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d'agir à sa fantaisie. Il se tira aussitôt avec habileté de ces construc tions, au moyen de contre-fiches isolées des murs par des procédés à lui, procédés qui furent dorénavant employés et par Bramante lui-même. »
Mais Michel-Ange ignorait le maniement de la fresque; en outre cette besogne gigantesque devait durer de longs mois. Effrayé, il fit appel au concours d'artistes florentins dont quelques-uns, d'ailleurs, étaient de ses amis et il s'assurait la collaboration de Granacci, Giuliano Bugiardini, Jacopo di Sandro, Indaco Yecchio, Agnolo di Donnino et Aristotile da San Gallo. Mais il est présumable que ces jeunes peintres, ces garzoni comme il les désigne, ne remplirent pas les conditions de savoir ou de sérieux qu'il comptait trouver en eux ; et, au bout de quelque temps, il les renvoya. Il resta seul enfermé dans sa chapelle, en proie souvent au découragement. Il avait déjà peint le tiers de la voûte, lorsque plusieurs morceaux de sa fresque exposés au vent du Nord, se couvrirent de moisissures. L'artiste, désespéré, dit Vasari, voulut tout abandonner; mais le pape lui envoya l'architecte Giulano da San Gallo qui lui prouva que ce malheur provenait de la nature de la chaux de Rome qui, faite avec le travertin, séchait lentement et lui enseigna le moyen d'obvier à ces inconvénients. Vasari nous apprend encore que, lorsque le pape vit la décoration de la voûte parvenue à la moitié de son espace, il voulut, dans son impatience, en faire jouir le public sans attendre que l'artiste eût mis la dernière main à son œuvre. Dans les derniers jours de 1509 ou les premiers jours de 1510 (soit à la Noël, soit à la fête des Rois), la foule se précipita à la chapelle Sixtine et le pape n'attendit pas que la poussière des échafaudages fût dissipée pour y célébrer la messe.
C'est alors — et malgré le succès prodigieux que remporta Michel- Ange — que se produisit cette intrigue de Bramante, relatée par les écrivains contemporains tels que Vasari et Condivi, avec l'inlervention de Raphaël qui sollicita du pape l'autorisation de terminer la décoration de la Sixtine. « Jules II qui aimait et estimait sincèrement Michel-Ange, ne permit pas qu'on lui fît un pareil affront et lui ordonna de continuer ses travaux. » L'artiste reprit ses pinceaux et termina la seconde moitié dans l'espace de vingt mois, sans aucun aide et sans même employer un ouvrier pour broyer ses couleurs. Toute la chapelle fut découverte le malin de la Toussaint et le pape y célébra la messe.
« Lorsque Michel-Ange quitta la chapelle Sixtine, où seul avec son rêve il avait travaillé tant d'années, il apparut à ses amis fatigué d'un si long effort, brisé par cette lutte héroïque. Il avait placé si haut son idéal qu'il ne croyait pas l'avoir atteint. Et cependant, quelle victoire ! Peintre, décorateur, poète, il laissait à l'admiration du monde une œuvre qui n'a nulle part sa pareille, un monument d'une telle grandeur qu'il ne devait être donné à personne, pas même à lui, d'en égaler
jamais la haute inspiration morale, l'inépuisable abondance, les fiertés superbes » (P. Mantz).
« Les peintures de la voûte de la Sixtine échappent à toute description. Comment donner une idée de ces innombrables et sublimes figures à ceux qui n'ont pas pâli et tremblé dans ce temple redoutable? L'immense supériorité de Michel-Ange éclate dans cette chapelle même, où se trouvent des peintures du Ghirlandajo, de Signorelli, qui sont effacées par celles du Florentin, comme la lumière d'une lampe l'est par celle du soleil. Raphaël a peint, vers le même temps, et sous l'influence de ce qu'il avait vu dans la Sixtine, ces admirables sibylles de La Pace. Que l'on compare. Lui aussi, atteignit sans doute, dans quelques-uns de ses ouvrages, les hauteurs de l'art sublime ; mais ce qui est l'exception chez le Sanzio est la règle chez le grand Buonarroti. Michel- Ange vit dans un monde surhumain ; et ses imaginations audacieuses, imprévues, sont tellement au-dessus et en dehors des pensées habituelles des hommes, qu'elles rebutent par leur élévation même, et qu'elles sont loin de séduire tous les esprits, comme le font les merveilleuses et charmantes créations du peintre d'Urbin » (Ch. Clément, Michel-Ange, 119).
