‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 15 sur 82 · A MON FILS · texte numérisé non relu

A MON FILS

Rome est comme la basilique universelle de la chrétienté, formée avec des pierres de tous les siècles, des souvenirs de tous les pays, et dans laquelle chaque nation catholique a sa chapelle et son autel national. Nous retrouvons à Rome une patrie commune et comme l'image transfigurée de nos différentes patries sur la terre. c( La religion doit aussi sanctifier le sentiment de la patrie en adoucissant sa tendance à Tégoïsme national. Rome correspond mieux que toute autre ville du monde à cette action de la piété sur le patriotisme. Si un peifjple possédait une cathédrale entourée d'un portique auquel chacune des provinces aurait fourni une arcade ou une colonne, qui serait son œuvre, qui porterait son nom, ce monument serait un harmonieux emblème des diversités que renferme l'unité de ce peuple. Le monde chrétien se trouve avoir quelque chose d'analogue. A l'ombre

de la grande basilique des Papes, la plupart des nations chrétiennes ont chacune son église, ses fêtes, ses tombes nationales. Chacun de nous rencontre les reflets de Thistoire de sa patrie sur quelque monument sacré, chacun y respire, dans l'atmosphère de la religion, l'air de son pays. Des établissements nationaux, réunis dans une même ville par la politique ou le commerce, y représentent bien moins la concorde que la division. Les comptoirs sont des rivaux, les autels sont des frères. C'est là une des causes d'un sentiment qu'éprouvent presque toutes les personnes qui habitent Rome pendant quelque temps, loin de leur pays natal. On ne se sent nulle part aussi peu étranger que dans cette ville. » (Mgr Gebbet.)

S.-Louis-des-Français, S.-Yves-des-Bretons, S.-Ni-

colas-des-Lorrains, S.-Claude-des-Bourguignons , S.-

Jacques-des-Espagnols , N.-D.-du-Montserrat-des-Ca-

talans-et-des-Aragonais , S.-Antoine- des -Portugais ,

Ste-Marie-de-l'Ame- des-Autrichiens , S.-Isidore-des-

Irlandais, S.-André-des-Écossais, S.-Thomas-de-Can-

torbéry-du-Collége-Anglais , S. -Julien -des-Flamands ,

SS.-Martin-et-Sébastien-des-Suisses , S. -Stanislas -des-

Polonais, le T.-S.-Suaire-des-Piémontais, S.-Jean-

Baptist0-des-Gênois, S.-Charles-des-Milanais, S.-Am-

broise-des-Lombards , S.-Esprit-des-Napolitains , S.-

Jean-des^Florentins, S.-Marc-des-Vénitiens, Ste-Croix-

des-Lucquois, Ste-Anne-des-Brescians, S.-Barthélemy-

des-Bergamasques , S.-Jérôme-des-Esclavons-et-des-

Dalmates , S.-Athanase-des-Grecs , Ste-Agathe-des-

Goths, Ste-Marie-des-Égyptiens, Ste-Marie-de-Constan-

tinople, S.-Biagio-des-Arméniens, voilà ce que je nomme

8i SAINT-LOUIS-DES-FRANÇAIS.

les chapelles nationales que chaque peuple chrétien possède dans cette immense basilique qu'on appelle' Rome. Saînt-Louis-des-Français s'élève non loin du Panthéon, au milieu de Fancien Champ-de-Mars romain , ce qui nous va à merveille, s'écrierait un poôtc classique faisâni rimer lauriers et guerriers, français et succès, il y avait là jadis une chiusola de Ste-Marie-de-CeHes, ainsi nommée des salles des thermes alexandrins; tout auprès, un prieuré de bénédictins était annexé à l'église de S.-Sauveur-des-Thermes. La France, avec l'approbation de Sixte IV, échangea les deux églises qu'elle possédait dans le quartier délia Valle pour ces deux-ci; Grégoire XIII lui concéda encore les deux églises voisines de S.-Denis et de S.-Benoît. Plus tard, la France voulut avoir à Rome une église en harmonie avec sa puissance et èa piété. La première pierre de Saint-Louis-des-Français fut posée, le 9 octobre 1478, par le sire de Montreuil, ambassadeur du roi Louis onzième. La noble façade en pierre de Tivoli, à deux ordres, dorique et ionique, fut élevée par le célèbre Giacomo délia Porta, aux frais de Catherine de Médicis et du cardinal Contarel. Catherine fit construire tout auprès, par Luîgi Cigoli, un grand palais qui prit d'elle le nom de Palais Madame: c'est un des premiers monuments que les étrangers visitent à Rome, parce qu'ils y trouvent la poste aux lettres ; le palais est en outre la résidence du ministre des finances, et il sert de passage pour aller du Panthéon à la place Navone.Saint-Louis-des-Français fut achevé et consacré le 8 octobre 1589, Tannée même de la mort de Catherine de Médicis. Cette église fut dédiée à la sainte Vierge, patronne de la France: à saint Louis, roi de France, et

SAINT-LOUIS-DES. FRANÇAIS. 8:i

à saint Denis rAréop;igiste, apôtre des Gaules ^ Notre compatriote Lestache a orné la majestueuse façade des statues de Cbarlemagne et de saint Louis, de sainte Glotilde et de .Blanche de Gastille. Au-dessus du portail s'élève récusson français, où s'épanouissent dans leur champ d'or les trois lys de France. On n'a pas pensé à les effacer. Rome est la gardienne fidèle du passé. L'Evangile l'a dit : Lilia non laboraiU neque tient, et pourtant, Salomon,dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un d'eux. De chaque côté de la porte se dressent les deux grandes salamandres de François 1".

