‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 9 sur 53 · DE ROMANIS · texte numérisé non relu

DE ROMANIS

BARBARISQVE

TRIVMPHAVIT

C'est maintenant que je suis triomphale et sacrée, portant le disciple vraiment pieux du Christ , qui , par la prédication de la croix , triompha des Romains et des barbares.

Ainsi les deux apôtres Pierre et Paul ont chacun leur colonne triomphale , leur trophée de victoire. Mais j'aime ce rapprochement de la colonne triomphale et de la prison de Paul. C'est la réalisation des paroles même de l'Apôtre :

Infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia..., et ea quœ non sunt, ut ea quœ sunt deslrueret '. « Dieu a choisi la faiblesse pour confondre la force, et ce qui n'est pas pour renverser ce qui est. »

ï I Cor. 1 , 27, 28i

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Oui OUI pu prévoir (pie ce pauvre prisonnier allait détrôner César, et sa faible parole détruire le colosse romain !

Saint Paul, en sortant des iers, quitta Rome. Il se rendit en Espagne, et pendant huit années il parcourut la Syrie, l'Asie, la Macédoine, la Grèce et les Gaules', en prêchant Jésus-Christ.

Api'ès toutes ces courses apostoliques, Paul revint à Rome vers les dernières années du règne de Néron. Il convertit une courtisane de cet empereur, et priait avec saint Pierre sur le Forum, lorsque Simon le Magicien voulut s'élever dans les airs. Il fut arrêté avec saint Pierre, enchaîné et jeté avec lui dans la prison Mamertine, où il resta neuf mois.

Nous pouvons suivre ses pas, lorsque, sortant de sa prison, on le conduisit au lieu de son supplice. II sortit par la porte d'Ostie. Longtemps on la nomma aussi Trigemina, en souvenir du combat des Horaces et des Curiaces, qui se donna en ce lieu; mais Paul, la franchissant pour aller à la mort, lui a donné son nom en lui léguant d'autres souvenirs, qu'elle gardera aussi longtemps que Rome sera au pape.

A peine avez- vous franchi la porte Saint- Paul, que vous apercevez le tombeau de Caius Cestius, grande pyramide en marbre, de style égyptien. « La foule, qui va prier à quelques pas, sur les reliques du prêtre de la pénitence et de la charité, regarde en passant le tombeau désert du prêtre des plaisirs : ces deux sépulcres , en face l'un de l'autre , sont très bien placés pour figurer ces deux lois opposées de l'esprit et de la chair, dont saint Paul a tant parlé ^ »

Je continue ma route jusqu'aux Eaux -Sal viennes^, où saint Paul fut décapité. Nous entrerons au retour dans sa basilique, devant laquelle nous passons. Pendant le trajet, saint Paul convertit trois de ses gardes. Il fut attaché à une colonne, et un licteur lui trancha la tête.

Deux miracles accompagnèrent son martyre :

Quand le bourreau frappa sa tête, dit saint Ambroise, ce n'est pas du sang, mais du lait qui coula de ses veines. Pourrait- on

1 Cornélius a Lapide, in Ad. ap. xvii.

2 Esquisse de Rome chrélicnne.

■' Lalmalaria règne dans cette région de Home. Pie IX vient d'y appeler des trappistes français; il les a mis en possession de ces vastes terrains avec la mission de les assainir et de les cultiver (1868).

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s'étoniitM- tiiK' le lail surlîl. en si Ljraiidtï ab(Hi(l;iiir(! (|»'.s veines du iiouiTicier de l'Eglise? N'était-ce pas une image de la substance de sa doctrines? N'écrivait-il pas aux fid«''les : « .le vmis ai alireuvés de mon lait. Lac potum dcdi vohis. »

