CHAMBRES OU STANZE
Jules II, dès son avènement (K>05), n'ayant pas voulu habiter les mêmes appartements que son prédécesseur Alexandre VI (Appartements Borgia, voir p. SI), le maître des cérémonies dut faire préparer, dans l'étage supérieur, plusieurs grandes pièces dont quelques-unes avaient déjà été décorées par Piero délia Krancesca, Luca Signorelli, etc. ; et, tout d'abord, il chargea Raphaël d'achever la chambre délia Segnatura dont le Sodoma avait orné le plafond de sujets mythologiques. Le Pape fut tellement satisfait de cette première épreuve, qu'il résolut de contier au jeune maître d'Urbin la décoration complète de ses appartements, et donna l'ordre de faire disparaître toutes les peintures déjà exécutées, mêmes celles de ladite chambre. Ce n'est que sur la demande expresse de Raphaël, qu'il consentit à conserver, dans le plafond, les motifs intermédiaires, ainsi que le sujet central composé de génies supportant ses armes. Voir Vasari (m, 352).
« L'architecture de ces chambres est massive et rappelle les temps de guerre civile où les palais étaient au besoin des forteresses. Les embrasures des fenêtres sont si vastes qu'elles formaient, à elles seules, des petits appartements. Les châssis de la croisée, épais et larges comme des poutres, interceptent la lumière qui n'entre que par des carreaux en losange, dans le goût du moyen îlge. Les plafonds, du moins dans les deux premières chambres, sont divisés en ronds et en carrés par des ouvrages tel-
1. Voir : Passavant. Haphael d'Urbin et son père Giovanni Santi. — Grcver. Les chambres de Ha phi i cl et Les logea de Haphael. — Ciuiwk et Cavalcasei.lk. Life and Works nf Haphael. — Mlmy. Haphael, sa vie, siai œuvre ri son temps. —Ch. Cllmlnt. — Mimqhetti. etc.
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lemenl en saillie, que les compartiments destinés à recevoir les décorations de la peinture ressemblent à des boîtes ouvertes .... Au premier abord, à l'aspect de ces grandes salles obscures et de ces fresques enfumées qui ont subi tous les outrages du temps et de la guerre, sans compter le dangereux bienfait d'une double restauration, on éprouve comme un sentiment de tristesse, une sorte de désenchantement. Mais la présence de Raphaël et les pensées qu'éveille son génie ont bien vite dissipé cette première impression, à moins que le spectateur ne soit aussi barbare que les reitres du connétable de Bourbon, qui casernèrent, il y a trois siècles, dans le Vatican » (Ch. Blanc, Borne, 9s).
« Dans ce palais splendide, abritant le souverain pontife, au milieu de cette cour éclatante, religieuse, savante et guerrière, les pensées de Raphaël prirent leur essor, et il trouva bientôt un sujet dont la signification sublime répondait aux exigences du lieu et à celles de son auguste seigneur » (Pass., i, ni). — Les procédés de peinture employés par Raphaël dans la décoration des chambres sont très divers. « Si j'en crois une autorité considérable, la Dispute et l'École d'Athènes, dans un grand nombre de parties du moins, ont été passées au pinceau sec; l'ensemble des peintures pourtant est à la fresque. Les deux seules figures peintes à l'huile sur le mur, la Justice et la Charité, dans la salle de Constantin, loin d'être de la main de Raphaël, n'ont été exécutées qu'après sa mort. Mais dans les limites mêmes des peintures à fresque, soit du maître, soit des élèves, et souvent dans la même composition, il y a une grande diversité de procédés. Raphaël ne se satisfaisait jamais, et pour ce genre de peinture si difficile, il cherchait sans cesse de nouveaux moyens d'action. Chacune des quatre grandes fresques de la chambre d'Héliodore est d'un coloris différent : dans la Messe deBolène, au moins dans les parties intactes, il semble que le maitre ait atteint le sommet accessible de son art, et cependant, ni l'Héliodore, ni la Délivrance de Saint-Pierre ne sauraient, en leur genre, être moins accomplis » (Burck., 680).
A. — Chambre de l'Incendie du Bourg (dans la tour Borgia). — (1514-1517).
Les peintures de cette chambre rappellent les succès remportés autrefois par la papauté sur les envahisseurs de l'Italie et sont des allusions flatteuses aux ambitions, désirs et espoirs du pape Léon X.
Côté Sud. — * L'Incendie du Bourg.
Le sujet de cette fresque est un miracle accompli sous Léon IV (847- 855). Le jour de l'octave de l'Assomption, le feu prit, au bourg Saint- Pierre (Borgo Nuovo) ; tous les efforts pour éteindre l'incendie avaient été inutiles, lorsque le Pape se mit en prière du haut de sa loggia, et, aussitôt, le fléau s'arrêta.
Au fond de la composition, en haut de l'escalier qui mène à l'ancienne église Saint-Pierre (démolie au xvie siècle), le peuple prosterné implore le souverain pontife qui, debout sur une galerie ouverte, entouré d'un nombreux cortège, fait le signe de la croix et arrête les progrès du feu. Le premier plan est occupé par les maisons en flammes, au milieu desquelles cherchent à s'enfuir les habitants. A gauche, du haut d'une maison, devant laquelle s'élèvent des colonnes antiques, une
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Cliché Andersen. TypograYure Jean Maivaux.
Raphaël Sanzio (Raffaello Santi dil). — Raphaël, L'Incendie du Bourg (Détail).
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femme, enveloppée par les flammes, tend son enfant emmailloté à son mari, en tunique bleue, chemise blanche, toque rouge, qui se hausse sur la pointe des pieds; et un jeune homme nu, le visage contracté, se suspend par les mains à la muraille. En avant, un groupe rappelant Le célèbre épisode de VÉnéide : Énée emportant sur ses épaules le vieil Anchise, coiffé d'un turban, précédé d'un enfant, ses vêtements à la main et suivi de sa vieille mère, en corsage jaune Au milieu, un groupe de mères et d'enfants, « images vivantes du trouble, de la crainte, de la •consternation » ; à gauche, une femme, en robe jaune, vue de dos, agenouillée, implore le Pontife, vers lequel elle tend les bras; une autre, à sa droite, assise a terre, vue de face, en robe blanche et manteau rouge, presse, contre sa poitrine, son enfant épouvanté; une troisième, au second plan, vue de dos, est debout à côté de sa petite tille agenouillée, en robe verte; une quatrième, en longue chemise, jupe jaune, tenant à la main un manteau violet, pousse devant elle, vers la gauche, ses deux enfants. A droite, deux hommes luttent contre l'incendie qui dévore un portique ionien, aidés par des femmes qui leur apportent de l'eau. L'un d'eux, le torse nu, debout sur une inarche, échange un vase vide contre un vase plein que lui tend une jeune lille, en robe bleue, qui fait signe à une de ses compagnes. Au premier plan, une jeune femme « dont tout le monde connaît les formes majestueuses si accusées par le mouvement des draperies bleues et vertes », les cheveux en tresse, l'épaule droite et les bras nus, descend un escalier, soutenant, de la main droite, sur sa tète, un vase et portant, de l'autre main, un second vase. Au fond, sur l'escalier qui mène à Saint-Pierre, une mère tenant son enfant par la main, vers laquelle se dirige un homme, les bras étendus.
Gravé par Aquila, par un anonyme (B.ihtscii, xv, p. i5.), Volpato, Moehellî, Landon* 11 existe, en outre, un grand nombre tl«* gravures d'épisodes séparés. — A l'AJberline, sont trois <>squisscs partielles à la sanguine : Deux fera mes et un entent, le jeune homme qui se laisse glisser, celui qui emporte son père, l'ne sanguine de la femme qui tient un vase, est aux Offices ; une autre à Dusseldorf. — Dans cette fresque, llaphaël a montré qu'il était un maître accompli. L'intérêt dramatique du sujet, la « beauté «le la composition, l'exécution magistrale placent l'Incendie du Hounj au premier rang de ses ouvrages.... Les divers épisodes lui ont permis, en peignant des figures nues des deux sexes et d'âges différents, de manifester sa profonde science du corps humain. Dans la figure du père, la force virile; dans le vieillard, le relâchement de la caducité; dans les enfants, la grâce de l'adolescence » (Pass., i, tl6: n, iss). — D'autres écrivains ont remarqué, qu'en voulant imiter la puissance de Michel-Ange, le peintre d't'rhin avait perdu quelques-unes de ses qualités de grâce et de charme : « Si Raphaël avait voulu rester dans la voie où il était entré avec ses Sibylles, s'il n'eût pas cherché depuis à changer sa manière et à la rendre plus grandiose, afin de montrer qu'il avait la science du nu, à l'égard de Michel-Ange, il n'aurait rien perdu de l'immense gloire qu'il s'était acquise; car, quoique les ligures nues qu'il peignit dans l'Incendie du Bourg soient bonnes, on ne saurait cependant les trouver excellentes sous tous les
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rapports» (Vas., iv, 577). — D'après Cr. et Cav. (Raphaël, n, 260 et sq.), la fresque ne serait pas entièrement de la main de Raphaël. Ses élèves, Jules Romain, Francesco Penni, Giovanni da Udine, y ont certainement collaboré, et le maître aurait, par endroits, retouché seulement leur travail. La seule partie vraiment originale est l'épisode où est représentée la foule prosternée devant la loggia. La simplicité et la grandeur des mouvements, la manière de traiter les draperies qui rappelle l'antiquité, tout cela est exécuté avec un coloris harmonieux et un va-et-vient d'ombre et de lumière qui ne peuvent être attribuées qu'à Raphaël. Lire les pages curieuses de Taine sur cette fresque, dans laquelle il ne voit d'abord qu'un « pauvre incendie et bien peu terrible, des bas-reliefs peints, un complément d'architecture », puis se demande plus justement, avec Muntz, pourquoi les fresques « ne seraient pas un complément de l'architecture », et conclut, en se disant : « Il y a une logique intérieure dans ces grandes œuvres. C'est à moi d'oublier mon éducation moderne pour la chercher » (Taine, Italie, 1, 220). — « Le sujet est le plus malheureux et le moins agréable de la série.... A ce sujet impossible, Raphaël subsitua un tableau de genre, de style puissant. Autant de motifs purement artistiques, sans arrière-pensée historique ou symbolique, revêtus de la forme d'un monde; de héros.... C'est moins l'incendie du Bourg que de Troie elle-même; le fond ici, c'est non pas la légende transtévérine, mais le second livre de YÉnéide (Burck., 688). Voir aussi E. Muntz, p. 143-145.
Côté Ouest. — *La Bataille cVOstie (Victoire remportée par le pape Léon IV sur les Sarrasins).
Au premier plan, à gauche, le pape Léon IV (sous les traits du pape vivant, Léon X) est assis, tourné à droite, les yeux au ciel; derrière lui, les deux cardinaux, Giulio de' Médici et Bibbiena; au premier plan, un officier, en pourpoint blanc, haut-de-chausses violet, son casque à ses pieds, lui présente deux prisonniers enchaînés, que font agenouiller deux soldats. Au milieu, un soldat, frappe, de sa lance, un Sarrasin étendu à terre; à droite, deux soldats tirent d'une barque, montée par un vieillard, deux prisonniers. Au second plan, à gauche, un cortège de fidèles précédés d'un porte-croix, se dirige vers le Saint-Père ; au fond, à gauche, les portes d'Ostie; au milieu, le combat se continue sur mer; à droite, sur une langue de terre, des soldats luttent encore.