La décoration de cette voûte dont le sujet éstla représentation des personnes et des figures de V Ancien Testament, en insistant plus particulièrement sur les promesses contenues dans les livres saints, peut être divisée en trois parties :
1° Sur la partie plate de la voûte, Michel-Ange a peint les faits métaphysiques qui sont les fondements du christianisme, et qui, dès l'origine des temps, l'ont rendu nécessaire; tous les sujets sont empruntés aux chapitres de la Bible, racontent les commencements du monde, et le cours des iniquités humaines. L'homme est par lui-même incapable d'échapper au péché, de là, la nécessité du rédempteur;
2° C'est ce rédempteur qu'appellent, cherchent, désirent et prédisent les prophètes et les sibylles rangés tout autour de la voûte ;
3° Les fresques plus petites, comprises dans les encadrements, audessus des arcs des fenêtres, et séparant chaque couple de personnages « dans des scènes familières à deux ou trois personnages, représentent une famille qui se continue à travers les temps, la famille de Jésus qui s'avance, à travers les âges, comme un voyageur marchant à petites journées » (Montégut).
Quant aux figures à effets architectoniques, qui ont été judicieusement nommées « les forces de l'architecture animées et devenues des personnes », Michel-Ange les a introduites dans l'économie de son ouvrage, là où il en avait besoin, et de la façon qui lui était utile. Nous les décrirons en même temps que les compositions qu'elles encadrent.
« Ces figures, si on les examine isolément, sont d'une telle beauté qu'on serait tenté de les prendre pour l'œuvre de prédilection du maître, dans ce travail de la voûte, mais un regard sur l'ensemble prouve qu'elles appartiennent seulement à l'échafaudage » (BCRCK.).
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1° Partie plane. — Scènes de la Genèse.
* L'Éternel séparant la lumière des ténèbres.
Vu à mi-corps, ceint d'une tunique rose, les bras levés, il regarde; et, avec son regard, la pensée de la création vient d'éclore.
« On dit que l'étroitesse de l'espace obligea Michel-Ange à s'en tenir à une figure isolée pour ce compartiment. Si cela est vrai, voilà une nécessité matérielle qui a bien servi son génie; c'est donc au hasard d'une gênante disposition de la voûte que nous serions redevables de cette grandiose figure. C'est ici le cas de faire observer que ces sortes de gênes servent toujours bien les hommes de génie, et que les médiocrités ne savent jamais s'en tirer » (Momégut).
* L'Éternel crée le soleil et la lune.
L'Éternel, dans le manteau duquel sont blottis des anges, la main gauche étendue vers le soleil, la main droite vers la lune, est vu de face, « dans un raccourci étonnant >); au second plan, l'Eternel s'éloigne, en « présentant un raccourci inverse, plus étonnant encore » (Ch. Blanc).
* L'Éternel sépare les eaux.
Planant au-dessus de la terre, accompagné de deux anges, il étend les bras.
* Création de l'homme.
« Adam est déjà formé, il existe matériellement, et ce que Michel- Ange a voulu exprimer, c'est la création intellectuelle, la genèse de l'esprit vivant. » (P. Mantz). A demi-couché sur la pente d'une colline, Adam se soulève et tend le bras gauche vers l'Éternel qui vole vers lui, ceint d'un manteau dans les plis duquel s'abritent des anges, et l'anime du doigt, sans le toucher « geste admirable, espace sacré entre ce doigt du créateur et celui de la créature, petit espace où tient l'infini de Pinvisible et du mystère » (Zola).
