‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 16 sur 53 · LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE A ROME · texte numérisé non relu

LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE A ROME

Sainte-. \Farie du Transtévère. — Sainte-Marie in Cosmedin. — Bélisaire à Sainte- Marie in Fornica. — Sainte-Marie-de-la-Paix. — Sainte-Marie-dcs-Anges. — Sainte- Marie-de-la-Victoire. — M. de Ratisbonne ;i Saint-André délie Fraie. —Colonne de l'Immaculée-Conception.

Mon cher ami,

Une des dévotions du peuple romain dont le spectacle m'a le plus doucement réjoui, c'est sa dévotion pour la sainte Vierge. Elle se manifeste à chaque heure du jour, et l'on en voit les preuves, pour ainsi dire, à chaque pas qu'on fait dans la ville. Chaque rue, on pourrait presque dire chaque maison, les magasins, les cafés eux-mêmes, possèdent leur madone, devant laquelle des lumières brûlent nuit et jour. On rencontre souvent de petits oratoires en plein vent, et toujours il y a quelqu'un (jui prie.

Une foi simple, franclie et naïve, est un des caractères du peuple romain. Pour lui , Marie est véritablement une mère. 11 lui parle avec une familiarité qui pourrait nous paraître peu respectueuse, mais qui, à coup sur, est l'expression d'un sincère amour et d'une confiance qui ne sait pas douter. En 1842, il s'opéra devant une de ces madones un miracle dont toute la ville fut témoin.

Un pauvre paralytique venait chaque jour demander à Marie sa guérison. Depuis plusieurs années, il venait ainsi fidèlement, et toujours sans succès. Fatigué d'une prière si persévérante et si persévéramment méprisée, il dit un jour à Marie :

« Voilà assez longtemps que je viens. Faites ce que vous voudrez, voici mes béquilles. Ou vous me rendrez mes jambes, ou je reste ici. »

Le cœur de Marie ne put résister à cette sommation : le pauvre perclus retrouva Pusage de ses membres, et sa guérison fut célébrée par un triduum solennel d'action de grâces.

A Rome il n'y a pas moins de soixante -six églises consacrées à la sainte Vierge, et presque toutes ont été érigées à la suite d'une manifestation de la puissance et de la bonté de Marie.

Aujourd'hui, mon cher ami, je me propose de faire avec vous une étude historique sur le culte de la sainte Vierge à Rome. Il ne paraît pas sans intérêt d'interroger chaque siècle sur le tribut d'hommages qu'il a payé à Marie. Tous nous répondront en nous montrant un ou plusieurs sanctuaires qu'ils lui ont consacrés. Faisons donc à Rome notre pèlerinage en l'honneur de la sainte Vierge, à travers les siècles, et quand nous visiterons ces sanctuaires, nous saurons d'avance leur origine.

Sainte- Marie du Transtévère est la plus ancienne église de Rome. Elle fut consacrée par le pape saint Calixte, en 224, et dédiée à la Vierge- Mère.

Pendant les trois premiers siècles, les chrétiens ne furent pas toujours réduits à se cacher dans les catacombes ou dans les maisons des particuliers. La persécution n'était pas également active et générale. Il y eut des moments de paix dont les chrétiens profitèrent pour élever des églises publiques. Origène nous apprend que sous Maximin, en 236, plusieurs églises furent brij- . lées par les persécuteurs. Sous Alexandre Sévère on en compta jusqu'à vingt-cinq. C'est sous le règne de cet empereur que Sainte -Marie du Transtévère fut construite, sur l'emplacement de la Taberna meritoria, qui était Y hôtel des Invalides de ce temps. Alexandre avait abandonné ce terrain aux chrétiens, et il répondit aux réclamations des maîtres d'hôtel et des cabaretiers qu'il aimait mieux voir Dieu honoré en ce lieu d'une manière quelconque que de le livrer aux marchands de vin.

