LOC. MA. CCLVIIII IN. C
« Locus martyrum CCLVIIII in Christo : sépulture de deux cent cinquante-neuf martyrs en Jésus-Christ. » Voyez le beau sarcophage sculpté de Junius Bassus ,
préfet de Rome au quatrième siècle, et toutes ces vieilles mosaïques parmi lesquelles s'élève la figure suprématiale de saint Pierre , armé des trois clefs , symbole des Églises militante, purifiante et triomphante. Etudiez ce vieux plan très-curieux de l'ancienne basilique de Constantin. Mgr Gerbet a remarqué que l'église de Saint- Pierre est la seule qui offre une série de monuments correspondant à toute la durée de Tère chrétienne , et qui se sont accumulés là comme des alluvions précieuses apportées par le flot de chaque siècle. Les onze premiers successeurs de saint Pierre , sauf deux , ont voulu être enterrés autour du tombeau de l'Apôtre , et une foule d'autres Papes , y compris Pie VI , ont suivi successivement ce pieux exemple. Contemplez le tombeau de Boniface VIII, et la statue couchée de ce pontife courageux, si maltraité par la haine poétique de Dante Alighieri. Cette urne de granit rouge renferme les cendres du pape anglais Adrien IV, Breakspeare.
Les empereurs, les rois et les reines ont voulu aussi être enterrés aux pieds de saint Pierre : Honorius, Valentinien, Othon H, les rois saxons et anglais Cedwella, Conrad, Offa, Ina et sa femme, Eldiburge, l'impératrice Agnès, etc. Voici la tombe de Charlotte , reine de Jérusalem , de Chypre et d'Arménie. Sixte IV accueillit si papalement cette fille infortunée de Jean III de Lusignan, chassée de ses Etats et réduite à la misère, qu'elle déclara que les forces lui manquaient pour exprimer sa reconnaissance.
Une épitaphe française nous a intéressés. C'est celle d'Amaury , comte de Montfort , connétable de France, fils du célèbre comte Simon ; il combattit comme son
père les Albigeois, et alla de plus défendre la foi contre les Sarrazins qui le firent prisonnier ; il mourut après avoir légué au roi de France tous ses droits sur le comté de Toulouse.
HIC lACET AMAVRICVS COMES MONTIS FORTIS FRANCISCI CON- NESTABILI9, QVI CONTRA ALBIGENSES PRO FIDE CATHOLICA SfPIVS DIMICAVIT, POSTEA CONTRA SARRACENOS AD PARTES STRI£ TRANSFRETAVIT, A QVIBVS IN BELLO RAPTVS FVIT, ET DIV IN CAPTIVITATE DETRVSVS, TANDEM PER TREGVAM LIBE- RATVS, DVM REDIRET AD PROPRIA APVD IDRONTEM EXPIRAVIT ANNO D. M. CCXLI.
En sortant des grottes Vaticanes * , nous visitons les trois sacristies de Saint-Pierre, qui forment tout un palais ; elles furent bâties par Pie VI ^ On nous fait
* « Avant de quitter l'ancienne basilique Vaticane, nous remarquerons^ dans le développement architectural du monument de Saint-Pierre, quatre époques correspondant aux quatre principales époques de Tbistoire même du Christianisme . A Torigine ce n'est qu'un oratoire souterrain; sous tlonstantin, l'oratoire s'exhausse en une basilique à cent colonnes, qui fait briller le signe de la Rédemption sur son fronton triangulaire et azuré ; dans le siècle de Charleraagne, il monte encore, il s'adjoint un clocher qui surpasse tous les autres par sa beauté ou par sa hauteur; enfin, au seizième siècle, au moment où tant de vieilles églises catholiques, arrachées du sein de l'unité religieuse, sont matériellement mutilées et moralement détruites, le temple central, magnifique emblème de cette unité, s'affermit dans ce bouleversement même, se creuse des fondements plus profonds, et, se couronnant d'une immense coupole, y fait monter sa croix à une hauteur où elle n'était point encore parvenue, comme, en une saison de tempêtes, un grand vaisseau, ferme sur ses ancres, place le plus haut qu'il peut le fanal qui doit rallier les navires que les vents ont dispersés. » (Mgr Gerbet.]
