‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 44 sur 53 · S IN PAGE T · texte numérisé non relu

S IN PAGE T

IB DEVS

EFRIGEBIT

Antonia, âme chérie en paix, Dieu te donnera le rafraîchissement.

La seule pensée qui puisse consoler de la mort de ses parents et de ses amis, c'est l'espérance de les retrouver. Au ciel on se reconnaît. Les premiers fidèles exprimaient cette douce croyance sur la tombe de leurs morts :

VLPIA VIVA SIS CUMFRA TRIBVS TVIS

Ulpia, sois vivante avec tes frères.

Il y a avec les morts des communications et des rapports affectueux, et les épitaphes ne sont quelquefois qu'une prière adressée à ceux qui ne sont plus :

ATTICE SPIRITVS TVS

IN BONV ORA PRO PAREN

TIBVS TVIS

Atticus, ton âme est dans le bonheur: prie pour tes parents.

Mais la partie la plus intéressante des catacombes, ce sont les peintures murales. Dans les chambres sépulcrales, ou cuhimla, la voûte et la niche oîi reposait l'autel sont toujours peintes. La peinture de la voûte, comprenant l'espace le plus considérable, se subdivise en plusieurs compartiments, ordinairement au nombre de quatre, séparés par des enroulements, des feuillages et divers motifs d'ornements ou arabesques ; le tout est distribué autour d'un cadre rond renfermant soit une figure principale, soit une scène composée de plusieurs figures, quelquefois une image en buste. Les compartiments du cercle extérieur sont euxmêmes remplis par des sujets opposés deux à deux , et tirés habituellement de l'Ancien et du Nouveau Testament, sauf quelques

exco[)lions, assez rares, oii les (iii.ili-e sujets appartiennoiiL soil à la Bible, soit à rÉvanifile. iJcs llcurs , clos coiirunnes, des guirlandes forment la principale partie de la décoration. l»r«'.'S des tombeaux, des figures représentent des fossorcs ou des oranles, c'est-à-dire des chrétiens dans l'attitude de la prière, les bras étendus, vêtus de longues robes de dilïérentes couleurs, les cheveux à la nazaréenne et de longs voiles retombant sur leurs épaules. Ces deux figures, le fossoyeur et Torante, sont souvent répétées; c'est le travail et la conb'inplalion , ut l'espérance debout à côté de la tombe.

Arrêtons-nous quel(jues instants à contempler plusieurs des peintures dont les sujets sont empruntés à l'Ancien Testament.

Noé est l'un des types le plus souvent choisis pour exprimer la grâce et les eflets du baptême. L'art moderne a représenté sous des formes multiples l'histoire de Noé ; mais aux catacombes elle est toujours reproduite sous un seul et même aspect. Au lieu d'une grande arche voguant sur les flots et contenant huit personnes et une multitude d'animaux de toute espèce, nous voyons toujours un seul personnage, placé dans une sorte de coffre carré, muni d'un couvercle: une colombe, posée sur sa main ou venant à lui et tenant dans son bec un rameau d'olivier, achève le tableau. Le personnage représenté dans l'arche a les traits tantôt d'un vieillard, tantôt d'un jeune homme ou même d'un enfant. Le nom de Noé ne se trouve jamais écrit, et le corbeau n'est jamais présent. Il faut donc voir dans cette peinture, si incomplète au point de vue historique, une allusion aux fidèles, qui, ayant été baptisés, trouvent dans l'arche, image de TKglise, les dons du Saint-Esprit et un asile contre les dangers du monde. L'apôtre saint Pierre compare positivement le salut du corps, que la famille de Noé trouva dans l'arche, au salut de l'iime, cou- <piis |)ar les chrétiens au saint baptême.

Très souvent, à côté de l'histoire de Noé, nous voyons celle de Jonas. Jonas a été pris si clairement par .lésus-Christ lui-même comm<> le typo de sa propre résurroclion et de la résurrection générale, i\v\"\\ n'est pas surprenanl de voir sa vie occuper la première place entre tous les sujets enqiruntés à l'Ancien Testament par les peintres des catacombes. On la trouve dans les fresques qui ornent les murailles, sur les bas-reliefs des sarcophages, sur les simples pierres des loculi, sur les médailles, les

