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lions, les peintures des catacombes, prouvent l'invraisemblance, l'impossibilité même d'une pareille supposition : les Romains, d'ailleurs, brûlaient généralement leurs morts, et ils ne les ensevelissaient pas. D'auties, plus éclairés, et surtout mieux intentionnés, accordent aux catacombes une origine semi-païenne, en ce sens que les chrétiens auraient creusé les tombes de leurs martyrs et de leurs morts dans les carrières mêmes d'où les Romains avaient extrait les pierres et le sable nécessaires pour leurs constructions. Cette seconde opinion a été complètement abandonnée, surtout depuis les travaux, les recherches et les découvertes du célèbre P. Marchi.
Les cimetières chrétiens appartiennent réellement et entièrement aux chrétiens par leur origine et par leur destination. Pour la plupart, il est vrai, ils sont creusés à la suite des carrières de pierres ou de sable; mais un examen attentif fait voir combien la nature du sol des catacombes est différente de celle de ces carrières. Le sol de la campagne romaine n'est point un terrain primitif, mais de formation secondaire , et il présente au géologue trois nuances bien distinctes :
1" La pouzzolane, terrain sans consistance, sablonneux, en un mot, du sable ;
2° Le tuf lilhoïde, qui est presque aussi dur que le marbre;
3" Enfin le tuf granulaire, qui se taille facilement, et offre assez de consistance pour supporter des excavations et des voûtes sans danger d'éboulement, mais qui se décompose au grand air, et tombe facilement en poussière clans un transport saccadé.
Or les cimetières chrétiens sont tous et seuls creusés dans celle dernière partie du sol romain, et cela se comprend. Dans quel but , en effet , les païens auraient-ils percé des carrières dans ce terrain, puis([u'il ne pouvait leur offrir des pierres assez dures pour bâtir, et qu'ils Irouvaienl ailleurs du sable excellent, que le tuf granulaire n'aurait pu remplacer sans un nouveau travail, devenu nécessaire après l'extraction pour le rendre sablonneux ?
Les carrières de tuf granulaire, au contraire, présentaient aux chrétiens toutes les garanties de solidité et toutes les facilités de travail qu'ils devaient surtout rechercher dans ces opérations, que les persécutions rendaient si urgentes et si nombreuses.
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Plus consistant que la pouzzolane , ce terrain les mettait à l'abri des éboulements , et ils pouvaient sans aucune crainte creuser leurs tombes dans les parois de ces souterrains , et même y établir plusieurs étages. Moins dur que le tiff liiho'ide, il n'offrait pas tant de résistance à la pioche du fossoyeur, et permettait ainsi une économie de temps et de bras.
Le mode de construction des catacombes est également différent des carrières de sable et de pierre. Les premières sont composées de galeries étroites, qui en moyenne ne dépassent pas huit décimètres et demi de largeur, qui s'en vont en zigzags, tantôt en lignes droites , tantôt décrivant des courbes et des lignes brisées : elles n'auraient pu fournir aux ouvriers un espace assez grand pour faciliter leurs travaux et pour la circulation des chariots. Les Latomies et les Arénaires, au contraire, sont larges, spacieuses, avec de vastes corridors et d'immenses places, et réunissent toutes les conditions requises pour une exploitation aussi considérable que devait l'être celle de ces carrières*.
Les catacombes ont donc été creusées par les chrétiens, et elles le furent pour une destination funéraire, comme le prouve, d'ailleurs , le nom de cimetière qu'on leur donnait. Chez les anciens , on regardait comme un grand malheur de n'avoir point de sépulture. Chaque famille romaine faisait construire son tombeau, et désignait à l'avance ceux qu'en dehors de sa famille elle consentait à y admetlre. Souvent elle y recevait ses clients et ses
1 La découverte d'inscriptions et d'emblèmes païens, au milieu des monuments chrétiens des catacombes, a fait penser à quelques auteurs que ces cimetières n'avaient pas servi uniquement aux sépultures chrétiennes. Ces découvertes n'infirment en rien cependant notre affirmation , et rieu n'est plus facile à expliquer que la présence de ces inscriptions païennes en un pareil lieu. On sait, en effet, que la campagne romaine était semée de tombeaux, dont la plupart furent brisés dans les guerres civiles; et, comme les chrétiens n'avaient pas toujours la facilité ni le temps de choisir des marbres pour recouvrir les tombes de leurs martyrs, souvent mis à mort par milliers, ils se contentaient de prendre quelques-uns de ces marbres, de retourner à l'intérieur l'inscription ou l'image païenne, et ils écrivaient sur la face extérieure leurs symboles.
