VI. — Le Baptême du centurion Corneille
LA CHAPELLE SÏXTINE.
La chapelle Sixtine, construite, en 1475, par Giovanni dei Dolci, et inaugurée par le pape Sixte IV, le 15 août, est à forme rectangulaire et mesure 40 mètres de longueur sur 15 m. 20 de largeur. Elle se compose de deux parties, séparées par un chancel en marbre blanc, fermé par une porte en bois aux armes d'Innocent X, et est éclairée par douze fenêtres cintrées, percées à droite et à gauche dans les murailles. La partie inférieure de ces murailles est décorée de peintures, œuvres de Filifpo Germisoni, imitant des tapisseries damassées aux armes de Sixte IV; au-dessus, ont été représentés, par divers artistes florentins et ombriens, de 1481 à 1485, les épisodes de la vie de Moïse, du côté de l'Évangile, de la vie Jésus, du côté de l'Épître. Aux trumeaux, dans des niches, sont peints vingt-huit portraits de papes. Quant au plafond, il a été décoré sous Jules II, par Michel-Ange, qui a, également exécuté, 50 ans après, sur la paroi contre l'autel, la célèbre fresque du Jugement dernier.
A — Peintures murales (i48i-U85).
Les douze fresques qui ornent les parois latérales (Épisodes de la Vie du Christ et de la Vie de Moïse) forment le monument d'ensemble le plus important de la peinture florentine à la fin du xve siècle.
Par un contrat du 27 octobre 1481, Sandro Botticelli, Cosimo Rosselli, Domenico Ghirlandajo, Pietro Perugino, s'engageaient à exécuter, avant le 15 mars suivant, dix sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament, d'après les instructions de l'architecte Giovanni dei
1. Voir les auteurs déjà cités : Bcrckharut (le Cicérone), Crowe et Cavalcaselle (History of Painting in Italy), Vasari [Le opère de Giorgio), Taire (Voyage en Italie). Consulter également : Ch. Blanc (Histoire des Peintres : Michel-Ange), Gazette des Beaux- Arts : Paul Mantz (Michel- Ange, peintre), G. Pératé (Les Papes et les Arts, extrait du Vatican), Rio (De l'Art chrétien), Schmarzow (Melozzo da Forli), Steinmann (Rom in der Renaissance et Sandro Botticelli), Stendhal (Histoire de la Peinture en Italie), Ulmann (Botticelli), Zola (Rome), Michelet (Histoire de France, VII0 volume), Revue des Deux Mondes (Montégut, année 1870, VI ; Jclian Klacsko, année 1895, VI).
ROME
Dolci ; mais ce contrat fut modifié. Le nombre des fresques fut porté à douze, et aux peintres précédents vinrent successivement s'adjoindre Luca Signorelli, Pinturicchio et quelques autres. D'après Vasari, Botticelli aurait eu la haute direction de cette, décoration et il aurait été désigné comme arbitre entre les divers artistes, en cas de contestations; M. Ulmànn fait assez justement remarquer que, l'œuvre de Botticelli, dans cette chapelle, n'étant pas plus importante que celle de ses collaborateurs, ou Vasari s'est trompé, ou l'on attache à ses expressions un sens différent de celui qu'il a voulu y mettre; peut-être, en disant que Botticelli avait été le chef — il capo — Vasari entendait-il simplement rappeler qu'il fut le premier à travailler dans la chapelle; en effet, ce fut lui qui peignit les portraits des papes (voir ci-dessous) terminés avant les grandes compositions.
« Telle fut, en y joignant les statues d'argent de Verocchio, la première décoration de cette fameuse chapelle, qui porte encore aujourd'hui le nom de son fondateur, et à laquelle les terribles peintures de Michel-Ange ont donné un peu plus tard tant de célébrité. A dire vrai, ces dernières absorbent d'abord, à elles seules, l'attention de la plupart des voyageurs qui, outre l'accablante autorité d'un grand nom qu'ils ont entendu prononcer si souvent avec enthousiasme, subissent encore l'impression de terreur et d'admiration que les Prophètes de la Voûte et le Jugement dernier manquent rarement de produire. L'âme est trop bouleversée pour pouvoir apprécier, le premier et même le second jour, les compositions plus simples et plus calmes qui sont distribuées, en douze compartiments, sur toute la longueur du parallélogramme, de manière à placer, en face l'un de l'autre, l'Ancien et le Nouveau Testament; mais il est rare qu'à la troisième épreuve, l'œil et l'âme n'aiment pas à se reposer, au milieu de ces scènes patriarcales, auxquelles la fraîcheur des paysages prête un charme de plus, et ces peintures finiraient par obtenir, malgré les colosses dont le voisinage les écrase, toute l'attention qui leur est due, si elles étaient moins éloignées des spectateurs, ou si les dimensions des figures étaient proportionnées à leur distance et à la grandeur de la chapelle » (Rio, n, 84-85).