lampes et les verres. On voit Jonas jeté à la mer et dévoré par un monstre marin. Un peu plus loin, le prophète est rejeté sur le rivage, et nous le trouvons aussi couché sous le berceau de lierre. Ce poisson ne ressemble en rien aux hôtes habituels de la mer; il a les traits d'un de ces monstres fabuleux, hippocampe ou veau marin, que les Romains aimaient à représenter, par une fantaisie décorative, dans les appartements de leurs maisons ou sur les murs des chambres funéraires. Imbus des habitudes du paganisme, les premiers chrétiens le firent quelquefois entrer, à titre d'ornement , dans les peintures décoratives de leurs cubicida : mais peu à peu il devint inséparable de l'histoire de Jonas , et ils cessèrent de le représenter seul. C'est un véritable dragon , avec un cou long et étroit, une tête énorme, de larges oreilles, quelquefois des cornes, et dont la croupe se recourbe en replis tortueux.

Daniel, dans la fosse aux lions, est habituellement peint nu entre deux lions, debout, les bras étendus" en forme de croix. Son histoire, souvent répétée, était un puissant encouragement pour ces chrétiens jetés en pâture aux bêtes de l'amphithéâtre.

Dans le Nouveau Testament, ils choisissent plus volontiers le mystère de la manifestation de Jésus -Christ aux gentils, le miracle de la multiplication des pains, qui rappelle aux initiés le mystère adorable de l'Eucharistie, la guérison du paralytique, et celle de l'aveugle- né. Le plus souvent Jésus -Christ est représenté sous la forme du bon Pasteur, avec les vêtements des pi/fcrari, tels qu'on les voit encore sur les montagnes de la Sabine. Quelquefois on remarque dans ces peintures les souvenirs du paganisme, et Jésus est caché sous les traits d'Orphée.

La plus belle et la plus ancienne image de Jésus-Christ a été trouvée dans une chapelle du cimetière de Saint- Calliste. Le visage du Sauveur est ovale et légèrement allongé , sa physionomie grave, douce et mélancolique. La barbe est courte, rare, et les cheveux, séparés sur le milieu du front en deux longues tresses, retombent sur les épaules.

La catacombe de Saint- Calliste offre cinq cubicula, connus aujourd'hui sous le nom de chambres des sacrements, qui présentent un intérêt réel et sérieux pour la tradition dogmatique de rÉglise sur les sacrements. C'est toute la doctrine catholique, ou, plus exactement, c'est un vrai cours de théologie sur

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l'institution et les effets des sacrements qui se déroule, dans de gracieuses peintures et des symboles saisissants, sous les regards émus et étonnés du spectateur.

Parlons maintenant des images tracées en l'honneur de la Mère de Dieu. Parmi les figures si fréquemment reproduites de personnages en prières , orantes, se trouve souvent l'image d'une femme, debout aux côtés du bon Pasteur, dans laquelle M. de Rossi reconnaît soit la Vierge Marie, soit l'Église, épouse de Jésus-Christ, qui prie sans cesse sur la terre, comme Marie prie dans le ciel. Nous aimons beaucoup cette ingénieuse interprétation qui se plaît à établir les rapports figuratifs les plus étroits entre Marie et l'Église: elle est d'ailleurs conforme au sentiment de saint Ambroise K A Saint-Galliste , une orante se tient debout comme le pasteur; deux brebis se tiennent à ses côtés, levant vers elle un regard plein d'une ardente prière et d'une tendre supplication. Image prophétique de la confiance que tous les fidèles doivent avoir en la prière de Marie !

Il existe, au témoignage de M. de Rossi, plus de vingt peintures dans lesquelles la sainte Vierge est toujours la figure principale, et semble volontairement associée par l'artiste aux hommages dont son divin fils est l'objet : ce sont les fresques représentant l'adoration des Mages. Le plus souvent Marie est assise, tenant Jésus sur ses genoux, et les Mages se dirigent vers le groupe formé par la mère et l'enfant : trois ou quatre fois elle occupe le centre du tableau. Ces fresques remontent à la seconde moitié du m" siècle.

Une autre image, qu'on peut voir dans une chambre sépulcrale du cimetière de Sainte -Priscille, remonte, d'après notre savant archéologue, aux confins de l'âge apostolique. Elle représente la Vierge Marie, assise, la tèle à demi couverte d'un voile court et transparent, et portant dans ses bras l'enfant Jésus, « qui se retourne, sur les genoux de sa mère, avec un mouvement tout à fait analogue à celui que Raphaël lui prêle quelquefois dans ses Saintes Familles -. » A côté de Marie, un homme est debout, vêtu d'un pallium qui laisse à nu son épaule, d'une main il tient un volume roulé, de l'autre il montre une étoile. La pré-

1 Multa in figura EcclesuTe de \iaria prophetata sunt. (8. Ambr., de Insf. virg. cap. XIV.)

•^ Vitet, Journal des savants, février 1866, p. 9i'>.