Gravé par un élève de Marc-Antoine, Thomassin, Audran, Aquila, Landon. — L'Albertine possède une étude à la sanguine pour le guerrier étendant le bras près du pape, que Raphaël avait envoyée à Albert Durer. Deux esquisses à la plume pour des soldats et une à la pierre noire pour deux prisonniers, à Oxford. — D'après Titi, l'auteur de cette fresque serait Gaudenzio Ferrari (?). L'état dans lequel elle se trouve, à la suite de restaurations anciennes (nécessitées par le voisinage d'une cheminée), ne permet plus guère de juger l'exécution, probablement due presque entièrement à des élèves.— « Raphaël a représenté, dans cette peinture, d'une manière saisissante et variée, tous les aspects d'une scène de bataille navale. Ici, sur le premier plan, la fureur, la vengeance et la joie des vainqueurs; là, d'un autre côté, l'humiliation, l'angoisse, le désespoir des prisonniers. Et ces agitations dramatiques ont un auguste contraste dans le calme religieux du pontife qui prie » (Pass., i, 215). — Sebastiano del Piornbo avait déjà été chargé de retoucher cette fresque ; et un auteur contemporain raconte que Titien auquel, un jour, il la montrait, offusqué par les retouches, s'écria : « Quel est
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l'arrogant et l'ignorant qui a ainsi barbouillé ces têtos ». A cette apostrophe, ajoute le narrateur, Sebastiano devint réellement del Piombo! (de plomb). — « Cette composition avait été préparée avec beaucoup de soin; plusieurs esquisses témoignent de la sollicitude on pourrait presque dire amour, avec laquelle le maitre en étudia jusqu'aux moindres lignes » (E. Mitais, U5).
Côté Nord. — * La Justification du pape Léon III (15 décembre 800).
Dans la basilique de Saint-Pierre, au milieu, le pape Léon 111 (sous les traits de Léon X), de face, en dalmatique verte, la tête nue, pose la main sur l'Évangile que lui présente un diacre et jure que les accusations portées contre lui par le neveu de son prédécesseur sont mensongères, Derrière lui, deux clercs, l'un portant !»• pan de sa dalmatique, l'autre élevant la tiare. Sur les côtés, les membres «lu Synode et des évéques, leur mitre à la main; à gauche, l'empereur Charlemagne, en manteau vert, avec un collier d'or, vu de dos; à droite, vis-à-vis, un officier, debout, tourné à gauche, en manteau bleu; au premier plan, de chaque côté de la fenêtre, sur les degrés, des massiers et des gardes pontificaux,. Sur l'architrave de la fenêtre, les armes des Médicis et celte inscription à gauche : LEO X. PONT. M. AN NO CHRISÎI MCCCCCXYII; à droite : PONTIFICAT) S SV1 ANNO III.
Gravé par Aquila, Fabri, Landon. — En très mauvais état. — On a pladé des clous pour maintenir le crépi. — « Cette fresque, qui offre plutôt un sujet d'apparat qu'un sujet d'action, est d'un aspect peu attrayant, quoiqu'elle soit, dans son ordonnance, complètement digne du maitre » (Pass., i. 137). — Peint par des élèves, peut-être Francesco Penni ou Vincenzio da San Cimignano. « Ces œuvrai dans lesquelles les disciples du San/.io ont rivalisé de zèle et de talent, méritent d'ailleurs qu'on les étudie avec soin, car elles montrent encore la science et le génie d'une grande école et révèlent déjà les tendances au milieu desquelles elle dispersera bientôt des forces, qui, dirigées par un esprit supérieur , enfantaient des prodiges •> (Grivei», ws).
Côté Est. — 'Couronnement de Charlemagne.
Dans la basilique de Saint-Pierre, Charlemagne, sous les traits de François Ior, vêtu du manteau impérial, tenant le sceptre et le globe, est agenouillé devant le pape Léon III, assis sous un dais, près d'un autel, s'apprètant à le couronner; derrière l'empereur, agenouillé, la couronne royale à la main, un jeune page (sous les traits d'ippolito de' Medici, le futur cardinal, neveu de Léon X). Près du trône pontifical, quatre diacres dont l'un tient le saint chrême; en avant, les cardinaux, avec leurs caudataires et des évèques (parmi lesquels Gianazzo Pandolini, pour lequel Raphaël avait fait les plans d'un palais à Florence); au fond,
mon..
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les officiers de la suite de Charlemagne, parmi lesquels son fils Louis, en guerrier romain, couronné et s'appuyant sur un sceptre. A gauche, l'autel, devant lequel sont assis des prélats et deux gardes en cuirasse; au pied, la tribune des musiciens. Au premier plan, à gauche, des soldats portant les présents de l'empereur au souverain pontife, et un page, en violet, devant une table. L'architecture d'ordre dorique de l'édifice est vraisemblablement celle que Raphaël concevait pour l'église qu'il avait mission de construire.
Gravée par Aquila, Fabri, Landon. — Esquisse de trois chanteurs à l'Albertine ; études de draperie, à la sanguine, à Dusseldorf. — « Quoique cette peinture, par suite des restaurations, ait perdu sa limpidité de ton, beaucoup de têtes sont peintes d'une manière si magistrale, que la main de Raphaël y est encore reconnaissable » (Pass., ii, 158). Cependant elle est généralement considérée comme étant de Jules Romain, pour lequel Giovanni da Udine aurait exécuté la partie architecturale. Voir Crowe et Çavalcaselle (Raphaël, u. soi et sq.)
Peintures des soubassements :
Six Protecteurs de l'Église, enlre des Hermès tenant des cartels sur lesquels sont inscrits leurs titres :
Sous la Justification de Léon III : Constantin, une massue à la main.
Sous le Couronnement de Charlemagne : l'Empereur d'Occident, assis.
Sous l'Incendie du Bourg : Godefroy de Bouillon, refusant la couronne de roi de Jérusalem que lui présente un ange, et Ethelwolf ou Aslulf, roi de la Grande-Bretagne, offrant à l'Église des présents.
Sous la Bataille d'Ostie : Ferdinand le Catholique, cuirassé, le sceptre à la main, et Lothaire, empereur d'Allemagne.
Entre les deux dernières figures, se distinguait autrefois celle de Pépin le Bref. Elle disparut, lorsqu'on creusa la muraille pour y faire passer une cheminée ; l'inscription peut encore s'y lire.
D'après Vasari, ces figures, peintes en camaïeu, sont l'œuvre de Jules Romain. « Mais, elles avaient tellement souffert que. selon le rapport de Bellori, lorsque cette chambre fut restaurée par Carlo Maratta et ses élèves en 1702 et 1705, les figures accessoires ne furent pas seulement repeintes; mais on fit à nouveau deux d'entre elles dont il ne restait plus trace, si bien qu'on doit les considérer comme des œuvres de Maratta et non de Raphaël et de ses élèves » (Pass., i, 102). — Au musée Wicar, à Lille, l'esquisse de Lothaire. Au musée Teyler, à Haarlem, esquisse d'un des Hermès.
Peintures des embrasures des fenêtres :
Polidoro da Caravaggio (Polidoro Caldara dit), sujels en camaïeu jaune, sur fond brun :
— Quatre petits
LES CHAMBRES
1° Apparition du Christ à saint Pierre, à saint Jean et à saint Jacquet Majeur; 2° Apparition à saint Pierre; 3° Simon le Magicien et saint Pierre devant Néron ; 4° Le Christ confie à saint Pierre la garde de son troupeau.
Gravés: le n" 1 par Santi Bartoli et Landon; le n* 2 par Piliiotti ; le n* 3 par Le Maître au Dé, S. Bartoli et Landon; le n*4 par G. Bonasone, S. Bartsch, J.-B. de Cavaleriis, S. Bartoli, Landon.
Au plafond :
Conservées par Raphaël, 1rs peintures de son inaiin-PietroPerugino, qui, d'après Vasari (m, 579), curent, à leur époque « une renommée d'extraordinaire excellence ». D'après Mii.anesi, elles représenteraient, non pas des sujets religieux : Le Père Eternel dans une gloire ; — Jésus- Christ et ses apôtres; — Le Christ tenté par le démon; — Le Christ en gloire, — mais des motifs symboliques qu'il ne peut d'ailleurs expliquer (Id., n. »). Elles sont sur un fond bleu, dans des ovales. Le champ du plafond, sur fond d'or, se compose d'arabesques et de médaillons.
« Ces compositions, d'une naïveté charmante, portent encore, avec elle-, le parfum de la grâce mystique des anciennes écoles, et font un contraste plein d'enseignements salutaires avec les fresques qu'elles dominent • (Chuter, soi). — « Ces compositions comptent parmi les plus tristes produits de la vieillesse de Pérugin • (E. Mi .MZ* 447).
B. — Chambre de la Signature [IkUa Segnatura).
Autrefois salle d'enregistrement des actes pontificaux; décorée par RaphaKl de 1508 h 1511
« Avec, le plafond de la Sixtine, la chambre de la Signature, quia été peinte presque en même temps, est la première œuvre considérable où il règne une pure harmonie entre la forme et la pensée. Les plus excellents maîtres du xV siècle s'étaient encore laissés troubler par la richesse du détail (personnages accessoires, motifs superflus de draperies, fonds éclatants, etc.) ; la multiplicité de leurs effets que se gênaient les uns les autres, le souligné do l'expression, donnait à l'ensemble un accent trop égal. G'cst cher Baphaél, le premier, qu'apparaît, sans préjudice de l'ensemble, l'animation de la pensée dans la beauté et l'élégance de la forme. Pas de détail en saillie et qui force l'attention. L'artiste sait exactement combien est délicate la vie de ces grands sujets symboliques : il n'ignore point combien l'accentuation du détail risquerait d'étouffer l'impression de l'ensemble. Et cependant, ces ligures isolées sont restées le sujet d'étude le plus imporportant pour la peinture à venir. La façon de traiter la draperie même, la gradation des couleurs et de la lumière sont, en outre, pour l'amateur, une source inépuisable de jouissance » (Buhck., au).
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Côté Ouest. — * La Dispute du Saint-Sacrement.
Cette composition symbolise les rapports de l'homme avec Dieu, par la rédemption du Christ et le mystère de l'Eucharistie.
En bas, au milieu, au-dessus de trois degrés en marbre blanc, sur un autel à devant d'étoffe bleue, frangée de rouge et brodée d'or, un ostensoir avec l'hostie rayonnante. De chaque côté, groupés en demi-cercle, les pères de l'Église, des saints, des personnages illustres, des assistants, légendaires ou contemporains, au nombre dè quarante-deux, dixneuf à gauche, vingt-trois à droite. A gauche, assis sur un siège antique soutenu par des chimères, saint Grégoire; devant ce pape, debout, un saint, vu de dos, en tunique verte et manteau bleu, deux livres à ses pieds, et, dessous, au fond, près de l'autel, saint Jérôme, en robe rouge, que regarde un jeune clerc. A côté, sur les marches, deux saints: l'un, en robe verte et manteau blanc, les mains jointes, mettant un genou en terre; l'autre, dont on ne voit que la tête; un troisième, debout, en robe verte et manteau rouge, se penche en avant; derrière eux, deux évêques mitrés, debout, faussement indiqués par Bellori comme Raphaël et le Pérugin. Au premier plan. Bramante, en robe grise, appuyé sur une barrière, et montrant un livre ouvert à un jeune homme, aux cheveux bouclés, en robe jaune et manteau jaune, qui marche, vers l'autel à droite, et se retourne vers l'architecte en lui indiquant l'Eucharistie. Au fond, quelques figures dans la campagne; et, à l'horizon, un monticule avec un village. A droite, assis, en vêtements sacerdotaux, saint Augustin, dictant la Cité de Dieu à un jeune homme, assis sur une marche, et saint Ambroise, les yeux levés vers le ciel que lui montre Pierre Lombard, évêque de Paris, drapé de bleu, accompagné de Jean Duns Scot, en froc de moine. Derrière les deux Pères, debout, le pape Anaclet, la palme à la main, entre saint Thomas d'Aquin, dominicain et saint Bonaventure, cardinal. En avant, Innocent III, bénissant; contre le cadre, un vieillard, en costume antique, montre le Pape à un jeune homme coiffé d'une toque verte, penché sur un mur à hauteur d'appui. Entre ces figures, à l'arrière-plan, on aperçoit les têtes de Dante, cou ronné de lauriers, de Jérôme Savonarole, etc. ; au fond, les soubassements d'un éditice en construction.
A la partie supérieure, dans le ciel, superposées, les trois personnes de la Trinité : au sommet, Dieu le Père, en manteau violet, portant le globe et bénissant, dans un rayonnement lumineux de séraphins et de chérubins, entre deux groupes de trois anges volant vers lui, à mi-corps, au-dessous d'une sphère lumineuse. Dans cette sphère, au centre, est assis le Christ, ouvrant ses mains percées, entre la Vierge et saint
LES Cil AMR H ES.
