‹ Rome, Naples et FlorenceChapitre 32 sur 40 · PADOUE · texte numérisé non relu

PADOUE

iO juin. — Il n*est pas de contraste plus frappant que celui des terres du pape et des Étals de Venise. Ici, la volupté est en honneur; tous les fronts sont épanouis; tout le monde rit, plaisante et parle haut. Les gens à qui j'ai présenté hier mes lettres de recommandation sont aujourd'hui de vieux amis; cette ouverture de cœur est bien remarquable en Italie. On me présente à toutes les dames, qui de huit à neuf heures se réunissent au café del Principe Carlo. En voyant cette société brillante de naturel et de gaieté, et cela dans la plus pauvre ville du monde, je me rappelle la pruderie de Genève, et ces gens-là se croient les sages!

Depuis que je suis ici, Ton me fait souper tous les soirs, à trois heures du matin, chez TexceUent restaurateur Pedrotti. Le temps coule pour moi ; je vis doucement avec vingt ou trente amis intimes, dont la figure ne m*était pas connue il y a huit jours. Le

soir, je vais dans la loge de Pacchiaroiti parler des beaux jours de la musique ; il me raconte qu'à Milan ou lui faisait répéter jusqu'à cinq fois le même morceau. Il a encore tout le feu de la jeunesse : on voit que Famour a passé par là ; et comme on sait, c'est un castrat; il a eu la recherche d'apporter ici les plus beaux meubles de Londres. Il a, dans son jardin anglais, au milieu de la ville, entre Sainte-Justine et le Santo, la tour où le cardinal Bembo passa les plus belles années de sa vie à écrire sou histoire sur les genoux de sa maîtresse. Getle âme qui pélille dans tous les traits de Pacchiarotli, et qui, à son âge de soixante-dix ans, le rend encore sublime quand il veut se donner la peine de chanter un récitatif, écorne uii peu la théorie. J'ai plus appris de musique en six conversations avec ce grand artiste, que par tous les livres; c'est l'âme qui parle à l'âme.

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