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sence de l'étoile s'expli(|ue quand Marie est au milieu des mages; ici on ne se rend pas compte, à première vue, de sa présence. Plusieurs archéologues veulent voir dans cette ligure virile saint Joseph ou Tun des mages; mais M. de Rossi cioit qu'il laut y reconnaître Isaïe, qui, dans ses prophéties, a compaié souvent la venue du Messie au lever d'un astre; le volume qu'il tient à la main semble d'ailleurs venii' à l'appui de cette interpr<Hation; Quant au dessin et au style de cette peinture, ils sont d'une immense supéi'iorité sur toutes les Iresquos des catacombes. Le modelé, dit M. Vitet , est d'une telle souplesse, d'une telle suavité, que, sans ollenser Corrège, on pourrait lui en faire honneur.

La catacombe de Sainte-Agnès possède une image, relativement moderne, de la sainte Vierge. Une madone est peinte dans la lunette d'un arcosolium, les bras étendus, et le divin enfant est posé debout devant elle. Le monogramme du Christ, placé à droite et à gauche, l'absence du nimbe autour de la tète de Marie et de l'enfant Jésus, font penser à M. de Rossi (jue cette fresque se rapproche du temps de Constantin.

Saint Joseph était- il honoré par les premiers chrétiens, et trouve- t-on dans leurs cimetières des images du père adoptif de Jésus? Il est certain qu'il est fréquemment représenté, sur les sarcophages, d'une manière qui ne permet pas le doute. Ce choix des sarcophages pour y tracer plus spécialement la ligure du saint patriarche ne serait-il pas une preuve que saint Joseph était déjà honoré, dans les catacombes, comme le patron de la bonne mort?... Quant aux peintures dans lesquelles on a cru voir l'image de l'époux de Marie, elles sont en général dans un très maumais état de conservation, et M. de Rossi reconnaît qu'elles peuvent être encore discutées. Dans les monuments ciu'étiens primitifs, saint Joseph porte une tunique courte et relevée; il est jeune et imberbe, et avant le v" siècle il apparaît rarement sous les traits d'un homme mùr ou d'un vieillard. Un sait, d'ailleurs, (pie la tradition sur Tàge de saint Joseph est loin d'être uniforme.

Le culte des saints a pris naissance dans les catacombes. Saint Pierre, saint Paul, sainte Agnès, saint Calliste, etc., sont souvent représentés sur des verres dont il est temps d'entretenir nos lecteurs. On a trouvé dans les cimetières chrétiens un grand nombre de verres provenant, pour la plupart, de débris de coupes: ils étaient attachés aux tombes, oii ils avaient été lixés dans le ciment

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encore frais. Ils sont presque tous ornés de figures chrétiennes découpées dans une feuille d'or; cette feuille d'or était appliquée sous le fond de la coupe, et recouverte d'une mince plaque de verre, que l'on soumettait à l'action du feu jusqu'à ce que les deux parties devinssent adhérentes. Ce double fond, enveloppé dans le ciment , a résisté à l'action du temps ; les frêles parois de Verre, que rien ne protégeait, ont presque toujours péri, A quelle époque remontent ces verres? M. de Rossi pense qu'il faut les ranger dans une période qui s'étend entre le milieu du m° siècle et la fin du iv^ Quel était l'usage de ces coupes ? On croit qu'elles servaient aux festins et aux réjouissances que les premiers chrétiens célébraient en l'honneur des principales fêtes, et surtout des saints apôtres. Les inscriptions qui les entourent semblent confirmer cette interprétation. Nous n'en citerons qu'une :

DIGNITAS AMIGORVM *

PIE ZESES-

CVM TVIS OMNIBUS BIBAS

Au nom de Tamitié, bois, et longue vie à toi et aux tiens.