Jean-Baptiste; au-dessous, dans un disque lumineux, le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, descendant vers l'autel, entre quatre angelets nus qui portent chacun un évangile ouvert. De chaque côté, assis sur un cercle étage de nuées, les saints et les prophètes : à gauche, saint Pierre s'enlretenant avec Adam, sainl Jean l'Ëvangélistc écrivant l'Apocalypse, vers lequel se tourne le roi David, jouant de la harpe, et sainl Etienne, diacre, montrant à une vieille Sibylle cachée au-dessous de la Vierge, l'assemblée des docteurs; à droite, saint Paul, appuyé sur son épée ; Abraham, tenant le couteau du sacrifice ; sainl Jacques le Mineur, en manteau violet, méditant; Moïse, tenant, sur ses genoux, les tables de la Loi; sainl Laurent, la tête dressée à droite, avec un livre et une palme; et, caché en partie, saint Georges, casqué et cuirassé, patron de la Ligurie, dont Jules II était originaire.
Point en 1?>09. — Gravé par Giorgio Mantuano, Aquila, Seb. Gantrol, Volpato, Mochctti,l,andon, etc. — Nombreuses éludes : Coll. royale d'Angleterre, partir supérieure et partie inférieure. Stœdel Institut, à Francfort, une partie du groupe «le gauche. Coll. d'Oxford, coll. Alberline, coll. .luibroisienne, à Mil. m. Musée, <le Lille et de Montpellier, etc. — Passavant, remarque, avec quelque raison, que le titre traditionnel que porte ce tableau est tout à fait un contre-sens. « Il otiïe bien plutôt une inilge de concordance : dans le ciel, par la réunion des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, à la suite de la Rédemption ; sur la terre, par l'assemblée îles théologiens consacrant tous ensemble le mystère de l'eucharistie. L'ordonnance de la composition, une richesse prodigieuse, une haute signilicalion, la noblesse et le sii|»erbo caractère des ligures, le bel agencement des groupes, la clarté- et l'harmonie de l'ensemble, le sentiment répandu partout, font de cette iriivre nue peinture sans égale dans I .ni moderne. ■ (Pass., i. 134). — La Dispute du saint sav renient , fut la première fresque exécutée par Ilaphaël au Vatican. Cela s.- constate par les ligures qui ont l'aspect de portraits, caractère particulier à l'école du W siècle, par l'emploi fréquent des rehauts d.'or, et, en général, par la manière de peindre qui marque encore une certaine timidité, o Cette fresque fut commencée par la droite, et les premières figures peintes de ce coté offrent encore des traces de timidité; mais elles disparaissent bientôt. A mesure que l'artiste avance, son pinceau acquiert plus de hardiesse, plus de solidité', sou style devien Iplus large, plus indépendant, son inspiration grandit et s'élève sans ellort à la hauteur de son sujet. Sans doute cet te fresque rappelle encore» les errements de l'ancienne école..., mais l'harmonie s'y montre déjà, et répand sur l'ensemble le charme d'une beauté jusqu'alors inconnue » (Cri \m. Chambre», «.-.). — « Kilo rappelle par son ordonnance générale, les compositions des mosaïques dont Haphaël avait vu de si beaux exemples à Florence et à Ibune.... Il ne soi t pas. dans cet cuivrage, des habitudes de l'art consacré- » ■ • 1 1 . » 1 1 mi m . ,
Côté Nord. — "Le Parnasse.
Au milieu, au sommet de la montagne, à l'ombre de lauriers, Apollon assis, jouant du violon. Le dieu est ceint d'une draperie bleuâtre et couronné de lauriers; sous ses pieds, sortant des rochers, la fontaine de Castalie. Il est entourédes muses et des poêles illustres. A gaucho, Calliope, assise, en blanc, un sein nu, tenant, sur son genou, la trompette de
la renommée; derrière, debout, Melpomène, en tunique violette, portant le masque tragique; Euterpe et Erato, l'une en rose, l'autre en vert, se tenant embrassées. Tout près des quatre muses, Homère, de face, debout, lauré, levant vers le ciel ses yeux fermés, semble chanter, en s'accompagnant du geste ; un jeune homme assis, les jambes croisées, le regarde et l'écoute. Entre eux, un peu en arrière, Dante, en robe et capuchon roses, montant vers Virgile, qui se tourne pour le regarder et pour lui montrer Apollon. Le jeune homme, dont la tête apparaît près de l'épaule de Virgile, semble être Raphaël. En contre-bas, au pied de la colline, assise contre la fenêtre, sur la corniche de laquelle elle s'accoude, Sapho, en tunique flottante et draperie bleue, tient, de la main gauche levée, un papier avec son nom, et de l'autre pèndante, une lyre faite d'une écaille de tortue et d'une corne de bouc. Elle se tourne, à gauche, vers Alcée, debout, adossé à un arbre, un livre à la main, qui regarde luimême Pétrarque, en chaperon rouge, lauré, et deux autres poètes (antiques suivant les uns, modernes suivant les autres). A droite, aux pieds d'Apollon, se tournant pour le regarder, Urahie, assise, en bleu, tenant une cithare; debout, de dos, Terpsichore, en robe jaune; derrière elle, debout, unies l'une contre l'autre, Thalie, le masque comique à la main, et (Uio, toutes deux en robe blanche et Polymnie, en robe bleue et manteau rouge, un livre à la main, près du bouquet de lauriers. A droite, en contre-bas, près de deux arbres, quatre poètes : deux semblant s'éloigner .du Parnasse, Térence et Plaute (sous les traits de Boccace et de Tebaldeo, le poëte ferrarais), les deux autres, conversant ensemble et, montant, l'Arioste et Aristophane; au premier plan, faisant vis-à-vis à Sapho, Pindare, assis, en robe grise et manteau rouge, parlant avec deux poètes, debout; à sa gauche, Horace, en manteau bleu, et Anacréon ou Ovide, en manteau violet, la main sur une chaîne d'or, qu'il porte au cou.
Gravé par Sebastien Vouillemont, Jac. Matham, Bartsch, Aquila, Mochetti, Landon. Deux des muses par Beyel. Uranie par Forster. — Il existe de nombreuses études : coll. d'Oxford, une esquisse à la plume de toute la composition, gravée par Marc-Antoine, et une de Melpomène seule. Coll. royale d'Angleterre etBiïtish Muséum, à Londres. Vienne, coll. Albertine : Calliope, Uranie, Dante, une esquisse des têtes d'Homère, du Dante, de Virgile, du groupe de Sapho et de la draperie du personnage iigurant Horace. A Lille, dans la coll. Wicar : l'Apollon, les pieds d'Ovide et d'Horace et des draperies.
« Telle est cette fresque du Parnasse qui place la poésie moderne à l'ombre de la poésie antique. Le génie de la Benaissance brille ici du plus vif éclat : la chaîne des temps, longtemps rompue, s'y trouve renouée avec une incomparable harmonie. Considérée au point de vue exclusif de l'art, cette fresque marque encore sur L'École (V Athènes un progrès dans le génie de Baphaël; elle montre, plus encore, l'affinité de goût, la sympathie de facultés mystérieuses qui l'unissaient aux maîtres de l'antiquité. L'arrangement des draperies et des cheveux atteste ici une science de plus en plus élevée, et tous ces grands esprits, qui vivent en compagnie des Muses, portent une empreinte de noblesse et de grâce, de grandeur et de simplicité, dont le secret n'a pas
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été retrouvé; (Gmjïeii, Chambres, i37-l~9j. — » Quoiqu'elle se rapproche encore de la manière de la Dispute, et qu'elle ne soit pas achevée avec le même soin dans toutes ses parties, cette fresque accuse cependant plus de liberté. Le style des draperies, la distrihution de la lumière et de l'ombre y sont en progrés; le dessin y a partout beaucoup de nohlesse » (Pass., i, 155).
Côté Est. — * L'ÊCole <l' Athènes.
Kn face dll triomphe do la foi par la religion, Raphaël a voulu consacrer le triomphe de l'intelligence appliquée «i la recherche de la vérité philosophique.
Sur le péristyle d'une basilique, où l'on accède p;ir quatre degrés, ,111 second plan, au milieu, debout, Maton et Aristote « l'abondance de la science à çôté de l'abondance de l'imagination, l'expérience de la vie aux prises avec l'idéal ». Platon, chauve, à longue barbe blanche, lient, de la main gauche, son Timée et, de la «boite levée, montre le ciel à Aristote. Celui-ci, dans la force de l'âge, tient, de la main gauche, contre son genou, son Éthique et étend le bras droit en avant. Autour de ces deux maîtres de l'idéalisme et de la science, Itaphaél a réuni les prin cipaux philosophes de l'antiquité :à gauche, Polémon, Crantor, Speusippe, Xénocrate; à droite, Tln'ophraste, Lycon, Critolaus, Diodore de Tyr et le cardinal Bessarion (?) drapé de jaune, le poing sur la hanche. En s'éloignant du centre dn tableau, sur le même plan, on remarque : à gauche, vu de face, Nicomaque, méditant; Sociale, comptant ses arguments sur ses doigts, devant cinq auditeurs, parmi lesquels, Alcibiade, casqué et cuirassé, et dont le dernier appelle trois esclaves. A droite, deux philosophes, l'un, vu de dos, montant les degrés; l'autre, de protil, les descendant; un peu plus haut, deux disciples, contre le piédestal d'un pilastre, l'un, appuyant les bras sur la corniche et regardant un jeune homme; l'autre, croisant ses jambes unes pour écrire sur son genou; et un vieillard, ramenant, de ses deux mains, les plis de son manteau. Contre l'arcade, trois figures représentant les trois âges de l'homme, pour montrer « que la philosophie a des enseignements appropriés à tous les âges de la vie ». Sur les degrés dn péristyle, audessous d'Aristote, au milieu, assis, presque nu, Diogène, lisant, son manteau gris el son écuelle près de lui. Plus bas, à gauche, sur le premier plan, assis à terre, accoudé sur un cube de marbre sculpté, une plume à la main, la tête penchée, vu de lace, Heraclite d'Kphése. Près de lui, Anaxagore (ou llippias), debout, le pied sur une pierre, montrant un livre aux disciples de Pythagore groupés autour de leur maître. Celui-ci, assis, écrit avec ardeur, tandis que son fils lui présente la table des consonnances harmoniques, qu'Knipédocle prend des notes et qu'un Oriental (Kpicharine?) se penche pour voir. Kn arrière, élégam-
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nient drapé dans nn manteau blanc à franges d'or, avec des cheveux blonds longs et bouclés, Francesco Maria délia Rovere, neveu du pape Jules II, gendre du marquis de Mantoue. A l'extrême gauche, contre l'arcade, accoudé sur un piédestal, écrivant, un jeune homme, couronné de feuilles de chêne, emblème de la famille délia Rovere, Démocrite ou Épicure, sur l'épaule duquel s'appuie un ami. Dans Tencoignure, un vieillard, avec un enfant dans les bras. Sur le premier plan, à droite, autour d'Archimède (sous les traits de Rramante), penché vers le sol et traçant, avec un compas, une figure sur une ardoise, quatre disciples, en des attitudes attentives (parmi eux, Frédéric II de Mantoue, d'après Vasari, un bras en avant); puis Zoroastre et Ptolémée, tous deux une sphère à la main, et près d'eux, debout, le Pérugin (ou Le Sodoma, suivant Morelli et Bode) et Raphaël, coiffé d'une barrette noire. L'édifice ouvert au-dessus des degrés, derrière les personnages, rappelle, par son architecture, la nouvelle basilique de'Saint-Pierre que Bramante était en train de construire. De chaque côté, les façades des murs de la nef montrent, dans des niches : à gauche, une statue d'Apollon, au-dessus de deux bas-reliefs (Combat de Géants, Faune enlevant une Nymphe), à droite, celle de Minerve, au-dessus d'un bas-relief (une Vertu). La nef s'enfonce entre deux murailles percées de niches avec des statues de même hauteur, en passant sous une grande coupole, pour aller s'ouvrir, au fond, sur la campagne.
