HIC DEPOSITA EST IN PACE ROME QU
BIXIT P. M. MENSES 111.
« Exsuperantia mourut le quinze des calendes de septembre. Elle est ici déposée dans la paix de» Rome, Elle vécutenviron trois mois. »
* Dico vobis, qnia si hi tacucrint, lapides clamabiint. (S. Luc, xix, 40.)
A M. EUGENE DE MARGERIR.
Mardi-Saint, 99 mars.
a Cette secte pernicieuse^ réprimée d'abord, débordait de nouveau , non-seulement dans la Judée où elle avait pris sa source, mais dans Rome elle-même, car c'est là que tous les crimes et toutes les infamies affluent de tous les points du monde , et trouvent des prôneurg. On saisit d'abord ceux qui avouaient , et , sur leur déposition, il y en eut un grand nombre qui furent convaincus, sinon de Vincendie de RomCy du moins de la haine du genre humain. On insultait, comme pour s'en amuser, ceux qui allaient mourir; on les couvrait de peaux de bêtes pour les faire déchirer par les chiens ; on les attachait sur des croix, quelquefois même on les allumait comme des torches , pour servir, quand le jour tombait, à éclairer la nuit. Néron, pour ce spectacle, avait prêté ses jardins , et en même temps y donnait les
jeux du cirque y se mêlant parmi le peuple^ en habit de cocher, ou conduisant des chars. Quoique les chrétiens fussent coupables et dignes des derniers supplices, on ne laissait pas cependant de les prendre en pitié, comme s'ils eussent été sacrifiés, non pas à T utilité publique, mais à la cruauté d'un seul homme. » [An., 1. xiv, 14.) Ainsi parle Tacite.
Sur remplacement de ces jardins de César,
Trans Tiberium cubât, et prope Caesaris hortog,
[Horace,)
s'élève aujourd'hui Saint-Pierre et le Vatican. On a retrouvé dans les fondations de la première basilique Vaticane de gros murs antiques qui ont sans doute appartenu au cirque néronien, où tant de chrétiens avaient trouvé la mort, k Leur premier persécuteur , remarque Mgr Gerbet , en pourvoyant à l'entretien de ces pierres pour ses jeux , avait été, sans le savoir, le forçat de la Providence. D'après le plan tracé d'avance par cet architecte invisible , le monument triomphal , consacré à l'Apôtre dont Néron avait été le meurtrier, devait être bâti avec les ruines de ses cruautés et de ses plaisirs. »
Au centre de la place Saint-Pierre , Sixte-Quint a fait transporter l'obélisque du cirque de Néron, qui, portant à sa cime un morceau de la vraie croix, reçoit les hommages de la chrétienté à laquelle il crie sans cesse dans son inscription :
VICIT LEO DE TRIBV JVDA FVGITE PARTES ADVERSE
CHRISTVS VINCIT CHRISTVS REGNAT CHRISTVS AB OMNI MALO PLEBEM SVAM DBFENDAT
A la suite de ce massacre des chrétiens, qui eut pour théâtre les jardins de César, les fidèles transportèrent les corps de leurs frères dans les anciennes grottes creusées, pour Tusage des potiers, aux flancs du mont Vatican, déjà appelé le mont des Oracles, Vaticanus. Les chrétiens y créèrent les premières catacombes, sépulture des morts et asile des vivants. Saint Pierre y fut inhumé aussi après son martyre , ainsi que ses premiers successeurs ; et dès lors la gloire de ce premier cimetière chrétien n'a fait que s'accroître de siècles en siècles. Un jour, ce fou couronné appelé Héliogabale , ayant voulu agrandir son cirque du Vatican pour y faire courir à l'aise des quadriges d'éléphants, nos pères craignirent qu'il n'envahit et ne profanât la sépulture du Prince des apôtres; ils transportèrent secrètement ses reliques dans les catacombes de Calixte , d'où elles revinrent, après quelques années, dans la crypte Vaticane qui n'en a plus été dépossédée. La tombe de saint Pierre se trouvait près d'un chêne que Pline assure être plus ancien que la ville de Romulus *. Mgr Gerbet a remarqué que, par une de ces coïncidences que la Providence permet quelquefois en faveur de certains lieux privilégiés, le passé de la Ville Éternelle, représenté par ce vieux témoin de toute son histoire , projetait , pour ainsi dire , son ombre sur ce tombeau qui en contenait tout l'avenir.
Saint Anaclet, pape et martyr, construisit dans ces grottes un oratoire appelé la Mémoire ou la Confession de saint Pierre ' ; ce fut le berceau souterrain de la
^ Pline, 1. XVI, c. 44.