« Jamais artiste n'avait construit la figure humaine avec une force aussi imposante et aussi désinvolte. Jamais l'architecture des organes de l'homme n'avait été conçue avec une telle puissance, avec une élégance aussi mâle. Il semble que cette créature faite à l'image du Dieu qui l'a créée, soit capable de soulever Je monde. A côté d'une figure caractérisée par de tels accents, tout devient pâle, tout devient faible, et aucun dessin, même parmi les plus beaux, ne peut souffrir la comparaison avec celui-là » (Ch. Blanc). — « Adam est superbe. Jamais, depuis les merveilles de l'art antique, la forme humaine n'avait été revêtue de cette mâle élégance; jamais, contour plus mélodieux n'avait enfermé des proportions plus suaves. Et comme il appartenait à Michel-Ange de mettre
LA CHAPELLE SIXTOE.
partout un peu de son cœur, il a laissé transparaître, sur le visage d'Adam, l'expression discrète d'une vague tristesse. L'homme qui reçoit de Dieu les dons de la vie et de la pensée, regarde son créateur avec une sorte de mélancolie, et son regard semble dire : A quoi bon? » (P. Mamz).
* Création de là femme.
A la parole de Dieu, Ève jaillit des flancs d'Adam, endormi au pied d'un arbre, et les mains jointes, s'incline, dans l'attitude de la prière, devant son créateur.
« Par la robustesse de son élégance, par l'ampleur de ses formes, où éclate, dans sa fleur, la vie immaculée, l'Eve de la Sixtine a rendu presque impossible la tâche des artistes qui, dans l'avenir, devaient essayer de représenter la grande aïeule. 11 ne faut pas décourager ceux que pourra tenter encore la réalisation de cette figure, qui est une idée, car elle doit être à la fois symbolique et réelle, mais ne semble-t-il pas que Michel-Ange ait dit le dernier mot, et que l'imagination ait peine à concevoir, autrement qu'il l'a vue, la première des épouses et des mères? » (P. Mantz). — « Par la manière dont il a représenté les deux naissances d'Adam et d'Eve, Michel-Ange a trouvé moyen de faire sentir la différence des matières dont ils furent formés.. Adam est tiré d'un limon inerte; aussi sort-il du néant comme d'un sommeil, sans étonnement. mais sans souvenir. Ève est tirée du limon vivant d'Adam; aussi nait-elle toute vibrante, en proie aux plus précieuses émotions de la vie. comme si elle avait été simplement retenue captive par enchantement » (Montégut).
* La Tentation.
Dans le Paradis, à gauche, Adam, debout, au pied de l'arbre du Bien et du Mal. Autour du tronc, est enlacé le serpent — au buste humain — qui tend une pomme à Ève assise. A droite, un ange, brandissant un glaive, chasse Adam et Ève.
« Personne ne songe à chercher la douleur des visages; c'est le torse entier, ce sont les, membres agissants, c'est la charpent humaine avec l'assiette de ses poutres) intérieures, avec la solidité de ses supports herculéens, avec le froissement et le craquement de ses jointures mouvantes, c'est l'ensemble qui frappe. La tète n'y entre que comme une portion, et l'on reste immobile, absorbé par la vue des cuisses qui soutiennent de pareils troncs, des bras indomptés qui soumettront la terre hostile » (Taixe).
*Caïn et Abel.
Scène de sacrifice : autour de l'autel, se pressent divers personnages; l'un apporte du bois, l'autre tient un couteau, un troisième tient un vase, un quatrième est assis à terre, à califourchon, sur un bélier égorgé ; deux autres, à gauche, entraînent, l'un, un bélier, l'autre, un bœuf.
*Le Déluge.
A gauche, des malheureux se réfugient sur une montagne qui
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s'élève au milieu des flots, et cherchent à sauver, les uns leurs parents et les autres leurs enfants qu'ils tiennnent embrassés ; à droite, au second plan, des naufragés se sont réfugiés sous 'une tente dressée contre un arbre; d'autres s'entassent dans une barque que les flots vont engloutir; au fond, s'aperçoit l'arche de Noé; le ciel est sillonné d'éclairs.
« Jamais le cataclysme biblique n'a inspiré de page plus émouvante. Dans cette scène de deuil, dont la complication a effrayé la patience des copistes, Michel-Ange est le poète du drame absolu; il peint, dans la brume d'un paysage aux désolations infinies, toutes les colères de la nature, toutes les angoisses de la mort » (P. Mantz).
* L'Ivresse de Noé.
Au premier plan, est couché à terre le patriarche, enveloppé d'une draperie que [soulève Cham; au second plan, ses deux autres fils. Au fond, devant une habitation, un homme, une bêche à la main.