Le second inii-ade, c'est (|ue sa tète, (m toniltant, lit trois bonds, et des trois points du sol (ju'elie loucha il jaillit trois fontaines, jolies coulent encore, et sont renfermées dans la même église: je les ai vues, et j'ai voulu puiser à chacune d'elles: elles n'ont pas II' même degré de température. .l'ai baisé la colonne où TApùtre fut décapité. Vous vous imaginez facilement mon émotion : il vous sera plus facile de la comprendre (ju'à moi de vous l'exprimer. C'est ici «pie cessa de battre ce cœur Vpii a tant aimé- •Jésus- Christ. Ici se sont arrêtés, pour ne plus se mouvoir, ces pieds qui ont parcouru le monde entier pour conquérir les ûmes à .lésus-Christ. Ici saint Paul rendit sa belle âme, et, si nous en croyons certains auteurs, saint Etienne vint pour la recevoir, et la présenter au Tout- Puissant comme le prix de son sang et de sa victoire. Glorieux apôtre, dont le cœur était le cœur môme de Jésus-Christ, donnez-nous quelque chose de votre amour et de votre zèle !

Deux autres églises sont à coté de celle de Saint-Paul-aux- Trois- Fontaines, l'une dédiée à santa Maria scala cœli, et l'autre aux saints Vincent et Anastase. Saint Bernard est veim dans ces lieux; il a foulé les tlalles de ces églises; il s'y est piosterné, et Dieu lui envoya des visions. Dans la première, il vil une longue échelle allant de la terre au ciel , et une âme glorieuse qui la gravissait : c'est de là que lui est venu le nom de Scala cxeli.

Sous le pavé de cette église reposent les corps de dix mille deux cent trois martyis. Ils furent tous tués en un seul jour, ayant à leur tête le tribun Zenon. C'est la récompense que leur donnèrent Maximien et Diocléti<Mi, après qu'ils eurent constriiit leurs thermes. Les fidèles les ont ensevelis dans ce lieu, et sur la porli' de la catacombe on lil ccllt' inscription :

HIC REQVIESCVNT CORPOIIA

S. MARTYRIS ZENONIS THmV.M

KT SOCIORVM MU.ITVM

DEGEM MILITVM

DVCENTOHVM THUJM

Je quittai ces lieux pour revenir sur mes pas , et visiter la basilique de Saint- Paul. Ce fut Constantin qui éleva la première église en ce lieu même, sur le corps de l'Apôtre. Détruite par les Vandales , pillée par les Sarrasins , renversée par un tremblement

de terre, incendiée trois fois, toujours elle s'est relevée de ses ruines plus riche et plus belle. Ne dirait- on pas que l'esprit du mal, Satan, poursuit saint Paul jusque dans sa tombe, comme il le souffleta^et le poursuivit pendant sa vie ? Mais Dieu protège la

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cendre de son apùtiv^, et ne ix-iini'L pas (jiic son sépulcre reste sans gloire. C'est le Vô juillet 1823 (ju'eut lieu h; dcniifr incendie. (Ml cacha ce triste cvéneinent à Vw Vil inoinauL.

Léon Xll, à peine sur la chaire de saint V'wirc, lit im app.,'l à toute la chrétienté par sa bulle Ad plnrimas ut({ue (jrdvissimas, « afin (pie la nouvelle basilique fût dit^ne, pai- sa L,aandeur et sa richesse, du nom et des cendres du Docteur des nations. »

Déjà elle s'est relevée de ses ruines, j)kis splendide et plus majestueuse, et Pie IX la consacra, le 9 décembre 1854, en présence de tous les évoques qui étaient venus à Dôme pour la proclamation du dogme de rinimaculée Conception. Elle a cinq nefs, soutenues par quatre-vingts colonnes de granit du Simplon; le pavé, de marbre, est resplendissant comme un miroir. Je renonce, d'ailleurs, à vous donner môme une idée de la richesse et de la magnificence de cet édilice.

Au-dessus du chœur, la belle mosaïque représentant la glorification de saint Paul appartenait à l'ancienne basilique. La chapelle du Saint- Sacrement, et celle qui possède le crucifix qui paria si souvent à sainte Brigitte, furent également épargnées par l'incendie.