Les chrétiens, d'ailleurs, tenaient beaucoup à ce lieu, qu'une ancienne tradition rendait cher à leur amour et à leur foi. Quand Jésus-Christ vint au monde, une source d'huile jaillit miraculeusement de terre en cet endroit, et coula pendant un jour entier avec une telle abondance que ses flots descendirent jusqu'au Tibre.

Les païens ne comprirent rien à ce prodige; mais les chrétiens l'ont toujours regardé comme annonçant la venue de Jésus-Christ ,

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VOint du Soii^iieiir. Collt! Iiuilc (jui coule est l'image d(; la mi.scricorde de Dieu ([iii va se répandre sur le monde par Jésus-Christ, l'ille jaillit d'un lieu, rendez-vous commun des juifs et des païens, pour signiliei' que le salut et le pardon sont pour tous.

Les historiens ecclésiastiques ont interprété de cette façon ce miracle, qui est attesté par les historiens païens et chrétiens. Dans son traité sur les fêtes chrétiennes, Benoît XIV dit que ce miracle est certain et n'admet aucun doute ^

Quand vous visiterez cette église, arrêtez -vous sur la belle place qui la précède, et admirez la mosaïque du xni" siècle qui décore le frontispice. La basilique de Saint- Calixtc fut reconstruite au ix° siècle et somptueusement réparée en 1140. L'intérieur est d'une grande richesse. C'est la même architecture, noble et gracieuse, que jai admirée à Sainte-Marie-Majeure. Vingt-six belles colonnes de granit , arrachées aux thermes et aux temples du paganisme, séparent les trois nefs. Le pavé, en opusalexandrinum, resplendit de l'éclat du porphyre et des marbres les plus rares. Le plafond, brillant de dorures et de peintures, est enrichi d'un chef-d'œuvre du Domini([uin : l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie. Le baldatjuin du maître- autel est soutenu [)ai- (|uatre colonnes de poi-phyre, et l'abside est ornée de belles mosaïques. Sous la confession reposent les corps des saints Calixte. Corneille et Calépode.

A la naissance des marches de porphyre qui conduisent au sanctuaire, à droite dans le pavé, on voit une ouverture circulaire garnie d'une grille et dont l'orifice, revêtu de marbre blanc, peut avoir deux pieds de diamètre. Au-dessus on lit : Fans olei. Fontaine d'huile.

A droite :

Ilinc olcum pu.rit quum Christum V'irginc liixil. Ici coula une source d'huile lorsque le Christ naquit de la Vierge.

A gauche :

Nascilur hinc olcum, Ucus ut de l'irginc : Ulraquc olco sacrata est Roma lerrarum caput.

L'huile coule de ce lieu quand Dieu naît de la Vierge : Par cette double action Rome est sacrée reine du monde.

' De yaliv. Do)ni7i.i, 1, ji. -iG; édition Vives.

Telle est, mon cher ami, la première église consacrée à Marie. Qui pourrait dire combien d'autres l'ont suivie dans le monde entier? Dans quelle partie du monde Marie n'a-t-elle pas manifesté sa puissance, et dans quel siècle n'a-t-on pas ressenti les effets de sa miséricorde? Toutefois je me suis facilement persuadé que, dans ce premier temple élevé en son honneur, Marie devait se montrer plus propice à nos vœux. Aussi j'aime beaucoup l'église Sainte-Marie du Transtévère , et j'y ai prié de bon cœur.

De l'autre côté du Tibre, presque en face de Sainte -Marie du Transtévère, on aperçoit le joli clocher byzantin de Sainte-Marie in Cosmedin (de xocrixoç, ornement, gloire). Elle date aussi du III* siècle. Elle possède une madone apportée d'Orient pour la soustraire aux outrages des iconoclastes. On lit encore au bas son antique inscription. Mère de Dieu toujours vierge, ©eoroxoç àetuàpOevoç.

Ces lieux nous rappellent le souvenir de saint Augustin. C'est ici qu'encore enchaîné dans les erreurs du manichéisme, il enseignait la rhétorique à la jeunesse romaine.