Un grand nombre de ces coupes représentent les saints apôtres Pierre et Paul. Sur cent quarante verres dont le P. Garucci a publié le dessin, quatre-vingts sont ornés de leurs images. La suprématie de saint Pierre est même attestée très clairement, sur quelques-uns, par un symbole dont le sens ne peut être mis en doute. Il apparaît quelquefois sous le type de Moïse frappant le rocher. Le sens du rocher est bien clair : « Us burent du rocher spirituel qui les suivait, dit saint Paul parlant des Juifs, et ce rocher était le Christs » Mais , quelque beau et naturel que soit ce symbolisme, on pourrait nier que le personnage qui frappe le rocher soit saint Pierre, si, deux fois au moins, le nom de Petrvs ne se lisait auprès de lui. Un des verres oii il est représenté et désigné ainsi est conservé à la bibliothèque Vaticane, et il est connu de tous ceux qui l'ont visitée. Le second, conservé dans la même collection, avait perdu toute transparence, mais le directeur du cabinet des médailles du Vatican l'a nettoyé, il y quel-

1 Dignilas amicorum paraît avoir été l'équivalent de digni amici.

2 Pie zeses, pour mt, lr^ar,i, mots grecs d'un usage très répandu à Rome,

3 Cor. X, ^1.

ques années; il est devenu clair et diaphane, et l'on soit liè> bien la figure de saint Pierre frappant le rocher symbolique.

La verge, chez les anciens, était le signe de l'autorité et de la puissance, et on a remarqué qu'aux catacombes elle ne se rencontre jamais (pie dans trois mains, celles de Moïse, de Jésus et de saint Pierre. Saint Pierre était considéré par nos pères dans la foi comme le Moïse « du nouvel Israël de Dieu », selon l'expression de Prudence.

On rencontre souvent les deux apôtres, en face l'un de l'autre, sur le même verre ou la même médaille. Signalons particulièrement une médaille de bronze trouvée dans le cimetière de Domitille, et qui remonte probablement à répocjuc des Flaviens, alors que l'art grec florissait à Rome. « Les portraits sont vivants et naturels : ils ont un accent individuel très marqué. Une des tètes est couverte d'une chevelure courte et bouclée; la barbe, également bouclée, est courte, les traits du visage rudes, un peu vulgaires. L'autre figure a plus de caractère, un aspect plus noble et plus fin : le front est chauve, la barbe épaisse et longue. Cette précieuse médaille est conforme à la tradition conservée par Nicéphore Calliste, relativement à l'apparence personnelle des deux apôtres : la tète plus rude est celle de saint Pierre; l'autre, celle de saint Paul... Ces différences individuelles se retrouvent dans la plupart des verres, à l'exception de quehiues-uns d'une exécution très inférieure'. »

Après les apôtres saint Pierre et saint Paul, aucun saint n'est plus souvent représenté que sainte Agnès, que l'Église romaine honorait déjà d'un culte de prédilection. Elle est quelquefois seule sur les fonds de coupe ; mais le plus souvent elle accompagne Marie, et elle est placée une fois à la droite de Jésus- Christ.

Telle est, mon cher ami, l'histoire sommaire des peintures des catacombes. Mais vous attendez que je vous dise l'impression qu'elles m'ont faite.

Je les trouve admirables pour la plupart, comme l'expression d'un sentiment sublime rendu avec naïveté et sans aucune prétention. On sent que l'artiste se préoccupait moins de reffet qu'il allait produire que de la pensée qui l'animait. D'ailleurs ces

' fiome soulerraine ; Résumé des découvrrti-i d>' M. de Hossi . olc, p;ir M. Allard ,

peintres, comme le dit fort bien M""' Gerbet, n'ayant pour but de leurs travaux que la gloire de Dieu et rédification de leurs frères, regardaient l'art comme une belle forme de la charité; et, dans leur vie de dévouement, il y eut moins de place pour les grands tableaux que pour les grands sacrifices.

Il est vrai de dire aussi que les grands artistes de Rome avaient autre chose à faire qu'à décorer ces obscurs souterrains. Ils trouvaient plus de gloire et de profit à décorer la Maison- d'Or de Néron ou les Thermes de Titus, et sans doute ils n'eurent point le bonheur de connaître et de confesser Jésus- Christ. Aussi les peintures des catacombes sont peu remarquables comme exécution : on y sent une main peu exercée, et placées dans un autre lieu, avec le sentiment de moins qui les anime, elles mériteraient à peine l'attention. Mais on y sent déjà naître un art nouveau, qui ne cherchera pas son idéal dans la nature matérielle et dans la beauté de la forme; et sous ces dehors imparfaits, défectueux quelquefois, on peut déjà présager la grâce suave et pieuse de fra Angelico, la noble et gracieuse manière de Raphaël.