Les frises sont ornées de la magnifique galerie des portraits de tous les papes qui ont gouverné l'Église. Ce sont des mosaïques d'un admirable effet. Cette galerie, commencée dès le Y* siècle, fut en partie détruite par l'incendie de 1823. A Home on lient aux traditions : quand les édifices croulent ou se détériorent, on les reconstruit ou on les répare, en tenant compte des dispositions anciennes, des souvenirs et des pensées qui ont dicté et accompagné leur construction prtMuière. Dans cette série non interrompue de pontifes, ajiparaît dans tout son éclat la perpétuité de l'Église. La galerie fut donc refaite, et déjà elle est bien avancée'. Dans la basilique Vaticane, j'aime à voir réunis autour de saint l'ieire les corps de ses successeurs: il semblerait (pie la galerie de leurs portraits serait i)lus naturellement et mieux placée à Saint-Pierre cpi'à Saint-Paul, .le ne sais si je me trompe; mais j'aime mieux la \o\v ici. .!•' la regarde comme un honuiiage de la papauté à rapùlre (pii fut l'ep-e .•( Im parole du premier pape.

* Pie IX occupe déjà aa place (1870]. Il n'y a après bon portrait que .|uelquo3 médaillons à remplir.

Et maintenant parlons de la Confession, Que dire de ces colonnes de porphyre, d'albâtre, de malachite? Quelles richesses! Tout cela disparaît, toutes ces richesses ne sont rien cependant en présence de cette simple urne de marbre sur laquelle je lis :

PAVLVS APOSTOLYS ET MARTYR

Quelle noble inscription ! Que dire de plus ?

Paul, apôtre et inartyr. Quel sublime résumé d'une vie d'amour et d'immolation,

« Qui me donnera, s'écriait saint Jean Chrysostome, de me prosterner sur le corps de saint Paul, de m'attacher à son sépulcre, de voir la poussière de ces membres qui portaient les stigmates de Jésus-Christ, et accomplissaient en eux ce qui manquait à sa passion? Quand verrai -je la poussière de cette bouche par laquelle Jésus-Christ a parlé. »

Je me suis donc prosterné devant ce corps qui a tant glorifié Jésus-Christ. J'ai prié sur. cette tombe glorieuse, et je défie la foi la plus tiède de ne pas se sentir éveillée et fortifiée. Qui pourrait s'y agenouiller sans se relever meilleur?

Ce tombeau est glorieux. Tout a ici un sens : saint Paul est l'apôtre des nations , et il semble que toutes aient voulu lui payer un tribut d'amour et de reconnaissance. Il a parcouru l'Afrique, l'Asie, l'Europe; et voici que l'Arabie, l'Egypte, la Grèce, la Turquie, la Russie, l'Angleterre, l'Espagne et la France sont venues déposer sur sa tombe ou le témoignage de leur amour ou la preuve de leur admiration !

Hélas! les nations sont bien malades! Celles qui n'ont point étouffé leur foi la conservent chancelante et timide. Si votre parole, ô Paul, n'est point enchaînée chez toutes les nations, combien, parmi celles dont les présents prient sur votre tombe, l'ont défigurée! Puisse ce concert unanime des catholiques, des hérétiques et des infidèles pour relever et orner le tombeau de l'apôtre de la vérité, être le présage du triomphe de la vérité pour tous et en tous ! Apôtre des nations , priez pour les nations qui s'en vont à l'abîme * !

1 11 faut visiter le beau cloître du couvent des bénédictins qui ont la garde du tombeau de saint Paul. Il date du xii» ou du xiii» siècle, et il est très remarquable par la légèreté et l'élégance de son architecture.

L APOTRE SAINT PIEKUE

Église Sainle-Pudenticniie. — Sainlc-Praxèdc. — Domine, quo vadis. — ëaint-Pierre tu Vincoli. — Chapelle do la Séparation. — Saint-Pierre tu Monlorio. — Colonne Trajan*^.