Sous le portique de l'église est une large pierre en forme de disque sur laquelle on a sculpté une figure humaine, dont la bouche se referme, dit la tradition populaire, sur la main des menteurs. Ce qui mérita à la place qui entoure l'église le nom de Bocca délia Verità.

A côté est le gracieux temple circulaire de Vesta, avec ses vingt colonnes cannelées, en marbre de Carrare. Maintenant on y honore Marie sous le nom de Santa Maria del Sole.

Au iv° siècle, s'élève la basilique de Sainte-Marie-Majeure ^

Près du Panthéon, sur l'emplacement du temple de Juturne, au v^ siècle , le pape saint Anastase fit construire la petite église de Sainte-Marie in Aquiro^, appelée maintenant Sainte-Mariedes-Orphelins, en souvenir de l'hôpital que saint Ignace de Loyola fonda tout à côté pour les orphelins.

Au vi° siècle, un illustre général eut la faiblesse de devenir courtisan; pour plaire à l'impératrice Théodora, il s'empara de la personne du pape Silvère, qui refusait d'infirmer les actes du concile de Chalcédoine condamnant l'hérésie d'Eutychès. Le pontife fut déposé, et l'on fit élever à sa place le diacre Vigile,

1 Voir la lettre XIII.

2 Ce nom lui vient des Équiries, ou courses de chevaux qui se faisaient sur le Champ de Mars en l'honneur du dieu de la guerre.

riionimc (le confiance de Théodora. i^tu^ Silvcrc, il l'ut relcLfué dans l'île de Palniaria, où il mourut de misère et de faim le 20 juillet 538. Bélisaire l'ut frappé lui-même par la IMovidence, (|ui ne laisse jamais impunis les attentats contre son vicaire. 11 fut accuse de trahison, dépouille de ses biens et jeté en [trison. Il profita des châtiments de Dieu , et il a laissé à Home des preuves de son repentir. 11 fit construiie à ses frais Tét^dise consacrée à la sainte Vierge sous le nom de Sainte- Marie in Formica, et située j)rès de la fontaine de Trcvi. Sur une tni»le de marbre il fit graver cette inscription ([u'iui voit cncoie, et plus glori(Mise pour lui (}ue ses victoires :

« Le patricien Bélisaire, ami de la ville, a fondé cette église pour obtenir le pardon de sa faute. 0 vous qui mettez le pied dans ce lieu saint , priez souvent Dieu pour qu'il ait pitié de lui '. »

Heureux âges ! si la foi n'était pas exempte des faiblesses et à l'abri des orages du cœur humain, du moins elle savait pleurer ses fautes et les réparer noblement !

Au vu" siècle, le pape Boniface IV descend dans les catacombes, les dépouille d'une partie de leur gloire et de leurs richesses en leur enlevant les ossements des martyrs, qu'il fait transporter au Panthéon, et il dédie ce temple païen à Marie, Heine des martyrs.

Le vin" siècle consacre à Marie une église qu'il élève à coté du temple de la Paix, au Forum, sous le nom de Sainte-Marie-la- Neuve, et qui depuis a été dédiée à sainte Franeoise Homaine.

Au IX" siècle, sous Léon IV, Santn-Mdria-in-Cainj'Osanto est construite au non! du Vatican.

Le x" siècle vit le temph; de Jupiter Capitnjiu se transformer en l'église de Sainte-Marie du Capitole, ou Ara Cœli, dont je vous ai dit les souvenirs, la gloire et les richesstîs -.

Au xi" siècle, Paschal II fait bâtir Sainte- .Maric-du-1'euple, sur l'emplacement du tombeau de Néron, et purifie ainsi ces lieux souillés par les cendres de ce monstre humain. Trois siècles plus tard , Grégoire XIII vint en ce lieu processionnellement, les pieds

I liane vir patricius Vilisarius Urhis amicus Ob culpae veniam condidil ccclesiam.