* En parlant de ce bon Pie YI, Robello rapporte une anecdote qui peint très-bien son caractère et celui de son peuple : « Un jour que ce Pape visitait les travaux de la sacristie, un homme du peuple se présente devant lui et se met à crier tout haut : Saint-Père, je suis friggitore (marchand de friture); on veut me chasser de ma boutique, située près de la place Saint- Pierre, où depuis nombre d'années nous gagnons de
30i UNE MESSE AUX GROTTES VATICANES.
voir les trésors de la sacristie majeure ; nous admirons surtout le grand crucifix d'or travaillé par Michel-Ange, avec des médaillons ciselés par Benvenuto Cellini. Un objet d'un grand intérêt , c'est la dalmatique (costume d'origine dalmate) de Léon III, en soie bleue , avec des broderies d'or, des inscriptions grecques et des figures représentant la dernière Cène. Léon III portait probablement cette tunique le jour de Noël , où il couronna Gharlemagne empereur des Romains dans la basilique de Saint -Pierre. La sacristie Vaticane garde aussi le souvenir d'un autre empereur franc, c'est la tiare éblouissante qui fut donnée à Pie VII par Napoléon I", après son sacre dans Notre-Dame de Paris.
quoi vivre moi et ma famille, c'est une indignité, Saint-Père ! Voici la plume ; écrivez un rescrit en ma faveur. Le Pape, souriant de la confiance de ce brave homme, prit la plume et écrivit : Frigya corne vuoie ; frigga dove vuole; frigga qucmio vuole. »
LXXXUl
A CHARLES HARLÉ.
Dimanche 27 février.
Un beau soleil brille sur les cimes neigeuses des monts SabinS) qui ressemblent aux glaciers des Alpes; nous venons de faire un long pèlerinage : c'est ce qu'on appelle la visite des sept basiliques, entreprise pour gagner les indulgences qui y sont attachées quand on a rempli les conditions requises. Saint Philippe de Ncri faisait souvent cette visite des sept églises à pied ; rencontrant un jour saint Charles Borromée qui la faisait en carrosse , il lui dit en souriant : « Si j'étais à votre place , j'aurais grand'peur que ce soient mes chevaux qui gagnent les indulgences. »
Nous nous sommes contentés de faire comme saint Charles; partis dès le matin en voiture, nous avons fait, dans une course de six heures , presque tout le tour de ces murs , les plus historiques du monde , qui forment
304 L'ABBÉ DE CLAIHVAUX.
autour de Rome une double enceinte y Tune de vieilles pierres , l'autre de vieilles légendes. « L'histoire , dit Mgr Gerbet, fait avec vous, autour de ces remparts^ une course de plus de deux mille ans en quelques heures. »
Nous avons visité les sept basiliques dans l'ordre suivant : Sainte-Marie-Majeure, Saint-Laurent-hors-des- Murs, Sainte-Croix-de- Jérusalem, Saint-Jean-de-Latran, Saint-Sébastien , Saint-Paul-hors-des-Murs , et Saint- Pierre-du- Vatican.
C'est avec un nouvel intérêt que nous avons revu ce vieux Saint-Paul , dont l'incendie servit de bûcher funèbre à Pie VU ; le voyant renaître de ses cendres, je l'ai appelé le phénix des basiliques. Sur les sépulcres des catacombes, cet oiseau fabuleux est un des symboles de la résurrection et de la renaissance éternelle. Lia reconstruction » obstinément poursuivie, de Saint-Paul, est un grand acte de foi que les incroyants ne comprennent pas. Nous revoyons le charmant cloître du monastère des Bénédictins attenant à la basilique. Parmi les nombreuses épitaphes qui le tapissent, on remarque celle-ci :
, MANDROSA HIC XOMINE OX!S'IVM GEUTU PLENA FIDELIS 15 XPO EJVS MANDATA RESERTANS MARTTRVM OBSEQTIIS DETQTA TRANSEGI FALSI SECYLI VITAM ^TÎIVS VIRI CONSORTIO TER QVINVS CONVICTA
PER ANNOS REDDWI Ky>*C DyO RERTM DSBITVM
COMXYNEM OXMBTS OLIM Q?« VICXIT ANN. PL. M.
XXXm. DP. V. VIIII KAL. FEBRVARIAS CONS. AGHVANTI FAVSTI VC.
