SAINT-JEAN-DE-LATRAN
?on origine. — Sa primauté. — Peintures et sculptures de la grande nel'. — Autel papal. — Chapelles du Chapitre et du Saint-Sacrement. — Baptistère de Constantin. — Musée de Latran.
Mon cher ami,
Constantin, voulant donner à saint Sylvestre une demeure digne de son autorité et de son sacerdoce, lui fit hommage de son palais de Latran. Ce vieux palais, devenu célèbre dans les annales de TÉglise, avait appartenu à Plautius Lateranus, mis à mort par Néron, qui le soupçonnait d'avoir trempé dans la conspiration formée par Pison pour attenter à ses jours. Ce vaniteux tyran était loin de supposer que ses vengeances immortaliseraient le nom de son ennemi.
Pendant onze siècles ce palais fut la demeure des papes, et ses murs ont entendu l'Église réunie dans plus de vingt conciles, dont cinq furent œcuméniques, affirmer l'immutabilité de sa foi, et défendre sa pureté contre l'hérésie.
Saint Sylvestre fit bâtir dans son palais la première église publique; il la consacra le 19 novembre 423, et la dédia au Sauveur ressuscité : Salvatori. Constantin l'orria avec amour, et l'enrichit avec une telle profusion d'or et de pierreries, qu'on l'appelait la Basilique d'or. Ce ne fut que sous le pontificat de Lucius II, quelques siècles plus tard, qu'elle fut placée sous l'invocation de saint Jean- Baptiste et de saint Jean l'Évangéliste.
La basilique de Saint-Jean-de-Latran est la cathédrale du pape, et il s'y rend aussitôt après son élection, pour prendre possession de son siège épiscopal. Comme on le lit à son frontispice, elle est la mère et la maitresse de toutes les églises de la ville cl du juonde:
Sacrosancta Lateranensis ecclesia, Omnium urbis et orbis ecclesiarum Mater et canut.
La prééminence de la basilique de Latran sur toutes les églises de la ville se fait remaniuer dans les grandes réunions du clergé, où le chapitre de Latran a la primauté d'ancienneté et d'honneur. A la procession du très saint Sacrement, la cérémonie se faisant à Saint- Pierre et sous le portique de la basilique, les chanoines de Saint- Pierre n'occupent cependant que le second rang.
Nous allons visiter aujourd'hui cette antique basilique. Ce n'est plus, il est vrai, celle de Constantin: un terrible incendie la réduisit en cendres en 1308. S'il est permis de la regretter, la nouvelle, achevée en 1360, ne doit pas être moins chère aux cœurs catholiques : héritière de tous les précieux souvenirs de la basilique Constantinienne, elle n'est point indigne de son antique splendeur. Sa façade, noble et gracieuse, une des plus belles de Rome, ses cinq nefs majestueuses et élevées, son beau pavé de marbre et son plafond richement décoré la rendent digne de sa primauté et de sa renommée.
Les peintures et les décorations de la nef principale ont surtout attiré mon attention. Au sommet, de chaque côté, sont peints les prophètes; au-dessous, de magnifiques bas-reliefs de l'Algardi, représentant, d'un coté, l'Église figurée dans Adam et Eve, le sacrifice d'Abraham, Jonas, etc., et de l'autre côté, les figures de l'ancienne loi accomplies et réalisées dans la personne de .lésus- Christ, son baptême, sa mort, sa résurrection, etc.; sous ces bas-reliefs, les statues des douze apôtres: telle est cette décoration, qui à elle seule est tout un résumé de l'Église catholique, et, à ce titre, elle ne saurait être mieux placée que dans l'église mère et maîtresse de toutes les autres.
Depuis la création du monde, les sacrifices, les cérémonies, les victimes, les patriarches, les prophètes, tout dans l'ancienne loi annonce, figure et prépare la venue de Jésus-Christ. L'Église catholique remonte à Adam, et Jésus-Christ est le centre vers lequel convergent toutes les espérances de l'humanité déchue , et d'oiî partent aussi tous les éléments de régénération et de vie dans la loi nouvelle : Christus hey^i, hodie, ipse et in sœcula K « Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, et il sera pendant toute l'éternité. » C'est là ce que prêchent cloquemment toutes ces peintures et ces sculptures de Saint- Jean -de -Latran. Les apôtres semblent soutenir l'édifice tout entier, et me rappellent
1 Hebr. XIII, 8.