J'ai vu au cimetière de Saint -Calliste une de ces inscriptions, rétablie par M. de Rossi. Il découvrit un jour, dans la chapelle consacrée au pape Damase, des fragments de marbre au nombre de cent cinquante. Il les recueillit , les rapprocha, assigna sa place à chaque lettre, suppléa à quelques-unes, qu'il peignit en rouge pour les distinguer des lettres antiques, qui sont en noir. Il parvint ainsi, avec une patience et une sagacité propres au génie, à la restauration complète d'une belle inscription en caractère damasiens. Au revers de celle-ci on en lit une autre en l'honneur de Galigula. Cet exemple n'est pas le seul; nous pourrions en citer plusieurs autres si le désir de nous limiter ne nous forçait à les passer sous silence.
all'rancliis. M. de llossi pense que les catacombes ont coinniencé par être des tombeaux particuliers possédés par de riches chrétiens, où ils ont admis leurs frères dans la foi. De là l'usage d'appeler du nom de leurs propriétaires ces ditl'érents cimetières où les martyrs et les confesseurs étaient déposés.
On se rend compte ainsi, et très aisément, de la facilité (pleurent les premiers fidèles pour creuser ces vastes tombeaux, et comment ils ne furent pas plus souvent violés par les païens. A Home on ne respectait rien tant que les tombeaux, et les catacombes chrétiennes se trouvaient ainsi placées sous la protection de la loi. Cette propriété devenait plus sacrée que toutes les autres. Elles appartenaient à Domitilla, à Lucina, à Calépode, à Prétextât, etc., qui y faisaient ensevelir leurs parents, leurs amis et leurs frères en religion, tout aussi librement que les grands et puissants de Rome admettaient, à côté de leurs cendres et dans leur columbarium, les cendres de leurs esclaves et de leurs aflVanchis.
Les pauvres eux-mêmes s'associaient quelquefois, et se cotisaient pour bâtir à frais communs un columbarium où leurs cendres trouveraient une petite place : une urne et une niche, c'était le seul et enviable dividende que ces étranges sociétés promettaient à leurs actionnaires.
Les chrétiens, usant du bénélice de la loi commune, pouvaient donc, sans l'ombre d'aucune crainte et sans aucune précaution, ensevelir leurs morts dans leurs cimetières particuliers. Aussi l'entrée des plus anciennes catacombes était exposée aux reuards, et même quelques-unes étaient décorées.
Mais les temps et les conditions changèrent, et le savant archéologue de Iiossi a constaté, dans les nécropoles des ii" et 111° siècles, l'existence de mesures de prudence, d'entrées mystérieuses et cachées, à travers les arénaires. A ces époques, en eiïet, les cimetières n'appartenaient plus à des particuliers , mais ils étaient devenus la propriété des vingt-cinq paroisses de Rome, et ils avaient pris peu à peu une telle extension qu'il ne fut plus possible de les faire passer pour des tombeaux de droit privé. Ces nécropoles devinrent alors, successivement et aux époques de persécution, comme une sorte de paroisse souterraine ayant son centre religieux dans la crypte principale. Ce n'était plus seulement un cimt^tière, mais encore le temple où
les premiers chrétiens priaient Dieu, célébraient les saints mystères et recevaient les sacrements.