« Il n'est rien de plus beau que les figures des trois jeunes gens dont la désinvolture hautaine, si souvent imitée, n'en reste pas moins inimitable » (Ch. Blanc). — « Cette composition d'un petit nombre de figures, cette fresque est le plus haut degré où il soit permis d'atteindre » (Bcrck.).
« Telles sont les scènes représentées dans le plafond de la Sixtine. La Bible en a fourni les données; mais on peut dire que Michel-Ange les a tirées entièrement de son génie. Ce qu'il y a de simple et de sauvage dans les premiers versets de la Genèse, ne pouvait être compris et rendu que par un homme à l'esprit indépendant et profond, habitué à la solitude, austère dans sa vie comme, dans ses pensées. Quand on se reporte aux origines du monde, on peut se figurer la création à l'état embryonnaire, on peut croire que l'enfance de l'humanité fut débile et rudimentaire, comme toutes les enfances et que la grâce fut le seul apanage de sa faiblesse. Au contraire, Michel-Ange se représente les hommes des temps primitifs comme des êtres robustes et formidables, revêtus de muscles puissants, animés d'une vertu morale et physique, sans commencement connu, sans accroissement possible. Créé par le souffle de Dieu et à son image, le premier homme de la Bible, tel que le comprend Michel-Ange, a été, en naissant, un type accompli, un modèle de force, de souplesse et de beauté, un héros capable de concevoir les plus grandes choses, d'exécuter les plus grands desseins et de lutter à lui seul contre le reste de l'univers. Et cette façon altière de comprendre la figure humaine, Michel-Ange l'étend à toutes ses pensées, aux actions de l'Éternel, qui lui apparaît comme un vieillard méditatif, rarement doux, le plus souvent terrible, aux catastrophes du monde, telles que le déluge, et aux drames de cette Écriture, dont les récits commencent par des calamités et des crimes, par la proscription éternelle de l'innocence séduite, et par un meurtre qui est un fratricide » (Ch. Blanc).
Encadrement. — * Les Ignudi.
Ces neuf compartiments sont encadrés par une corniche à nombreux reliefs simulés. A chaque angle de ce cadre fictif, est assise, sur un piédestal, une figure nue, entre lesquelles, au-dessous des cinq motifs de petite dimension, est représenté un médaillon de couleur bronzée. Ces vingt figures que V&sari appelle les Ignudi n'ont pas de signification allé-
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gorique. Elles sont là pour le plaisir des yeux et surtout pour faire fuir les tableaux qu'elles encadrent.
« Dans le plan de l'inventeur, elles sont des statues, mais des statues mouvementées et presque vivantes, qui, vues d'en bas, présentent des raccourcis de la plus belle audace et un merveilleux relief. Elles n'ont rien à supporter, parce que, d'abord d'après leur plan idéal, il n'y a plus rien dont elles aient à soutenir le poids, et aussi, parce que les forces arcbitectoniques doivent être non pas simplement figurées, mais bien représentées à l'aide de poétiques symboles » (P. Mantz. Burckhardt) . — « Dans la voûte, ce qui, à mon gré, surpasse tout, ce sont les vingt jeunes gens assis sur les corniches, aux quatre coins de chaque peinture, véritables sculptures peintes qui donnent l'idée d'un monde supérieur et inconnu. Tous sont des 'héros adolescents, du temps d'Achille et d'Ajax, aussi fins de race, mais plus ardents et d'une énergie plus âpre. Là, sont les grandes nudités, les superbes déploiements de membres, les mouvements emportés des batailles d'Homère, mais avec un plus fort élan, avec une plus courageuse hardiesse de volonté virile. On n'imaginait pas que la charpente humaine ployée ou dressée pût toucher l'esprit par une telle diversité d'émotions. Les cuisses appuient, la poitrine respire, tout le revêtement de chair se tend et frémit, le tronc se plie au-dessus des hanches, l'épaule sillonnée de muscles va retrousser impétueusement le bras. Un d'eux se renverse, tirant sa grande draperie sur sa cuisse; un autre, le bras sur son front, semble parer un coup. Quelques-uns, pensifs, rêvent assis, laissant pendre les quatre membres. Plusieurs courent, enjambant une corniche ou se rejettent en arrière avec un cri. Trois d'entre eux, au-dessus d'Ezéchiel, de la Persica et de Jérémie, sont incomparables : l'un surtout, le plus noble de tous, calme et intelligent comme un dieu, et qui regarde, accoudé sur des fruits, une main posée sur ses genoux. On sent qu'ils vont se remuer, agir, et l'on voudrait les garder devant soi dans la même attitude. La nature n'a rien produit d'égal; c'est ainsi qu'elle aurait dû nous faire; elle trouverait ici tous les types; à côté des géants et des héros, des vierges, des adolescents pudiques, des enfants qui jouent, cette charmante Ève si jeune et si fière, cette belle Delphica, pareille à une nymphe primitive, qui tourne ses yeux remplis d'un étonnement naïf, tous fils ou filles de la race colossale et militante, mais à qui leur âge a conservé le sourire, la sérénité, la joie simple, la grâce des Océanides d'Eschyle et de la Nausicaa d'Homère. Une âme d'artiste porte en soi tout un monde, et celui de Michel-Ange est ici tout entier » (Taine, 288).