Chaque année on fait des fouilles dans les catacombes qui n'ont point encore été explorées, et l'on fait toujours de nouvelles et précieuses découvertes. Depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mai , un essaim d'ouvriers descend dans les catacombes, et, la pioche à la main, ils continuent l'œuvre des anciens fossoyeurs. « Us travaillent, il est vrai, en sens inverse de leurs devanciers, ils ouvrent les tombes que ceux-là fermaient; mais c'est pour donner à l'œuvre des premiers son dernier complément, c'est pour faire passer les restes des martyrs de leurs sépulcres de pouzzolane sous le marbre des autels... Ces employés ne sont pas des ouvriers ordinaires, mais choisis et affidés, formant une compagnie soumise à des règlements spéciaux;.. Autant que j'ai pu en juger, cette classe d'ouvriers semble offrir un type qui lui est propre : le caractère imposant et mystérieux des lieux où ils travaillent, et de leurs travaux eux-mêmes, exerce une influence assez reconnaissable sur la tournure d'esprit et l'imagination de ces braves gens, déjà disposés aux pensées graves par leur foi vive, et possédant, d'ailleurs, un certain sentiment des choses antiques qui distingue le paysan romain , familiarisé avec elles depuis l'enfance K »

1 Mk'" Gerbet, Esquisse de Rome chrélienne.

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NuLi'o Liavail sui- les caLacumbes serait incoiujjlct, si nous ne mentionnions (juelqucs-uiis des importants travaux du chevalier de Hossi. Homme d'une profonde érudition et (Tune modestie encore plus admirable, ce savant a lait fain; de giands pr<jgrrs à la science archcologicjue , et , avec une siîreté de doctrine et un talent rare d'interprétation, il a établi d'une manière évidente et nouvelle la tradition catholique d'après les monuments de l'art chrétien primitif.

Si l'on suit la voie Appionne, en se dirigeant vers Albano, on rencontre du même côté que Saint-Sébastien, à deux milles de Rome environ, une grande porte au-dessus de laquelle est écrit Cœmetenum Callisti. C'est là qu'est le plus vaste champ et le plus intéressant théâtre des explorations du savant archéologue. Nous le laisserons raconter lui-même, en abrégé, le résultat de ses travaux et de ses découvertes.

« A l'aide des plans de Bosio, dit-il, j'essayai de retrouver et de reconnaîlre l'une des contrées et les cryptes principales du cimetière, que l'on nommait alors la catacombe de Saint-Calliste, et que j'ai reconnu être celle de Domililla. Dans le dédale de ces sombres néciopoles, je m'aventurai à travers les ébouloments et les ruines, et je trouvai le point marqué sur le plan de l'antiquaire maltais. Pour moi , c'était là un des centres les plus importants (le riiypogée. Lorsque, sur mes instances, la commission d'archéologie sacrée lit faire des fouilles sur ce point, on vit, au bas d'un escalier magnifique, la [)rincipale galerie, le grand lucernaire et une crypte évidemment importante. Dans le dessin de la calacombe nommée ad duas lauros, près de Sainte-Hélène, sur la voie Labican»', je remanpiai plusieurs lieux semblables à celui dont je viens de parler.

« Un groupe de chambres sépulcrales appelait surtout mon attention par ces lucernaires nombreux et par la présence d'une fresrpie rcprésenlant les martyrs historiques de ce cimetière. .J'obtins la permission de diiiger le déblaiement des galeries qui devaient mener vers ce point, le travail avançait lentement. Je franchis, en me traînant sur les mains et les genoux, les terres accumulées sous le eiel des galeries, et parcourant ainsi une longue distance, j'arrivai au lieu que je cherchais. Là, à ma grande surprise, l'un des lucernaires était encore ouvert; par cette bouche béante on avait jeté dans l'hypogée une masse d'immondices et des corps d'animaux. p.?rmi lesquels les restes encore

récents d'un bœuf. Mais j'étais arrivé, sans aucun doute, à l'un des sanctuaires que je cherchais avec une si curieuse ardeur; je voyais la trace des nombreuses lampes que les anciens avaient placées dans ce lieu vénéi-able; le désir de connaître fut plus fort que le dégoût, et, plaçant ma main sur ma bouche, je franchis rentrée des chambres souterraines. Dans l'une je vis, peintes à la voûte, les images des saints historiques du cimetière, avec leurs noms écrits près d'eux : Pierre, Marcellin, Tiburce, Gorgonius. Ce récit suffit à démontrer que les substructions , les lucernaires nombreux, les amas de ruines distinctes des éboulements de terre et de tuf, sont la marque ordinaire des lieux où se trouvaient, dans les catacombes, les cryptes historiques et les sanctuaires des martyrs.

