QVE VIXIT AN. II D. LU
« Prie pour tes parents^ Matronata Malrona, qui Técut 2 ans 52 jours. »
DENIANVS FIDELIS IN FACE QVI VIX IT AN. XÎI M. VIII. DIES IVI ET IN ORATIONIS TTIS ROGES PRO NOBIS QTIA SGIMVS TE IK
M Denianus^ fidèle^ en paix^ qui técut 21 ans 8 mois 16 jotirs^ dans tes prières demande pour nous^ car nous te saTons àuu le Christ. »
OCTAVI£ MATROMiË VIDViE. DEI.
« A Octavie, matrone, lewfe de Dieu. »
FEREtfRINA VIXIT AN. VIIII, M. VIIIl. D. V.
tt En pèlerinage elle a vécu 9 ans 9 mois 5 jours. »
Au bout de ce grand corridor des inscriptions y dont la collection est due à Pie VU , on trouve à gauche une petite porte avec cette inscription : Bibliotheca VcUicana. On frappe d'abord un coup modeste ; on attend y ooêl ne vous ouvre pas. Un gardien qui se promène me dit nonchalamment : Plus fortl Je réitère avec vigueur, pas de réponse. Le gardien repasse, et me répète le mot de rÉvangile : Pulsate et aperiêtvr vobis. le redouble avec un crescendQ formidable, en joignant la voix aux coups. Sésame , ouvre-toi ! Enfin un pas lourd s'approche , une màia soupçonneuse entre-bâille la porte. C'est un des bibliothécaires qui, ennuyé d'être distrait de ses études, faisait sans doute la sourde oreille. La plupart des vi*-
LA VATICANR. 443
siieurs s'impatientent et s'en voût; ma persévérance sembla plaire à ce brave homme qui fut très-gradeui. 11 y avait, vers 1440, au couvent de Saint-Marc à Florence, un pieux et savant Dominicain, nommé Thomas de Sarzane , qui était un ami de Frà Angelico ; il fui cl^argé de compléter et de classer la bibliothèque de Saint-Marc, devenue bientôt la plus riche bibliothèque de rilalie , grâce à la munificence de Cosme de Médicis. Quand Thomas de Sarzane oionta sur le Siège de saint Pierre , sous le nom de Nicolas Y , il forma la bi^ bliothèque du Vatican , et appela à Rome Frà Angelico pour peindre sa chapelle. Honneur donc à Nicolas;V, pape admirable, dit le non suspect Valéry, digne précurseur de Léon X , et qui , moins vanté , ne fut pas moins que lui secourable aux lettres et aux arts ! Il y a des bibliothèques plus riches en volumes, mais aucune n'est comparable à la Vaticane pour la splendeur du local et le choix des ouvrages. Contemplez cette salle , immense comme une basilique, coupée en deux nefs par des pilastres de marbre; ces armoires qui tapissent les murs renfennent plus de 120,000 textes imprimés ou manuscrits , tous rares ou précieux. Parmi les merveilles de la Vaticane , il faut voir une bible grecque , en lettres majuscules, écrite sur la version des Septante ; une bible eo hébreu du duc d'Urbin; les Actes des Apôtres en grec, ornés de lettres d'or; un missel du temps du pape Gelade ; un autre avec des miniatures merveilleuses de Glovius, élève de Jules Romain; le grand bréviaire de Mathias Corvin, roi de Hongrie ; Tautografibe des Rime de Pétrarque ; la Divine Comédie , copiée par Boccace pour son ami Pétrarque; l'autographe des trois pre-
niiers chants de la Jérusalem , que le Tasse composa à Bologne à dix-sept ans, etc.
Cette salle, magnifiquement restaurée par Pie IX, renferme les présents faits aux Papes par les souverains de l'Europe, erilr 'autres deux candélabres de porcelaine de Sèvres offerts à Pie VU par Napoléon , un autre vase de Sèvres envoyé à Léon XII par Charles X; un vase en malachite, présent du tzar Nicolas à Grégoire XVI y et un Christ aussi en malachite donné par ses ûls les grands-ducs de Russie.
Le célèbre cardinal Mezzofanti était conservateur de la Vaticane. Un jour le Pape le présente à un prince étranger, en disant : a Voici la Pentecôte vivante. — Non, très-Saint-Père, répondit l'illustre polyglotte, je ne suis qu'un vieux dictionnaire assez mal relié. »
A droite de la grande salle s'allongent de vaste galeries couvertes de fresques qui représentent les règnes de Nicolas V, Sixte-Quint , Pie VI, Pie VU , Papes qui ont fondé et agrandi la Vaticane. Il est fâcheux que ces peintures, dont le sujet est intéressant, soient si médiocres pour la plupart. Voilà le voyage et la mort de Pie VI à Valence ; ici c'est l'épopée de Pie VII; le voici à Fontainebleau, ad Fontem bellœ aqvœ , comme dit l'inscription.
Faisons un tour dans le Musée Antique ; ce qui nous impressionne le plus, c'est de contempler sous verre une chevelure de femme trouvée dans un tombeau païen ; ces cheveux séculaires sont noirs et saupoudrés d'une poussière blanchâtre, comme si la main du dix-huitième siècle leur avait jeté un œil de poudre à la maréchale ; c'est sans doute la poussière des os de cette femme
qui a blanchi sa chevelure. Quelle était cette fille de l'antiquité? Était-ce Délie, Cinthie, Lalagé ou cette Lycimnie, dont Mécène, si nous en croyons Horace, n'aurait pas voulu changer un seul cheveu contre l'opulence d'un roi de Phrygie ?