2° Les Pendentifs. — *Les Prophètes et les Sibylles.
En s'approchant des murailles latérales, la voûte s'infléchit en forme de voussures, et douze pendentifs sont formés par la retombée des arcs, rectangulaires au sommet, échancrés à leur angle inférieur ; c'est là que Michel-Ange a représenté les Prophètes et les Sibylles, qui sont le dernier mot de l'inspiration poétique et de la grandeur monumentale. « L'homme et la femme, devenus dieux, démesurés dans la forme delà musculature et dans la grandeur de l'expression intellectuelle, tous de la même famille ample et majestueuse, régnant avec la souveraineté de l'éternelle santé et de l'éternelle intelligence, réalisant le rêve d'une humanité indestructible, plus large et plus haute » (Zola).
Ces figures sont assises enlre des pilastres surmontés d'enfanls nus formant cariatides et imitant la sculpture, qui semblent soutenir l'enca-
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drement de la partie plane, « de manière que les histoires de la Bible fussent en quelque sorte dominées par ces personnages qui, paraissant animés de l'esprit de Dieu, devaient tenir plus de place que les autres figures et se détacher d'abord, par la seule grandeur de leurs proportions )) (Ch. Blanc).
« L'air de hauteur des figures de la Sixtine, l'audace et la force qui percent dans tous leurs traits, la lenteur et la gravité des mouvements, les draperies qui les enveloppent d'une manière hors d'usage et singulière, leur mépris frappant pour ce qui n'est qu'humain, tout annonce des êtres à qui parle Jéovah, et par la bouche desquels il prononce ses arrêts » (Stendhal).
Chaque figure est accompagnée de deux petits génies, dans des attitudes différentes, qui ne représentent pas, comme on pourrait le croire, la source de l'inspiration; mais sont, comme le fait justement remarquer Burckhardt, « des serviteurs, des suivants, dont leur présence soulève la 'figure, la hausse à quelque existence supra-terrestre ».
Montégut donne une judicieuse explication de la pensée de Michel- Ange en introduisant les Sibylles dans la décoration de la chapelle. « Ce mélange n'a jamais été bien compris. Ce n'est pas seulement par un souvenir de la tendresse un peu bizarre que l'Église du moyen âge eut pour les Sibylles que Michel-Ange les fit alterner avec les Prophètes. La pensée de l'artiste va plus loin. Les Prophètes appartiennent exclusivement au peuple d'Israël, tandis que les Sibylles appartiennent à toutes les nations païennes ; les prophètes appartiennent au sexe masculin, les sibylles au sexe féminin ; par conséquent, l'assembléê de Michel-Ange embrasse le genre humain et l'univers en entier, ce qui veut dire : ce n'était pas seulement un peuple, celui d'Israël, c'était le genre humain tout entier qui attendait le rédempteur, qui le pressentait et le cherchait. »
Pour le spectateur qui, de l'autel, se dirige vers la droite, les figures se présentent dans l'ordre suivant :
* Jérémie.
Vu de face, en robe grise et manteau rose, plongé dans la rêverie, le coude gauche appuyé sur son genou, la main sur son menton, il laisse tomber son autre bras avec une indicible expression de découragement. Derrière le prophète, deux enfants.