On a voulu mettre en doute que les catacombes servirent de lieu de réunion pour les fidèles, et cependant rien ne me paraît plus certain. « Venez, assemblez-vous dans les cimetières, disait le pape saint Clément, pour lire les livres sacrés, chanter les hymnes en Fhonneur des martyrs et de tous les saints sortis de ce monde , afin de prier pour vos frères morts dans le Seigneur, offrir dans vos églises et dans vos cimetières l'Eucharistie, agréable à Dieu ^.. »
Nous savons, d'ailleurs, que plusieurs chrétiens furent étouffés dans les catacombes, pendant la célébration des saints mystères, par les païens qui en avaient comblé les issues; d'autres, comme les papes saint Etienne et saint Sixte, y furent martyrisés au pied des autels. 11 y avait dans chacun de ces cimetières des chambres petites, il est vrai, mais nombreuses, pouvant en moyenne contenir chacune une centaine de' personnes, ce qui permettait aux chrétiens de se réunir, au nombre de plusieurs mille, dans le même moment et dans des lieux séparés. Toute surprise devenait ainsi plus difficile : ces réunions , peu nombreuses sur un même point, pouvaient moins aisément attirer l'attention.
Disons aussi que les catacombes servaient surtout aux jours où la persécution était plus terrible. Pendant les trois premiers siècles, en effet, la persécution ne fut ni également violente, ni toujours menaçante ; il y eut des moments de trêve qui durèrent quelquefois assez longtemps, et l'Église en profitait pour sortir de terre, élever même des églises publiques et annoncer ouvertement l'Évangile. Dans ces jours de paix, l'Église n'abandonnait point ses cimetières : elle y déposait toujours les morts, et elle s'y réunissait dans la société des martyrs. Si, après leur mort, les fidèles étaient désireux de reposer sous la protection des saints endormis dans le Seigneur, ils n'étaient pas moins heureux de se réunir près de leurs tombes pour la prière.
Quand la persécution éclate, leurs églises sont fermées ou détruites, ils sont traqués comme des bêtes fauves, et eux, dont le monde n'était pas digne, sont condamnés à errer dans la soli-
* <i Que dans les cryptes de nos cimetières, dit le savant chevalier de Rossi, là notamment où reposaient les martyrs les plus illustres, ait été offert le divin sacrifice, c'est un fait qui n'a pas besoin de nouvelles preuves. » {Roma sotteranea, t. I, p. 284.)
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Indr, 1rs (jrollcs cl les cavernes soulciraincs '. S'ils ne s'étaient pas retirés liabiluellenient dans la [Jiolniideui' d»; leurs cimetières, ))our(|uoi les |)aïens les auraient- ils appelés avec mépris race lau}>inicre et ennemie du yrund jour [latebrosa et lucifuyax natio)? Ces retraites, comme nous l'avons dil, irollVaient pas toujours un abri sûr contre les persécuteuis, (pii parfois les envahissaient. « La persécution est tellement violente, écrivait !<' pape Corneille en 2G(», (|ue nous ne pouvons plus nous as^sembler dans les catacombes les plus connues. » On conçoit bien que les réunions devaient être peu nombreuses, mais multipliées. Chaque paroisse avait son cimetière, qui abritait ses morts et servait d'asile à ses pontifes.
Quand on parcourt les catacombes, il n'est pas rare de lire, sur les pierres ({ui recouvrent les loculi, des inscriptions semblables à celles-ci :
FELIX lOSSARIVS IN P.
Félix, fossoyeur en paix.
SEUGIVS ET JUiMUS FOSSORES
M. N. M. IN PAGE lilSOM.
Sergius et Juiiius , fossoyeurs, qui ont bien mérité, en paix dans le même tombeau.
Voici une [)einture qui va nous instruire sur la fonction de ces fossoyeuis. Dans le cimetière de Saint- Calliste, on voit sur une pierre tombale un jeune homme debout, vêtu d'une robe qui lui descend jusqu'aux genoux, et des sandales aux pieds. Des croix sont tracées sur sa tunique, deux aux genoux et une à l'épaule droite. Sur l'épaule gauche on distingue un morceau d'étoffe, qui semble être le prolongement de rann)hiballe ou d'un capuchon. Sa main droite est armée d'une pioche, et de la gauche il tient une de ces petites lampes dont nous parlerons plus tard, suspendue à une chaînette. De chaque coté des instruments de sa profession, un compas, une bêche, une pioche, un triangle avec son plomb, gisent à terre. Au-dessus de sa tète on lit l'épitaphe suivante, inscrite entre deux colombes :
DIor.ENES. lOSSOR. IN l'AGF.