' S. Anaclctus, papa et martyr, mcmoriam beati Pétri construxit confessionem appellatam. (Inscription.)
basilique Clonstantiniconc et du |)alais du Vatican, qui, tels que deux arbres séculaires, ont leurs bases dans les catacombes , et y plongent leurs racines arrosées par le sang des martyrs * :
Ma Vaticano^ e 1' alti*e parti eleite Di Roma^ che son state cimiiero Alla milizia che Pietro seguetie.
(Dante, Parad,)
Sur Toratoire de saint Anaclet , Constantin éleva la première basilique Vaticane ; lors de sa fondation , le premier César chrétien confessa tout haut ses péchés , et, se dépouillant de sa chlamyde, il ouvrit le sol avec une pioche, et porta sur ses épaules impériales douze paniers pleins de terre en Thonneur des douze apôtres. Il orna Tautel majeur de douze colonnes vitinéennes , qu'il fit venir du temple de Salomon , et il entoura d'une enveloppe d'airain de Chypre la tombe de saint Pierre , où on laissa seulement une ouverture par laquelle les pèlerins introduisaient leur tête pour demander l'objet de leurs vœux, selon le témoignage de Grégoire de Tours, le patriarche de l'histoire de France.
L'humble oratoire de saint Anaclet, devenu une riche chapelle, subsiste encore derrière la châsse de l'Apôtre. La Confession de saint Pierre se compose ainsi de deux étages, l'un, supérieur, qu'on voit au centre de la croix de la basilique ; Vautre, inférieur, qui consiste en l'espace
^ La chicsa riconosce le chiesc solterauec par miiri c baluardi posti a difesa dtlla nuova e dilctla Gcrusalcmme e i inurliri per soldati, i quali militano nella regionc Traiisliborina ai coinaiidi dol gran inartiro e capilano galileo Pietro, primo Vicario di Gcsu Clirislo. (P. Marcbi, p. 72.)
existant entre le pavé de Vancienne église et celui de la nouvelle.
L'entrée des grottes Vaticanes est défendue aux femmes sous peine d'excommunication y excepté le lundi de la Pentecôte , ainsi que le dît Tinscription gravée sur le seuil :
HVC MVLIERIBVS INGREDl NON LICET
NISI VNICO DIE LVNJB
POST PENTECOSTEM
QVO VICISSIM VIRI INGREDl
PROHIBENTVR QVI SECVS FAXINT
ANATHEBIA SVNTO*
Il fallut une permission particulière du Saint-Père pour que nos compagnes de voyage pussent visiter ces souterrains vénérés. C'est lexcellent abbé J. qui se chargea de l'obtenir, et il demanda aussi pour lui la faveur de nous dire la messe dans les sacre-grotte, comme on les appelle à Rome. Nous y descendons de l'intérieur de Saint-Pierre , à gauche de la Confession , par un escalier pratiqué dans le pilier où se trouve la statue colossale de sainte Véronique. On arrive dans un corridor circulaire; une sorte de crypte -hémicycle tourne autour du maîtf'e-autel supérieur de la basilique dont on entrevoit les portes de bronze. Là, immédiatement derrière le tombeau de saint Pierre , s'ouvre une petite chapelle qui remplace l'antique oratoire de saint Anaclet; sa forme est une croix renversée, en souvenir du martyre de saint Pierre, crucifié la tête en bas. Cette petite croix latine, qui forme toute la chapelle , est délicieuse de forme , longue, mince, étroite, haut -voûtée, recouverte de marbres précieux et de dorures de bon goût ; tout y est
beau, grave et charmant ; elle est ornée de Tingt-quatre bas-reliefs dorés , qui retracent la vie de saint Pierre et de saint Paul. « Tous ces souvenirs, qui sont encore rendus plus vifs par la présence de deux portraits des apôtres, extrêmement anciens, à demi-efifacés, semblent répandre, sur le jeune éclat des marbres modernes, une teinte de piété antique, qui est comme l'ombre des siècles écoulés. » (Mgr Gerbet.) Au fond de la chapelle, adossé à la Confession, s'élève l'autel en mosaïque, avec une croix la tête en bas , pour rappeler encore la crucifixion du Prince des apôtres.