« La découverte des deux chambres ou cryptes est un des plus brillants résultats du système que je viens d'exposer. Le cimetière de Calliste était le plus célèbre de tous après celui du Vatican; car il avait recueilli la plupart des ton^beaux des papes, depuis le commencement du m® siècle jusqu'à la paix de l'Église. L'on savait par l'histoire que cette fameuse nécropole était située près de la voie Appienne : les traditions du moyen âge la plaçaient précisément dans les hypogées de la basilique de Saint-Sébastien , et les archéologues avaient accepté sans réserve cette indication. Mais la carte topographique que j'avais dressée d'après les anciens documents et les itinéraires, démontrait jusqu'à l'évidence que le cimetière de Calliste était tout à fait différent de celui de Saint-Sébastien, et que sa place devait être cherchée à un demi mille plus près de Rome, sur la droite de la voie Appienne. Les itinéraires nous fournissaient même des détails précis sur la distribution des tombes les plus illustres dans l'intérieur de ce cimetière. D'après ces textes, la plupart des papes auraient reposé dans une chambre, près du tombeau de sainte Cécile; Corneille, pape et martyr, aurait été déposé dans une crypte à part; près de son tombeau devait être un souvenir monumental du célèbre évèque de Carthage, ami de Corneille, saint Cyprien : ce qui donnait lieu de les croire enterrés tous les deux ensemble. Ces détails, et bien d'autres encore du plus haut intérêt historique et archéologique, prévus d'après les indications des anciens monuments, ont été vérifiés de la manière la plus exacte par les fouilles et les découvertes de ces dernières années.

HOMK

« C'est en 18IJ2 que la crypte île saint Corneille a éU-, retrouvée. L'histoire de cette découverte est très connue; elle a été répétée dans un grand nombre de livres et de revues. Au milieu d'une vigne située à la droite de la voie Appienne, au premier mille hors des murs de Home et de la porte Saint-Sébastien,

ryi (.' (le 1.1 (•;il;icoiiil)(,' do Saint - l'uiilieii

j'avais remarqué, dès raïuiée 1841), un amas de fragments d'inscriptions, parmi les(juels je lus avec la plus vivo joie les restes d'une épilaphe il'un martyr dont le nom se terminait en nelins :... NKLius, MAUTvn. Je crus sans aucun doute y voir l'épitaphe du pape Corneille. Dès lors je ne pouvais hésiter à chercher le cimetière de Callislt', et par conséquent les tombeaux des papes du m' siècle , aux envinms de celte viirne, au lieu de les reconnaître

dans les caveaux de la basilique de Saint- Sébastien. Je ne me trompais pas : en effet, quatre années plus tard, précisément dans les souterrains de la vigne que je viens d'indiquer, nous piàmes nous ouvrir l'accès à une chambre soutenue par des piliers et des constructions à arceaux de l'époque de saint Damase : elle était remplie de décombres tombés par deux lucernaires. Quatre images de saints en style byzantin, exécutées à l'époque du pieux pèlerinage, décoraient deux à deux des piliers entre lesquels s'ouvrait un tombeau : à droite, une de ces images était accompagnée de l'inscription vertical© sci cornelh pp. {sancli Cornellii papœ); et l'autre, qui lui était accolée, conservait à peine quelques traces du nom cipriani.

« Voilà donc le souvenir de saint Cyprien réuni à celui de saint Corneille, conformément aux indices que les itinéraires des pèlerins nous fournissaient. Devant ces images était dressé un petit autel de forme cylindrique ; à côté d'elles un tombeau évidemment très important avait été anciennement orné de trois inscriptions. La première, en haut, et la dernière, en bas, étaient gravées en caractères calligraphiques damasiens ou prssque damasiens ; malheureusement il n'en restait que peu de débris. L'inscription du milieu, celle qui autrefois avait fermé l'ouverture même du tombeau, était réduite aussi à peu de lettres; mais ce fragment était précisément ce qui manquait à l'épitaphe que j'avais trouvée en 1849. Les deux pierres réunies donnaient l'inscription complète : cornelius martyr episcopus, et étaient justement de la dimension nécessaire pour fermer la niche sépulcrale; nous étions vraiment en présence d'un des tombeaux historiques du cimetière de Calliste. Toutes les parties de ce monument correspondaient avec l'exactitude la plus scrupuleuse aux données recueillies dans les écrits des anciens.