tt Mon nom est Mandrosa; aimée de tous, fidèle au Christ et gardant ses commandements , dévouée à rendre ie? ^it^itiiers devoirs aux martyrs^ j'ai traversé la vie
L'ABBE DE CLAIR VAUX. mti
de ce siècle trompeur dans l'union d'un seul époux pendant quinze ans. Maintenant j*ai payé au Seigneur de toutes choses le tribut commun à tous. Elle a vécu environ trente-trois ans. Déposée le 14 des calendes de février, sous le consulat d'Aginantus Faustus , homme très-illustre. »
De Saint-Paul , nous avons fait, sur la route d'Ardée, une excursion dont le récit va t'intéresser comme un souvenir du pays. La route passe derrière la basilique , au pied d'un grand rocher rouge, couronné de verdure, puis elle s'enfonce dans la campagne déserte. A notre droite , le Tibre débordé s'étale sur de vastes pâturages tapissés d'une herbe épaisse et vigoureuse. Le ciel , devenu brumeux, donne à ce paysage un aspect presque hollandais; de vastes troupeaux errent en liberté à travers ces prairies sans bornes ; mais ce n'est point cette race bovine tant aimée de Paul Potter ; ce sont de nobles bœufs , au poil gris , aux cornes énormes , aux oreilles hérissées ; ils se montrent autrement fiers que les bêtes flamandes; ils sont de sangxie romano, et ils savent qu'ils ont été chantés par Virgile :
. Et camuris hirtae sub cornibus aures.
Çà et là le vent agite tout une moisson de grands roseaux , canetti , qu'on coupe et qu'on fait sécher par poignées; leur haute tige les fait ressembler à des bambous :
Nil prœter salices canaque canna fuit.
(Ovide.)
Cette route, monotone et solitaire, ne fait que descen- II 20
dre et monter une suite de vallons et de mamelons: pas un arbre, pas un monument; rien qu^un désert de verdure , coupé seulement par quelques barrières en bois, où des troupeaux sont parqués. On ne rencontre en chemin que des brebis et des chèvres, lascivœ capellœ, sous la garde d'un petit pâtre en culotte brune , au chapeau conique , vêtu d'une peau de chevreau, comme on peint le petit saint Jean. De temps en temps , quand on arrive au sommet d'une colline , on jouit en se retournant ^de l'apparition de Rome, couronnée de ses dômes et de ses clochers, et noyée dans les ombres violettes que projettent sur elle les montagnes de la Sabine :
Majoresque cadunt altis de montibus umbrae.
Mais cette vision de la Ville-Éternelle ne dure qu'un instant , et déjà l'on s'engage de nouveau dans un ravin resserré qui borne la vue. On passe sur un petit pont te ruisseau de Grotta Perfetta ; ici la route se bifurque; on laisse à droite la voie d'Ostie , si peuplée autrefois , si abandonnée aujourd'hui ; il faut prendre , à gauche, la route qui mène à Ardée , à Lavinium , à Laurentum , noms encore tout retentissants de la poésie virgilienne. Au bout de quelques pas , la voiture s'embourbe dans un chemin de traverse , détrempé par les derniers orages. Nous abandonnons notre automédon à son malheureux sort et à ses exclamations païennes : Per Baccho ! Per sangue di Venere! Nous arrivons à pied au creux d'un vallon désert et sans arbres; là s'élève une grande enceinte entourée de vieux murs, qui renferme im couvent et trois églises disposées en triangle. Ce lieu
se nomme les Eaux Salviennes, ad Aquas Scdvias, parce que les eaux dés possessions de la famille Salvia s'y réunissaient auprès d^une habitation à laquelle un suintement perpétuel avait fait donner aussi le nom de ad guttam jugiter manantem. Nous pénétrons dans l'enceinte, et sous le portique, à gauche, nous sonnons à la porte du couvent. Un jeune Franciscain, au teint jaune et fiévreux, vient nous ouvrir. Il nous apprend qu'il est là seul avec un frère lai et deux domestiques. L'été , nous dit-il, on a ici la mal' aria à cause de la chaleur, l'hiver, à cause de l'humidité. Ce moine vient de l'Ara- Cœli; le général des Franciscains a toujours ici une sentinelle perdue , qu'il fait relever souvent à cause des dangers qu'elle court dans cette garnison. C'est le point d'honneur religieux qui empêche d'abandonner ces lieux malsains , mais consacrés par tant de pieux souvenirs. Les enfans de saint François ont remplacé dans le service de ces trois églises les religieux de Ctteaux, les enfants de saint Bernard.
Le moine nous mène voir d'abord l'église qui est isolée entre les deux autres; on l'appelle Saint-Paulaux-Trois-Fontaines ; elle est bâtie sur le lieu même où l'Apôtre fut mis à mort, non comme saint Pierre par le supplice de la croix réservé aux esclaves, mais par le glaive, en sa qualité de citoyen romain *. On voit, sous une grille de fer, la colonne sur laquelle
* 0 felix Roma, quœ tantorum principum Es purpurata pretioso sanguine^ Noa laude tua^ sed ipsoruin meritis Excellis omaem mundi puLcbritudinem.
{Brev. Rom.f hymne de la fête des sainte Pierre et Paul.)