11 existe un grand nombre de gravures, soit de la fresque entière, soit de groupes séparés. Le groupe de Pythagore et d'Alcibiade, par Agostino Veneziano; l'Apollon, par Marc-Antoine; Raphaël et Pérugin, par Dion, Fidanzia et Piloti; cinquante-deux têtes, par D. Cunego (Rome, 1785); le duc d'Urbin, par Laugier; l'ensemble, par Landon. — Esquisses et études. A Milan, coll. Ambroisienne : le carton original, à la pierre noire, transporté à Paris de 1799 à 1815; à Oxford : esquisse de la Méduse, des deux figures voisines du Diogène, du groupe de Rramante, de l'architecture du fond, de la statue de Minerve, du bas-relief au-dessous de l'Apollon; à Francfort, au Stœdel Institut : étude pour le Diogène ; à Florence : étude pour le bas-relief de la Minerve ; à l'Albertine de Vienne : étude pour le groupe de Pythagore. — « Dans l'École d'Af/umes, Raphaël apparaît avec tout son génie ; il montre qu'il est complètement maître et de son style et de l'exécution.... Cette fresque, où il s'est élevé à une dignité si magistrale, est considérée, à juste titre, comme l'œuvre la plus magnifique que le divin maître ait jamais produite. Elle réunit, en effet, à la sévérité léguée parles écoles anciennes, l'expérience technique du dessin, de la couleur, de la touche, conquête des écoles plus modernes.... En outre, les ligures sont toutes très individualisées, sans être traitées, cependant, comme des portraits. Préoccupé, de plus en plus, de la signification caractéristique, Raphaël s'attachait surtout à l'esprit moral des traits, si l'on peut ainsi dire, et il évitait les formes trop accidentelles de la nature. Il réalisa de la sorte, par l'union du caractère et de la beauté, ce que les vieux maîtres italiens avaient toujours cherché : il donna un corps à l'idée. En ce qui concerne la partie savante de la composition, il est possible et assurément très probable, que Raphaël ait consulté les savants de ses amis, entre autres le comte Castiglione qui venait de s'établir à Rome. Quoi qu'il en soit, c'est à Raphaël seul qu'appartient le mérite immense d'avoir su traduire, en une image vivante et lumimineuse, le développement de la philosophie grecque. C'est Raphaël, seul, qui a inventé
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CliChé Anderson. ï\ p^mMiic .!• m Malvaux
Raphaël Sanzio (Baffaello San i i <!il). - Raphaël. l'htfoml de la Chambre de la Signature,
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le groupement des. personnages, selon te rang qu'ils occupent dans l'histoire, quia répandu sur ces* philosophes un sentiment analogue à leurs tendances, qui les a caractérisés, non seulement par un rapprochement ingénieux, mais par leur action, par leurs altitudes et leurs physionomies » (Pass., r, 135-156). — « Le génie antique n'a pas eu d'interprète plus digne, et il est douteux qu'Apelles eût mieux représenté l'assemblée dos philosophes de son pays» (ÙL Bioac).
Côté Sud. — * La Prudence, entre la Force et la Tempérance,
Au milieu, assise sur un socle, la Prudence, eu roi)»' blanche à inanches jaunes, et manteau vert, portant, sur la poitrine, une tète de Méduse, avec ses attributs habituels, le double visage, l'un, par derrière, d'un vieillard regardant le passé, l'autre, de face, d'une jeune femme regardant l'avenir dans le miroir que lui montre un petit génie. A gauche, plus bas, la Force, cuirassée et casquée, assise, caressant un lion, et tenant, sur son épaule, une branche d'olivier, vers laquelle se dresse un petit génie montant sur son genou gauche, tandis qu'un enfant nu se traîne, de l'autre côté, ayant peur du lion. A droite, la Tempérance, montrant un frein qu'elle tient des deux mains, entre un génie, à gauche, portant une corne de feu qui s'avance vers la Prudence, et un autre, à droite, assis, vers lequel elle se tourne.
Sur l'architrave de la fenêtre, on lit : JVLIYS II LIGUR. PONT. MAX. AN. CHRIS. MDXI. PONTIFICAT. SVL VIII.
Gravé par Agostino Veneziano, Fr. Bonnione. Demarteau, Aquila, Morghen, Landon. — « Ce mélange d'élégance et de puissance, que recèle celte allégorie de la Prudence, clôt hrillamment les travaux de llaphaél dans cette chainhre. Ici, il comhina l'idéal des (liées avec l'énergie surnaturelle de Buonarroti, dans une ligure qui contraste avec la Modération, où se retrouve l'impersonnalité des Umhriens-Florentins » (Ch. et C*v., 11, 91 et sq.) — « Celte peinture, parfaitement conservée, nous montre le talent du peintre plus complot encore, s'il est possible, que dans l'fccole d'Athènes, quoique l'ordonnance de la composition appartienne plutôt au genre plastiqué > (Pass., 11, 86).
Peintures de la Voûte et des Soubassements :
Le plafond de cette salle avait été autrefois décoré par Le Sndoina « qui l'avait enrichi de corniches, de grotesques et de grands cadres circulaires avec des fresques très recoininandables ; Jules II ayant reconnu la supériorité de Haphaël, ordonna que ces peintures fussent détruites; mais Haphaël, qui était la modestie et la bonté mêmes, conserva les ornements et se contenta de substituer, dans les cadres, d'autres motifs » (Vas., vi, 385).
Au-dessus de chaque paroi, il représenta quatre figures « qui forment l'argument des grandes fresques et en résument éloquonunent la pensée » ; et, aux angles, quatre sujets empruntée à l'histoire païenne
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ou chrétienne. Ces diverses compositions, séparées par des cadres circulaires ou rectangulaires, sont réunies par des arabesques sur fond d'or, au milieu desquels, dans des cadres plus petits, sont huit scènes mythologiques. Au centre, dans un cadre octogonal, des anges soutiennent récusson pontifical.
Quant aux soubassements, ils se composent de fresques, œuvres de Pierino del Vaga, séparées par des cariatides.
1° * La Théologie.
En tunique rouge et manteau vert, couleurs de l'amour et de l'espérance, assise sur des nuages; dans sa chevelure, un voile, des branches d'olivier et des Heurs de grenadier. De la main gauche, elle tient un livre et abaisse l'autre main vers le saint sacrement. A ses côtés, deux anges portant des tablettes avec l'inscription : D1VINARVM RERVM N0T1TJA.
Gravé par Audran, Boquet, Raphaël Morgen, Pietro Ghigi, Landon. — « Si belle de mouvement que soit cette gracieuse figure, elle ne paraît pas cependant avoir été exécutée par Raphaël lui-même; il lui manque la manière sévère et libre à la fois du maître » (Pass., ii, 88). — A Florence (Uffizi) : Étude avec variantes.
Dans l'angle de la voûte :
* Adam et Ève.
Gravé par Solis, Bartsch, R. Vuibert, Gallus, Bocquet, Muller, Landon, etc. — « Cette belle composition est exécutée de la manière la plus spirituelle » (Pass., n, 89).
Soubassement :
* Sacrifice chez les anciens.
* Saint Augustin et lange.
* La Syhille de Cumes et V empereur Auguste.
* La Connaissance des choses célestes.
Primitivement, Raphaël avait fait poser autour de cette chambre des panneaux en bois sculpté par Fra Giovanni de Vérone. Ces panneaux furent enlevés par ordre de Paul III et remplacés par des peintures séparées par des termes et des cariatides en grisaille. Pendant longtemps on les a considérées comme des œuvres de'Polidoro da Caravaggio. Mais, comme le fait justement remarquer Pass. (n, 95), le style en est bien différent de celui de ce maître. En outre, Polidoro quitta délinitivement Rome en 1527 et Paul III ne fut nommé pape qu'en 1554. D'ailleurs, le passage ci-joint de Vasari (v, 623), ne peut laisser aucun doute sur l'auteur de ces soubassements. « Par ordre du pape Paul, on enleva une cheminée qui était dans la salle du Feu (salle de l'Incendie du Bourg) et on la transporta dans la salle de la Signature, où était un soubassement en bois, œuvre de Fra Giovanni, figurant une perspective : il fallut refaire toute cette base dans la salle où est peint le Parnasse. Aussi fut peinte par Pierino une suite, imitant le marbre, avec des termes, des festons, des mascarons et autres ornements ; et, en
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certains endroits, des sujets imitant le bronze qui sont des fresques très belles. Pierino, affligé d'un catarrhe oui l'empêchait de se livrer à un dur labeur, n'exécuta pas lui-même tous ces motifs; néanmoins, on peut les considérer, à peu de choses près, comme s'ils étaient de sa main, car il les retoucha et fit tous les cartons. Le pape ayant reconnu le mérite de notre artiste, le gratifia d'une pension de 25 ducats par mois. •
2° * La Philosophie.
Assise sur un siège en marbre soutenu par des Dianes d'tphése, coifïée d'un diadème. Sa (unique, pour rappeler les quatre éléments, est bleue (l'Air), rouge (le Feu), verte avec des poissons (l'Kau) et brune avec des fleurs (la Terre). Dans ses mains, deux livres sur lesquels on lit : NATURALIS, MORAL1S. A ses côtés deux anges, portant des cartels avec ces mots : CAVSARVBJ COGNITIO.
Gravé par Audi-an, Bocquet, lt. Morgen, Ghigi, Landon.
Dans l'angle de la voûte :
* L'Astronomie.
En tunique verte, au milieu d'une sphère, elle se penche sur une antre sphère, au'centre <lr laquelle »■>( liguiï-e la Terre. \ sr> eùlés, deux anges.
Gravé par lt. Vuiberl, Bocquet, Ciangiacomo et l.andon. — t'ne étude pour celle figure, à l'Alhertine de Vienne.
Soubassement :
* La Méditation,
La Discussion sur le globe terrestre.
' Le Siège de Syracuse.
* La Mort d'Archimède.
3° ' La Poésie,
Assise sur un trône, couronnée de lauriers, les ailes déployées. Robe blanche, manteau bleu; de la main droite, elle appuie un livre sur son genou; l'autre main repose sur le bras du trône à tète de vieillard et tient une lyre; à ses côtés, deux anges portant chacun une tablette sur laquelle on lit : a gauche. NVMÏNE; à droite, Al l l.uu;.
« Cette figure, d'une beauté surnaturelle, est entièrement de la main de Haphaël, et de son faire le plus exquis» (PaM., il, an). — Une esquisse à la pierre noire de In Poésie dans la Coll. royale d'Angleterre. Une copie par Emile Lévy, 1857, à Paris (Ecole des Beaux Arts). — Gravé par Marc-Antoine, Bartsch, J. Bonasone, Bocquet, Baphaël Morgen, P. Ghigi, Didier (Chalc. du Louvre), etc.
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Dans l'angle de la voûte :
* Supplice de Marsyas.
Apollon assis, que couronne un berger, vu de dos, ordonne à un autre berger d'écôrcher Marsyas attaché a un arbre.
Raphaël s'est inspiré là d'une sculpture antique. Cette peinture symbolise le triomphe de l'art vrai, sur l'art faux et la punition réservée à ceux qui refusent de croire à la parole divine. — .Œuvre d'élève. — Gravée par R.Vuibert, Bocquet, Giangiacorao et Landon.
Soubassement :
* Alexandre faisant placer les chants d'Homère dans le tombeau d'Achille.
Suivi de six guerriers, le roi se tient debout à droite; il l'ait signe à un officier de déposer un volume dans le tombeau dont un jeune homme soulève le couvercle. A gauche, plusieurs assistants, dont trois se penchent au-dessus du sarcophage.
Gravé par Marc-Antoine, Etienne de Laulne, Landon. .
* Auguste sauvant du feu le manuscrit de /'Enéide que Virgile avait ordonné de détruire après sa mort.
Couronné de lauriers, l'empereur s'avance vers Plautius, Tucca et Varius, qui, pour obéir aux dernières volontés de leur ami, s'apprêtaient à livrer aux flammes son poème inachevé. A droite, huit assistants.
D'après Bellori, le sujet de ces deux grisailles serait : La Découverte des livres sibyllins dans le tombeau de Numa Pompilius, et Leur destrution lors de l'incendie du Capitole sous Sylla.