« Mais il importait surtout de trouver le groupe principal de ces tombeaux, que l'histoire témoignait avoir été tout près du locuhis de sainte Cécile. Ce dernier loculus était désigné par une inscription du moyen âge , comme situé au milieu des hypogées de Saint-Sébastien. La découverte du monument de saint Corneille, si loin de la basilique de Saint-Sébastien , mettait le dernier sceau à ma persuasion que les archéologues avaient accepté, avec une trop grande facilité, des noms et des données topographiques dont la source ne remontait pas au delà du xn° ou du xni° siècle.

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Lu vrai toiulicau de sainte Cécile, avec son magnifique cortège composé de presque tous les jjapes du m" siècle, allait être retrouvé sans doute dans la même nécropole oii nous avions découvert celui de saint Corneille. L'attente ne fut pas longue : la grande découverte eut lieu en 1854. Sur les parois d'une entrée souterraine, placée sous des lucernaires, entourée de grandes constructions et de tous les indices d'un hypogée autrefois très fréquenté, Ton vit paraître une infinité de noms et d'autres inscriptions tracées par les anciens pèlerins. Les élans de leur enthousiasme témoignaient que cette porte devait nous ouvrir l'accès vers le plus célèbre sanctuaire du cimetière de Calliste, et je dirai presque de toute la Bome souterraine ; elle devait nous introduire dans la Jérusalem des martyrs du ScigyieurK

« Les décombres qui remplissaient les cryptes furent enlevés avec l'ardeur qu'une pareille attente devait inspirer. Au fur et à mesure que ces décombres sortaient de la chambre, des fragments d'inscriptions grecques et latines tombaient sous nos mains. Que l'on imagine nos sensations à l'apparition successive des débris d'épitaphes, dont les lettres grecques, contemporaines du m" siècle, composaient plusieurs syllabes des noms que nous cherchions, ceux des papes antérieurs à Constantin. Enfin ces derniers réunis donnèrent les noms entiers des papes Anteros, Fabien, Lucius, Eutychien-: quatre, sur les onze que l'histoire nous enseigne avoir été enterrés dans le principal sanctuaire du cimetière de Calliste. Les épitaphes des autres ont disparu; mais parmi les innombrables fragments entassés sur le sol de la chambre par des bai-bares dévastateurs, cent vingt-cinq portaient de belles lettres du pape Damase. Leur reconstruction mit sous nos yeux les vers célèbres que les anciens pèlerins avaient copiés dans celte même chambre, il y a plus de dix siècles. Ces vers rappellent la grande multitude de saints de toute condition et de tout âge enterrés dans ces cryptes , et finissent par le touchant aveu du pontife poète. J'aurais souhaité, je Vavoue, que mon corps fût enseveli en ce lieu; mais j'ai craint d'outrager les restes drs FfiTTtf^ qiii // rrpn<tr))t.

' tierusaU'in civilas rt ornainmlum inarhjrum /)oniiiii, mots Irat-vs sur le mur par une main du v» siècle.

* ANTEPOi:, £iti<7Xùno; ; 'l'.VlUANOi:, ir.i(T.:iKo; jipt (|Axp-jp, ; .V«>VKIC., EKtixoro; ; KVTrXIANOG, ETTWxoTto:.

« Restait à trouver le tombeau de sainte Cécile. Au fond de la chambre papale, à côté de Tautel, on voyait une ouverture. Elle fut bientôt déblayée, et donna accès à une autre chambre.

