‹ Rome, Naples et FlorenceChapitre 22 sur 40 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

8 mars 1817. — 4e pars ( de Naples ). Je n'oublierai pas plus la rue de Tolède que la vue que Ton a de tous les quartiers de

* La première édition de Romty Naplet et Florence a été publiée par Stendhal en 1817. Â cette époque il n'avait tait qu'un seul voyage en Italie, et avait écrit son livre d'après les premières impressions reçues d'un séjour assez peu prolongé dans les principales villes de la Péninsule. Quand depuis, en 1826, l'auteur entreprit de publier une seconde édition de sou ouvrage, il avait résidé longtemps au delà des Alpes, et eut l'occasion de revenir sur sa première opinion : aussi cette seconde édition fut-elle pour ainsi dire un nouveau livre, dans lequel idées, jugements, observations, dates même, tout fut changé et remanié. On comprendra que nous ayons choisi pour modèle de notre texte cette seconde édition, beaucoup plus développée que la première et qui contient les idées définitives de Stendhal sur l'Italie. Toutefois, comme nous avons remarqué dans l'édition de 1817 des passages importants qui ne se trouvent on aucune façon reproduits dans celle de 1826, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de faire figurer dans ce recueil des tEuvret complètes de Stendhal ces passages importants qui donneront au lecteur une idée des premières sensations éprouvées par l'auteur dans sa jeunesse. Ce sont ces fragments qui forment l'appendice du volume de Rome, Kaples et Flo rence.

On ne sera pas surpris, après ce que nous venons de dire, de trouver dans cet appendice des opinions peu conformes à celles exprimées dans

Naples : c'est, sans coinparaison, à mes yeux, la plus belle ville de Tuoivers. Il faut ne pas avoir le moindre sentiment des beautés de la nature pour oser lui comparer Gênes. Napies, malgré ses trois cent quarante mille âmes, est comme une maison de campagne placée au milieu d'un beau paysage. A Paris Ton ne se doute pas qu'il y ait au monde des bois ou des montagnes; à Naples, à chaque détour de rue, vous êtes surpris par un aspect singulier du mont Saint-Ëlme, de Pausilippeou du Vésuve. Aux extrémités de toutes les rues de Tancienne ville, on aperçoit, au midi, le mont Vésuve, et, au nord, le mont Saint-Ëlme.

Cette baie si belle, qui semble faite exprès pour le plaisir des yeux, les collines derrière Naples, toutes garnies d'arbres, cette promenade au village de Pausilippe par le chemin en corniche de Joachim, tout cela ne peut pas plus s'exprimer que s^oublier.

A Naples, la grossièreté de ce peuple demi-nu, qui vous poursuit jusque dans les cafés, me choquait un peu ; on sent à mille détails qu'on vit au milieu de barbares. Les barbares sont friponneauXy parce qu'ils sont pauvres, mais ne sont pas méciiants; les vrais méchants-bilieux de Tltalie sont, les Piémontais; c est une des empreintes les plus profondes que j'aie jamais rencontrées. Le Piémontais n'est pas plus Italien que Français; c'est un peuple à part. J'ai reconnu un trait observé sous la tente noire de l'Arabe bédouin. Une fois que le Piémontais vous a dit : Sem ami%, vous pouvez tout attendre de lui. Le Piémont et la Corse peuvent encore donner des grands hommes; Alfieri est le type. Sou valet lui tire un cheveu en le frisant, il lui donne un coup de couteau ; le soir même il s'endort à côté de ce valet de chambre.

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