Les premières désignations sont plus vraisemblables. « Il était naturel qu'au-dessous du Parnasse, Raphaël consacrât la mémoire des deux plus grands poètes de l'antiquité « (Gruyer). — « Marc-Antoine a gravé, d'ailleurs, l'une de ces grisailles sous ce titre : Alexandre faisant serrer les chants d'Homère » (Bartsch, 207).
4° * La Justice.
Assise, de face, dans les nuages, en robe violette et manteau vert, un diadème sur la tête. De la main droite, elle tient le glaive, de la gauche, les balances. A ses côtés, deux anges et deux petits génies portant chacun une tablette, avec les mots : JVS SVI, à gauche ; VNICVIQVE TRÏBVÏT, à droite.
Gravé par Audran, Simoneau, R. Morghen, Ghigi, Landon et Didier (Chalc. du Louvre). — Cette figure est certainement d'un élève.
LES CHAMBRES. 45 Dans l'angle do la voûte :
* Le Jugement de Salomon.
A droite, le roi est assis sur un trône; au premier plan, vu de dos, la fausse mère, à genoux; la vraie mère se précipite sur son enfant, qu'un bourreau tient de la main gauche.
Une esquisse à la pointe d'argent, à Oxford; une esquisse de la femme à genoux, dans la coll. Albertine à Vienne, line copie par Nicolas Poussin, à l'Académie de Vienne. — Gravé par K. Vuibert, Scalberg, Bocquet, Giangiacoino.
Soubassement :
* Justinien remettant à Tribonien le recueil de ses loin.
Assis sur un trône et couvert d'un manteau rouge, l'empereur présente les Pandcctcs à Tribonien, agenouillé. Derrière lui, trois jurisconsulles, deux d'entre eux tenant un livre. Au fond, un motif architectural.
L'esquisse, autrefois dans la coll. de sir Thomas Lawrence, est actuellement au Slœdel Institut de Francfort. — Gravé par F. Aquila, F. Giangiacomo et Landon.
* Solon donnant la loi aux Athéniens (suivant Bkllori, Marcel' lus recevant des pritonniert ,
" Grégoire IX (sous les traits de Jules II ), publiant les Décrétâtes.
Le pape est assis dans une niche; devant lui, est agenouillé un avocat du Consistoire qui reçoit le recueil; trois personnages sont à ses côtés. A gauche, deux prélats : (iiovanni de' Medici, plus tard, pape sous le nom de Léon X, qui tient le manteau du souverain pontife, ou, d'après Bbllobi, Antonio del Monte et Alexandre Farnèae, le futur Pt cri M.
L'esquisse, autiefois dans la coll. du baron Verslolk van Soelen, è La Haye, est actuellement au Stœdel Institut de Francfort. — Gravé par F. Aquila, F. Giangiacomo, Landon. Quelques têtes par Fidanse. — • Ghef-d'œOYre de composition et d'exécution dans un genre diflicile. Les ligures sont en petit nombre; aussi bien l'expression de l'autorité ne consiste-t-elle pas dans l'étendue de la suite, ni dans la multitude. Les tètes sont des portraits de contemporains. Raphaël lésa utilisées selon sa Tantaisie et d'après les seules exigences de son art » (Bubck., «83).
* Moïse montrant au.r Hébrewr les tables de la Loi.
« Rien n'est plus pittoresque, plus varié, plus grand (pie cette petite composition, Il y a là vingt-cinq ligures, toutes étudiées avec un soin extrême, pleines de mouvement et de caractère, groupées sous l'harmonie d'une loi divine. Pins ta i ci. dans les Loges, Rapbaël, avec une inépuisable fécondité de t;éuie, reprendra ce sujet et l'élèvera à des bauteurs sublimes ■ (Grivkr, Chambres, 157).
Embrasures «les fenêl res :
Les peintures ornementales en grisaille, rehaussées d'or, exécutées, '
d'après les dessins de Raphaël, par des élèves, ont beaucoup souffert. Elles consistent en grolesques entourant deux petits motifs superposés. Les deux sujets, encore visibles, se trouvent prçs de la fenêtre, du côté de la Justice. Ils représentent :
* Séleucus condamnant son fils.
* Les Apôtres disant au Christ : Voici deux épées.
Etienne Baudet a gravé des estampes sur cette partie de la décoration de la salle. Voir : Divers ornements de Raphaël peints aux embrasures des fenêtres du Vatican. Paris, chez Drevet.
G. — Chambre d'Héliodore (1512-1514).
Salle décorée auxve siècle par Piero délia Francesca et Bramantino,
dont les peintures contenaient de nombreux portraits contemporains; Jules II ordonna de les détruire pour livrer le champ à Raphaël, qui fit, d'ailleurs, prendre copie de l'œuvre, si cruellement condamnée, de ses illustres prédécesseurs. Ces copies, après avoir appartenu à Jules Romain, étaient, au commencement de ce siècle, chez W. Roscoe, àLiverpool.
« Cette stance montre le grand progrès fait dans la peinture d'histoire. Il est permis de penser que Raphaël aspirait aux sujets dramatiques et mouvementés; ses contemporains eussent, peut-être, aimé plus d'allégories; Jules II, au contraire, aurait voulu voir représenter, dans toute leur réalité, ses propres actions; c'eût été une fausse route, du moins pour Raphaël. Le maître sut confondre l'histoire contemporaine et l'allégorie, faisant de l'une le vêtement de l'autre. Le Châtiment d'Héliodore est un symbole de l'expulsion des Français des Etats de l'Eglise. La Messe de Bolsène symbolise la défaite des hérétiques au commencement du xvi" siècle. Après la mort de Jules II (1513), Léon X prit goût à ce genre d'illustrations de l'histoire contemporaine et personnelle: peut-être, déjà, Raphaël avait-il fait des dessins pour les deux autres parois; mais il y substitua Attila (symbole de l'expulsion d'Italie des Français) et la Délivrance de Saint- Pierre (qui symbolise la délivrance de Léon X pris par les Français à Milan, alors qu'il était cardinal). Ce fut un grand bonheur que l'esthétique du temps confondit ainsi l'allégorie et l'allusion, d'autant que, dans cette dernière, l'histoire représentée par des figures individuelles et vivantes garde toute sa puissance.... Dans son ensemble, le thème est une série qui, avec, quelques interruptions, se poursuit dans les autres Chambres : c'est la victoire de l'Église sous la protection de Dieu. Le style, enfin rehausse tellement tous ces sujets que force est de n'y chercher que l'idéal et le sens le plus élevé » (Burck., 689).
Cette chambre, commencée par 'Raphaël en 1512, fut terminée en 1514. Elle montre l'artiste dans la plénitude de son génie et permet de constater les progrès de son art. Tandis que dans certaines parties des fresques de la chambre de la Signature le dessin est encore humide et froid, le faire est plus large, le coloris plus brillant, en
LES < Il A M DRE S.
même temps que le choix des sujets esl plus dramatique. Voir Grutkr, p. 350. Passavant, i, 105.
Côté Est. — * Héliodore chassé du Temple.
Le péristyle du temple de Jérusalem, dont la nef voûtée et éclairée par trois coupoles, s'enfonce, de face, occupe le centre de la composition. Sous la première coupole, on aperçoit, au loin, le grand-prêtre Onias, agenouillé, devant le tabernacle et le chandelier à sept branches. Au premier plan, à droite, Héliodore, envoyé par Séleucus IV pour piller les trésors du temple, cuirassé, coiffé d'un turban, est tombé sur les dalles, laissant échapper un vase plein de pièces d'or, devant l'archange guerrier, moulé sur un cheval blanc, qui le menace de sa masse d'armes, en faisant cabrer sa monture. Le Syrien s'appuie, levant sa tète suppliante, de la main gauche sur le sol, de la droit** sur sa lance. Derrière le cavalier, s'élancent, volant, deux anges, des verges à la main ; au-dessus d'Héliodore, troupe de soldats menaçants, épouvantés, fuyards ou pillards. A gauche, à l'extrémité opposée du péristyle, le groupe des femmes et enfants, veuves et orphelins, dont le patrimoine est sauvé par l'intervention divine ; en avant, trois femmes agenouillées, une, vue de dos, en robe bleue, turban blanc et or, gesticulant (la Fornarina?), l'autre serrant contre elle deux enfants ; la troisième regardant le libérateur. Derrière, debout, trois antres femmes, les bras tendus, montrant aussi l'Archange. Tout à fait au premier plan, dans l'angle de l'arcade, le pape Jules II, en camail et calotte rouges, assis sur la sella (jcstatoria, portée sur les épaules des seggettieri, en vêtements bruns à manches jaunes. Le premier des porteurs, en avant, qu'on voit tout entier, est Marc Antonio Rahnondi, le graveur; le second, (îinlio Pippi (Jules Romain), l'élève favori et le collaborateur habituel de Raphaël. Près de Raimondi, dans le coin, sa barrette et un parchemin à la main, Giovanni Pietro de' Foliari, un des secrétaires du pape.
Peint, en 1512.— Gravé par P. van Uni, P. de Raillieu, Meldola, Volpato, I.andon.ete.
— Nombreuses esquisses et éludes : à Berlin (?) le dessin (autrefois dans la coll. Savigny) différent de l'exécution ; à Oxford, trois études pour des femmes et le cheval. Du temps de Vasari, 1rs en tons de cette fresque appartenaient à Fiances» o Massini iV».*.. n.
— Ci», et Cav. (liaph., n, ira) constatent, dans cette fresque.de nombreuses réminiscences de Ohirlandajo à Santa Maria Novella, de la statuaire antique, de la Bataille d'Anghiari par Léonard de Vinci. D'après quelques critiques, Pietro da Cremona et Jules Romain auraient travaillé à cette fresque. Mais Pass. (h, 131) pense que Raphaël exécuta toute la peinture de sa main. « Il a exécuté cette fresque, dans cette manière ap|>elée, de nos jours, le pittoresque dans la peinture, parce que l'artiste, sous prétexte de peindre plus largement, sacrifie la sévérité du dessin à l'effet général produit par de grandes masses dti lumières et d'ombres. » Le pape ne figurait pas dans l'esquisse primitive; c'est sur son désir formel « que cette fresque fut en môme temps une allusion «à l'expulsion de ses ennemis hors de l'église » que Raphaël dut introduire, après coup, cet anachronisme. « C'est avec une puissance et une beauté indescriptibles que Raphaël aborde ici la
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peinture dramatique. ... Il n'a pas composé de groupe plus splendide et plus mouvementé que celui du cavalier divin, des jeunes gens accourus à ses côtés, d'Héliodore précipité et de ses compagnons. D'où est venue cette apparition? Où a-t-elle passé? C'est ce que montre l'espace vide au centre du premier plan qui laisse le regard s'arrêter sur le groupe assemblé autour de l'autel.... Le groupe de femmes et d'enfants s'est répété, comme un écho à cent voix, dans tout l'art postérieur » (Burck., 685).
Côté Sud. — * La Messe de Bolsène.
Suivant la tradition, en 1265 ou 1264, sous le pontificat d'Urbain IV, dans l'église Sainte-Christine à Bolsène, une hostie saigna entre les mains d'un prêtre qui doutait de la transsubstantiation. C'est pour rappeler ce miracle, en souvenir duquel est instituée la Fête-Dieu, que Raphaël exécuta cette composition.