Hanc idcirco pedcm (\m sacr.irn ponis in .Tdem, l'I miseretur cum sœpe prccare Deum.

* Voir page 3^i.

nus, avec tout le clergé, pour obtenir l'ëloignement d'une peste qui menaçait Rome; et la prière du pontife fut exaucée.

LVglise Sainte-]\larie-du-Peuple est une des plus riches églises de Rome.

La voûte du chœur et plusieurs chapelles ont été décorées par Pinturicchio. La seconde chcipelle à droite possède le beau tableau de la Conception, de Maratte. La seconde chapelle à gauche, qui appartient à la famille Ghigi, est très remarquable par ses peintures et ses statues. C'est Raphaël qui en fît les dessins. Sur le maître-autel on vénère une image de la sainte Vierge peinte par saint Luc.

Au xni® siècle, une tradition nous rapporte qu'une toile sur laquelle était peinte l'image de Marie étant tombée dans un puits, les eaux de ce puits crûrent tellement, qu'elles débordèrent, et l'on vit l'image de Marie surnager à leur surface. Le cardinal Capocci, dont le palais était proche, s'émut de ce miracle et fit élever une église sur le lieu même. On la désigne sous le nom de Sainte-Marie in Via, et dans la seconde chapelle, adroite, on voit le puits miraculeux.

Le xiv^ siècle vit restaurer et reconstruire presque entièrement Sainte-Marie-de-la-Minerve et bâtir une église, Santa-Maria-di- Grotia-Pinta , sur l'emplacement de l'ancien cirque de Flore. Ce siècle sanctifia, par le culte de ,1a Vierge-Mère, ces lieux consacrés à deux divinités païennes et souillés par d'infâmes orgies,

A la même époque, près de la place Navone, les Allemands font construire l'église Santa-Maria-delV Anima, dont l'architecture originale, capricieuse et unique dans son genre, a le mérite de faire paraître cette église plus grande qu'elle n'est. Le tableau du maître-autel, représentant la sainte Famille, est de Jules Romain.

Tout à côté, le xv" siècle nous a légué une œuvre élégante et gracieuse, Sainte-Marie-de-la-Paix. Voici ce qu'on raconte sur son origine :

Ce lieu était occupé autrefois par un oratoire dédié à saint André, dont le portique était orné d'une madone. Un soldat ivre, et venant de perdre au jeu une somme d'argent assez considérable, frappa d'un coup de poignard l'image de Marie, et aussitôt le sang jaillit de la blessure. Sixte IV ordonna une procession expiatoire, à laquelle il assista, et fit le vœu de consacrer une

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ôglise à Mario pour obtenir, p.ir son iiiU^rccssion , la jiaix poui' l'Europe et l'Eglise.

Saintc-Marie-de-la-r.iix n'a (pi'unr nrl" au-dessus do lafjuellc s'élève une gracieuse «'oupoie octogone. Dans la première ehapellc en entrant, à droite, sont les belles fresques de Hapliael représentant les sibylles do Cuines, de Perse, de Phrygie et de Tivoli. La chapelle suivante, dessinée par Michel-Ange, possiède une belle statue et des bas-reliefs remarquables. On vénère dans cette église les corps des saintes Basilisso et Anastasie, la mitre et les gants de saint Ubald.

Le même siècle vit aussi s'élever les églises de Sainte-Marie-dela-Consolation et de Sainte-Marie dcW Orto. Cette dernière, bâtie aux frais des Jardiniers, des fruitiers, des vendeurs de macaroni, etc., est plus licho en pejnhiie- (|ue certaines chapeiies l'oyales.

Le xvi" siècle nous a donné Sainte-Marie-des-Anges.