« Les images de trois saints décorent la voûte sous le lucernaire; elles sont surmontées des noms des trois personnages : poLYCAMus, SEBASTiANus ct cvRiNus ; mais l'image d'une sainte domine dans un encadrement, sur le mur qui est le plus près de la chambre des papes, et c'est celle de sainte Cécile. Sous cette même image est une petite niche ornée du buste du Sauveur, fresque byzantine devant laquelle était nécessairement placé un autel ; à côté de cette niche , et sous les pieds de la sainte , est l'image du pape saint Urbain. Ce fut lui qui déposa la dépouille sanglante de sainte Cécile en cet endroit même , dans un sarcophage de marbre. Six cents ans après, le pape Pascal retrouva ce tombeau dont on avait déjà alors perdu la trace, et le transporta dans l'église du Transtévère, dédiée à cette glorieuse sainte. Tous les détails de l'histoire de ce tombeau sont vérifiés par la découverte de sa vraie position au point le plus remarquable du cimetière de Calliste^ »

Les lecteurs qui voudraient avoir les preuves des faits avancés par le savant archéologue peuvent recourir à sa Roma sotteranea, publiée par les ordres de Pie IX ^

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans dire quelques mots du cimetière de Prétextât, situé sur la voie Appienne, presque en face de celui de Calliste. C'est dans ce lieu même que fut martyrisé, le 6 août 258, le saint pontife Sixte. Il fut surpris par des soldats païens, au moment où il adressait la parole aux premiers fidèles; emmené à Rome, il fut condamné à être exécuté à l'endroit même où il avait violé l'édit impérial, en annonçant la religion du Christ. On avait également perdu toutes les traces de ce cimetière, lorsqu'on 1848, une de ces cryptes étant, par hasard, devenue praticable, on y trouva, peinte au-dessus d'une tombe, l'image de saint Sixte avec cette légende : svstvs.

1 Home dans sa splendeur, t. II , Catacombes , par J.-B. de Rossi.

2 On pourra aussi consulter avec fruit et intérêt les Nouvelles Études su7' les catacombes romaines , par M. de Richeniond, et la Rome souterraine, etc. traduite de l'anglais et amplifiée par M. Paul Allard. Nous ne saurions trop louer la méthode, la clarté et les illustrations de ce dernier ouvrage, publié chez Didier, à Paris; nous lui avons fait plusieurs emprunts.

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Qucl(|ucs années plus tard, des fouilles furent entreprises, et plusieurs iniportanlis dt-couverles ne pennii-ent pas de douter (ju'on venait de r<HrnuviM' Tun des cimetières les |)lus vénérables de la Home clnvlicnne par son antiquité. S'il n'appar-tient pas aux temps apostoliijues, il était certainement en usage au n» siècle. Des fragments d'inscriptions mirent sur la trace de la crypte de saint Janvier, l'un des martyrs qui ont rendu illustre cette nécropole. On était à la veille de découvertes de cryptes historiques d'une importance réelle, lorsque les fouilles furent arrêtées. En 1870, une souscription avait été ouverte eii Angleterre, par les amis des anti(juités chrétiennes, afin de fournir à la commission archéologique les moyens de poursuivre leurs découvertes; mais depuis l'invasion de Rome par Victor- Emmanuel, le chevalier de Rossi n'a pu continuer ses travaux. Il écrivait dans le Bulletin archéologique de 1871 ces paroles significatives : « Cette année, la saison des fouilles s'est terminée sans que la commission d'archéologie sacrée ait pu entreprendre ses travaux accoutumés. Malgré les ressources fournies par la libéralité des souscripteurs anglais, les belles découvertes du cimetière de Prétextât n'ont pu être continuées, par suite d'obstacles matériels aujourd'hui insurmontables. »

Ce que je vous ai dit des catacombes me semble suffisant pour vous faire comprendre l'importance de ces premiers monuments du christianisme. A quelque point de vue qu'on les envisage, elles ont leurs charmes, leurs enseignements, et surtout leurs vivifiants et bons souvenirs de la foi, de la force et de l'amour de nos pères. Comme cimetière, c'est le plus illustre de la chrétienté; comme retraite pour les chrétiens, elles furent les retranchements du siège (jue nos pères firent contre le paganisme; comme di'pitts d'objets intéressants pour les arts et pour l'archéologie, elles sont ou elles ont été un musée sacré; comme lieu de prières, elles possèdent un recueillement infini. L'enfant le plus di-sipé se recueille lorsqu'on le mène prier sur les tombeaux de la famille; les catacombes sont, pour la famille des chrétiens , le caveau des ancêtres, visiblement situé non pas simplement sur les limites des deux mondes, mais aux portes mêmes du ciel. Toute pensée y devient presque forcément ou un grand souvenir, ou une grande espérance '.

' Mer Gorbot.

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