TOME
HOME
SANTA PUDENZIANA
( Sainte-Puden tienne. )
Via Urbana. Edifiée, d'après la légende, en 164, par le pape Pie Ier sur remplacement de La maison où habitait le sénateur Pudent avec ses deux filles Pudenziana et Prassède, qui donna l'hospitalité à l'apôtre Pierre. Rebâtie en, 1598, par le cardinal Gaetani. Eglise à trois nefs.
* Mosaïque de V abside, ive siècle.
Au centre de l'hémicycle, le Christ, en costume romain, tunique et manteau, est assis sur un grand siège richement décoré. De la main droite, il bénit ; de la gauche, il tient un livre ouvert, sur lequel on lit : Dominus Conservator Ecclesle Pudenzian^e. Ses pieds sont posés sur un escabeau. Sa chevelure abondante, divisée en deux, lui tombe sur les épaules. Sa barbe est épaisse et longue. Derrière lui, jusqu'à la hauteur de ses épaules, un rideau tendu, et, plus loin, au-dessus, plantée dans un tertre, une grande croix dorée et bordée de perles. Au fond, les toitures et les étages supérieurs des temples, palais, maisons d'une grande ville, avec des tours et des aqueducs à l'horizon. Dans le ciel, les quatre animaux symboliques des Evangélistes, l'Ange et le Lion à gauche de la croix, le Bœuf et l'Aigle adroite. Aux pieds du Christ, devant une balustrade circulaire qui se déroule de chaque côté du trône, vues à mi-corps, cinq figures de chaque côté. A gauche, au milieu, debout, vêtue en dame romaine, sainte Praxède, au second plan, tournée vers le Christ et lui offrant une couronne de Heurs. A droite, sainte Pudentienne, plus richement vêtue et plus proche du Christ, dans la même attitude, s'incline en présentant sa couronne, la main tendue au-dessus de la tète de saint Pierre qui se tient de profil, drapé dans sa toge, la main en avant , et semble parler au Christ. Au premier plan, assis, trois autres apôtres, de face, dont le premier, en parlant, étend le bras droit, et le second pose la main sur sa poitrine. A gauche, sur le premier plan, devant l'autre sainte, quatre apôtres, côte à côte, vus de trois quarts, tournés vers
SANTA PUDENZI AN A. 211
le Christ; le premier tient un livre ouvert sur lequel il étend la main droite.
Gravée dans les ouvrages de de Rossi, Labarte, Kraus, Peraté,*etc. — Cette mosaïque ont l'exécution, d'après les recherches de G.-B. de Rossi, remonte au pontificat du pape S. Siricio (384-398), reste, malgré ses détériorations et les restaurations qu'elle a dû subir, à diverses époques, le monument le plus intéressant de l'art chrétien dans la première période de son développement public sous les successeurs de Constantin. Il semble qu'elle ait exercé, par la beauté de sa composition et la noblesse de son style, une grande influence sur les peintres d'histoire, en tous les temps, notamment sur Raphaël, Poussin, Ingres. On doit lire, à ce sujet, les belles pages de Vitet, dans la partie consacrée aux mosaïques chrétiennes de Rome, dans les Études sur l'histoire de l'art. T. i : « Grande œuvre, vrai tableau, où toutes les conditions du style pittoresque sont fidèlement conservées : disposition savante et animée des personnages, distribution par groupes et à des plans divers, draperies franchement accusées, nobles plis, amples étoffes, attitudes variées, accent individuel, tous les traits essentiels de l'art antique se trouvent là encore vivants; vous ne sentez la décadence qu'à certaines faiblesses d'exécution et de détail, et, par compensation, vous découvrez, dans les figures, des trésors tout nouveaux, d'austères et chastes expressions, une Heur de vertu, une grandeur morale, dont les œuvres de l'antiquité, même les plus belles, ne sont jamais qu'imparfaitement pourvues.... Il y a de commun, entre la mosaïque de Sainte-Pudentienne et la Transfiguration de Raphaël, le style, le grand style, le style de l'antiquité retrempé et rajeuni par la pensée chrétienne. Pour les deux œuvres, le principe est le même; c'est aussi le même idéal : seulement, dans la mosaïque, l'art au déclin est vivifié par la foi triomphante; tandis que, dans la Transfiguration, la foi chancelante est soutenue par l'art à son apogée. Ce qui ressort de ce rapprochement, c'est qu'en laissant peu à peu se transformer son génie à l'exemple de Léonard et sur les pas des anciens, Raphaël, quoi qu'on dise, n'est pas allé au paganisme, mais n'a fait que revenir au premier art chrétien, à la pure et légitime source de l'art moderne » (Vitet, 217-238). — Voir aussi Barbet de Jouy, E. Muntz (Revue Archéologique), Garrucci, Gerspach, Pératé (V Archéologie chrétienne, 207-210), Kraus, etc.
ROME