Mon cher ami ,

A rioiuc, chaque jour de l'octave de la fête des saint- apôtres Pierre et Paul, H est d'usage de célébrer avec pompe la messe dans un des sanctuaires sanctifiés par le passage ou le souvenir des saints apôtres. Afin de m'identifier à la dévotion du peuple romain pour son glorieux patron, j'ai voulu consacrer une journée à la mémoire de saint Pierre, et j'ai visité tous les lieux qui rappellent son souvenir.

En vous rendant compte de mon pèlerinage, il m'a semblé, mon cher ami, qu'il serait plus intéressant et plus naturel de suivre l'ordre chronologique de la vie de saint Pierre à Rome. Vous savez qu'il vint dans cette ville vers l'an 42 de Jésus-Christ. Un Père de l'Église nous le représente arrivant avec le bâton de pèlerin, fatigué d'une longue route, pauvrement vêtu, et s'enlretenant avec un païen (ju'il rencontre à la porte de Rome. H s'établit entre eux un dialogue qui fait ressortir admirablement la folie de Pierre, si l'œuvre qu'il entreprend est humaine.

« En venant à Rome, saint Pierre montrait une foi plus grande et plus courageuse que lorsqu'il marchait sur la mer, parce ({u'il entrait dans une ville qui notait alors qu'une forêt de bêles farouches et indomptables'. »

Il est vrai que je ne suis pas inquiet de l'apôtre: l'Esprit-Saint le conduit et le guide, mais j'aurais aimé suivre la trace de ses

• Paroles de Pie IX en réponse A l'adrosse que lui pr-'scnlèrcnt trois cents catholiques de toutes les notions, ou commencement de janvier ISCi. [Le Monde du 26 janvier 1864.)

pas. Toutefois, selon la tradition, saint Pierre, en arrivant à Rome, se rendit dans le quartier des Juifs, au delà du Tibre ^ Juif lui-même, il pouvait espérer avoir auprès d'eux un plus facile accès, et nous savons d'ailleurs que les apôtres et ceux qu'ils envoyaient annoncer l'Evangile s'adressaient de préférence aux Juifs quand ils entraient dans une ville. Après avoir habité pendant quelque temps sur une des collines du Janicule, il fut reçu au mont Aventin, dans la maison des Juifs Aquila et Priscille, à l'endroit même où s'élève aujourd'hui l'église dédiée à sainte Prisque, jeune vierge qu'il convertit et baptisa. Cette famille était liée avec celle du sénateur Pudens, et l'on peut s'expliquer ainsi les rapports si intimes et si importants qui eurent lieu entre l'apôtre et le sénateur romain. Cette intimité fut telle, que saint Pierre fut reçu et logé chez Pudens, et sa famille eut le bonheur de donner naissance à l'Église de Jésus- Christ. C'est chez elle, en elfet, que l'apôtre baptisa les premiers chrétiens, ordonna les prêtres et les évêques. Nous pouvons dire que ce sont nos ancêtres dans la foi. L'histoire a légué à la postérité les noms des Césars et des Scipions, et de tant d'autres qui se sont illustrés dans la politique et dans la guerre, ou qui ont laissé à l'humanité quelque heureuse et utile découverte. Mais qui songe à citer Pudens et sa famille parmi les grands hommes et les bienfaiteurs de l'humanité? Qui a mentionné sa maison comme le centre et le commencement d'un monde nouveau? C'est pourtant dans cette famille que le monde s'est transformé. Là fut appliquée pour la première fois la doctrine du Sauveur : le pauvre s'asseyait à côté du riche ; le riche lavait les pieds de l'esclave , et brisait ses chaînes ; la raison s'humiliait devant la foi, et ceux qui s'appelaient les maîtres du monde se faisaient les serviteurs des pauvres ; les grands et les puissants y apportaient leurs richesses aux pieds de l'apôtre, et la pénitence et le jeûne étaient plus recherchés que les plaisirs. Dans cette maison se formèrent des héros : elle fut une pépinière de martyrs et d'apôtres.