« Ces œuvres sont de grand mérite, et il vaudrait la peine de leur accorder plus d'attention qu'on ne le fait d'ordinaire. En ce qui concerne Domenico, Luca, Cosimo et Pietro, elles sont au nombre des meilleures productions de ces artistes. Pietro Perugino ici se rattache étroitement à Signorelli, avec une vivacité toute florentine, qui plus tard ne lui appartient plus; la Chute du parti de Korah par Sandro Botticelli, bien que le mouvement y devienne presque une hâte violente et peu agréable, est une composition très dramatique; dans la fresque de Signorelli, il y a quelques motifs d'une vie et d'une réalité admirables. Mais la façon de conter de cet art qui aime le grand nombre de ligures et se répand en de larges proportions, le goût des motifs séparés qui émiettent la scène principale ou qui sont représentés à côté d'elle dans le même cadre, détournent l'attention du sujet essentiel, et attirent le regard sur le détail de la vie, sur le grand nombre des personnages, sur les portraits, sur les fonds d'architecture et de paysage. C'est ici, dans le voisinage des Prophètes et des Sibylles, des Stances et des Tapisseries, qu'on comprend à quel point était nécessaire la venue d'un Raphaël et d'un Michel-Ange, et combien cet art qui se perdait dans les détails de la vie et la recherchfc du caractère avait besoin d'être rappelé à sa haute destination. Dans la fresque de Ghirlandajo représentant la Vocation des apôtres Pierre et André, le maître a saisi le côté vraiment émouvant et solennel de son sujet, et il en a fait le sujet essentiel de son œuvre. Il y a là comme un pressentiment de la Pèche de saint Pierre, par Raphaël, et du Pasce oves measl » (Burckiiakdt, 5(56).
« C'est au Pérugin que, primitivement, avait été attribuée la plus forte part dans la décoration de la chapelle Sixtine : non seulement il y représenta, sur la muraille latérale, deux épisodes du Nouveau Testament, qu'on y voit encore ; mais il avait eu l'honneur de peindre seul toute la paroi du fond, au-dessus de l'autel, — ouvrages recouverts, dans la suite, par le Jugement dernier. — Les deux fresques existantes, le Baptême du Christ et la Vacation de saint Pierre surtout, donnent une haute idée de l'habileté du Pérugin à cette époque. Par la clarté de l'ordonnance, par la noblesse et le naturel des attitudes, par la grandeur et la force des expressions, cette belle scène tient le premier rang dans la série. Moins encombrée de personnages épisodiques que les compositions voisines de Ghirlandajo, et de Rosselli, elle dénote, dans l'exécution attentive de chaque figure, ce soin de la perfection qui est la marque du maître; la richesse des fonds, où se dressent, dans la campagne ouverte, des édifices du meilleur goût, annonce en lui un perspectiviste consommé et un paysagiste de premier or Ire. Deux compartiments avaient été réservés à Ghirlandajo. L'un d'eux, le plus voisin de l'entrée,'où était représentée la Résurrection du Christ, est depuis longtemps recouvert par des peintures de décadence. Le second, la Vocation des Apôtres occupe encore glorieusement le centre d'une paroi latérale. Le jeune maître y déploya une entente supérieure de la composition monumentale. Le souvenir toujours présent de Masaccio l'y soutient et l'y exalte; de nouveau,, le charme du détail est sacrifié résolument à la grandeur de l'ensemble, et la beauté du style est cherchée dans sa simplification. La magnificence du paysage spacieux au milieu duquel se succède, sur les bords d'un grand lac, la série des actes évangéliques, montre, dès lors, en Ghirlandajo, un artiste complet et en mesure de traiter de la peinture historique avec tous les développements qu'elle comporte, dans tous les cadres qu'elle exige. La peinture murale convenait certainement moins au talent affiné et soigneux de Botticelli que la peinture de chevalet. Ses fresques de la Sixtine n'ont pas, dans leur ensemble, la belle tenue simple et ferme, la franchise ni la cohésion de la fresque de Ghirlandajo. Cependant, elles donnent, de sa puissance, comme dramaturge et comme dessinateur, une haute idée, qu'on ne saurait prendre