Paul fut décapité. On dit qu^en tombant sa tête fit trois bonds, et que trois fontaines jaillirent miraculeusement aux trois places où ette rebondit, mêlant des flots de pourpre aux flots de cristal, de là le nom de Téglise. On nous montra, sous le portique, ces trois sources, au-dessus de chacune desquelles s^élève un autel, avec une tête sculptée en bas-relief. On voit Teau sourdre par le trou pratiqué sous chaque autel. Le moine nous fait boire de cette eau, et nous assure qu^elle a une température difiérente; elle est plus froide à mesure qu'elle s'éloigne de l'endroit de la décapitation; la tête de TApôtre, à chaque bond, perdait de sa chaleur naturelle.
Saint Clément, Pape > dans une de ses épîtres, donne à entendre que Néron vint ici se repaître du supplice de l'Apôtre qui l'avait bravé.
En 1599, le cardinal Pierre Aldobrandini fit restaurer cette église; elle est d'un goût noble et simple, avec des colonnes de porphyre noir. On y voit un tableau de la décollation de saint Paul , par Bernardino Passerotto de Bologne.
Visitons maintenant, à gauche, l'église des saink Vincent et Anaslase , bâtie en 627 par le pape Honorius P', en l'honneur de ces deux martyrs, l'un Espagnol, et l'autre Persan.
Un portique, soutenu par quatre colonnes ioniques de granit, précède l'église, qui est grande , mais nue et fort humide. Elle est en briques, d'architecture byzantine d'une simplicité primitive , avec de grands cintres sans ornements. Elle a trois nefs étroites et élancées, séparées par de forts piliers carrés , sur lesquels on voit les douze apôtres en pied , peints à fresque d'après les
dessins de Raphaël. Saint Adrien V' et saint Léon Ul la restaurèrent , et notre Charlemagne , qu'on retrouve si souvent à Rome, la dota de douze possessions , dodid terre , situées dans le territoire de Sienne , comme nous l'apprend, dans son /io/ia 5acra, Ferdinand Ughelli, savant abbé de ce couvent, et dont on voit le tombeau dans l'église. Le monastère s'étant complètement dégradé, Innocent II le rebâtit dans de vastes proportions en 1 i 38, et le donna aux moines de Citeaux , amenés de Clairvaux à Rome par saint Bernard. On lit cette inscription sur un
mur :
;etkrn.e memorik
fabii mathei domigelli romani
baronis paganic^
antiqvissimo ex genere anicio et paparesco
pii optimeque heriti reparatoris
monasterj hvjvs s. s. vincentj et anastasj
ad aqvas salvias
ovod olim cvm templo monachis cistercientibvs
ab ejvs gentili innocentio ii p. m.
religiosa fverat liberalitate donatvm
monachi item cistercienses
antiqvi beneficj memores
monvmentvm hoc grati animi
posvere a. d. m dc viii.
On voit, par cette inscription reconnaissante des moines de Cîteaux , que l'église et le couvent qui leur furent donnés par Innocent II ont été restaurés par la générosité d'un seigneur romain, de la famille de ce Pape, Fabio Mattei, baron de Paganica » de l'antique race des Anicius et des Paparesci.
La troisième église des Eaux Salviennes, qui se trouve h droite en entrant, est bâtie en rotonde : c'est Santa
Maria délia Porta del Cielo, appelée plus ordiDairemeot Santa Maria Scala Coeli , en souvenir d'une échelle mystérieuse qui y apparut à saint Bernard. Un matin que Tabbé de Clairvaux disait la messe dans cette église pour les âmes du purgatoire , il fut ravi en extase , et eut une vision semblable à celle de Jacob» 11 vit une échelle qui de la terre allait jusqu'au ciel, et sur laquelle montaient une foule d'âmes délivrées par ses prières, et conduites par leurs anges gardiens.
Au-dessus de lautel où eut lieu ce miracle , on voit un très-bon tableau que le moine nous dit être de Técole raphaélesque. Il représente saint Bernard consacrant rhostie sur un livre entr'ouvert; sa noble et belle figure est éclairée d'un rayon extatique; devant lui, à travers une nuée lumineuse , se dresse l'échelle mystique où les anges aident à monter les âmes joyeuses et purifiées :
Pure e disposte a salire aile stelle.
(Dante, Purg, xxxiu.)
L'église est une rotonde octogone , avec une coupole. En 1582, le cardinal Alexandre Farnèse la réédifia, et le cardinal Aldobrandini décora la îribuna de cette belle mosaïque du Florentin Francesco Zucca, qui représente la Vierge et TEnfant , ayant à leur droite saint Bernard, saint Anastase et un Pape , à leur gauche, saint Zenon , saint Laurent, et le cardinal Alexandre lui*méme.
