MOUVEMENT ET REPOS
La mer est agitée et le ciel est serein, L'un, miroir de la paix, et l'autre, du chagrin ; Le repos vainement se cherche sur la terre. Il ne sera qu'au ciel que nul trouble n'altère.
Les pauvres rois ne sont plus, comme on les repré- ^ïitailau moyen âge, le sceptre en main et la couronne
au front, respectés au fond d'une majestueuse solitude ; ils ne sont plus, comme au temps de Salomon, occupés à deviner d'ingénieuses énigmes a\ecla reine de Saba; le sphinx de la démocratie leur donne d'autre fil à détordre. Les rois intéressent aujourd'hui comme des Prométhées cloués sur leur trône et rongés par les vautours des révolutions.
Le côté le plus original du talent poétique du roi Louis est dû à sa position royale; ce sont les plaintes qu'exhale cette nature d'artiste et de poëte sur les ennuis de son métier de roi. On se met si bien à sa place !
Voici quelques fragments auxquels nous laissons leurs
titres :
tt Me voilà roi : Qu'ai-je fait pour le devenir? N'importe comment la couronne est tombée sur ma tète, il faut la mériter. J'y
consens^ mais voyons Pourrai-je encore revoler vers l'Italie,
m'asseoir au bord des cascades de Tivoli, rêver la nuit sous les ombres du Colysée?... Consentirez- vous à me laisser traverser, pèlerin inconnu, toutes ces régions consacrées par la gloire et les arts? Non, je ne dois plus voir la nature que dans les jardins sablés de Munich, à travers les stores de mon carrosse. Je vous l'ai dit : me voilà roi. A moi devenu roi : Maintenant tu ne peux être heureux que par le bonheur des autres Tu es mort pour toi-même,
mais tu revivras dans tous. La vie d'un roi : La couronne pétriBe tout comme la tête de la Gorgone... Les couleurs ravissantes du passé ont pâli; le présent n'en a plus pour le roi; l'avenir ne lui en laisse point apercevoir Les soucis d'hier l'attendent aujourd'hui. Mes rêves : Mon plus grand malheur, quand je dors^ c'est de rêver que je suis roi. Mais si je puis, par une douce illusion, me trouver confondu dans la foule des êtres qui vivent d'une autre vie que moi, je suis heureux. Mon refuge : Souvenir brillant de Rome, je me réfugie vers toi, comme vers le printemps, pour me soustraire au présent, froid comme l'hiver. »
En I8I8, se trouvant à Rome, il a adressé de beaux vers à la jeune école allemande, et, dans son enthou-
siasme lyrique, il représente Tardent Cornélius comme le saint Paul, et le doux Owerbeck comme le saint Jean de Tart catholique allemand : ^
« Gloire^ honneur aux cœurs généreux qui s'efforcent avec une noble persévérance d'atteindre le but sublime de leur art; qui, s'inquiétant peu des biens de ce monde, n'obéissent qu'à la voix du sentiment !
« 0 toi qui brûles d'un feu semblable à celui qui dévorait Paul, (Cornélius,) dont le zèle était pareil au tien; et toi aussi qui, dans ta naïve candeur, es aussi étranger au mal que Tétait Jean (Owerbeck) ;
« Et vous tous, nobles jeunes hommes, qui êtes de grands artistes, parce que vous êtes chrétiens, vous dont l'ardeur héroïque jamais ne se &tigue, c'est à vous que j'adresse ces vers !
« Les apôtres, envoyés dans le monde par leur divin maître, ont répandu en tout lieu la parole du salut. On peut dire de vous, dont les œuvres s'adressent à toute l'Allemagne, que c'est par vous que l'art se répand aussi en tout lieu.
a De même que l'Italie a reçu de la Grèce les arts qui ennoblissent la vie, de même l'art quitte aujourd'hui l'Allemagne pour retourner en Italie, où le véritable art a disparu.
« Orgueil et joie de notre patrie allemande, artistes allemands réunis à Rome, vous êtes semblables au soleil perçant un nuage qui depuis longtemps nous dérobait le jour ; vous verser la lumière au milieu- de la nuit qui nous entoure ! »