M. A. me mène à Saint-Louis-des-Français voir un de ses anciens élèves, l'abbé D., qui est un des chapelains chargés de desservir l'église et l'hôpital de nos nationaux. Nous le trouvons dans sa petite cellule, plongé jusqu'au cou dans l'étude de son cher saint Thomas. Il nous donne des détails intéressants sur Saint-Louis et Torganisation de cette paroisse toute française, administrée au temporel par les Français notables de Rome sous la présidence de l'ambassadeur de France. Nos chapelains logent dans un palais annexé à l'église, et qui fait partie d'un groupe de constructions appelé à Rome l'île ou le quartier des Français, isola dei Francesi. Il y a douze chapelains : six nommés à vie, six temporaires; ils vivent en communauté et forment une sorte d'acadé-

^ Ainsi^ n'en déplaise à nos critiques do réaction^ Rome et nos aïeux ont toujours cru que la Gaule celtique tient la Toi de l'illustre disciple do saint Paul. Lorsqu'on a lu les savantes dissertations du P. Mamacbi, on. s étonne que la France moderne ait pu répudier une si noble origine. Jusqu'au commencement du dix-scplicmc siècle on ne mettait pas en doute, même parmi nous, la mission de saint Denis. Le martyrologe galliian, publié par le savant du Saussayc, et Saint-Louis-des-Français à Rome, en sont un double monument. (M. l'abbé Gaumc, les TroiV Rmne.)

mie religieuse, sœur de notre académie artistique de la villa Medici. Mgr Level est maintenant le supérieur de Saint-Louis. A Madrid, nous avons aussi un Saint-Louisdes-Français. A Gênes, dans Téglise de FAnnunziata, la France a une chapelle nationale qui est charmante, et que j'ai vue restaurée.

Amour-propre national à part, on peut dire qu'aucune nation ne possède ici une plus noble église que la Fille aînée du Saint-Siège. Saint-Louis-des-Français est une des belles églises de Rome; elle n'est pas trèsgrande, mais elle peut contenir encore bien des Français; son intérieur est délicieux d'architecture et de décoration. Couverte de marbres et de dorures de bon goût, elle est claire, noble et riante comme le génie français ; la nef est tout incrustée de jaspe de Sicile veiné de rose et de blanc; d'excellentes peintures ornent plusieurs de ses chapelles, les plus remarquables sont les fresques du Dominiquin : d'un côté, sainte Cécile distribuant ses aumônes; en face, le martyre de la patronne de la musique, chef-d'œuvre de dessin et d'expression que Rome doit à un Français ; ces fresques ont été commandées, payées et données à Saint-Louis par Pierre Pollet, de Noyon, écuyer apostolique, en 1616. Dans la chapelle de Saint-Remi, le Sermoneta a représenté la bataille de Tolbiac qui a fondé la France sous la protection du Dieu de Clotilde. Parrocel a peint, dans la troisième chapelle, à droite, la bienheureuse Jeanne de Valois, fille de Louis XI, femme de Louis XII, lequel fit déclarer, par un jugement solennel, la nullité de son mariage. Si celte pieuse princesse cessa de régner sur un trône fragile, son empire ne fit que s'étendre dans les cœurs, et

Fauréole de la sainteté remplaça sur sa tête le diadème (|u elle n^avait pas ambitionné, et qa^elle dut déposer. Elle fonda l'Ordre des Annonciades de Marie et fut adorée par ses vertus et sa charité. Elle mourut à Bourges en 1505, et fut canonisée par Benoît XIV. Pie VI accorda à toute la France le pouvoir de célébrer la messe et l'office de sainte Jeanne de Valois. Ise peintre Ta représentée en religieuse, avec le scapulaire rouge, entourée de ses nonnes, à genoux devant la Vierge.

Les tombeaux français de Saint-Louis sont intéressants : on y voit ceux de sept cardinaux français, cinq ambassadeurs de France, quatre directeurs de l'Académie et un grand maître de Malte, le chevaleresque Jean de la Cassière. On remarque le monument et le portrait en mosaïque du cardinal d'Ossat, ce fils de maréchal ferrant devenu ambassadeur de Henri IV à Rome, un des premiers et des meilleurs écrivains français. J'aime le tombeau de Seroux d'Agincourt, le patriarche des savants français à Rome, qui, venu pour passer quelques mois dans la Ville-Éternelle , y resta quarante ans et y mourut.

On lit cette inscription dans la chapelle de Saint-Sébastien, à gauche :

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