A M. L'ABBE LÀ PORTE
CUHB DK NOVAWT.
Dimanche 20 mars.
Tandis que vous célébrez modestement, dans votre église de campagne, que j^aime tant, la fête des Rameaux, voici comment elle se passe à Saint-Pierre. Le Souverain-Pontife, porté sur la sedia gestatoria *, conduit cette marche triomphale que l'Église appelle une procession. Elle se développe sous le grand portique appelé le Paradis de saint Pierre, et rentre dans la basilique , où elle déroule pendant une heure son flot majestueux. Rien de plus magnifique que cette foule de cardinaux, d'évêques, de patriarches orientaux avec
1 Dans sa Danse des Morts, Holbein a peint le Pape sur la gestatoria^ porté par quatre estafiers-squelettes et escorté par deux autres morts équipés en gardes Suisses qui s'avancent, la plume sur l'oreille, de l'air le plus fanfaron du monde. Vous savez qu'au couronnement d*un Souverain-Pontife on brûle devant lui des étoupes en disant : Pater Sancte, sk transit gloria mundi.
leurs costumes splendides; la procession est escortée par les gardes-nobles, les suisses, la garde palatine, les officiers de Tannée française , et suivie par le corps diplomatique et par les étrangers qui ont obtenu cette faveur; tous balançant dans leurs mainâ la longue palme qu'ils ont reçue du Saint-Père. Ces palmes sont de très-longues branches de palmier desséchées , jaunes comme de l'or, artistement roulées, plissées, ornées et terminées par une pointe barbelée comme un épi de blé. Rien n'est gracieux comme cette lance flexible et pacifique, quand la main qui la porte lui imprime de légères ondulations. Lorsque Sixte-Quint fit dresser l'obé-» lisque de Néron sur la place Saint-Pierre, on sait que cette entreprise eût manqué sans la présence d'esprit d'un homme qui cria de mouiller les cordes. C'était un capitaine de bâtiment Génois, nommé Bresca. En rè» compense, il obtint du Pape, pour lui et ses descendants, le privilège de vendre au Palais Apostolique les palmes des Ramefaux. La famille Bresca, qui habite San-Remo, dans la rivière de Gênes, est encore en pos-^ session de ce privilège. Le palmier est un arbre bibli-^ que ; il nous rappelle les scènes patriarcales , Moïse au bord du Nil, la fuite en Egypte, l'entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. La palme est un signe de la victoire des martyrs qu'on trouve souvent gravé sur les loculi des catacombes. On récite dans l'office dfe ce jour un passage de l'Exode que j'ai paraphrasé ainsi :
En ce temps là sortis des terres égyptiennes,
Les enfants d'Israël campèrent les premiers
Au lieu qu'on nomme Elim, près des douze fontaines,
Sous les ombrages frais des soixante palmiers.
4*iG LE JOUR DES PALMES.
Mais voici du désert les lignes enflammées, Un cri de désespoir jusqu'au ciel s'entendit ; Le Seigneur eut pitié des tribus affamées^ Sur les murmurateurs la manne descendit.
C'était alors le temps du symbole biblique, Nous nageons maintenant dans la réalité. Chaque jour à Tautel la manne évangélique Donne aux cœurs affamés le pain d'éternité.
Pendant la procession , en entendant chanter par de si belles voix l'hymne : Gloria laus et honor, nous nous . rappelions qu'elle avait été composée en France par un Français, par Théodulphe, abbé de Floriac, nommé évêque d'Orléans par Cbarlemagne. Accusé à tort d'avoir trempé dans la révolte de Bernard, roi d'Italie, il fut emprisonné à Angers par Louis-le-Débonnaire , qui ne mérita pas son surnom ce jour-là. Théodulphe imposa ce cantique pendant sa captivité, et, le dimanche des Rameaux , il le chanta sur un air touchant, au moment ou l'empereur, à la suite de la procession , passait sous les murs de la prison. Les paroles et la musique émurent le cœur de Louis-le-Débonnaire , et valurent la liberté àThéodulphe*. Cette hymne, dit M. Félix Clément, est chantée plus de fois dans la chrétienté, le jour des Rameaux , que ne Ta jamais été , dans l'antiquité , aucune rapsodie d'Homère.