La maison de Pudens était située au pied de l'Esquilin , dans la « rue Patricienne ». La famille se composait du sénateur et

1 Le Transtevère était habité par une colonie juive assez importante, comme le prouve le cimetière juif récemment découvert sur le Janicule, avec des inscriptions et des monuments remontant à la plus haute antiquité.

de sa fcniinc Priscille, de leur fils et de leui- Ijclle-fill»^ Piidcns et Sabiiiclla, et des enfants de ceux-ci, Tiniothéc et Novatus, Pudentienne et Praxède.

L'église Sainte- Pudentienne est construite sur remplacement même de la maison du sénateur. Dans la nef latérale, étroite et pavée en mosaïï|ue d'une très petite dimension , nous foulons le même sol que l'apotre*.

A gauche, près d'un pilier, on voit un puits dans lequel Pudentienne et sa sœur Praxède déposaient les corps des martyrs. L'autel est une simple planche de chêne enchâssée dans le marbre; il a servi à saint Pierre ^ Sous le maître-autel repose le corps de la glorieuse vierge Pudentienne.

La mosaïque du viii" siècle qui décore l'abside est une des plus belles et des plus anciennes de Piome.

L'église de sainte Praxède, l'heureuse sœur de Pudentienne, est assez proche. Praxède n'est- elle pas de la famille de saint Pierre ! ne fut-elle pas aussi la servante des martyrs ! Gomme sa sœur, elle recueillit les ossements , et , au milieu de l'église qui lui est consacrée, nous la voyons représentée, par une belle statue de marbre, agenouillée sur l'orifice d'un puits: ses mains pressent une éponge pleine du sang des martyrs.

Le pape saint Pascal fît bâtir cette église, et y fit transporter les ossements de deux mille trois cents martyrs. Plusieurs de ces témoins de Jésus -Christ sont connus; pour les autres, le Tout- Puissant sait leurs noms, dit l'inscription, Quorum nomina scit Omnipotens.

Le maître-autel est surmonté d'un baldaquin soutenu par quatre grandes colonnes de porphyre, données par saint Charles Borromée, cardinal du titre de Sainte-Praxède. On monte au sanctuaire par un magnifique escalier dont les marches sont en marbre rouge antique très rare.

* Ce pavé de petite dimension doit remonter à cette époque; nous on avons vu do semblables au palais des Césars et aux thermes de Caracalla. - Sur le côté de droite en regardant l'autel, et à côté de l'autel même, on lit: in

HOC AI-TAni — SANCTUS TETRUS — PRO VIVIS ET DEFUNCTIS — AD ALT.ENDAM — FIDE- LIUM MULTITLDINEM — CORPUS ET — SAXGflNEM DOMINI OFFEREBAT — ET EST — ALTARB PRIVILEGIATLM — PRO SUFFRAGUS — DEFUNCTORUM.

On lit sur l'autre mur, vis-à-vis : in iiag ^de — sanctjE pldentian.c — flit —

PRIMUM UOSPITIL'M — SANCTI PETRI — PRINCIPIS APOSTOLORUM — QfO FIDELES — SACRO- 8ANCTUM — ELCHARlSTLfi SACRAMENTfM — CMRISTIANO RITO — SUMPTLRI ACCEDEBANT.

En descendant dans la nef, à droite , est la chapelle de la famille Borromée, dans laquelle on vénère le fauteuil de bois du saint cardinal, et la table sur laquelle il servait les pauvres.

Du côté opposé est la petite chapelle de saint Hannon , martyr. Ce qui nous attire et nous retient dans ce petit oratoire , ce n'est pas la célèbre mosaïque qu'on y admire , mais la colonne à laquelle Jésus- Christ fut attaché quand on le flagella. Cette colonne était très vénérée à Jérusalem; saint Grégoire de Tours, au livre P' de la Gloire des Martyrs, dit :

« Plusieurs personnes remplies de foi s'approchent de cette colonne avec des tissus en bandelettes, l'en entourent, et les en retirent comme remplies de bénédictions pour le soulagement et la guérison de diverses infirmités. »

En 1213, le cardinal Jean Colonna, légat du saint- siège à Jérusalem sous le pape Honorius III, la transporta à Rome, et la plaça dans l'église Sainte-Praxède. Elle est en marbre gris , haute seulement de trois pieds; ce qui fait supposer, avec raison, à quelques auteurs qu'elle n'est pas entière.

