MICHAEL GIVELLETTV8 ROM. PRO BENE MERITIS POSVIT
11 y a à Rome la rue des Bourguignons, via Borgognona. Le palais Doria possède une bataille estimée du peinti*e Jacques Courtois surnommé le Bourguignon. Auprès du Latran, la petite chapelle ronde de San-Giovanni-tn-Ofeo, qui rappelle le lieu où l'Apôtre bien-aimé fut plongé dans une chaudière d'eau bouillante, a été construite en 1509 par Mgr Benoit-Adam de Bourgogne, auditeur de rote pour la France ; sur la façade, on voit ses armes, qui sont trois aigles, et sa devise: Av plaisir
DE DiEV.
DIVO lOANKI EVANGELISTfi SACELLVM
BENEDICTVS
ADAM AVDITOR GALLI^. DICAVIT
IVUO PONT. MAX. ANN. MCCCrCVlIll,
Voilà les souvenirs que j^ai recueillis à Rome sur notre antique Bourgogne qui a donné deux papes a la chrétienté, Nicolas II et Calixte II; qui fut la patrie de Bossuet et de Lacordairé« et dont un vieil auteur, Paul Emile, disait : « Les habitants de la Bourgogm! sont bons catholiques^ fort arrêtés en leurs opinions, pleins de franchise et de grand naturel, laborieux au reste et jaloux observateurs de la liberté, contre qui que ce soit et le roi lui-même, si la nécessité le requiert, w
Brizeux, le charmant poète des Bretons, a adressé de beaux vers à saint Mauto ; c'est, nous dit-il, le nom italien de saint Malo.
Gemment^ bon saint Malo, pauTre évêque breton, Une église de Rome a-t-elle pris ton nom?... Patron des voyageurs, les fils de ton rivage, Venus à ce milieu de l'univers chrétien, Connaîtront désormais ton nom italien.... Et là-bas, près des mers, sous ta sombre chapelle, Fête-les au retour, bon saint, et souris leur Quand, sur ton humble autel, ils mettront une fleur De la Ville ÉterneUe !
Je n'ai pas trouvé à Rome d'église à saint Mauto ; peutêtre Brizeux l'a-t-il confondue avec Saînt-Yves-des- Bretons, oii je vais vous mener par la rue de la Truie, la via délia Scrofa. Votre cœur hretonnant va battre à la vue de l'inscription gravée au front de cette église :
DÏVO IVONI TRECORÈNSl PAVPERVM ET VIDVARVM
ADVOCATO NATIO BRITANNliE
JEDEM HANC JAMPRIDEM CONSECRATAM RESTAVRAVIT
AN. 0. MDLXYIII.
Ces entêtés de Bretons ne disent pas encore la province, mais la nation de Bretagne ; ils se croient tou- II 7
jours sous le règne de très-haute et très-glorieuse souveraine la duchesse Anne.
Saint-Yves fut construit en 1455, avant Saint-Louisdes-Français,Sainl-Nicolas-des-Lorrains et Saint-Claudedes-Bourgui gnons. Le pape Calixte III, Borgia, concéda, en 1456, cette église à la Bretagne, à la prière du cardinal Alain de Coétivy de Taillebourg, évêque de Sabine. Le tombeau de ce cardinal breton n'est pas à Saint-Yves, mais à Sainte-Praxède dont il était titulaire : c'est un chef-d'œuvre de l'art du quinzième siècle; on y lit sa devise en celtique : Prkst ne ve , il serait temps ! C'est ce même cardinal qui fonda la délicieuse chapelle de la collégiale du Folgoat, que vous m'avez fait visiter dans ce voyage de Bretagne qui rappelle toujours à ma pensée ce charmant trio de manoirs : Maillé, Kerjan, Kerouzéré. J'aime cette nation bretonne, comme elle s'intitule à Rome ; oui, vous pouvez répéter avec votre poète :
Oui^ nous sommes encor les hommes d'Armorique,
La race courageuse et pourtant pacifique!....