Dioclétien fit construire des thermes splendides. Il employ l)our cette œuvre les bras de quarante mille chrétiens, dont plusieurs milliers furent mis à mort api'ès raclièvenient de leurs travaux. Ces thermes furent en partie détruits par le temps; toutefois, de ceux de Rome païenne, ce sont les seuls dont la ruine n'a pas été complète. Il semblerait que la Providence eut épargné ce monument élevé jiour la débauche, mais par des mains pures et chrétiennes. Sur ce sol arrosé [)ar les sueurs et le sang des martyrs, avec les débris mêmes de ces thermes, s'élève le riche sanctuaire de la Heine des Anges. Pie IV, voulant consacrer un temple à Mai'ie, chargea Michel-Ange de lui dresser un plan. Se promenant un jour au milieu dtîs ruines de ces thermes, l'artiste remarqua une vaste salle dont les nuirs élevés et solides soutenaient une voûte immense et huit colonnes de granit encore debout portant de magnifiques arceaux en plein cintre.

Le projet de Michel -Ange fut vite conçu. Cette salle de bains de Dioclétien, appelée piwicnthèquc. deviendra l'église demandée par Pic IV. Le pape approuva, et sans rien changer, sans rien détruiie, Mi<h<'I - \ii;j-.' dota Pome d'une église remarquable.

Sur la place de> thermes tio Dioclétien une modesie porte vous introduit dans le sanctuaire de la Heine des Anges. Le vestibule, de forme circulaire, était une ancienne salle de bains. Un v re-

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marque les tombes de deux cardinaux, dont les inscriptions sont remarquables. Voici celle du cardinal Alciati :

VmTUTl VIXIT ISIEMORIA VIVIT GLORIA VIVET

Il est impossible de taire un plus bel éloge en si peu de mots.

Avant de pénétrer dans la grande nef, admirez , à votre droite, une belle statue de saint Bruno, faite par Houdon, artiste français. On dirait que le saint va sortir de sa niche et marcher.

« Il parlerait, disait Clément XIV, si la règle de son ordre ne le lui défendait pas. »

Nous voici dans la grande salle. Quel luxe et quelle grandeur les Romains déployaient dans la construction des édifices consacrés à leurs plaisirs! Cette salle a 308 pieds de longueur sur 74 de largeur et 84 de hauteur. C'est la plus grande voûte connue. Autrefois elle était sans doute ornée de statues, de marbres, de peintures.

Mais la piété des pontifes n'est point restée au-dessous de la magnificence impériale. Sainte-Marie-des-Anges est enrichie de marbres précieux, et ses murs sont ornés de tableaux de grands maîtres que Benoît XIV y fit placer. Vous admirerez successivement le Martyre de saint Pierre, par Ricciolini ; la Chute de Simon le Magicien, par Vanni; la Résurrection de Tahithe, par François Mancini, reproduite dans une mosaïque de Saint-Pierre; la Présentation au temple, de Romanelli; la célèbre fresque du Dominiquin représentant le martyre de saint Sébastien. Je ne puis vous énumérer tous ces chefs-d'œuvre.

Je regrette qu'on n'ait pas scrupuleusement suivi le plan de Michel-Ange. Dans sa pensée, la grande salle devait seule composer l'église. Elle avait ainsi un caractère de grandeur et de majesté que l'abside qu'on a ajoutée, en la coupant par le milieu, lui a fait perdre.

Je vous engage à ne pas quitter ces lieux sans pénétrer dans l'intérieur du couvent, qui appartient aux chartreux, pour admirer leur cloître construit par Michel-Ange.

Santa-Maria-Transpontina , oii vous pourrez vénérer deux colonnes auxquelles, selon la tradition, furent attachés et flagellés les bienheureux apôtres Pierre et Paul, fut aussi construite vers

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le milieu du xvi» siècle. Cette église, bâtie flans le Uonju Nuovo, piès (le Saint- Piene, ii'oiïre rien (le bien icrn.iivni.ibh; à la «uriositt' (l(î l'artiste et de rarchéologue.

A quelqu(^s pas d(^ Saint(!-Marie-des-Ang(;s, le xvii" si(;cle a élevé l'église Sainle-Mari(;-de-la-Vicl(jire. Il y a dans ce sanctuaire plusieurs œuvres d'art. La deuxi('jnie chapelle a été peinte pur le D(jniini(juin, et la sixième poss«\le de belles fresques du <luiile.