Il y avait aujourd'hui une multitude immense dans la basilique Vaticane. Saint-Pierre est si grand qu'on pouvait encore y circuler à l'aise, excepté dans le centre. Pendant la grand'messe, je m'écartai de cette foule com-
* E restata poi questa sagra canzona nella chiesa, come molto propria per la funzione di questo giorno. [Uffizio délia seltimana santa,)
posée d^ étrangers trop souvent bruyants et indécents, et je me retirai à l'écart au fond d'une des grandes nefs de droite, où je pouvais me croire seul dans une autre église, et où je n'entendais plus que des rumeurs lointaines et des chants étouffés. Voilà ce qu'il y a de délicieux à Saint-Pierre : c'est qu'on y trouve tour à tour, à sa volonté , la foule et la solitude , le bruit et le silence , le spectacle et la prière.
Je reviens me mêler à la foule pour entendre le chant si dramatique et si touchant de la Passion; un ténor chante le récit, un contralto redit les cris des témoins, des juges et des bourreaux, et une basse profonde répète les paroles du Sauveur. Le chœur éclate en un chant original et profondément accentué en jouant le rôle des Juifs déicides; le Crudfige, le Barrahas! font un effet saisissant.
11 était près de deux heures quand la messe fut terminée.
Combien nous avions envié le bonheur de ceux qui avaient reçu une palme des mains de Pie IX! Ce soir, Mgr Borromée nous fait une aimable surprise en nous envoyant une de ces belles palmes bénies par le Saint- Père; nous l'emporterons enlacée à notre bourdon de pèlerin, selon la recommandation que Béatrice fait ^ Dante dans le Purgatoire :
Voglio anche^ e se non scritto, aimen dipinto Che il te ne porti dentro a te par quello Che si reca il bordoa di palma ciato.
Pendant les cérémonies solennelles de Saint-Pierre , ma pensée s'est reportée plus d'une fois vers l'humble
église de mon enfance; voîci ce qu'elle m'a inspiré et ce que je vous dédie :
En admirant ici ce vaste entassement
De temples et de dômes^ Qui cause au pèlerin un éblouissement
Au milieu des deux Romes ^
Et jusque dans Saint-Pierre, oui^ même en le voyant^
Pourquoi donc ma pensée Vient-elle t'évoquer, église de Noyant
Lointaine et délaissée ?
C'est une pauvre église au toit sombre et moussu
Que Téglise que j'aime.
Église de campagne où le temps a tissu
Pour moi tout un poème.
0 jours de mon enfance, 6 jours de pureté.
De retraite et de grâce.
Je crois revoir encor, dans là sainte cité,
Votre ombre qui repasse !
0 retraite du temple, ô soupirs enivrants,
0 divins sacrifices.
Quoi ! faut-il donc, hélas ! n'avoir que ses douze ans
Pour goûter vos délices ?
Rappelez-moi ce jour, jour de suave odeur
Qui vit naître la Vierge ; L'autel plein de flambeaux rayonnait, la candeur
ParJFiimait chaque cierge ;
L'encens à flots charmants sortait de l'encensoir
Sous les arches voilées.
Qui fumaient doucement comme on voit vers le soir
Les ombreuses vallées.
En teignant le vitrail qui d'or étincelait.
Tel qu'un rayon de grâce Un rayon de soleil sur mon front ruisselait
A travers la rosace.
Oh ! je crois retrouver tous tes heureux sanglots,
GommuDion première ; Je vois encor les pleurs qui ruisselaient à flots
Des beaux yeux de ma mère.
Anges qui recueilliez ses pleurs dans l'urne d'or
Offerte à Dieu lui-même.
Renversez-les sur moi, qu'ils me lavent encor
Comme un nouveau baptême !
G Tamour d'une mère, ardente affection
Qui jamais ne se lasse.
Comme celle de Dieu pour sa création^
Non, rien ne te remplace !
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ce Vieux -«ttce m^^^"' V^oosardenls ;^^^ .,
A M. L'ABBÉ SIBON.
Mercredi saint, 23 mars.
ROH.E
PER PASCHÂLES FERUS AN. M. D. CGC. LUI
JESVS CHRIST VS
VIDIT ME SVVM CORPVS SVMENTEM