ailleurs, et comptent encore parmi les œuvres supérieures du siècle. Jamais l'impétuosité chaleureuse de sa conception, jamais la grâce élevée de son imagination n'avaient trouvé pareille occasion de se manifester dans une telle suite de mouvements énergiques et d'attitudes charmantes. Le voisinage de ses redoutables émules lui donna même une assurance et une fermeté qu'il ne retrouva plus toujours. La solennité du concours eut, sur Luca Signorelli, le même elfet que sur ses rivaux et donna à son talent une-d'avorable excitation. Sa personnalité, déjà caractérisée, s'y enhardit encore et s'y développa, sous l'influence de Uotticelli et surtout de Ghirlandajo dont la robuste franchise s'apparentait si bien à sa vigueur héroïque. Comme ses collaborateurs, dans les Derniers épisodes de la vie de Moïse, il donna une place considérable, autour des personnages bibliques, à des spectateurs assez indifférents mais qui lui furent des prétextes à montrer sa science des nus et des mouvements, son goût pour les attitudes lières, les grands jets de draperie, les physionomies vivantes. De belles femmes, d'allure élégante, vêtues à l'antique, y coudoient d'aimables pages, d'une désinvolture joyeuse, en brillants costumes. La grâce et la force s'étaient rarement unies dans un si naturel accord. Si, dans les quatre compositions que fit Cosimo Rosselli, il reste inférieur à ses rivaux, il s'y montre, à leur contact, supérieur à lui-même. Jamais il n'avait donné tant de force et de noblesse à ses figures féminines, jamais tant d'ampleur et de dignité à ses figures masculines; par instants, comme dans le Passage de la mer Rouge, il a même l'accent d'un peintre d'épopée, sans pouvoir toutefois s'élever jusqu'à la coordination puissante d'un vaste ensemble » (G. Lafenestre, Peinture italienne, p. 197
Les sujets représentés sur ces deux parois ont rapport à l'Ancien et au Nouveau Testament :
Les Épisodes de la Vie de Moïse figurent sur la muraille de gauche;
HOME
ROME
les Scènes de la Passion sur celle de droite en regardant l'autel. On remarque, entre chacune de ces fresques, et celle qui lui fait vis-à-vis, une concordance historique et religieuse : la Circoncision du fils de Moïse fait face au Baptême du Sauveur . — Moïse sur le Mont Horeb à la Tentation du Christ sur la Montagne. — Le Passage de la mer Rouge à la Vocation des Apôtres. — Moïse sur le mont Sinaïy donnant les tables de V ancienne Loi à Jésus-Christ exposant les doctrines de la Loi nouvelle dans le sermon sur la montagne. — La Conjuration de Kora fait face à la Remise des clefs à saint Pierre — Les douze tribus entourant Moïse à la veille de sa mort est en face des Douze Apôtres assistant à la dernière Cène.
Au-dessus de l'autel, la décoration fut alors complétée par un tableau et deux fresques dues à Pietro Perugino :
1° au milieu : un tableau : V Assomption de la Vierge avec un portrait de Sixte IY agenouillé; 2° à gauche : fresque, Moïse sauvé des eaux; 3° à droite : fresque, la Naissance du Christ.
Les deux fresques furent, plus tard, recouvertes au temps de Paul III, par la peinture de Michel-Ange, le Jugement dernier; le tableau a disparu.
« La réputation de Pietro se répandit tellement en Italie et au dehors, qu'il fut, à sa grande gloire, engagé par le pape Sixte IV, pour travailler dans sa chapelle, en compagnie d'autres excellents peintres: il y fit la scène du Christ lorsqu'il donne les clefs à saint Pierre, en collaboration avec Dom Bartolommeo délia Gatta, abbé de San Clémente d'Arezzo, et, aussi la Nativité et le Baptême du Christ, et la Naissance de Moïse, quand il est repêché dans la corbeille par la fille de Pharaon, et sur la même paroi, où est l'autel, il fit le tableau contre le mur, avec l'Assomption de la Madone, où il peignit, agenouillé, le pape Sixte » (Vasari, m, 578).
Au-dessus de la porte d'entrée, faisant vis-à-vis à l'autel, deux fresques très détériorées :
Salviati (Francesco Rossi de'). — Florentin. 1510; f 1563.
\, — Le corps de Moïse déposé sur le mont Nébo et protégé par V archange Michel;
Ghirlandajo (Domenico di Tommaso Bigordi dit II). —
— Florentin. 1449; + 1494.