Revenons à saint Pierre : suivons-le, par la pensée, dans cette immense Babylone, comme il l'appelle dans la lettre qu'il écrivit aux fidèles. Sans doute il n'y a pas une route, pas une seule voie romaine qu'il n'ait parcourue. Pendant les vingt- cinq ans qu'il siégea à Rome, quelles merveilles ne dut-il pas enfanter! Que de chrétiens il baptisa et instruisit dans les catacombes ! Le succès de la prédication de l'apôtre exigeait qu'il eût un lieu solitaire pour assembler les fidèles, sans éveiller l'attention des païens. D'anciens documents signalent un cimetière situé à la campagne, aux lieux où l'on visite maintenant la catacombe de Sainte-Agnèshors-les-Murs. Il est désigné sous le nom de « cimetière Ostrien », et regardé par les archéologues comme le plus ancien de la ville.

Nous ne pouvons suivre l'apôtre dans tous ses travaux. A Sainte- Françoise-Romaine, au Forum, nous avons trouvé un souvenir de sa vie apostolique, et une preuve de sa sollicitude pour con- . server intact le dépôt de la foi.

La défaite de Simon le Magicien excita la fureur de Néron contre saint Pierre et saint Paul. Ils avaient gagné des âmes à Jésus-Christ jusque dans son palais et parmi ses confidents ; il résolut de s'en venger, et la persécution devint plus générale et plus terrible. Cédant aux prières des fidèles, saint Pierre prit le

chemin do l'exil. 11 ôtail à <iu(;l(iiies niillos de Hmiif, >ui' l.i voie Appicnnc, lorsque soudain le Seigneur lui ci|)ivuiil cliart^V; de sa croix. « Seigneur, lui dit Pierre, où allez-vous? — Je vais à Home, répond Jésus-Christ, pour y être crucifié do nouveau. » Pien-e comprit le sens de cette parole, et il relouiiia à Honu;.

A l'endroit de cette apparition s'élève la petite église du Domine quo vadis. Le Sauveur laissa l'empreinte de ses pieds sur une dalle de la voie, que l'on conserve dans la basilique de Saint- Sébastien.

« Cette petite église, dit M*"" Gerbet, est une station particulièrement aimée de ces âmes qui , après avoir été déjà éprouvées par la soufîrance, pressentent que des tribulations encore plus dures les attendent là où la voix de Dieu , le devoir les rappelle. La Rome païenne, qui préparait le martyre à saint Pierre, est une ligure du monde. Ces âmes voudraient fuir loin de lui dans une retraite paisible ; mais qu'elles prennent courage. Si elles sont forcées d'y retourner avec la croix, c'est le Sauveur qui la portera devant elles. Seigneur, où allez-vous? Question de tous les temps, que la foi et l'amour adressent à Dieu lorsqu'il nous dit de le suivre à travers les mystérieuses ténèbres de la douleur. Une méditation sur ces paroles, faite dans la chapelle qui en garde la mémoire toute vive, a rendu de la force à bien des âmes qui en avaient besoin, et je ne comprends pas la triste théologie de quelques écrivains qui, en attaquant la réalité historique de ce récit, sont allés jusqu'à en méconnaître la beauté morale. »

Saint Pierre et saint Paul furent arrêtés, et jetés dans la prison Mamerline.