I)EP(JS1TVS OGTAVO. KALENOAS OCTOIUUS.
Diogènc, fossoyeur, en paix, déposé le luiitièmo jour des calendes d'octobre.
1 liebr. XI, 37, 38.
« Ces fossoyeurs, dit le P. Marchi, étaient un collège de héros, une confrérie qui faisait partie du clergé de Rome ; ils consacraient leur vie à creuser les cimetières, à recueillir les corps de leurs frères et à leur donner la sépulture. Représentez-vous les obstacles sans nombre qu'ils avaient à vaincre, les dangers qu'ils couraient en disputant aux bourreaux, par prière ou à prix d'argent, les dépouilles sanglantes des victimes; voyez-les, tels que des voleurs nocturnes, enlevant les corps saints et les transportant sur des brancards ou sur d'humbles birotes (petits chariots à deux roues, tels qu'on en en voit encore dans la campagne romaine) le long des voies publiques, pour les ensevelir secrètement au fond des cavernes sacrées; figurez-vous l'obscurité, l'humidité, le manque d'air, les miasmes pernicieux qui les éprouvaient dans leurs travaux souterrains; rappelez-vous la faim, la soif, l'inquiétude, qui les ont dévorés si souvent, et vous vous rendrez compte de la vie de ces magnanimes, qui, soutenus par la seule espérance d'une rémunération future, ont créé de leurs mains, cimenté de leurs sueurs , et parfois de leur sang, cette Jérusalem souterraine, sainte de la plus sublime sainteté que Dieu ait accordée à la terre, et vous reconnaîtrez avec moi que la foi chrétienne n'a pas eu à Rome de champions plus intrépides et plus dévoués. Oui, si, dans un martyr ordinaire, je trouve un confesseur qui a donné sa vie une fois pour Jésus- Christ, je reconnais dans le fossoyeur un martyr qui s'est sacrifié cent fois pour son frère régénéré en Jésus-Christ. »
Si vous le voulez , nous allons maintenant, mon cher ami, visiter ces « labyrinthes souterrains, presque indescriptibles, dans lesquels cent chemins droits, obliques, brisés, sinueux, serpentent, se coupent ou s'entrelacent à l'infini, les uns impénétrables aujourd'hui, parce qu'à l'extrémité qui aboutit au sentier que vous parcourez ils sont fermés par des murs ou par des monceaux de terre; les autres vous ouvrant, à droite et à gauche, des profondeurs inconnues où les pas des visiteurs n'osent point se hasarder : tout cela plein de tombeaux, de la poussière des vieux siècles, de recoins étranges, d'histoires tragiques, de sorte que ces lieux, avec les mille plis et replis de leurs sentiers et de leurs mystères, conviennent très bien pour être des palais de la mort, qui est si pleine elle-même de surprises, de secrets terribles, et qui suit souvent, pour frapper ses coups, des routes
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aussi tortueuses. De cliaque côté de ces corridors on a pratiqué dans le mur, pour y déposer les cadavres, des espèces de niches oblongues, placées horizontalement; elles sont superposées les unes aux autres, de manière à former deux ou trois rangs de sépulcres, parfois six ou sept, et même jusqu'à douze dans les endroits où l'on a travaillé dans des couches de tuf plus hautes ' . On dirait les rayons d'une bibliothèque où la mort rangeait ses œuvres. Lorsqu'un corps avait été confié à une de ces niches, on la fermait avec des briques, des pierres ou des plaques de marbre-. » Sur ces plaques, le fossoyeur inscrivait souvent à la hâte le nom du défunt, ou traçait avec sa pioche une palme, qui suffisait pour apprendre aux fidèles et aux générations futures que là reposait un martyr de Jésus-Christ.
