‹ Rome; lettres d'un pèlerinChapitre 38 sur 82 · BALERIA LATOBIA CF. QVE VIX. AN. XLII F VIT BEDVA ANN. XII · texte numérisé non relu

BALERIA LATOBIA CF. QVE VIX. AN. XLII F VIT BEDVA ANN. XII

C'est Pollecla , qui vendait de l'orge sur la voie Neuve :

POLLECLA QVB ORDEV BENDET DE BIANOBA.

C'est Antessie , décrotteuse ou balayeuse des rues :

ANTESSIE ISTERCORIA IN PACE.

La glorieuse palme des martyrs décore la tombe de la pauvre décrotteuse, et en fait un monument plus vénérable que bien des mausolées royaux. C'est ainsi que le Christianisme entend la fraternité, l'égalité et la mort.

Les vrais successeurs des fossores, ce sont les ouvriers

^ Lucine, qui cachait et transportait les corps des martyrs dans son palanquin^ in pavone cum ennuchis suis. {Ex Cad, Later. Vat.)

250 DIOGÉNE LE FOSSOYEUR.

dont on se sert encore pour le déblaiement des voies cimetériales et l'extraction des reliques ^ Le Père Marchi nous a raconté, à propos d'eux, une de ses plus intéressantes découvertes. Il faut le laisser parler :

«C'était le soir du Vendredi-Saint, 21 marsl845; je vis accourir au Collége-Romaîn Giovanni Zinobili^ caporcde de la petite troupe des cavatori , employés aux fouilles par Mgr Giuseppe Maria Castellani, évêque de Porphyre et Sdcriste (gardien des reliques) du Souverain Pontife Grégoire XVI. Il venait me prévenir, en ma qualité de conservateur des catacombes, qu'en travaillant au cimetière de Saint-Hermès, il avait trouvé le loculus et l'épitaphe d'un martyr. Je lui ordonnai de n'y rien déranger, et d'attendre au lundi de Pâques pour descendre dans cette crypte avec moi. Ce jour-là, à l'aube du jour, j'étais dans le cimetière avec Zinobili, l'architecte Fontana et le peintre Bossi. Le caporde nous conta, sur les lieux mêmes, que , désespéré d'avoir passé tout le mois de fé-

* Ils travaillent, il est vrai, en sens inverse de leurs devanciers, ils ouvrent les tombes que ceux-là fermaient, mais c'est pour donnera l'œuvre des premiers son dernier complément, c'est pour faire passer les restes des martyrs de leurs sépulcres de pouzzolane sous le marbre des autels, transposition qui est l'emblème de leur transfiguration future. Ces employés ne sont pas des ouvriers ordinaires, mais choisis et affidés, formant une compagnie soumise à des règlements spéciaux : par une singulariic ou un à-propos qui a déjà été remarqué, les gages de ces fossoyeurs des vieilles sépultures sont pris sur le produit des dispenses de mariage, qui présagent de nouveaux baptêmes. Autant que j'ai pu en juger, cette classe d'ouvriers semble oÉfrir un type qui lui est propre: le caractère imposant et mystérieux des lieux où ils travaillent et de leurs travaux eux-mêmes, exerce une influence assez reconnaissablc sur la tournure d'esprit et l'imagination de ces braves gens, déjà disposés aux pensées graves par leur vive foi, et possédant d'ailleurs un certain sentiment des choses antiques, qui distingue le paysan romain, familiarisé avec elles depuis l'enfance. (Mgr Gerbet.)

DIÔGÈNE LE FOSSOYEUR. 251

vrier et la moitié de mars à fouiller inutilement cette crypte en ruines et prête à s ébouler, il avait fait un dernier effort , au risque d'y être enseveli vivant, pour voir enfin s'il ne trouverait pas un grappillon échappé à Tœil et à la main du vendangeur, ricercare se pur vi fasse U grappokllo sfuggito dVocchio e alla mafw del vendemmiatore. Enfin sa pioche rencontra un tombeau ; au premier coup, il découvrit ce commencement d'inscription : DP m iDYS septebr; au second, il lut : yacurrHVs, et ensuite : martyr. « Hyacinthe, martyr, déposé le 3 des ides de septembre. » Quel bonheur! qu€U giuhUoI Je remarquai avec joie que la chaux, que Zinobili avait détachée de la pierre avec son pic, gardait parfaitement Tempreinte en relief de Tépitaphe gravée en creux sur la pierre elle-même. Nous trouvâmes ensuite ces mots sur un fragment de corniche : sepvlcrvm PROTi M. « Sépulcre de Protée martyr. » Et enfin cette troisième inscription :

AGATiO SVBD

PECCATOai

Page 1