Je vous ai parlé de ce noir cachot du Capitole, où l'apôtre demeura neuf mois, et où il écrivit sa seconde lettre aux fidèles. Je viens de relire ce touchant testament d'un père à ses enfants: au calme, à la sagesse et à la tendresse qui la caractérisent, on a peine à croire qu'elle ait été écrite dans les profondeurs de cette prison, par des mains chargées de chaînes. Je vous ai ni(>nlr<'' l.i colonne où ils furent attachés; mais je ne vous ai rien dit de leurs chaînes, ({ue l'on conserve dans Téglise de Saint- Pierre-ès-Liens.

L'impératrice Eudoxic, femme de Valentinien, avait reçu de sa mère une partie des chaînes que saint Pierre avait portées à Jérusalem. Le pape saint Léon , voulant (•i)ni|)arer cette chaîne

avec celle de la prison Mamertine , les approcha l'une de l'autre , et elles s'unirent tellement qu'il fut impossible de les séparer. On y ajouta depuis quatre anneaux de la chaîne de saint Paul. Pour recevoir ce précieux dépôt, l'impératrice fit construire une église sur le sommet du mont Esquilin.

Plus heureux que saint Jean Chrysostome , dont les paroles me revenaient à l'esprit, j'ai pu les vénérer, les toucher de mes mains, me les attacher autour du cou. « 0 bienheureuses chaînes! bienheureuses mains qui en furent ornées!... Être enchaîné pour Jésus-Christ, c'est plus que d'être apôtre, que d'être évangéliste, que d'être ange! Chaînes bienheureuses, plus belles que tous les diadèmes, que toutes les couronnes des rois, qui me donnera de vous voir ! » Les papes envoyaient de la limaille de ces chaînes aux princes et aux rois qu'ils voulaient honorer.

Après avoir payé mon tribut d'amour à l'apôtre, j'ai visité la basilique. Les amateurs viennent y admirer le chef-d'œuvre de Michel- Ange, le Moïse, destiné à orner le mausolée du pape Jules IL La pose naturelle et pleine de dignité du législateur des Juifs est très remarquable ; sa physionomie respire ce mélange d'indignation, de douleur et d'autorité qui durent animer ses traits quand, descendant du mont Sinaï, il vit le peuple juif danser autour du veau d'or.

Nous avons laissé dans leur cachot nos deux prisonniers. On vient de décréter leur mort : Pierre est condamné à la croix comme son Maître; Paul, en qualité de citoyen romain, sera décapité. Tous les deux sortent de la prison , enchaînés et escortés comme des malfaiteurs ; ils suivent la même voie jusqu'à la porte d'Ostie, où ils se séparent en se donnant le baiser fraternel. Une pauvre petite maison , dont la partie inférieure sert de chapelle , porte une inscription destinée à rappeler ce touchant adieu '. Saint Paul fut conduit aux Eaux Salviennes, où il fut décapité.

1 In questo luogo si separarono S. Pietro et S. Pavolo andando al martirio, et dice Pavolo a Pietro :

La pace sia con teco fundamunto Délia Chiesa et pastore di tutti

L'agnelli di Cristo.

Et Pietro a Pavolo :

Va in pace, predicatore dei buoni Et guida de la salute dei justi.

La tradition de cette rencontre est positive et subsiste de temps immémorial. Plu- Bieurs auteurs y voient cependant des difficultés, car les apôtres n'étaient pas dans la

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Le cortège cjui conduisait saint Pierre traversa le Tibre sur le pont triomphal, et se dirigea par le quartier de la Nauniachie, le long des jardins de Néron, vers le cirque de Caligula. « L'emplacement désigné pour le supplice, dit dom (liu'Tanger ', t'tait enli-e le circpie et les collines de la chaîne Vatican*;, |)rès d'un térébinthe célèbre parmi lo pi-uple. La croix de l'apùtre s'élevait en face de la spina ou plate-forme centrale et l'arène, dans l'intervalle compris entre les deux bornes qui étaient placées à chaque extrémité. L'obélisque égyptien qui mar([uait le milieu de la spina devait ainsi correspondre au gibet destiné à Pierre. La basilique Vaticanc couvre aujourd'hui cet emplacement, et par la connaissance qu'on a encore de l'endroit où s'élevait l'obélisque avant sa translation par Sixte V sur la place Saint- Pierre, on en conclut que la croix fut plantée à peu près au lieu où l'on vénère dans la basilique, proche du tombeau, la statue de bronze de l'apôtre. »

Cette opinion est acceptée aujourd'hui par tous les savants ; elle est appuyée sur le Libet- ponli/icalis, qui dit positivement que saint Pierre « fut enseveli près du lieu où il fut crucifié ».

