‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 45 sur 53 · LES FRANÇAIS A ROME · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS A ROME

Églises nationales. — Établissements français. — Église Saint-Louis-des-Français. — Nos soldats. — Saint-Denis du Quirinal. — La Trinilé-des-Monts. — Le Pincio. — Saint Benoît-Joseph Labre. — Saint-Martin-des-Monts et Saint-Sylvestre. — Saint Vincent de Paul.— Les sœurs de la Charité. — La France fille aînée de l'Église.

« Si un peuple possédait une cathédrale entourée d'un portique auquel chacune des provinces aurait fourni une arcade ou une colonne qui serait son œuvre, qui porterait son nom, ce monument serait un harmonieux emblème des diversités que renferme l'unité de ce peuple. Le monde chrétien se trouve avoir quelque chose d'analogue. A l'ombre de la grande basilique des papes, la plupart des nations chrétiennes ont chacune leur église, leurs fêtes, leurs tombes nationales. Chacun de nous rencontre les reflets de l'histoire de sa patrie sur quelque monument sacré; chacun y respire, dans l'atmosphère de la religion, l'air de son pays. Des établissements nationaux, réunis dans une môme ville par la politique et le commerce, y représentent bien moins la concorde que la division. Les comptoirs sont des rivaux, les autels sont des frères. C'est là une des causes d'un sentiment qu'éprouvent presque toutes les personnes qui habitent Rome pendant quelque temps, loin de leur pays natal. On ne se sent nulle part aussi peu étranger que dans cette ville *. »

Si ces sentiments sont vrais, je puis dire, mon cher ami , qu'ils le sont surtout pour un Français. Partout il retrouve à Rome la patrie absente. Sans parler de nos soldats, qui ont la noble mission de protéger le trône du saint -père, la France a des sanctuaires plus nombreux que toutes les autres nations; elle y compte d'illustres représentants de ses gloires chrétiennes, les sœurs de la Charité, les frères des Écoles chrétiennes, les con-

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férences de Sainl-Vincenl-tle-Paul , etc. La France est vivante à Home, et elle il occupe vérilahlemenl cl noblement sa place de fille aînée de TLglise. Dans tous les temps, Dieu s'est plu à se servir des l"'rançais pour racconiplissement de ses œuvres : Gesta Dei pcr Fra)icos. La fille aînée de ri^glise a Mm (ju<d(jiiefois la t»He un peu vive; mais le cœur est l)on.

C'est ce qui faisait dire à Pie L\, lorsque le colonel Mel vint lui aimoncer à Gaëte que nous étions maîtres de Rome : « J'avais toujours compté sur la France. Elle ne m'avait rien promis , mais je savais qu'à un moment donné elle prodiguerait à l'Église ses trésors, son sang, et, ce qui est peut-être plus difficile pour ses braves enfants, ce courage contenu, cette persévérance patiente à laquelle je dois la conservation intacte de ma ville de Rome... )j

Sans doute il y a certaines pages, dans l'hisloire de nos i-elalions avec Rome, quil faudrait déchirer pour notre gloire; mais il n'en est pas moins vrai de dire que la France semble destinée à être le bras de la Providence auquel a été confié le glaive pour défendre l'Église. Un illustre évoque assignait ainsi la mission de Rome et de la France :

« J'oserai dire que Paul, l'Apotre des nations, décapité sur la route d'Ostie , à quelque distance de Rome, où sa mission extraordinaire expirait, nous a jeté son épée i)ar de là les mers, à nous autres Français, l'épée de la parole qui fait le missionnaire, et l'épée d'acier qui fait le soldat. Mais Pierre, crucifié auprès de la muraille de Rome, dont la nouvelle enceinte devait renfermer son tombeau pour toujours, y a déposé ses clefs, les clefs du gouvernement ecclésiastique : elles y sont à leur place; il serait insensé autant (juc criminel de songer à les on ari'ai-li.M- jxmr les fixer ailleurs '. »

On pourrait écrire de belles pages sur les relations paternel!»'et filiales de la mère et de la fille; mais ncius sommes à Rome, et poui- le moment n<»u.s nous proposons d'y eherelier les traces de la patrie absente.