Aut pinguis Phrygias mygdonias opes Permutare velis crine Lycimniae?
tt Si quelque chose , ajoute Chateaubriand , emporte l'idée de la fragilité, ce sont les cheveux d'une jeune femnie , qui furent peut-être l'objet de l'idolâtrie de la plus volage des passions , et pourtant ils ont survécu à l'empire romain. Là mort, qui brise toutes les chaînes, n'a pu rompre ce léger réseau. » Les Romains, qui comptaient peu sur l'immortalité de l'âme, cherchaient, comme les Egyptiens, à donner l'immortalité à leurs corps. Ils avaient inventé un liquide , dont le secret est perdu , et dans lequel un cadavre, nageant entre deux tables de marbre creusées et hermétiquement scellées , se conservait pendant des siècles '.
Allons contempler maintenant la véritable immortalité dans le Musée Chrétien , à l'entrée duquel on voit l'antique statue de saint Hippolyte assis sur un siège où
* Jl arriva que sous le pontificat d'Alexandre VI, vers Tan 1500, selon Leander Albertus {in Descriptione ïtaliœ), on trouva dedans une sépulture le corps entier d'une très -belle jeune fille nageant dans une admirable liqueur, sur une table de marbre, la face si fraîche et si agréable, qu'elle semblait vivante. Elle avait les cheveux blonds et tressés sous un cercle d*or. 11 y avait à ses pieds une lampe ardente, laquelle s'éteignit aussitôt que le sépulcre fut ouvert. Une inscription en caractères numéraux témoignait qu'il y avait treize cents ans que ce corps avait été mis là. Plusieurs conjecturèrent qu'il était de Tullia, fille de Gicéron. (Le P. Nicolas Bralion, deTOratoire, les Curiosités de l'une et Vautre Romef p. 305, cité par Mary-Lafon, Rome ancienne.)
est gravé le calendrier pascal. Ce musée renferme les pièces justificatives des Actes des martyrs , fournies par les catacombes. Voyez dans ces armoires vitrées ces griSes de fer pour déchirer la peau y ces grattoirs pour Tenlever, ces tenailles qu'on faisait rougir au feu; voilà ce que nous oflrent^es païens. Les chrétiens nous montrent d'autres ustensiles : des fioles de verre pour recueil* lir le sang des martyrs, des cuillers et des chalumeaux pour boire le sang de ce Dieu qui fait les martyrs, tels sont les trésors de Rome souterraine avec les lampes, les caliœs , les crosses épiscopales , les anneaux , des fragments de sarcophage , des b&s^reliefs en ivoire, des premiers essais de croix et de crucifix. Voici une collection de tableaux primitifs de l'école byzantine, transportés de Constantinople à Rome pour les soustraire aux iconoclastes. Le menolagiis ou calendrier grec de Tempereur Basile, orné de quatre cent trente brillantes miniatures qui représentent les saints de Tannée grecque, avec des vues de monastères et d'églises , est un curieux monument byzantin de la fin du dixième siècle. Plus loin on trouve une collection de peintures sur bofs des treizième et quatorzième siècles , la plupart de Giotto et de son école.
Au bout de ces galeries , une grille îevim l'entréo de l'ancien appartement Borgîa; on l'ouvre pour nous montrer uu riche cabinet en rotond,e, au milieu duquel Pie IX a fait placer le magnifique prie-dieu en chêne sculpté qu'oa vient de lui supporter de Fraivce, couo^rr^i un hommage de la province de Tours et de ses évéquês. Je ne l'avais ps^s vu quand il fut exposé à Paris, et je l'ai admiré à Rome. C'est un merveilleux ouvrage de sculp-
ture en bois avec des stataettes en ivoire; il a coûté dix ans de travail à l'artiste qui a gravé dans un coin cette recommandation : Le vœu de Fauteur est que son ouvrage ne soit jamais ni peint ni verni. Nous sommes glorieux pour la France de voir à Rome ce chef-d'œuvre remarquable par son exécution et par la pensée qu'on a eue de l'offrir par souscription b Pie IX. Ce monument de l'art français et de la piété française terminera dignement cette revue rapide de la Bibliothèque et du Musée Chrétien du Vatican.
c( Toutes les nations chrétiennes, dit Mgr Gerbet, doivent une pieuse reconnaissance à cette antique Rome, qui nous a conservé les plus vieilles archives de lafoi. Cette ville est le grand bibliothécaire de la chrétienté. D'autres villes peuvent cultiver avec plus d'éclat les sciences qui ont pour objet direct les jouissances et la parure de la vie terrestre : son privilège, à elle , c'est que le dépôt des origines saintes lui ait été confié par la Providence. C'est elle qui a reçu la mission de veiller sur lui avec amour, qui l'ouvre aux générations successives, qui l'illuetre par les travaux de ses savants. Telle devait être, en effet , une des plus éminentes fonctions d'une ville destinée à être le centre du Christianisme. Il fallait qu'elle gardât , plus qu'aucune autre, la vive empreinte des clartés primitives de la révélation, qu'elle les réfléchit dans ses antiquités les plus hautes, voisines du temps où l'astre divin s'est levé : pareille à une montagne qui , laissant les élégances humaines aux villas de la pmirie , couronne chaque jour son austère sommet des premiera rayons du soleil de Dieu. »