Nous avons un cœur franc, pour détester les traîtres;
Nous adorons Jésus, le Dieu de nos ancêtres ;
Les chansons d'autrefois, toujours nous les chantons :
Oh ! nous no sommes pas les derniers des Bretons !
Qu'est-ce qui a fait passer les Alpes aux Gaulois et aux hommes du Nord? C'est le désir du soleil, c'est la fertilité de l'Italie, ce sont ses vignes, c'est le sang de la grappe qui les attirait. C'est ce qu'exprime si bien votre Barzas-Breiz dans le chant intitulé : Le vin des Gaulois et la dame de l'épée. On dit que les Bretons ont fondé Venise, et que les Vénitiens descendent des Venètes de
Vannes, en Morbihan *. Je viens de trouver dans l*Alighieri votre mot breton de pardons : le poète, au chant xiii du Purgatoire^ emploie ce mot en peignant, comme il sait peindre, les mendiants aveugles qui se tiennent près des églises, pendant les solennités religieuses, pour solliciter la charité des bonnes âmes.
Cosl li ciechi, a cui la roba folla
Stanno a' perdoni a chieder lor bisogna,
E l'uno il capo sopra V altro ayralla, Perché îq altrui pietà tosto si pogaa,
Non pur perlo sonar délie parole.
Ma per la yista che non raeno agogna.
Revenons à Saint- Yves-des-Bretons : c'est une petite église humble, basse et longue, où le cintre domine, où les piliers sont en granit gris, comme celui d'Armorique ; vous vous y croiriez dans une paroisse de votre pays, en voyant à la voûte l'hermine de Bretagne qui alterne avec les lys de France. Le vieux pavé en mosaïque est couvert de tombes bretonnes. J*ai remarqué l'épitaphe et l'écusson orné d'un lion du famosissimvs l'trivsqve jvris doctor R. P. Dhvs lacobvs de Pencoet, de Saint-Brieuc, auditeur de rote pour la France, mort le 25 août 1462. Il est sculpté en relief sur sa tombe, sans doute par le ciseau naïf de quelque artiste breton. Voici Pierre Ragot, prêtre du diocèse de Nantes, bienfaiteur de cette église, qui repose ici après une vie inquiète : Postvitam irreqvietain tandem reqviescit. Il mourut le dernier jour d'août 1714, et son ami, Antoine Bernard, lui fit ce monument. J'ai retrouvé dans Saint-
* Hos ego Venetos (Galles) eiistimo Venetiarum ad Adriaticum siniim esse auctores. (Strabon, livre iy.)
Yves, comme à Saint-Louis-des-Français , comme à Saint-Claude-des-Bourguignons , une inscription qui rappelle les dix jours d'indulgence accordés à ceux qui prient pro rege Franciœ.
Grégoire XIII, sur la demande de notre Henri III, a réuni Saint- Yves à Saint-Louis, où fut aussi transféré rtiôpital des malades et pèlerins bretons. L'union de la Bretagne et de la France avait été consommée par le mariage de la duchesse Anne avec le roi Louis XII.
Anne laissa tomber le joug sur la Celtique^ Sauvez du molus^ sauvez la harpe de Merlin.
(BaizEux.i
Vous avez deux cantiques bretons que j'aime pardessus les autres : c'est le cantique du Paradis et le cantique de l'Enfer, Ar Baradoz, Ann Ifekn. Le premier, dont l'air est aussi suave que les paroles, est naïf, charmant et mystique comme le Paradis de Frà Angelico ; le second est sombre comme VInferno de Dante et le Jugement dernier de Michel-Ange. M. de la Villemarqué nous a fait voir que certains passages du cantique breton poussent l'horreur jusqu'au dégoût, comme certains mystérieux recoins dans la fresque de la Sixtine. Il gran Padre Alighieri n'aurait pas dédaigné cette description armoricaine du séjour des damnés, dont le dernier trait est digne de son Lasciate ogni speranza : c< L'Enfer est un abîme profond, plein de ténèbres, où ne luit jamais la plus petite clarté ; les portes ont été fermées et verrouil- ]ées par Dieu, et il ne les ouvrira jamais : la clef en