A M. DEIN
A BRBST.
Non-seulement la France a sa grande église nationale dans Saint-Louis dès-Français, mais trois de ses provinces, Bretagne, Lorraine et Bourgogne, ont élevé chacune une église particulière a Rome. A chaque pas, dans la Ville-Éternelle, le pèlerin français trouve un souvenir de sa patrie, un souvenir de conquête, depiété ou de charité K
Ml y a même du sang frank dans le sang romain. Charlemagne fut eu réalité souverain de Rome dont il fit une des métropoles de son vaste empire. Il avait établi des postes et des commandants dans la campagne romaine, et à Rome même, dans les thermes Alexandrins dont ils firent leur palais ; c'est là que s'est élevé Saint-Louis-des-Français. Ces chefs franks épousèrent des Romaines. « Les belles patriciennes ne s^efTruyaient pas du naturel inculte mais cueri^iquc de ces hommes qui ne connaissaient que leur épée. Elles mêlèrent donc sans peine le vieux sang latin au sang frank, et de ce mélange il sortit une race mixte unissant à la \ivacité d'esprit, aux passions ardentes des mères, toute la chaleur et la
Après Charlemagne et ses descendants, Rome reçut dans ses murs le (ils de Hugues Capet, le bon roi Robert. Il n^y vint pas en conquérant, mais en pieux pèlerin : c'était une âme. tendre, pieuse et poétique. Nouveau David, il chanta sur le trône les louanges du Très-Haut. Nous répétons encore les cantiques composés par ce fils aîné de l'Eglise : son hymne, Fent, Sancte Spiritm, est célèbre par l'élévation de la pensée, la majesté de style et la suavité de l'inspiration.
En contemplant l'autre jour la statue de l'archange posé, l'épée nue à la main, sur le sommet du château Saint-Ange, on me rappelait la réponse d'un officier français assiégé dans ce fort par les troupes napolitaines à une époque de nos guerres d'Italie: « Je me rendrai quand l'ange remettra son épée dans le fourreau. »
Sur le sommet du mont Mario qui domine Rome, et qu^on appelait au moyen âge le mont Malo (Dante le nomme ainsi) , Othon IV , la veille de son entrée et de son couronnement à Rome , renouvela , entouré de son armée, le serment de respecter l'inviolabilité de l'Église romaine, a Mais la forêt de lances qui couvrit alors cette montagne, brille moins aux yeux de la postérité qu'une pauvre petite image peinte sur la porte d'un hôpital fondé dans le moyen âge, au pied de ce mont Mario. Un lépreux français n'avait pas accepté pour son usage les sols et les liards qu'il avait reçus de la charité publique ; il les avait entassés petit ^à petit pour fournir un asile à ses frères en Dieu et en infortune : singulière
foree du sang paternel. Tels étaient les comtes de Tusculum, qui jouèrent le premier rôle à Rome sur la scène politique du dixième siècle. » {Mary Lafon, Rome moderne.)
maison, dont chaque pierre pouvait être le don de quelque ricbe , tandis que la maison tout entière était Tanmône d'un mendiant. L'enseigne de riiospiee établi en cet endroit représentait le lépreux Lazare avec deux chiens qui léchaient les plaies de ses jambes *• »
Dans le quartier des Quatre-Fontaines, prè§ de Sainte- Marie -Majeure, quelques religieux français de la Sainte- Trinité pour le rachat des captifs, ont élevé en 1619 une église qu'ils dédièrent à saint Denis l'Aréopagite. Louis-Antoine David y a peint l'Apôtre des Gaules tenant à la main sa tête coupée :
E'I capo tronco lenea per le ch\ome, Pesol con inano a giiisa di lanterna.
(Dante, Inf. xxviii.)
Cette église, restaurée en 1815, est passée avec le couvent aux mains des religieuses françaises de Saint- Basile, qui y ont un conservatorio pour l'éducation des jeunes filles.
Le jardin du couvent s'appelle VOrlo del Greco, parce qu'un Grec de Scio y cultiva, pour la première fois à Rome, le sellaro^ sous le pontificat de Clément VllI.
Visitons maintenant les églises nationales des Lorrains , des Bourguignons et des Bretons.
Non loin de la place Navone , presque en face Sainte- Marie-de-l'Ame des Autrichiens, s'élève Saint Nicolas
* Mgr Gerbet. Un povero Francesc lebbroso, con i dcnarî^ chc dalla pietà de' fedeli ave va raccolto in inolti anni, vi ercssc il medesimo spedale, e vi mori. L'inscgna dello stesso è un s. Lazzaro lebbroso , con duc cani, che gli leccano le piaghe dolle gambe secondo la storia^ o parabola evangelica. [Piazza, Eusevologio Romano, 1. I,c. 4.)
BRETONS, LORRAINS ET BOURGUIGNONS. 9.i
des Lorrains, construit en 1622 par Carlo Fontana sur les ruines du cirque Alexandrin. Grégoire XIV le concéda à la ncUion des Lorrains , qui avait donné à Rome un Pape, Etienne IX, et qui réédifia Téglise en 1626, en inscrivant sur sa façade :
IN HONORBM SANCTI NICOLAl NATIO LOTHARINGORVM.
C^est une délicieuse miniature de Saint-Louis-des- Français, plaquée aussi de jaspe de Sicile, semée de rouge et de blanc, brillante de dorures; église toute mignonne, qui est fière de sa coupolinette élancée. Bas-relief curieux de la vie de saint Nicolas. On le voit prier à genoux dans le bain où on le lave en naissant, oi'at in balneo duabus horis. Un jour de jeûne il s'abstint de prendre le lait de sa nourrice, ab$linuU a lactare. Saint-Nicolas-des-Lorrains, administré comme Saint- Louis par l'œuvre pie des Français à Rome, avait pour recteur Mgr Terrigi, qui vient de mourir; cette église est confiée aujourd'hui au R. P. Drouelle, supérieur des maisons fondées à Rome par la congrégation de Sainte - Croix-lès-le-Mans.
En face du palais Verospi au Corso , qui, appartient à Don Marino Torlonia, s'ouvre la rue de San-Claudio, qui mène à Téglise de Saint<€laude des Bourguignons réédifiée au dix-huitième siècle sur les plans d'Antoine Derizet , architecte français , lequel reconstruisit aussi l'hôpital annexé, fondé en 1662 par François Henry , Bourguignon, qui lui laissa tous ses biens. Au portail se dressent les statues des deux saints protecteurs de la
Bourgogne; saint André sculpté par Breton, saint Claude , par Grandjacquet :
CX)iaTATVS BVRG. 8S« ANDREfi APOST.
ET CLAVDIO BPISC, NATIO DIC. MOCCXXIX.
C'est une jolie église formée seulement d'une rotoQcle à coupole. A gauche de Vaùtel , la Résurrection^ taljléà'u peint par Troy , directeur de l'Académie de France. Je remarque à terre la pierre tombale d'Etienne Monpot , architecte de Bourgogne. On trouve à la Sainte-Trinitédes-Pèlerins Tépitaphe d'un pauvre Bourguignon, Henri Hugonnet, mort à l'hospice pendant son pèlerinage :
HENRICVS VGONETTVS
NOTARII FILIVS. BVRGVNDVS
SVVM VLTmVM CLAVSIT DIEU DIE XIH JVNII lliDCXXIX