« Chose étrange ! ce prophète de la désolation, n'est pas représenté gémissant ; il est au contraire abîmé dans le silence de la rêverie, et sa douleur produit une impression plus profonde par cela seul qu'elle est muette » (Ch. Blanc). — « Sa barbe tressée et flottante qui descend jusqu'à la poitrine, ses mains de travailleur, sillonnées de veines saillantes, son front plissé, son masque épais, le grondement sourd qui va sortir de sa poi-
CHAPELLE S1XTINE
Cliché Anderson. Typojïravure Jean Malvaux.
Buonarotti (Michel Angelo) dit Michel-Ange. Le Prophète Ezéchiel.
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tririe, donnent l'idée de ces rois barbares, sombres ebasseurs d'auroebs, qui venaient heurter leur colère inutile contre les portes de l'empire romain » (Taike).
'La Sibylle Persiqve.
De profil tournée vers la gauche, en robe verte et manteau rose, qui lui enveloppe la tête « bossue de son long âge, elle approche de ses yeux fatigués, un livre qu'elle tient de ses deux mains noueuses et qu'elle semble dévorer, avare, envieuse, pour elle seule » (Michelet). Les deux enfants, au second plan, sont appuyés contre son genou.
*Ezéchiel.
Interrompant son rêve, la tète serrée d'un turban de Syrie « tête de fer, tête révolutionnaire, s'il en fut », il se retourne brusquement, à gauche, comme s'il entendait la voix divine, le bras droit en avant, tenant, de la main gauche, un rouleau de papyrus; et son mouvement est si brusque, que l'air soulève, sur son épaule, un pan de son manteau jaune drapé sur une robe grise ; à gauche, deux enfants.
« Le seul de tous les prophètes peint dans l'action de parler, car c'est lui qui annonce aux Juifs la fin de leur captivité, le rétablissement de leur temple et la venue du Messie » (Ch. Blanc).
*La Sibylle. Erythrée.
« Belle comme une statue grecque, pensive^ comme une divinité égyptienne », de profil tournée vers la droite, les jambes croisées, en corselet blanc et manteau jaune, elle tourne, de sa main tendue, les feuillets d'un livre; au second plan, un génie rallume la lampe mourante.
*Joël.
Vu de face, en robe grise et manteau rouge, la tête baissée sur un papyrus qu'il déroule, il semble s'effrayer des prédictions qu'il y découvre; à ses côtés, deux enfants, celui de droite, le bras tendu vers son petit compagnon.
D'après M. de Geymïller, sous les traits du prophète, le peintre aurait représenté l'architecte Bramante. « Cette observation -emprunte un caractère particulier de vraileinblance à la similitude du sens figuré des deux noms. Bramante eu italien et Joël eu hébreu, désignant également l'homme qui, par excellence, désire et souhaite avec ardeur » (Gruyer, Raphaël, i, no).
A^u-dessus de la porte :
* Zacharie.
De profil, tourné vers la droite, en ^obe jaune et manteau vert,
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plongé dans la méditation, il feuillette un livre, < une jambe haute, l'autre basse, ne s'apercevant même pas d'une position si fatigante, dans sa fureur de lire »; à gauche, deux enfants.
* La Sibylle Delphique.
De trois quarts tournée vers la gauche, le visage de face; en robe verte et manteau bleu à doublure jaune; de la main droite, elle déroule une banderole; au fond, deux enfants dont l'un tient un livre ouvert.
« Depuis que l'esprit de l'homme se plait à imaginer des contours et des formes, on ne connaît pas de plus belles combinaisons de courbes que celles que décrivent ses bras superbes et l'enroulement de son manteau » (P.Mantz). — « Vierge et féconde, débordante de l'Esprit, gonflée de ses pleines mamelles et le souffle aux narines, elle lance un regard âpre, celui de la Vierge de Tauride » (Michelet).
"'haïe.
« Saisi par de profondes réflexions pendant qu'il lisait le livre de la loi, il a placé sa main dans le livre, pour marquer l'endroit où il en était, et la tête appuyée sur l'autre bras, se livrait à ses hautes pensées, quand tout à coup, il est appelé par un ange. Loin de se livrer à aucun mouvement imprévu, loin de changer d'attitude, à la voix de l'habitant du ciel, le prophète tourne lentement la tête et semble ne lui prêter attention qu'à regret » (Stendhal).