La plupart de ces tombeaux, de ces loculi, sont vides aujourd'hui. Les corps des martyrs ont été enlevés et placés sur les autels; il ne reste plus que les ossements et la poussière des corps dont le sépulcre n'offrait point le signe du martyr et de la sainteté.
Les catacombes, en eflet, étaient le cimetière de tous les fidèles; mais tous, malgré la ferveur des premiers âges du christianisme, ne méritaient pas les honneurs rendus dès ici-bas à la sainteté.
Il faut donc distinguer trois catégories dans les tombes des cimetières chrétiens. Les premières, qui n'offrent aucun signe de la sainteté ou du martyre, et qui n'ont point été ouvertes par les nouveaux fossoyeur.^ des catacombes , sont encore en possession des restes qui leur ont été confiés. Les secondes renferment la dépouille d'un fidèle dont le nom n'est pas connu, mais que différents signes, certains, infaillibles, font reconnaître pour un martyr. Ces signes sont la palme, quand le martyr a été noyé, brûlé ou étouffé pour Jésus-Christ, et la fiole de sang, quand il a répandu son sang pour le triomphe de sa foi.
On comprend aisément que, dans la fureur des persécutions, les premiers chrétiens n'aient pas toujours pu inscrire les noms
1 Au moyen de ces galeries superposées, un espace de terrain relativement petit pouvait contenir un grand nombre de caveaux. D'après les calculs de M. de Rossi, un terrain qui n'aurait eu que cent vingt-trois pieds romains pouvait fournir, avec trois étages seulement, près de sept fents mètres de galeries.
2 M?r Gerbet.
do leurs martyrs : \o. nombn^ rrinsidérahl*; de ces témoins do Jésus-Christ rendait souvent C(4le forinnlil»; inipossihle à remplir. Comment, «^n elVot, nnnmici' les dix mille martyrs égorgés avec le tribun Zenon, dont nous avons vénéré 1<'S restes à Sainte- Mario Scala Cœliy aux Trois- Fontaines ! vX eondiitm d'autres furent ainsi mis à mort par milli<;rs!
Que restait-il à faire aux elirétit^ns en ensevelissant ces morts? Ils gravaient sur la tombe des victimes de ces nombreuses et sanglantes exécutions une palme, ou ils plaçaient à côté de leurs corps glorieux une fiole remplie de leur sang.
Quand TÉglise rencontre ces signes sur la tombe d'un chrétien des premiers Às^tr^, elle l'honore comm<' un martyr et elle le présente à la vénération des fidèles, (mi le désignant sous le nom de quel([u'uno des nombreuses vertus cpii faisaient, sans doute, l'ornement et la force de sa vie. Elle rapjtellcra Juste, Candide, Victor, Félix, etc.: c'est un attribut plutôt rpTun nom qu'elle lui donne. « Dieu seul, dit saint Ambrois»;, les a déjà nommés : le privilège des saints est de recevoir leur nom de Dieu lui-même. »
Enfin le nom des martyrs est quelquefois mentionné sur la pierre de leui" tondieau. Souvc.'ul, il est vrai, ce nom est seul, et rien ii'iMdi(pie le genre de supplice qu'il a enduré; mais peu importe : il suffit de savoir (ju'il a confessé Jésus-Christ en présence de la mort, et qu'il a mérité la palme du vainipieur. On a remarqué f|ue le> palmes se trouvent le plus souvent sur les sépulcres des catacombes les plus proches du Tibre, ce qui s'explique par le voisinage de ce fleuve, où tant de mailyrs ont été précipités.