La France possèile à Rome neuf l'ialiii-semenls : .-^.1011 Louis, église et clergé de douze chapelains; Saint- Yves-des-Rretons. église et rectorat; Saint-Nicolas-des- Lorrains, église et rectorat;

' .M*"" l'ic, l II alrurdot} sytinfinlr sur liniiif.

Saint- Deiiis-aux-Quatres-Fontaines, église et religieuses de Notre-Dame; Saint-Sauveur in Thermis, oratoire et chapellenie; la Purification, ai Blanchi, église et chapellenie; Saint-Claudedes- Bourguignons, église et congrégation de prêtres polonais; la Trinité-des-Monts, église et couvent de dames du Sacré-Cœur; et Sainte-Claire, séminaire.

Saint-Louis-des-Français est la plus belle et la plus vaste de nos églises; c'est, à vrai dire, notre église nationale, la paroisse de la France. La première pierre en fut posée, le 9 octobre 1478 , par le sire de Montreuil, ambassadeur de Louis XI. Sa belle façade , en pierre de Tivoli , est décorée des statues de Charlemagne, de saint Louis, de sainte Clotilde et de Blanche de Castille.

En entrant , je lis au-dessus du bénitier cette glorieuse inscription :

QUICUxMQUE ORAT PRO REGE FRANCIS HABET X DIES DE IXDULGENTIA A PAPA INNOCENTIO IV

« Quiconque prie pour le roi de France gagne dix jours d'indulgences, concédés par le pape Innocent IV. »

Saint-Louis est une des plus belles églises de Rome. Il y a de beaux marbres; la nef est tout incrustée de jaspe de Sicile veiné de rose et de blanc. De belles peintures décorent les chapelles; celles de la chapelle de Sainte-Cécile, reproduisant différents traits de sa vie, sont une œuvre remarquable du Dominiquin.

L'autel du Saint-Sacrement est dédié à saint Louis, ce grand monarque et ce grand saint, la plus pure gloire de la France, qui a su honorer également la couronne royale et l'onction sainte du baptême. Il comparait la royauté terrestre à celle de la fève, qui finit avec le souper, et Dieu lui a donné au ciel une royauté qui n'aura jamais de fin, et sur la terre des autels qui sont plus honorés et plus grands que les trônes des rois.

Chaque année, au jour de sa fête, le souverain pontife vient en grande pompe honorer le saint roi de France, et il admet au baisement du pied, dans le chœur ou la sacristie, le clergé de Saint-Louis, le corps diplomatique, Tétat-major du corps d'armée d'occupation, l'académie impériale, et quelques autres personnes privilégiées.

Le clergé de Saint-Louis-des-Français se compose, comme

nous l'avons déjà dil , de douze chapelain- ipii vivent en communauté, et dont M"' Levol est aujourd'luii le supérieur. Nos établissements français sont sous la juridiction de Tarubassadeur, et ils sont administrés par une commission dont il est le président.

Une des joies et des bonnes fortunes de mon séjour à Rome fut d'y connaître le « doyen et l'exemple de ces Gallo-Uomains (jui, sans abjurer rien de la Fi'ance, se sont apen^us un jour que Rome était leur vraie patiie ». Je veux parler de M^' La Croix, clerc national de France', un administrateur de nos établissements nationaux, et dont la bienveillance m'a été aussi utile qu'honorable. Depuis bientôt quarante ans qu'il habite Rome, « il l'étudié, la relit et l'explifpie. Depuis quarante ans il l'aime chaque jour non pas un peu plus, mais beaucoup plus*. »

f/église Saint-Louis-des-Français possède les tombes de plusieurs Français illustres morts à Rome. De ce nombre sont sept cardinaux ^ cinq ambassadeurs, quatre directeurs de l'académie, etc., et, dans la chapelle dédiée à la sainte Vierge, le simple tombeau en marbre blanc du brave et chevaleresque de Pimodan, mort à Castellidardo pour la défense du saint-père.

Sur un cénotaphe en marbre noir on lit ces paroles :

AUX SOIiDATS 1 KANCAIS

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