Au centre, sur une plate-forme, à laquelle conduisent deux escaliers montant de chaque côté de la fenêtre, entouré d'une boiserie en hémicycle, au-dessus de laquelle, à gauche, se montrent deux spectateurs, appuyés à mi-corps, est placé l'autel, où s'opère le miracle. A gauche, debout, le prêtre, de profil, tourné à droite, de la main droite, tenant le corporal, et, delà gauche, élevant l'hostie. « Sur son visage enflammé, se reconnaît la honte qu'il ressent de son incrédulité ; les yeux hagards, il parait rempli de confusion ; le mouvement de ses mains rend admirablement le tremblement et l'effroi si naturels en cette circonstance » (Vas., iv, 542). Derrière lui, quatre clercs agenouillés: trois portant des cierges, le quatrième, sur le devant, regardant le miracle. Sur les marches, un groupe de six hommes, les mains jointes ou tendues, agenouillés. En bas, une grande femme, en turban, debout, levant le bras ; et, à ses pieds, deux femmes accroupies à terre, avec quatre enfants. A droite de l'autel, vis-à-vis du prêtre, agenouillé, les mains jointes au-dessus d'un coussin passé sur les bras d'un siège en bronze, Jules H; derrière Lui, au-dessous, sur les marches, les deux cardinaux Raphaël Riario et San Giorgio, et deux autres dignitaires. En bas, en avant, sur le premier plan, cinq seggettieri agenouillés. Sur l'architrave de la fenêtre, on lit : JVLIVS II LIGYR. PONT. MAX. ANN. CHRIS. MDXII POiNTI- FICAT. SVI. VIIII.
Gravé par Aquila, Morghen, P.Fidanza,Landon, etc. — Coll. Albertine, une esquisse de la partie supérieure; à Oxford, une autre, sans les seggetieri. — « 6e qui frappe dans cette peinture, c'est d'abord l'expression d'humilité repentante du prêtre officiant, les démonstrations de surprise des assistants, les regards courroucés qu'un des cardinaux lance vers le prêtre incrédule, puis le naturel caractéristique des cinq porteurs.... Il n'y a pas un trait, pas une touche qui n'ait sa signification et son importance. Les têtesportraits sont merveilleusement modelées, et tous les détails des costumes n'ont servi qu'à faire ressortir davantage cette spirituelle et savante manière d'exécution qui restera toujours le meilleur modèle à étudier pour ceux qui traiteront ce genre de pein-
LKS C II A M l; M K S.
turc » (I'ass., i, ici et II, 13*.). — « Cotte fresque, supérieure à toutes les autres par la tonalité, est aussi excellente par la pureté- et le fini du contour, et par la subtilité avec laquelle la vie et le caractère de chaque personnage nous sont présentés. (Ch. el ('av., ttnph., h, i:;t). — « Tout est digne u"adiniration dans cette grande page qui joint à la beauté de l'ordonnance et à l'éloquence de sa puissance une clial«'iir de coloris telle que nous ne l'avions pas encore rencontrée dans l'œuvre de llapbaêl. L'influence de Sébastien de Venise, le représentant des traditions de Ciorgione, n'aura pas jx-u contribué à pousser llapbaêl dans une voie que le désir de rivaliser avec Michel-An^e ne lui lit que trop tôt abandonner » IL. Mi'ntz, vthi.
Côté Ouest. — * Le pape Léon /" arrête Attila, roi ries Huns (en 152);
A gauche, s'avaiiçaul, de profil vers la droite, moulé sur un cheval blanc, dont un écnyer lient la bride, le pape Léon I ", ^aiul Léon le braud, (sons les Irai! s de Léon X) envoyé par l'empereur Valeutinien III. en manteau doré, coiffé de la tiare, lève la main droite pour hénir. derrière lui. deux cardinaux, montés sur des mules ; à sou côté, au . second plan, trois dignitaires, vus de face, l'un, en violet, portant une croix, le second, en rouge, tenant un hàton, le troisième, dont on ne voit que la tète (le portrait du Pérugin?). Au milieu, sur un gros cheval noir, Attila, en armure dorée, chausses vertes, manteau bleu, avec un diadème à pointes, se rejette en arrière, avec épousante, la tète dresse,' vers l'apparition subite et menaçante, dans le ciel, des deux saints Pierre et Paul, descendant vers lui et brandissant de grandes ('pies, et, des deux mains, l'ail signe à sa suite de s'arrêter. Entre le Pape et le Hoi, au milieu, sur le premier plan, un écnyer et deux soldais armes de lances montrant le cortège pontilical. A droite, un groupe de barbares : au premier plan, deux cavaliers, l'un casqué, avec une cotte de mailles, tenant une lance, sur un cheval blanc qui se cabre, l'autre, eu justaucorps collant d'écaillés de crocodile, el casque oriental, armé d'une pique (figure prise, d'après Vasam, sur la colonne Trajane) contenant, des genoux, l'élan de sa hèle. Au fond, des sonneurs de trompe, des portedrapeaux, le délilé de Monte Mario, avec des villages que dévorent des incendies. \ gauche, la campagne, avec les aqueducs de la Nia Appia et la ville de Home que domine le f.olisée.
Gravé par Aqnila, Volpato. Mocbetti, l.andon, etc. — A Oxford, première esquisse de l'ensemble; à l'a ris i inusée du Louvre i. autre esquisse (coll. Vendra m m et < irlo >1 • ratla), où le cortège pontilical est au second plan. C'est le dessin présenté à Léon X que. >m son ordre, le peintre dut modilier, remplaçant saint I. •on et sa suite par Léon \ et sa cour. — « Cette fresque appartient aux plus excellentes productions du maître. Ou doit y admirer la variété des groupes, la clarté do l'ordonnance, la \ • 1 1 1 . • et le mouvement des figures, aussi bien que l'ampleur et la facilité de l'exécution, la correction du dessin, la beauté de la couleur, l'éclat des deux figures de l'apparition et l'elb t ti . pittoresque des masses qui entourent Attila » (Pass., i, i<u). — a Parmi les Huns. Attila seul voit ce qui se passe, et le peste d'eflroi a, cbez lui, une expression extraordinaire; dans sa suite, les cbevaux semblent comprendre plus que les bommes; il- deviennent
nniiE. 4
rétifs et se cabrent, ce qui donne au groupe une vie plus intense. Au-dessus d'eux, le ciel s'obscurcit et un vent d'orage souffle dans les étendards. Seul le cheval noir d'Attila reste calme; il fallait que l'expression d'angoisse du roi ne parût pas provoquée par le cabreraient de sa monture » (Bi uck.. 68g).
Coté Nord. — * La Délivrance de saint Pierre.
Au milieu, au-dessus de la fenêtre, sur une plate-forme, à laquelle mènent, de chaque côté, cinq degrés, une prison fermée par une grille à travers laquelle on voit saint Pierre endormi, les pieds et les mains liés par des chaînes dont deux gardes debout, de chaque côté, contre les murs, appuyés sur leurs lances, pris de sommeil, tiennent les extrémités. Vers l'apôtre, descend de face, dans un flot de lumière, un ange, en rose, les ailes déployées, qui l'éveille, en le touchant de la main. Hors de la prison, à droite, l'ange reparait, toujours environné de lumière, conduisant, par la main, le saint délivré, au bout de l'escalier sur les marches duquel dorment deux gardiens, au clair de lune. A gauche, quatre gardiens sur les marches, se réveillant en sursaut; l'un debout, au premier plan, de dos, une torche à la main, montre la prison à son camarade encore assis ; un troisième, dehors, aveuglé, par la lueur céleste, se cache le visage; assis au sommet de l'escalier, un quatrième a peine à s'éveiller. Au fond Jérusalem. Sur la fenêtre, on lit: Léon X. PONT. MAX. ANN. MDXIIII PONTIFICAT. SVI. 11.
Gravé par Aquila, Volpato, Chigi, Landon. — Une esquisse, à Florence (Uffïzi) ; une étude, pour l'un des gardiens, dans la coll. rqyale d'Angleterre. — « Cette peinture, dont l'effet est saisissant, nous prouve unefois-de plus que Raphaël étudiait la nature dans les moindres détails, et qu'il appliquait aux choses de l'art, le résultat de ses observations avec un sentiment exquis du vrai, du beau, du pittoresque » (Pass., 11, i3i). — On remarque que deux des compartiments sont éclairés par la clarté que répand autour de lui l'ange ; le dernier, par la lueur de la torche et par la lune. Ces différentes lumières, utilisées pour la première fois en Italie, excitèrent l'admiration des contemporains, ainsi que le prouve ce passage de Vasari (iv, 343) : « Le jour qui donne dans le visage du spectateur et lutte si bien avec les autres effets du tableau que la fumée de la torche, la lueur éclatante de l'ange et les ténèbres de la nuit, semblent dus à la nature et non au pinceau qui a su vaincre toutes les difficultés dont cette composition est hérissée. Raphaël se montre encore ici le maître des autres peintres, car, pour ce qui concerne l'imitation de la vérité, aucun ne produisit jamais une peinture plus vraie et plus précieuse que celle-ci. »
Peintures de la voûte et des soubassements.
Des anciennes peintures dans la voûte dont nous avons parlé plus haut, Raphaël ne conserva que les petits encadrements de la voûte, en camaïeux rehaussés d'or, qui représentent des combats et des sacrifices antiques. Il y ajouta quatre grandes compositions, autour desquelles se déploie un simulacre de tapisserie et qui se rapportent aux fresques murales. Ge sont, en suivant le même ordre :
LES CH AMBRES
* Le BuÛSfln ardent.
Gravé par Alessandri, Aquila, Audran, Landon. — A Oxford, esquisse à la plume, pour l'Éternel; au musée de Naples, le Moïse, à la pierre noire, rehaussé de blanc. — De même qu'lléliodore chassé du temple rappelle les Français expulsés d'Italie, d* même les paroles que Dieu adressa à Moïse font allusion à la vocation de Jules II qui, avant d'être élevé au pontificat, avait été forcé de fuir devant la colère des Borgia.
Le Sacrifice d'Abraham.
Gravé par H. Cock, Sralherge, Alexander, Aquila, Landon,etc. — A Oxford, esquisse de l'ange. — Cet épisode de la Bible sert de commentaire à la Messe de Bolsène; audessus du mystère outragé de l'eucharistie, Bapbaél place la grandeur de l'obéissance au Seigneur et la foi dans l'infaillibilité de ses commandements.
* Dieu apparaissant à Noé, ou, d'après Vasam, Dieu annonçant à Abraham, sa postérité nombreuse.
Gravé par Aquila, Miche] Corneille, S. Bouillemont, Landon et, d'après un flnuftl. par Marc-Antoine. — De même que le Seigneur montra à Noé l'arc-en-ciel en signe de réconciliation, de même les deux apôtres paraissent dans le ciel, au-de>Mis du pape saint Léon, comme symbole de l'alliance que le Christ a faite avec l'Église.
* Le Songe de Jacob.
Gravé par J. Bos, J. Alessandri, Aquila, Landon. — Cette allégorie biblique représente les vœux que faisait le paj>e en faveur de l'unité italienne qu'il rêvait; les promesses que Dieu fit à Jacob font présager les hautes destinées de Léon X et des Médias.
Tous les auteurs n'admettent pas cette corrélation cependant assez probable > ntte les peintures de la voûte et les sujets principaux. Qi athkmkiu. dk Qoncv \Haj>harl, no) ne voit, dans ces compositions, aucun rapport d'idée et de motif avec les grandes fresques de cette chambre. Voir Gmlykk [Les Cluimbrrs, K9 et sq).
Les peintures des soubassements, probablement par Polidoro da Caravaggio, ont beaucoup soulier! , et, malgré la restauration de l70kJ, par Carlo Maratta, sont presque invisibles. Klles représentaient une suite de figures allégoriques, formant cariatides, debout, soutenant la corniche et encadrant de petits sujets en camaïeux dorés relatifs à l'industrie dans les États pontificaux.
Les cariatides ont été gravées par II. Imberl. J. Audran, L. Gruner, Landon; les sujets par Jo. H, Frezza. — A Paris (musée du Louvre), une sanguine du Commerce.