Ees corps de tous ces généreux athlètes de Jésus- Christ ont donc disparu des catacombes, et ceux qui restent n'insjiirent plus le même sentiment de respect et d'amour. Il n'est peut-être pas un pèlerin, en descendant dans ce»s souterrains, qui n'ait éprouvé le regret de les voir tous dépouillés de leurs richesses. Quelle autre impression Tàme éprouverait si les corps des martyrs étaient encore là; si les lampes des sacrifices, si les vases de l'autel étaient encore à leur place! L'imagination, sans doute, peut repeupler ce désert d'autant plus aisément que les musées du Vatican possèdent de nombreux objets, tels que lampes, verres, fioles et crucifix trouves dans les catacombes : mais autre est rémotion de les voir don.- un musée, et autre celle de les
trouver à la place où ils durent être, dans les lieux mêmes oîi ils servirent. J'aurais aimé, au lieu de cette petite bougie qui m'éclairait dans ces dédales obscurs, marcher à la lumière d'une de ces lampes en terre cuite, à la forme symbolique d'une nacelle, suspendues par une chainetLe à la voûte de ces grandes chambres qu'on rencontre assez souvent au milieu de ces labyrinthes, et qui servaient à la réunion des fidèles. J'aurais aimé chanter les psaumes dans ces petits sanctuaires dont les absides, les colonnes et les autels de nos églises rappellent l'architeeture, et lire l'office divin, éclairé par une de ces lampes appuyées sur des tuiles ou des fragments de marbre scellés en saillie dans le tuf. Le monogramme du Christ, le bon Pasteur, la croix, la palme, la colombe qui les décorent, ont un autre sens quand ils sont placés près de la tombe des martyrs. Je ne suis plus distrait alors par la pensée artistique qui se préoccupe de ce que les sculptures ont de plus ou de moins achevé : je n'aurais peut-être pas, il est vrai, remarqué aussi bien leur structure; mais du moins j'aurais eu une impression plus vive, plus profonde et plus sainte. Cependant, mon cher ami, malgré leur nudité, les catacombes ne laissent pas que d'émouvoir profondément; car enfin ce sol a été foulé par nos pères, ces tombes vides ont été la demeure des corps des saints, et ces peintures que nous admirons encore ont été tracées par des mains qui portaient noblement, et volontiers, des chaînes pour l'amour de Celui qu'ils nous représentaient sous l'emblème du bon Pasteur.
Dans ce cubiculus de Sainte-Agnès, le plus grand de toutes les catacombes, je vois autour les gradins sur lesquels s'asseyaient les fidèles pour entendre la parole de Dieu, que leur adressait le pontife assis sur ce siège adossé à la muraille. Dans celte partie isolée, cet autre siège plus humble est le trône où le prêtre entend les confessions des premiers fidèles, et duquel descendent des paroles de pardon et de miséricorde. Ces deux entrées différentes indiquent que les hommes et les femmes avaient leur porte séparée.
Quelle joie et quelle confiance s'emparent de l'âme en retrouvant dans les catacombes des preuves vivantes, si je puis ainsi parler, de la foi de nos pères ! Cette source avec laquelle on administrait le sacrement de baptême coule toujours, pure comme la grâce dont elle est l'emblème. Dans les inscriptions nous entrons en
communicalion avec ces généreuses et fortes génération^: leur tombe nous parle et nous révèle leurs croyances. Comme nous, ils croyaient en un seul Dieu en trois personnes. IAugz plutôt cette épilaphc :
im: REQVIIÎSCIT IN SOI'NO PACIS AGEL PER(;A ANCILLA CIIKISTl QV/E VISGIT AN. PL. M. XVIII.
CREDO DEVM PATREM. CREDO DEVM FILIVM. CREDO DM SPIRITV.M SANCTV>[. <;RED0 O. NOfilSSIMO DIE RESVRGAM
Ici repose, dans le sonmieil delà paix, Agel Perga, servante do Jésus-Christ, qui vécut environ dix-huit ans. Je crois Dieu le F*ère, je crois Dieu le Fils, je crois Dieu le Saint-Esprit, je crois qu'au dernier jour je ressusciterai.
La divinité de Jésus- Christ y est exprimée de mille manières par les peintures et dans les inscriptions. Mais ce qui vous étonnera peut-être davantage, c'est l'autorité de Pierre reconnue et identifiée, en quelque sorte, à cnlle de l'Eglise:
RVTA OMNmVS SVUDITA ET AlKABl
LIS RIBET IN xNOMINE PETRI.