SO LA PRISON HAHERTINB
triomphe du vainqueur. Arrivés au pied du Gapitole, ces malheureux étaient détachés du cortège. Pendant que le triomphateur montait par le Clivus Capitolinus au temple de Jupiter, ils étaient entraînés vers les Gémonies ; on leur faisait traverser un petit pont suspendu qui communiquait au cachot supérieur, et on se hâtait de les précipiter dans le Tullianum. Le vainqueur ne sortait du temple de Jupiter Gapitolin, qui se trouvait à deux pas de là, qu'après avoir entendu retentir à son oreille le mot fatal : actum est, c'en est fait, tout est fini. Que de douleurs donc ont vu ces sombres murailles pendant dix siècles! Heureusement, dit M. Ampère, le christianisme y a attaché de touchants souvenirs ; car, chose remarquable, le plus ancien monument de Thistoire romaine est aussi le plus ancien monument de la tradition chrétienne à Rome. Suivant cette tradition , après avoir été incarcérés dans le souterrain de Sainte-Marie-in-Fio-Iato, saint Pierre et saint Paul furent amenés à la prison Tullienne, ob ils furent détenus huit à neuf mois. Pendant qu'ils s'y trouvaient, deux geôliers. Processus et Martinien, ainsi que 47 autres prisonniers s'y convertirent à l'Évangile. Comme l'eau manquait pour leur conférer le baptême , saint Pierre fit jaillir miraculeusement une source que l'on montre encore aujourd'hui ; elle est près de la colonne à laquelle l'apôtre était attaché, en sorte qu'il put, malgré ses chaînes, y puiser l'eau nécessaire à la régénération de ses néophytes. L'idée de la charité s'était donc fait jour dans ce lieu de ténèbres où elle n'avait jamais pénétré. Les pèlerins catholiques ne sortent jamais de ce trou froid , humide, où l'eau suinte sans cesse, où le pavé est couvert d'une espèce de boue noire, sans boire de l'eau de la source miraculeuse qui a opéré bien des guérisons surnaturelles. Dans la suite des temps, d'autres martyrs furent aussi jetés dans la Prison Mamertine, particulièrement sous le règne de Valérien. Ce sont : Hippolyte, diacre de l'Eglise romaine, sa sœur Pauline et son beau-frère Adrias avec leurs deux enfants Néon et Marie, le prêtre Eusèbe et le diacre Marcel. L'autel de marbre avec un bas-relief qui représente le baptême conféré mira-
LA CLOAQUE HAXIHA. Si
eoleusement par le prince des Apôtres est un don de Mgr de Forbin-Janson.
Immédiatement au-dessus de la prison Hamertine est bâtie Têglise de saint-pierre*in-€Argerb, où Ton vénère un crucifix miraculeux. «Je l'ai presque toujours vue remplie, dit H. Ampère ; la foule agenouillée me semblait prier pour les âmes de tous ceux qui sont morts ici de mort violente, et, par le spectacle de son recueillement, adoucir un peu l'horreur que fait éprouver ce lieu, l'un des plus tragiques de Rome (1). »
Au-dessus de Saint-Pierre-«n-{îarcer^ on a construit, sur les dessins de Jacques délia Porta, I'église de saint-Joseph, qui appartient à la confrérie des Menuisiers. On y voit les tableaux suivants : à droite : la mort de saint Joseph par Galombo; au 2« autel : l'Immaculée Conception parGhezzi. Vient alors la sacristie où l'on s'adresse, soit pour pouvoir célébrer la Messe, soit pour descendre dans la prison Mamertine. Au maitre-autel : les fiançailles de Saint Joseph par Blanchi. Au l*"' autel à droite en descendant : la Naissance du Sauveur par Maratta; au 2® autel : l'Assomption par Leonardi.
2. Murs de Servius-Tullius. On en a découvert des restes en deux endroits sur l'Aventin non loin du Tibre ; près de Sainte-Prisque, dans une vigne qui appartient aux Jésuites, et, dans le jardin des Dominicains de Sainte-Sabine.
3. Gloaca Maxima. C'était l'égoùt principal où aboutissait un vaste réseau de conduits souterrains et dont il allait décharger le tribut dans le Tibre. Tarquin l'Ancien le fit construire pour dessécher les eaux stagnantes du Yelabrum et des basses terres entre le mont Palatin et la colline du Gapitole, et ménager ainsi une area, une place pour un cirque et un forum. Une partie de la Gloaca Maxima existe encore parfaitement conservée et il n'y manque pas une pierre. Elle se compose de trois arches concentriques de maçonnerie sans ciment, dans le genre étrusque. L'arche la plus petite, ou la dernière, a entre 3",96 et 4",27 de diamètre; chacun des blocs qui com-
(I) Ampère, oaT. précité, t. il, p. 33.
n VOIE APPIENNE.
posant Tarche mesure l'^JS de largeur, sur un peu plus de 0",97 de hauteur; le tout est de cette pierre noire et volcanique qu*on trouve à la base de la colline du Capitole. Dq3 deux côtés des arches est une muraille qui formait les fondements du quai appelé pulckrum lUtus (1). Quand les eaux du Tibre sont basses, on peut pénétrer en bateau dans la Gloaca Maxima, comme le fit Agrippa , lorsqu'il fut chargé par Auguste de l'inspection et de la réparation de tous les égoûts de Rome. En ligne droite la Gloaca a environ 300 mètres de longueur.
CHAP. 2. MONUMENTS CONSTRUITS SOUS LA RÉPUBLIQUE. (510—30 AVANT jésus-christ).
Les grands monuments que Ton rencontre aujourd'hui à Rome ne datent pas de cette époque ; et certes , s'il fallait faire l'histoire romaine de cette période par les édifices qui nous en restent, la tâche serait assez difficile. Quelques antiquaires assignent comme une des causes de cette absence de grands monuments, les ravages des Gaulois. Mais, comme M. Ampère le fait remarquer justement, les temples et les monuments publics étaient restés debout ; les Gaulois, ces premiers barbares, n'anéantirent pas plus les édifices de Rome que ne le firent les barbares du Nord, et par la même raison. Détruire un édifice leur eût donné beaucoup de peine et ne leur eût servi de rien. Les guerres continuelles à l'extérieur, les luttes qui ne discontinuèrent point entre la plèbe et les patriciens, et surtout le peu de durée des premières magistratures s'opposèrent à ce qu'on achevât des œuvres monumentales. Quoi qu'il en soit, il nous reste de cette époque :
1. La Voie âppienne, commencée par le censeur Appius Glaudius. Elle partait de la Porte Gapène et allait aboutir à Brindes; elle avait donc une étendue de SS8 kilomètres.
(1) Rich, Dictionnaire des antiquités nmaineê et grecqueSt p. 474 .