allemagne, par Grégoire IX.
Le plafond est décoré par Pierino del Vaga et Daniele da Volterra.
« Antonio da San Gallo ayant terminé, dans le Vatican, la grande salle des Rois,. Pierino distribua le plafond en compartiments, octogones et ovales, et fut chargé d'y exécuter les stucs et les ornements les plus riches et les plus beaux que l'art puisse créer. Dans les octogones, il plaça, en guise de rosace, quatre enfants en relief, dont les pieds se réunissent au centre. Les autres compartiments renferment toutes les devises de la maison Farnèse, et le milieu de la voûte est occupé par les
ROME
armoiries de Sa Sainteté. Ces stucs, vraiment royaux, surpassent tout ce que les anciens et les modernes ont produit de mieux en ce genre » (Vasari, v, 621). — « L'an 1547, Pierino del Vaga étant mort, et ayant laissé inachevée, dans le Vatican, la salle des Rois, Daniele obtint sa place et son traitement, grâce au zèle avec lequel il fut recommandé au pape Paul III par plusieurs de ses amis, et surtout par Michel-Ange. Comme la salle était percée de six grandes portes en marbre sur deux de ses côtés, Daniele disposa, au-dessus de chacune de ces portes, une espèce de tabernacle en stuc dans lequel il avait l'intention de peindre un des rois qui ont défendu l'Église apostolique. Sur les parois, il voulait représenter quelques particularités remarquables de la vie de ces mêmes bienfaiteurs de l'Église, de sorte qu'il y aurait eu six tableaux et six tabernacles. Lorsque Daniele eut terminé ces niches ou tabernacles, il exécuta, avec l'aide de plusieurs artistes, les autres stucs de la salle, tout en étudiant les cartons des peintures qu'il avait projetées ; puis il commença un des tableaux, mais il n'en peignit pas plus de deux brasses. Il ne fit aussi que deux des rois dans les tabernacles de stuc placés au-dessus des portes. Malgré les sollicitations du cardinal Farnèse et de Paul III, il avait traîné l'entreprise tellement en longueur, qu'il en était seulement au point que nous venons de dire, lorsque Sa Sainteté mourut l'an 1549. L'an 1550, Jules III étant monté sur le trône pontifical, Daniele mit en jeu tous ses amis pour qu'il lui fût permis de continuer son travail ; mais le pape, qui s'en souciait peu, s'arrangea toujours de façon à esquiver la demande » (Vasari, viii, 57).
La salle royale s'ouvre, d'un côté sur la chapelle Pauline, de l'autre sur la chapelle Sixtine.