Une tradition très ancienne, attestée par l'existence d'un monument, veut, au contraire, que saint Pierre ait été crucifié sur le Janicule, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la belle église Saint- Pierre m Monlorio ou mont d'Or.

Dans le cloître du couvent habité par les franciscains, on admire un petit temple de forme ronde, soutenu par seize colonnes de granit, et construit par Bramante : il marque le lieu où, suivant cette tradition, saint Pierre aurait subi son martyre.

Au centre, dans le pavé de marbre précieux, une ouverture sphéroïde désigne l'endroit môme où fut fixc'o la croix.

Quoi qu'il en soit de cette tradition, nous devons visiter ces lieux où l'apôtre saint Pierre aurait habité, en arrivant à Rome, à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'église.

mômo prison, et no pouvaient suivre le môme chemin pour so rendre au lieu At leur supplice. « Toulcfois la sentence que l'un et l'autre, dit dom Guéranger ', allaionl subir n'en éprouvant que peu de retard , il se pourrait qu'un reste d'humanité ciU porte les chefs de la milice à leur permettre de se voir et de s'entretenir une (lernit?re fois. La divine Providence leur aurait ainsi fourni au moment .suprême le moyen d'échanger les adieux du martyre. •>

" Sainte Cécile et la société romaine, p. 05.

' Sainte Cécile et la sociclc romaine.

Nous visiterons donc cette église pour y prier le prince des apôtres et pour y admirer la Flagellation de Jésus-Christ, peinte par Sebastiano del Piombo. Michel- Ange , se sentant vieillir, voyait avec peine sa gloire éclipsée par la réputation naissante du jeune Raphaël ; voulant lui jeter un dernier défi , il composa les dessins de la fresque que vous voyez, et Sebastiano, son élève favori , l'exécuta. Raphaël y répondit par la Transfiguration, qui décora longtemps le maître -autel.

Je me suis arrêté sur la place de l'église pour jouir d'un ravissant et magnifique panorama. Toute la partie sud-ouest de la ville se déroule devant moi : le mont Aventin , le cours du Tibre , la basilique de Saint-Paul, et au loin l'horizon, borné par les montagnes et la mer.

Derrière l'église, un peu plus haut, nous donnons un regard à la plus grande et à la plus abondante des fontaines de Rome; Paul V la fit construire; l'eau sort entre six colonnes de granit oriental , et tombe en forme de cascades impétueuses dans un vaste bassin de marbre. Ces eaux se répandent dans la ville par des canaux souterrains , font mouvoir des moulins à grains , des machines à papier, et arrosent les jardins du Vatican.

Nous venons de voir, mon cher ami, les lieux témoins des humiliations, des souffrances et de la mort de saint Pierre; maintenant jouissons du triomphe de l'apôtre. Dans le voisinage de la maison de Pudens, nous voyons les débris du Forum de Trajan. Le peuple romain et le sénat avaient élevé à ce prince une colonne de marbre de Carrare, richement sculptée, et destinée à dire aux générations futures son triomphe sur les Daces. Cette colonne a cent trente-deux pieds de haut; elle fait l'admiration du monde entier, et Napoléon III vient d'en faire relever les bas-reliefs pour les musées du Louvre. A son sommet on voyait la statue de l'empereur, renversée depuis par les barbares. Sixte V, pensant que cette colonne, élevée en l'honneur d'un triomphateur, convenait à l'apôtre saint Pierre, y plaça sa statue, et fit graver au-dessous cette simple inscription :

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