Les embrasures des fenêtres sont également effacées. Il'après 1rs gravures de Peints Sanctus Bartolus, elles contenaient six sujet > : Joseph devant Pharaon. — Le passatje de ta mer Houae. Mot.sc sur le mont Sinaï. — L'Annonciation. — Un pape. — LEmpereur [Constantin donnant Home au pape4
ROME
D. — Chambre de Constantin. (Après 1525).
Les peintures de cette salle symbolisent l'établissement de la domination temporelle de l'Église et relatent les épisodes de la vie du premier monarque chrétien. Raphaël avait déjà exécuté les deux figures allégoriques qui encadrent la Bataille de Constantin, composé des esquisses pour la Harangue de l'Empereur , et conçu le plan général de l'ensemble qu'il voulait peindre à l'huile, sur un apprêt spécial, lorsque la mort le surprit. Il laissait à ses deux élèves préférés, Jules Romain et Francesco Penni le soin de terminer son travail. Mais la mort de Léon X, qui survint l'année suivante et le règne d'Adrien VI, qui ne s'occupa jamais des arts, ne permirent pas aux deux jeunes peintres de se mettre à l'œuvre. Ce ne fut qu'en 1525, sur l'ordre du nouveau pape Clément VI, qu'ils entreprirent la décoration de la salle avec leurs camarades d'atelier Giovanni da Lione et Raffaello del Colle. Ils conservèrent les deux figures de la Justice et de la Douceur, œuvres de leur maître, mais ils abandonnèrent son projet de peindre le tout à l'huile et se contentèrent d'exécuter des fresques suivant le procédé ordinaire.
Les quatre grandes compositions murales figurent des tapisseries à demi enroulées, suspendues à la muraille, terminées par une riche bordure et des franges.
Côté Est. — * La Vision de Constantin.
A gauche, debout sur un bloc de granit, devant sa tente, Constantin, de profil tourné à droite, interrompt sa harangue, à la vue d'une croix qui lui apparaît dans les cieux, portée par trois anges, et des mots flamboyant au milieu des nuages : EN TOYTQ NIKA. Derrière l'empereur, un officier et un porte-étendard ; au premier plan, deux enfants portant, l'un le casque, l'autre l'épée; au milieu, l'année. En avant, un bouffon; au fond, le Tibre et la ville de Rome à l'horizon.
Gravé par Aquila, Salandri, Landon. — Chez le duc de Devonshire, le dessin original de cette fresque par Raphaël. Ni le nain, ni les deux pages n'y figurent, ils sont remplacés par des groupes de soldats. Ces adjonctions avaient été exigées par le cardinal Hippolyte de Médicis, qui voulut immortaliser son bouffon Gradasso Berettai de Norcia. — D'après Vasari , l'auteur de cette fresque serait Jules Romain, dont la facture se retrouve, en effet, dans la pose et les vêtements des deux pages.
Côté Sud. — * La Victoire de Constantin sur Maxence.
Sur une des rives du Tibre, les deux armées luttent ensemble; au milieu, l'empereur Constantin s'avance, d'une main conduisant son cheval, et, de l'autre, dirigeant sa lance vers son rival Maxence, qui,
LES CHAMBRES
désarçonné, se retient au cou de sa moulure; dans les airs, trois auges, dont l'un brandi) une épée flamboyante . Vers Constantin, se dirigent trois officiers, l'un lui indiquant Maxence, les deux autres lui présentant les têtes d'ofliciers vaincus. Au premier plan, diverses scènes de carnage ; sur le rivage, deux soldats épuisés, dont l'un se protège la tète avec son bouclier; un guerrier debout, sur le corps d'un cheval, lut le contre des cavaliers qui l'entourent; un vieillard reconnaît le cadavre dd son tils. Au loin, se déploient les enseignes et se dressent les croix portées par des cavaliers ; sur le Meuve, les soldats se suspendent à des barques. Au fond, près du pont Milvius, la cavalerie poursuivant les fuyards; à l'horizon, la chaîne de Monte Mario.
Gravé par fi. Ronasnnc, d'après une esquisse «le Raphaël, dit-un : par J.-R. de &val« leriis, I*. Scalberge, Aquila, Raïuo, Fahri, Landon, etc., au minée du Louvre, n'ôil. dessin d'ensemble (KO ligures) avec variantes (coll. Malvasia de Rologne, cl <lro/ati: à l'Ambroisieune, une autre esquisse provenant de la coll. BurglièM», qui lut vendue en IS1V2; en Russie (Fragment 011 carton original). En Angleterre (coll. roy.ile et coll. d'Oxrord), études partielles pour des groupes de combattant*.
Cette fresque est généralement attribuée à Jules Humain, qui ouvploya sans doute ♦ des collaborateurs. « Ce qui distingue celle bataille, c'est d'abord son ensemble grandiose, c'est aussi la richesse des épisodes, qui Unis sont aussi vivants que vrais, parfaitement adaptés au sujet et propres à donner d'une bataille l'idée la plus juste et la plus saisissante ; c'est enlin le dramatique du sujet, mi le maître .1 il «'-| m- 1 11 1 . de la nianiéi e la plus vive et la plus touchante, le malheur des guerres civiles. ■ iI'a*s.. 11, mi). — « Iai Bataille de Constantin, (\:\ns l'exéculion habile de Jules Itomain, est un des plus grands résultats que Raphaël ail atteints. Raphaël était place là au point de rencontre de l'histoire profane et de l'histoire religieuse, cl il avait à peindre surtout une victoire, au moment critique où elle se décide. Il ne suflil point ici de brillants épisodes : ce qu'il fallait représenter, c'est toute une armée enlevant la victoire. Le maître obtient cet elTct par la régularité du mouvement en avant qu'il donne j tous les cavaliers chrétiens et par la place que Constantin occupe, au centre même du tahleau. mais près de s'élancer au delà.... La suite et le choix des différents motifs du combat sont tels qu'aucun d'eux ne nuit à l'autre : non seulement la vraisemblance de l'espace y est observer mais encore, malgré la multitude des épisodes, chacun garde sa clarté de drame et d'action » (Bchck., omo).
(lôté Ouest. — * Le Baptême de Constantin.
Dans le baptistère — aujourd'hui San Giovanni iu Fonte près de Saint- Jean de Latran — sous un portique soutenu par des colonnes en granit, le pape Sylvestre (sous les traits de Clément VII) pose les mains sur la tète de l'empereur agenouillé, le haut du corps nu, les mains croisées sur la poitrine. Près du pape, trois diacres, l'un, lui présentant un livre ouvert sur lequel on lit : HOME SALVS VRH1 KT IMPKRIO FACTA EST; un autre, portant les saintes huiles; un troisième, s'apprètant à essuyer, avec un linge, le corps de l'empereur, dont un page, à droite, assis sur un gradin, porte les vêtements et l«'s armes; au Tond, la foule des assistants: au milieu, le porte-croix et deux enfants de chœur, adossés aux piliers
ROME
et portant, dans des candélabres d'or, les cierges; à droite, trois fidèles prêts à recevoir le baptême; au premier plan, debout,*se faisant vis-àvis, à droite, le fils de Constantin, Crispus, en guerrier romain, une couronne sur la tête ; et, à gauche, en costume du xvie siècle, Niccolo Vespucci, chevalier de Rhodes et familier du pape Clément. Au-dessous de cette composition, une inscription latine relatant la restauration du baptistère sous les papes Léon X et Clément Vil. Clément YIl fut élu pape en 1523. Raphaël était mort en 1520.
D'après la plupart des critiques Francesco Penni serait l'auteur de cette fresque; la composition n'est môme pas de Raphaël ; « car bien qu'elle soit exécutée suivant les règles symétriques qu'il avait l'habitude de suivre, on n'y trouve pas, comme dans les autres ouvrages, une juste observation de la nature » (Pass., h, soô).
Côté Nord. — * Constantin donne au pape la ville de Rome.
Dans l'église primitive de Saint-Pierre, à gauche, l'empereur, agenouillé, offre une statuette de la ville de Rome, symbole de sa donation, au pape Sylvestre, assis sur un trône, et qui le bénit. Autour du pape, les prélats; derrière l'empereur, des dignitaires parmi lesquels Rellori cite un certain Flavi, grand-maître, sous Clément, de l'ordre de Saint- Grégoire, fondé par Constantin. Au fond, la foule que contiennent des gardes suisses. Parmi les assistants, d'après Vasari : à droite, Jules Romain, coiffé d'une toque; à ses côtés, les poètes Pontano et Marullo, agenouillés, auxquels un mendiant demande l'aumône; à gauche, Raldassare Castiglione (dont le portrait par Raphaël est au musée du Louvre); au premier plan, des femmes, des enfants et des infirmes; sur deux colonnes latérales, des inscriptions latines.
D'après Titi et Bellori, cette fresque serait de la main de Rafaello del Colle. La composition est, en tous cas, de Jules Romain, qui s'est montré ici le digne élève de Raphaël. Gravé par Jo. Bapt. Franco, Aquila, Aloysio Fabri, Landon, etc. Une esquisse à la plume et lavée (coll. d'Orléans et de Tallard), indiquée par Pass. dans la coll. Major de Londres. « La Donation de Constantin, qui, entre les mains de tout autre artiste n'aurait été qu'un tableau de cérémonie, est élevée ici, à la dignité d'une peinture d'histoire idéale » (Burck., -689).
Chacune de ces quatre grandes compositions est flanquée, sur les côtés, d'une niche dans laquelle, entouré de génies et de figures allégoriques, est assis un Pape, sous un baldaquin dont deux anges soulèvent les draperies. Elles sont supportées par des cariatides qui encadrent de petits tableaux relatant des épisodes de la vie de l'empereur Constantin, d'une couleur imitant le bronze. En suivant l'ordre indiqué ci-dessus, on remarque :
"L' apôtre .saint Pierre, les clefs à la main, entre YÉglise et l'Éternité.
LES CHAMBRES
*Le pape Clémeîit /'r, un livre à la main, entre la Modération et la Bonté.
Cette dernière ligure peinte à l'huile par Jules Romain ou Franccsco I'enni d'après un carton de Raphaël et gravée par R. Strango.
* Alexandre Ier ou Sylvestre A ses côtés la Foi et la Religion.
* Urbain /"r, entre la Justice et la Charité
La Justice a été peinte à l'huile par F. Penni. l'ne esquisse appartenait autrefois -m conseiller Savigny, à Merlin. Gravée par B. Ginthes, II. Strauze. Deux esquisses <|<- |.( Charité, par Penni, à Oxford. Gravée par le niaitre au monogramme DUC, Landon, etc.
Damase /", entre la Prudence el la Paix.
Léon lw dit le Grand, entre la Pureté et la Vérité.
Félix III; à sa gauche, la Force.
Grégoire VU écrivant; à sa droite, la Force spirituelle.
Les figures allégoriques, au nombre de quatorze, ont été gravées par Reniy Vuihert Scalherge, Piioli, Vtdpato, Landon, etc.
A la partie inférieure, les cariatides encadrenl ries petits sujels peints sans doute par Francesco Penni.
1. Sous la Harangue de Constantin : Un camp. — L'Empereur Victorieux entrant dans une ville. — Un cheval.
2. Sons la Bataille de Constantin : Des Soldats romains faisant Vexercice. — Constantin donnant une audience. — Un assaut. — La Levée d'un camp. — Des Guerriers dans un ruisseau apportant la tète de Ma.rcnce.
3. Sous le baptême de Constantin : Constantin ordonnant de brûler les édits contre tes chrétiens. — L'Érection de la basiligue de Saint-Pierre.
4. Sous la douai ion de Home : La découverte de la vraie croix par l'impératrice Hélène. — Constantin guéri de la lèpre par le pape. — Les apôtres saints Pierre et Paul apparaissent à Constantin.
Dans les embrasures des fenêtres : <l«'s allégories et quatre petits snjels. Les Païens sont conrertis au christianisme. — Saint Sylvestre enchaîne un dragon. — Constantin salue sa mère Hélène. — Saint Grégoire compose ses homélies.
Tous ces petits sujets ont été gravés par P. -S. Rartoli.
Les figures posées sur les pilastres représentent la Lune, le Soleil, des jeunes tilles et des jeunes gens portant l'emblème de Léon \ el sa devise SVAVE.
La décoration de la voûte, de la tin du xvr siècle, est de Tommaso Lauretti.
nu ME
CHAPELLE DE NICOLAS V (1447-1455)
Une porte mène, de la salle de Constantin, à la salle dite dei chiaroscuri, ancienne antichambre des appartements pontificaux. La décoration, en grisaille, de l'école de Raphaël, sous la direction de Giovanni da Udine se compose d'encadrements rectangulaires renfermant des figures d'évangélistes, d'apôtres et de saints, surmontés de compositions allégoriques.
De là, on pénètre dans la chapelle, dite de Nicolas V, décorée par Fra Beato Angelico da Fiesole.