(Jn y admire le ciu't'-d'ceuvre du Hernin, VExIusclU' sninir. ihcràse. J'av(jue cependant ([ue celte œuvre ne me plaît pas : elle manque de naturel et de sinqdicité. C'est fl'ailleurs le défaut repioché au Bernin.

On vénère dans celte église une madone porli'i^ à la bataille de Prague, et l'on voit appendus aux murs du chœur les drapeaux pris sur les Turcs au siège do Vienne.

Le xvnr siècle vit s'élever l'église du Nom-de-Mari»-, sur la place de la colunne Tiajanc, bâtie pai- un l"'r.ui<:ais. Klle est le

siège d'une confrérie qui, chaque année, au dernier jourdeTOctave de la Nativité de la sainte Vierge, dote dix pauvres jeunes filles.

Le xix° siècle comptera parmi les siècles les plus dévots à Marie. Nous avons vu de nos jours des populations entières se lever et s'émouvoir au seul bruit des gloires de Marie. La France marchait à la victoire, protégée par son image, et le soldat en partant voulait avoir sur le cœur la médaille miraculeuse qui souvent le protégea contre la balle ennemie , et plus souvent encore lui obtint la grâce d'une mort chrétienne. La médaille miraculeuse sera regardée comme une des plus grandes grâces que Dieu a faites à notre siècle si corrompu , quoiqu'il porte en son sein des germes puissants de vie et de salut.

En 1842, un jeune juif, ami des plaisirs, et fortement attaché à sa religion, avait reçu par complaisance une médaille de la sainte Vierge. Il se trouvait à Rome dans le mois de janvier, et se disposait à entreprendre un long voyage. Une circonstance, qu'on pourrait appeler un hasard, le conduit dans l'église Saint- André délie Fratte. C'est là que Marie l'attendait.

Tout le monde connaît le récit de cette conversion que nous a donné M. Théodore de Bussières. Il tombe à genoux devant une image de la sainte Vierge, dans la chapelle de Saint -Michel, à gauche, et dans son émotion il ne sait comment rendre compte de sa vision.

« Je l'ai vuel je l'ai vue! s'écrie-t-il en montrant la médaille; elle ne m'a rien dit; mais j'ai tout compris. »

Chaque année, le 20 janvier, on célèbre très solennellement l'anniversaire de la conversion de M. Ratisbonne , à l'église délie Fratte. En 1870 j'ai eu la joie d'assister aux prières du Triduo, en l'honneur de la médaille miraculeuse, et le souvenir de cette pieuse et touchante réunion prendra place parmi mes meilleures impressions de Rome. La cérémonie a commencé par un sermon débité, avec beaucoup d'âme, par le général des religieux minimes. Il nous a présenté Marie comme la mère de la science et de la sagesse. Il a jeté un coup d'œil sur la société moderne, sur la famille, etc., et il a dit que la philosophie du siècle conduisait à l'abîme et à la mort. Je ne veux point vous faire l'analyse de ce sermon , dans lequel l'orateur a combattu la liberté de pensée , la liberté de la conscience , la liberté de la presse... Il a parlé du

pavcro Halishoiine, jouet dt; loiiles les illusions (\r, son siècle et Irrrnssé sur le chemin de lionic, connnic uutn^fois saint Paul sur la roule do Damas. C/csl, à peu de chose près, tout ce que j'ai pu comprendre de ce discours, que le nombreux auditoire écoutait avec un intérêt visible. L'orateur se promenait dans sa chaire; il teiinina par une invocation à la Vierge Marie, pendant lacjuelle toute la foule se mit à genoux.

L'église était très richement et très élégaiument ornée; l'autel et la nef étaient splendidement illuminés, et le chant des litanies commença. De belles voix dans la tribune de l'orgue alternaient avec le peuple.