C'est sur cet autel privilégié que Fabbé J. devait célébrer pour nous le saint Sacrifice ; mais il avait été prévenu par le cardinal Clarelli, qui montait déjà à Tautel, et nous assistâmes à la messe cardinalice, à genoux sur le pavé en mosaïque. Plusieurs personnes de l'assemblée reçurent la sainte communion des mains du cardinal dont elles baisèrent l'anneau. Au milieu et à la fin du divin Sacrifice, le porporato fait ses ablutions dans une large aiguière d'argent. Que cette messe souterraine nous parut touchante, célébrée ainsi par un prince de l'Église, au fond de ces premières catacombes, dans l'oratoire du pape Anaclet , devant la Confession de saint Pierre, au milieu des ténèbres, éclairées seulement par la lueur des cierges, comme quand nos pères fuyaient la persécution dans les entrailles de la terre!
Le drame divin de la messe n'est- il pas le centre du Christianisme ? Tout y rappelle les formes primitives , les souvenirs de la crèche , du calvaire et des catacombes : l'autel-tombeau, qui renferme en bas les reliques
des saints et des martyrs S et qui reçoit en haut le corps du Roi des martyrs, les flambeaux allumés, la confession générale des péchés, Thymne chantée par les anges la nuit de la naissance du Christ, Tévangile entendu debout, comme prêt à le confesser devant toute la terre, le symbole des apôtres récité en commun, Vorate fratreSj ce touchant appel à la fraternité chrétienne, le pain bénit , souvenir des agapes fraternelles , la prière pour les morts , Tinvocation des saints. On a retrouvé dans les catacombes, comme nous l'avons vu, les baptistères, les bénitiers, les confessionnaux, les tables de communion, les dyptiques d'autel, tablettes peintes ou d'ivoire sculpté représentant lé mystère ou le saint auquel l'autel est dédié; on voit encore dans le cimetière de Saint-Calixte un tramenne, ou balustrade, destinée à protéger et isoler l'autel ^. Ainsi, partout, en voyant un autel catholique, nous avons sous les yeux un souvenir de Rome souterraine; cesi rapprochements perpétuels
^ Vidi subtus altare animas interfectorum propter verbum Dei. (Apoc. 6.)
* On trouve aussi dans les catacombes Tusage de la multiplicité des autels dans la même église. Le Père Marchi, à ce propos, tonne vigoureusement contre les jansénistes et autres qui prétendaient que les autels multiples n'existaient pas dansTÉglise primitive :« Modernamente certi uominiintesi a far nascere il nodonel giunco,..^ voglioni essi monumcntipiù antichi e più autorevoli di quelli de' sacri cimiterj?» (P. 195.) « E pure quando Omcro e Virgilio mettono loro innanzi e are c sacrifiïj,essi crcdono chc il paganesimo avessc are e avcsse sacrifizj. Per quai titolo dopo aver prcstato fedc a* poeti pagani^ negarla a Damaso e a Prudenzio poeti «hristiani, negarla ad Ambrogio c a Girolamo maestri irreprensibili délie verità più sacrosante, quando compresi dai più sinceri sensi d*una fede c d'una venerazione profondissima ci mostrano a dito gli altari clie essi dicon di Christo altaria Chnstij perche Ghrislo oflfresi su di essi viltima iiicrucnta ail' clcrno suo padre^ o ce lî raoslrano innalzati solto e sopra «erra lin dalle origine primissimc del GhrisUanesimo? » (P. 145)
redoublent les jouissances de la piété, en lui rappelant l'unité admirable du Catholicisme. Ainsi, par le culte et les dispositions principales, nos plus modernes églises se rattachent aux catacombes, et Sainte - Glotilde , par exemple, qu'on élève en ce moment dans un quartier de Paris , est le dernier anneau de cette chaîne monumentale qui commence aux flancs du Vatican, à Toratoire de saint Ânaclet. C'est ainsi qu'on remonte, par une suite ininterrompue de pontifes, de Pie IX à saint Pierre.
Âpres la messe, nos compagnons étant restés en prière dans la chapelle, je sortis seul, et je m'engageai, à tâtons et en trébuchant sur les pierres tombales, à travers les grottes Vaticanes formées de nefs voûtées , peu élevées et soutenues par de massifs piliers carrés. Je me plaisais à m'égarer dans ces catacombes , au milieu de leurs ténèbres, étoilées çà et là par un filet de lumière filtrant des soupiraux de la basilique supérieure. Mes compagnons m'ayant rejoint , nous visitons ensemble ces cryptes qui s'étendent, à l'orient, sous le moderne Saint-Pierre, et sont remplies de vieux monuments sur lesquels , à l'exemple des voyageurs qui nous ont précédés , en les examinant à la lueur de nos cierges , nous laissons tomber des taches de cire qu'on ne songe pas à enlever. Voici un polyandrum de marbre et de porphyre avec cette inscription :