« Cette simple figure, étudiée avec application, suffirait pour enseigner les vrais principes de l'art et former un bon peintre » (Vasari).
* La Sibylle Cumique.
De profil tournée vers la gauche, en robe grise et manteau rose, elle lit dans un livre, qu'elle tient de ses deux mains, ouvert sur le montant de son siège; au fond, à gauche, les deux enfants enlacée, l'un portant, sous son bras, un livre.
« Terrifiante de science et de vieillesse, restée d'une solidité de roc avec son masque ridé, son nez de proie, son menton carré qui avance et qui s'obstine » (Zola).
* Daniel.
Vu de face, en robe bleue et manteau gris, la main gauche posée sur un livre ouvert qu'un enfant debout, à ses pieds, tient appuyé sur sa tête, il écrit, de sa main droite, sur une tablette, et semble comparer deux textes inquiétants, les lèvres serrées, les yeux fixes, pareil à un mathématicien qui cherche la solution d'un problème.
LA CHAPELLE SÏXTINE.
*La Sibylle Libyque.
Vue de dos, le visage de profil tourné à gauche, en robe grise et manteau jaune, les bras et les épaules nues, elle soulève, de ses deux mains, un livre ouvert et, laissant tomber un regard dédaigneux, exprime comme le mépris du vulgaire auquel il est interdit de jeter les yeux sur les livres sibyllins. A ses pieds, à gauche, deux enfants conversant entre eux.
Au-dessus de l'autel :
*Jonas.
Presque nu, une draperie grise sur les jambes, le torse tordu, les bras repliés, la tête en arrière levée vers le ciel, la bouche grande ouverte, il compte sur ses doigts les quarante jours qui restent à Ninive; à sa droite, la baleine et deux enfants.
« Le plus admirable de tous est le prophète Jonas, placé au commencement de la voûte ; car, contrairement à la forme de cette voûte, par suite des effets de lumière et d'ombre, le torse, qui est raccourci en dedans, se trouve à l'endroit le plus rapproché de l'œil, et les jambes, qui s'avancent, sont à l'endroit le plus éloigné : chose étonnante et qui montre l'habileté de cet homme dans l'art de pratiquer le raccourci et la perspective » (CoNDIVl).
« Il semble que l'Écriture ait produit sur Michel-Ange le même effet qu'ont éprouvé de nobles esprits en lisant les poèmes d'Homère. Le peintre s'est identifié avec le génie des prophètes; il a vécu avec eux; il les a vus grands, fiers pensifs, attristés. Par un choix de lignes qui n'appartient qu'à lui, par le développement prononcé des muscles et la sveltesse des jointures, en supprimant certains détails et en exagérant l'accentuation des autres, il est parvenu à en faire des êtres surhumains dont le modèle ne se rencontre, nulle part. 11 a imprimé à ces prophètes un air de hauteur, un caractère de force imposante et de sombre majesté qui feraient paraître mesquin, timide et froid tout ce qu'on voudrait leur comparer » (Ch. Blanc). — « Tous, d'ailleurs, ont une action différente, et tous expriment un sentiment, un trouble intérieur. La grandeur intellectuelle s'allie, chez chacun d'eux, avec l'ampleur du geste, avec la majesté de la silhouette » (P. Mantz). — « On peut dire que les ligures des Sibylles sont une véritable création. Rien n'y rappelle la vie commune, les visages connus, et tout cependant y est vraisemblable. Leur physionomie, leur ajustement, leur attitude indiquent en elles des êtres appartenant à un monde idéal, des personnages que le peintre n'a pu voir que dans la chambre claire de son génie. Grandioses, imposantes, ces Sibylles sont dignes d'accompagner les Prophètes de la Bible » (Ch. Blanc).— « Elles sont, en outre, admirables au point de vue du costume. Le caprice s'y montre puissant, tout en restant simple. Les coiffures, surtout, ont un accent exotique, une singularité inédite, en même temps que grandiose. La beauté des draperies est digne de l'antique, mais avec le frémissement moderne, le flebile nescio quid qui, dans le pli d'une étoffe, met quelque chose d'humain. »
Cette succession de Prophètes et de Sibylles, d'après Montkgut, serait symbolique ; « elle nous ferait parcourir tous les degrés de l'échelle morale par laquelle l'homme s'élève jusqu'à l'infini et par laquelle Dieu peut descendre jusqu'à l'homme. Récapitulons ces degrés en leur donnant leurs noms philosophiques. Aux deux extrémités
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de l'échelle : la foi — Jonas; et la piété — Zacharie; échelons de l'intelligence : l'intuition conlemplatiye — la Libyque ; l'enthousiasme — Daniel ; l'étude patienta — la Cuméenne ; la méditation — lsaïe; le délire poétique — la Delphique; échelons de la passion: la douleur — Jérémie; le zèle jaloux — la Persique; l'amour violent — Ézéchiel ; l'ardeur de savoir — l'Érythréenne ; la constance fidèle à la vérité — Joël. Voilà la lumière qui jaillit de la succession des personnages. »
5° *Les Précurseurs et les Ancêtres du Christ.