Après le chant des litanies, le cardinal Ferrieri donna la bénédiction du saint Sacrement. A Rome, on n'oublie point les grâces de Dieu, et le souvenir d'une conversion extraordinaire arrivée il y a déjà vingt-huit ans est l'objet d'une fête splendide : tous les fidèles bénéficient ainsi d'une grâce qui ne semblait destinée qu'à un seul.

H me paraît bon de donner une courte description de l'église Saint-André délie Fratte. L'autel du transept de droite, dédié à saint François, est fort riche, décoré de marbres précieux et de bronzes dorés; il n'a pas coûté moins de quatre-vingt mille scudi (l'écu romain vaut 5 fr. 35). De chaque côté du chœur, Clément IX a fait placer les statues de deux anges en marbre portant les emblèmes de la Passion et qui furent sculptées par le Bernin. Le maître-autel est orné de fresques représentant le martyre de saint André, titulaire de l'église. La chapelle Hatisbonne a été richement ornée par les pieux soins du prince Torlonia. Audessus de l'autel, une peinture représente l'Immaculée Conception, telle qu'on la grave sur les médailles miraculeuses. Adroite, on a peint l'apparition de la sainte Vierge et, à gauche, le baptême de M. Hatisbonne. On lit en plusieurs endroits de l'cglise la belle devise de notre cher et bien-aimé saint François de Paule: Chcu^itas. Saint-André dclle Fratte, sans être une des plus belles églises de Rome, occupe cependant un rang assez distingué parmi les églises du second ordre.

Et maintenant ne vous semble-t-il pas que l'église Saint-André délie Fratte doit être comprise dans un pèlerinage fait aux sanctuaires de Marie! Quand vous aurez prié avec ferveur et amour devant cette madone où Hatisbonne, comme un nouveau Saul, fut

terrassé sur la voie des plaisirs et des joies mondaines, rendezvous sur la place d'Espagne, à quelques pas de Téglise Saint- André. Un magnifique monument, élevé en l'honneur de Marie immaculée, vous dira tout ce que le xix° siècle a fait à Rome pour Marie. C'est le résumé des hommages de tous les siècles, et Fexpre^sion de toutes les gloires de Marie.

Le monde se souvient encore de cette journée du 8 décembre 185i, où Pie IX, entouré de cent trente évêques venus de toutes les parties du monde, proclama et définit que la conception immaculée de Marie, Mère de Dieu, était désormais un dogme de toi. La voix du pontife fut entendue du monde entier," et un concert de joie et d'actions de grâces répondit à sa parole. Les beaux siècles de foi parurent renaître, et l'Église entière tressaillit comme un seul homme. Pie IX a voulu qu'il restât un souvenir de ce fait mémorable, et il fit élever une colonne commémorative sur la place d'Espagne. Une magnifique statue de bronze de Marie immaculée est portée sur une colonne de marbre cipolin. Quatre prophètes, Moïse, Isaïe, David et Ézéchiel, en marbre blanc, décorent le soubassement et semblent porter tout le monument. Des lis et des feuilles d'olivier, symboles de la pureté et de la paix, décorent le chapiteau.

Vierge sainte, Pie IX, en vous élevant ce trône, ne semblet-il pas vous dire : Avancez et régnez sur tout ce peuple qui m'est confié? Suivez, 6 Reine, les désirs de ce roi, votre glorieux serviteur. Régnez... Terrassez toutes les hérésies modernes, qui s'attaquent à votre fils et voudraient effacer sa divinité, comme elles s'efforcent de ruiner le trône de son Vicaire. Ecrasez l'erreur de votre pied virginal et puissant. Faites comprendre à ces politiques modernes que votre fils est encore pour quelque chose dans les affaires de ce monde. Protégez Rome ! Défendez son pontife et son roi. Régnez aussi sur la France, la fille aînée de l'Église , et qui , après sa mère , ne connaît aucune nation qui vous soit plus dévouée et plus chère.

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