On descend auprès de l'autel dans les catacombes de saint Zenon , tribun romain , qui , après avoir été condamné comme chrétien à travailler avec ses soldats à la construction des thermes de Dioclétien , fut martyrisé aux Eaux Salviennes, le 2 juillet 298, avec ses 10,203
L'ABBÉ DE CLAIRVAUX. 31 i
soldats. Après cette boucherie , les fidèles ensevelirent les martyrs dans ces catacombes* Une voie souterraine , aujourd'hui obstruée , conduisait autrefois de ce cime* tière aux catacombes de Sainte-Lucine et à la basilique de saint Paul. Au jour de la fête de saint Anastase , les moines de Saint-Paul, passant par ces catacombes, se rendaient processionnellement à Téglise du saint titulaire. De leur côté, les relfgieux de Saint-Vincent et Saint-Anastase allaient par la même voie à Saint-Paul , à Foccasion de la station du quatrième mercredi de carême, qui se célébrait dans la basilique. En ce même jour, le clergé du Latran visitait aussi processionnelle^ ment les cimetières de Sainte-Lucine et de Saint-Zénon. Saint Charles Borromée y passa une nuit en prière en Tannée 1579.
On nous montre, dans la partie du souterrain la plus rapprochée de Tautel , un étroit cachot où Ton dit que saint Paul fut enfermé en attendant son supplice et Far* rivée de Néron, qui devait en donner le signal.
N'est-ce pas, mon cher ami, que ces lieux consacrés sont pleins d'un pieux intérêt pour le pèlerin catholique? Mais ce qui dominait là en moi, c'était le souvenir de saint Bernard. Tous deux nous avons été bercés avec son nom , dans notre enfance passée en partie près de son abbaye, dans la Vallée d* Absinthe, devenue la Vallée illustre, Clara Vallis^ Clairvaux '.
On a remarqué que saint Bernard aimait à bâtir ses
1 J'aime à lire ce nom italianisé dans les chroniques romaines : San Bernardo primo abbate di ChiaravallCj net terrttwio di Langres, in Seiûmpngna, J'entendais l'autre jour un prédicateur appeler avec gMce saint Berrftird it metlifluo di Chiaruval/e.
monastères dans des lieux profonds qui dérobaient à ses moines la vue du monde pour ne leur laisser que la vue du ciel. Chaque ordre religieux posait son nid monastique dans un site en harmonie avec la pensée de son fondateur. Bernard préférait les vallées, Benoît les collineSy Bruno les bois, François les bourgades, Ignace les grandes villes :
Bornardus Vallès^ colles Beucdictus amabat^ Oppida FranciscuB, magnas Ignatius urbes.
Mais combien notre vallée de TAube , si fraîche , si verte et si boisée, est plus belle que cette vallée romaine, si nue, si jaune et si désolée I Bernard a dû regretter ici plus d'une fois sa très -claire et très -chère vallée, comme il rappelait, clarissima et carissima vaUis; Bernard, qui disait que les chênes et les hêtres lui donnaient d'utiles leçons , n'a pas trouvé un seul arbre aux Eaux Sal viennes; mais il venait là s'instruire à l'école de Rome, et ce sublime écolier n'oublia rien de ce que lui apprit cette Maîtresse du monde.
Hélas ! qu'est-ce que la France a fait de Tabbaye de Saint-Bernard ? Une maison de détention ; Glairvaux est devenu une caverne de voleurs : Fectstis illam speluncam latronum :
Le mura, che soloauo es^ter badia Faite sono spelonche.
(Dante, Paradis^ xxii.)
Rome a eu plus de respect pour le souvenir du grand abbé; malgré le désert et la maVaria , elle fait toujours veiller une sentinelle monastique dans l'abbaye de Saint-
L'ABBÉ DE CUIRVAUX. ^13
Aoastase, où Bernard habitait chaque fois qu'il venait dans la Ville Éternelle. J*ai remarqué une antique colonne de granit couchée dans 1* herbe auprès de ce courent; si tu veux revenir à Rome avec moi, nous prendrons quelques ouvriers pour relever cette colonne , et nous y ferons graver cette inscription :
15 HOXORElf SAUCTi BER5ARDI
ET
CLAKM VALUS MEMORIAM
EDJfV5DVS LAF05D
PARISIEXSIS
EAROLVS HARLE
ATREBATEKSJS
8A5GVI5E ET A5IM0 C05JVNCTISSIMI
VETEREX HA5C C0LVM5AM
REST1TVE5DAM CYRA\'ERV>T
EX AÎITIQVO
50VVM PIETATIS ET AM]CIT1£ M05VME5TVM