Ces Prophètes et ces Sibylles sont assis sur un trône sous lequel, dans un cartel, est inscrit leur nom, et qui est supporté par un petit ange renfermé dans un cul-de-lampe. Ces grandes figures sont séparées l'une de l'autre par des espaces que Montégut appelle des bonnets d'évèque et qui ne sont, en terme d'architecture, que la pénétration du tympan dans la voussure; ils se partagent en deux sections séparées pafune archivolte; le tympan proprement dit, au-dessus de l'imposte, et la partie de pénétration dont les nervures se rejoignent en angle aigu sur l'entablement central de la voûte. Sur ces nervures, « des adolescents nus tendent leur échine ou déploient leurs membres, tantôt fièrement étendus et reposés, tantôt élancés et luttant ; quelques-uns crient, et de leur cuisse raidie, de leur pied crispé, ébranlent furieusement le mât » (Taine). A l'intérieur « des figures de beauté, de puissance et de grâce naissent encore, se pressent, abondent, ce sont les Ancêtres du Christ ; les mères songeuses aux beaux enfants nus, les hommes aux regards lointains fixés sur l'avenir, la race punie, lasse, désireuse du Sauveur promis » (Zola). Ces scènes familiales, « véritables tableaux de génie », sont à deux ou trois personnages, la mère, l'enfant qu'accompagne quelquefois le père.
Là, une figure pâle qui, sur un dévidoir, voit défiler l'irrésistible fil que rien n'arrêtera ; une autre, en face d'un miroir, voit s'y réfléchir des objets qui, sans doute, passent derrière elle, si effrayants que de son pied crispé, elle frappe au mur; sous Ezéchiel, une femme enceinte plongée dans le sommeil; et la même femme éveillée, mais jeune mère maintenant, son enfant devant elle. Sous la Sibylle Persique, un petit nourris^ son, enveloppé, comme une momie d'Egypte, est endormi; sa mère baissée, l'entoure, l'embrasse et l'enveloppe d'elle-même.... Plus loin, on le voit, grandi, délivré du maillot, regardant sa mère qui prépare sa bouillie. Le plus beau de ces triangles est celui qui correspond au cartel où se lisent les noms de Josaphat et d'Aza. Il contient une « admirable figure féminine, une merveille d'expression, un véritable chant de douleur. Aza est ici représentée comme l'image du malheur, de la misère, de la condamnation au travail, de l'humanité, enfin, non rachetée » (Voir Michelet, Ch. Blanc, P. Mantz).
Au milieu de chaque tympan, appuyé sur le chambranle des fenêtres,
est un cartouche portant les noms à1 ancêtres et de précurseurs du Christ, les scènes que nous venons cte décrire se rapportant, dans la pensée de Michel-Ange, à la famille du Sauveur, se continuant à travers les âges et marquant deux des générations qui ont précédé et préparé le Sauveur.
Les quatre pendentifs auxquels donnent naissance les angles de la voûte sont occupés par quatre compositions ayant rapport aux délivrances miraculeuses du peuple d'Israël.
Au-dessus de la porte, encadrant le prophète Zacharie :
[. — * David vainqueur de Goliath.
L'enfant, assis à califourchon sur le dos du géant couché, à terre, brandit un glaive, de la main droite, tandis que, de la gauche, il appuie sur le sol, la tête de son ennemi. Celui-ci, s'arc-boutant sur ses deux bras, cherche à se relever; au premier plan, la fronde; au fond, des soldats vus à mi-corps.