Fra Angelico appelé à Rome, en 1445, par le pape Eugène IV, y avait peint, d'abord, dans le Vatican, la chapelle du Saint-Sacrement qui fut démolie sous Paul III (1534-1550). C'est de Rome qu'il alla, en 1447, passer plusieurs mois d'été, à Orvieto, pour y peindre les Prophètes, sur la voûte de la chapelle de Saint-Brizio dans la cathédrale. La même année, Nicolas V, successeur d'Eugène IV, dès son avènement, l'avait maintenu dans ses fonctions et lui avait confié le soin de peindre son oratoire, qui lui servait aussi de cabinet de travail ou studio. Voir Muntz (Les Primitifs (i, 66i). Vers 1451, Fra Angelico retourna en Toscane où il séjourna près de deux années. M. Faucon place, avant ce voyage, les fresques de ïHistoirc de saint Étienne et après, celles de YHistoire de saint Laurent, où il constate l'intervention plus considérable des élèves, notamment de Benozzo Gozzoli.
Sur trois parois de cette pièce rectangulaire sont représentés, sur deux rangées superposées, les épisodes de la vie de saint Étienne et de saint Laurent, encadrées par les figures des docteurs de l'Église :
« Épisodes traités avec un accent naïf de vérité, et une franchise d'observation familière qui montrent le pieux moine sincèrement associé au mouvement naturaliste et érudit de son temps, dans la mesure qui convenait à sa foi » (G. Lakenestre, La Peint, ilal., — « Ici Fra Angelico se découvre à nous dans ieplus complet développement de son talent, dans toute la sérénité de son art; et, quand on songe qu'il était alors avancé en à're, on ne peut se défendre d'un mouvement de surprise devant la fraîcheur de sa force créatrice et la puissance de son exécution » (Supino, Fra Angelico, m).
A. Rangée inférieure '. Épisodes de la vie] de saint Étienne.
1° "Le Saint est ordonné prêtre. — Dans un intérieur d'église, à gauche, debout sur les degrés de l'autel, saint Pierre, en robe verte et manteau jaune, se tourne pour donner la communion à saint Étienne agenouillé,
CHAPELLE DE NICOLAS V
Cticbé Andereon. TypogiAwre Jeu Hahwu
Beato Angelico da Fie sole (Fra Giovanni <lil). Sdini Etienne prêchant.
CHAPELLE DE NICOLAS V
en rblfe blanche. An fond, sept fidèles, debout, devant quatre colonnes de la nef.
« Ici, il n'y a, ni la gravité de Giotlo, nj la força de Ylasaccio, mais on sent comme une fraternelle affection jointe à la ferveur religieuse » (Cn. et Cav., /f., i, 591).
'2° "Le Saint distribue des aumônes. — A gauche, le saint, en vêtement gris et manteau jaune, un diacre à ses côtés, donne une pièce de monnaie à un enfant qu'accompagne une femme, en robe rouge et voile blanc. Au second plan, un mendiant en tunique verte. A droite, un antre mendiant, en bleu, s'avance, tandis qu'une femme s'éloigne, un paquet à In main. Au fond, un monument surmonté de minarets, ombragé par des arbres.
« Connue scène de charité, jamais Angelico ne peignit quelque chose de plus pathétique » (Cn. et Cav., IL, i, soi)..
.">" * Le Saint prêchant et le Saint amené devant le Conseil de Jérusalem. Â gauche, sur une place publique, adossé au bâtiment du Conseil qui occupe la partie droite, le Saint, debout, en manteau rouge, de prolil tourné vers la droite, prêcHe devant un groupe de femmes assises à terre, avec quelques enfants. Au fond, devant des édilices, à l'entrée d'une rue, huit hommes debout.
« Comme le fait sainte Catherine dans la fresque de saint Clément (voir p. sooi. ici, le Saint appuie ses raisonnements du jeu de ses mains. Les auditeurs, qui -.•niMrnt frappés par ses arguments, sont admirables •> ^Cu. et Ca\., id.\.
A droite, dans l'intérieur d'une petite salle, le saint, en vêlement vert et manteau jaune, plaide sa cause devant le Conseil; au fond, est assis le président; a gauche, en avant, les faux témoins.
4° * Suppliée du saint. — A gauche, près d'une poterne, saint Ktienne est entraîné, hors de Jérusalem, par trois bourreaux, dont l'un le menace, une pierre à la main; au milieu, la muraille crénelée qui s'enfonce à l'horizon; à droite, le Saint agenouillé, est lapide par les deux faux témoins, eu présence d'une nombreuse assistance.
B. — Rangée inférieure : Episodes de la vie de saint Laurent.
« Les scènes de la vie de saint Laurent ne sont pas moins belles; et c'est vraiment une merveille de voir comment l'artiste a pu, sans ^e répéter, exprimer une seconde fois des motifs analogues à ceux de la vie de saint Ktienne .. (Si cim», itL.
1° * Le Saint est ordonné diacre. — Dans la nef centrale d'une basilique, le pape Sixte II, sous les traits de Nicolas Y. portant la tiare, en dalmatique bleue, assis à gauche, sur un siège en X, posé sur une estrade rouge.
ROME
ayant trois prêtres derrière lui, tend le saint ciboire à saint Laurent, agenouillé, en longue robe rose à dessins d'or; au second plan, au milieu, deux prêtres, en tuniques bleues; à droite, trois desservants, en surplis blancs.
2° *Le Pape remet au saint V argent pour ses aumônes. — Au milieu, Sixte II, debout, tend une bourse au saint agenouillé; au second plan, trois religieux, l'un portant des objets divers, l'autre se tournant à gauche vers des soldats qui enfoncent la porte de l'église.
5° * Saint Laurent distribuant ses aumônes. — Devant la porte ouverte d'une basilique, au milieu, le saint, une bourse dans la main gauche, fait l'aumône à un cul-de-jatte, vu de dos, en tunique verte; à droite, debout, un aveugle, en vêtement jaune, tâtant le sol de son bcâton; un vieillard, en bonnet blanc, à longue barbe et en robe bleue sïnclinant, la main tendue ; une femme, en fichu blanc et chapeau noir, les mains jointes et un homme avec deux petits enfants, qui se disputent une pièce de monnaie. A gauche, un estropié, en tunique rouge, dont la jambe droite est bandée, s'appuyant sur une béquille, et deux femmes, l'une portant un nourrisson dans ses bras, l'autre tenant un petit enfant par la main.
« C'est dans ce motif que Fra Angelico a réussi à rendre d'une manière complète ses sentiments; il a été inondé de joie, en songeant à la charité du saint, au bonheur des pauvres secourus; et cette joie, sincère et sereine, il l'a répandue sur le visage des divers personnages; l'artiste a dépensé, pour animer ces physionomies, une habileté peu commune et une extraordinaire puissance de vérité, en même temps qu'il nous surprend par la nouveauté de l'ornementation, et de la décoration des piliers » (Supino, id., et Frizzoni, Arch. Sto., 1897, p. m).
4° * Le Saint devant l'empereur, et* le Saint supplicié. — A gauche, le Saint, la tête auréolée, les mains liées derrière le dos, est conduit par un soldat, en justaucorps jaune, une masse d'armes à la main, devant l'empereur. Celui-ci est assis, au second plan, sur un trône, dans une niche, vêtu d'une tunique rose et or et d'un manteau gris. A ses pieds, des fouets et autres instruments de torture ; sur les côtés, des assistants; au fond, une muraille tendue, à mi-hauteur, d'une draperie verte. A droite, au fond, un édifice surmonté d'une terrasse, du haut de laquelle l'empereur et sa suite assistent au supplice, et, dans lequel, par une fenêtre à barreaux, on aperçoit le saint dans sa prison, consolant un homme, agenouillé devant lui. En avant, un bourreau, attisant, avec une fourche, le feu qui brûle sous le gril sur lequel est étendu le Saint qu'un autre bourreau maintient. Trois assistants regardent en riant le martyre.
CHAPELLE DE NICOLAS V
Iïeato Angelico da Fiesole (Fra Giovanni dit). Saint Laurent distribuant des aumônes.
CHAPELLE DE NICOLAS v.
Cette dernière fresque est très restaurée. « Sur ce panneau, l'étude de l'art antique est encore plus manifeste que dans les autres fresques. On la retrouve, non seulement dans l'architecture, mais jusque dans le style dés armures de soldats et dans les statues qui ornent les niches » (Suh.no, id.j.
Sur les piliers et l'arcade cintrée qui entoure l'autel sont représentés des docteurs. Saint Anastase et saint Jean-dhrysostome ont été Ira importés sur toile. Au plafond, les quatre Kvangélistes.
« Ces personnages^ lent les helles et célèHet figure? d'Orvieto » iIIurck.,6**). — «Après avoir visité la chapelle Sixtine et être sorti humide "t meurtri de la grandeur terrihle et de la violence splendidc de Michel-An^e, après s'être promené- à travrs les Chamhres où le plus parlai! des peintres a laissé son chef-d'œuvre, l'esprit du visiteur, trouhlé par le premier, remis en équilihrc par le second, trouve du calme et du hien-ètie dans la chapelle de Nicolas V, où, comme d'ailleurs dans toutes ses peinture;. Kra An^elico parle à l'âme et lui inspire de l'amour et de la tendresse » (Cit. et Cav., //.. i, r.iw. — Quelques critiques ont cru retrouver ici. en plusieurs détails, la main de l'.< no/zo Co/zoli i V «n r Vas., ii, sic). Cette collahoration nous semhle au moins douteuse. Consulter l'article de M. Ve.nti ni dans l'Art*, janvier 1901.
ROME
LES LOGES (Loggie).
De la salle de Constantin, on passe dans la galerie sur la cour de Saint-Damase, galerie connue sous le nom des Loggie ou Loges de Raphaël.
C'est après la mort de Bramante, que Raphaël, nommé par Léon X architecte de Saint-Pierre et du Vatican conçut le projet de compléter ce palais par une triple rangée de portiques ou loggie. Ayant exécuté d'abord un modèle de sa construction qui fut approuvé par le Souverain Pontife, il se mit aussitôt à l'œuvre. Les deux premiers étages sont formés d'une suite d'arcades reposant, sur des pilastres. Dans le troisième, l'entablement est soutenu par des colonnes; plus tard, sous Grégoire XIII et ses successeurs, les deux ailes latérales élevées autour de la cour modifièrent l'aspect primitif de l'édifice et en altérèrent l'harmonie.
Ces loges furent décorées : au premier étage par Giovanni da Udinc; au troisième par le Chevalier d'Arpin et ses élèves. C'est Raphaël lui-même qui fournit les dessins des fresques du second étage, dont la décoration encastre cinquante-deux compositions, mesurant chacune 2 mètres de hauteur sur 1 m. 40 de largeur. Tandis que les trois faces extérieures des pilastres et les cintres des arcades sont couverts d'arabesques et de stucs, chacune des treize voûtes, divisées par deux arcs, renferme les motifs principaux quatre par quatre. A la clef de chaque voûte, dans un caisson, un ange, en stuc, porte l'anneau de saint Pierre et les palmes de Léon X. L'un d'entre eux tient l'écusson des Médicis. Les soubassements des fenêtres étaient ornés de grisailles, maintenant effacées, imitant des bas-reliefs en bronze qui ont été gravés par Pietro San fi Bartoli. Les espaces entre ces fenêtres et les arcades sont encore couvertes de décorations sur fond bleu. Depuis 1815, les fenêtres des galeries sont vitrées. Parmi les élèves de Raphaël qui collaborèrent à cette décoration, sous la direction de Jules Romain, il faut citer, d'après Vasari ( iv, 562), Francesco Penni, Pellegrino da Modena, Bartolomeo da Bagnacavallo, Raffaello del Colle, Gaudenzio Ferrari, etc.: mais aucun document ne permet d'établir avec certitude quelle part revient à chacun d'eux.
« Aucune œuvre de Raphaël n'est plus justement signée de son nom; non qu'on n'y reconnaisse, en beaucoup d'endroits, la main de ses élèves ; mais on y sent toujours aussi la forte main du maître, qui n'a cessé de guider, de soutenir et d'encourager les efforts