CHAPELLE DE LA COLONNE A SAINTE-PRAXÈDE
il était sur le point d'être scié par ces barbares, quand, par une disposition divine, sa constance leur inspira un sentiment de repentir. Il échappa donc à la mort, et put mériter par sa légation en Egypte les éloges et la reconnaissance des empereurs chrétiens de Constantinople. On y conserve encore en mosaïque une image de la sainte Vierge qui date de répoque de Pascal I; cette image a fait donner à ce lieu vénéré le nom d'hortus Paradisi, orto del Paradiso, jardin du Paradis. On l'appelle encore S. Maria libéra nos a pœfus infemi. Ce même pontife, y célébrant plusieurs messes pour son neveu, avait vu, la dernière fois, l'àme de ce jeune homme délivrée des peines du purgatoire prendre son essor vers le ciel. Cette chapelle est très-remarquable par les belles mosaïques dont elle est couverte.
La fenêtre qui surmonte la porte d'entrée est entourée d'une double rangée de médaillons. Au sommet, on voit Jésus-Christ avec un nimbe crucifère; de chaque côté, on compte six têtes d'apôtres. Sous le Christ est l'image de la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus. Aux côtés de la Vierge sont Novat et Timothée^ frères des saintes Praxède et Pudentienne, figurées plus bas ; et, au-dessous des saintes, trois effigies de femmes de chaque côté. Dans les angles, on voit, d'un côté, Pudens, le père des deux saintes, et de l'autre saint Zenon, titulaire de la chapelle. A l'intérieur, la voûte est décorée d'une image du Christ, entourée d'un cercle soutenu par qttatre anges, vus de face, les bras élevés. La mosaïque de l'autel représente la sainte Vierge assise, portant sur ses genoux V Enfant Jésus; à gauche est sainte Praxède, à droite sainte Pudentienne, L'entablement de l'autel cache presque entièrement une scène dont le sujet n'est pas bien clairement déterminé. M. Barbet de Jouy pense que ce pourrait bien être la Transfiguration, Plus haut, de chaque côté de la fenêtre, on aperçoit saint Jean et la Mère de Jésus, Le côté gauche de la chapelle nous montre dans une mosaïque saint Jean, saint André et saint Jacques^ portant le livre des évangiles. Au côte droit nous voyons Agnès^ Pudentienne et Praxède, debout en présentant des couronnes d'oblation.
364 MOSAÏQUE DE l'aRG DE SAINTE-PRAXÊDE.
Au-dessus de la porte, qui fait face à l'autel, on remarquera le trône de Dieu et de chaque côté saint Pierre et saint Paul debout. (5) Tombeau du cardinal Cetive, du XV^" siècle. (5) Chapelle du Crucifix. (6) Abside. Le tableau de Muratori qui en décore le fond, représente sainte Praxède recueillant le sang des martyrs. Le xnaitre-autel est isolé, décoré d'un baldaquin soutenu par quatre colonnes de porphyre. On y arrive par un magnifique escalier à deux rampes dont les degrés sont en marbre rouge antique; ce sont les plus gros blocs que l'on connaisse de ce marbre fort rare. La mosaïque de l'abside est du IX® siècle. Du sommet de l'arc se- détache le monogramme du pape Pascal I; plus bas est une main sortant du ciel et tenant une couronne. Notre Seigneur apparaît ensuite deboul la main droite étendue, et portant un volume de la main gauche. A droite du Sauveur est saint Paul qui attire vers Notre-Seigneur la jeune Praxède tenant une couronne. Le diacre qui le suit est le pape Pascal au nimbe carré, et portant un édicule. Un oiseau nimbé, le phénix, symbole de l'immortalité de l'âme , s'appuie sur une branche du palmier qui ombrage sainte Praxède. Du côté opposé, saint Pierre présente à Jésus-Christ Pudentienne, sœur de sainte Praxède ; près d'eux est saint Zénon^ tenant le livre des évangiles. Au-dessous de cette composition règne une zone allongée, au centre de laquelle le Sauveur du monde est figuré sous la forme d'un agneau nimbé; douze brebis qui désignent les apôtres se dirigent vers lui, six par six, et semblent sortir des villes saintes de Bethléem et de Jérusalem qui occupent les extrémités. Plus bas on lit l'inscription suivante :
EMICAT AVLA PIA E VARHS DECORATA METALLiS PONTIFiClS SVMMI STYDIO PASCHALIS ALVMNI PLVRIMA SGDRVM SVBTER HAEG MOENIA PONIT
PRAXBDIS DNO SVPER AETMRA PLACENTIS HONORE SEOIS APOSTOLIGAE PASSIM QVl GORPORA GONDBNS FRETVS VT HIS LIMEN MBREATVR ADIRE POLORVM.
<c Cette demeure pieuse brille de l'éclat des métaux variés.
SAINT CHARLES BORROMÊE A SAINTB-PRAXÈDE. 365
par les soins du souverain pontife Pascal ; il place sous ces murs les corps de plusieurs saints : celui de Praxëde, aimée du Seigneur dans les cieux; pour la gloire du siège apostolique, leur donnant la sépulture, avec confiance de mériter par eux l'accès du séjour céleste. »
L'arc de la tribune nous offre au milieu un agneau nimbé posé sur un trône ; puis sept candélabres, trois à gauche et quatre à droite de l'agneau ; des anges, placés deux à deux de l'un et de l'autre côté, et enfin les animaux symboliques des évangélistes. Plus bas, sous ces dernières figures, on voit les vingt-quatre vieillards distribués en six groupes.
La décoration de. l'arc triomphal nous présente, au sommet, une enceinte de murailles, où sont renfermés les serviteurs de Dieu : Jésus-Chtist occupe le centre; un ange est à sa droite, un autre ange est à sa gauche. Sainte Praxède et sainte Pudentienne sont à ses pieds; Pudens, vers l'extrémité, à gauche; Novat et Timothée, à l'extrémité opposée. De chaque côté, on voit une foule d'élus qui se dirigent vers la cité sainte ; et, sous ceux-ci, des serviteurs de Dieu vêtus de robes blanches et ayant des palmes à la main (1).
(7) Sacristie. On y admire le magnifique tableau de Jules Romain représentant la Flagellation du divin Sauveur. Le trésor des reliques possède, entr'autres, trois épines de la sainte couronne, la mitre et la mosette de saint Charles, ainsi qu'une éponge teinte du sang de martyrs, recueilli par sainte Praxède. (8) Chapelle de Saint- Jean-Gualbert ; les peintures sont du Borgognone. (9) Chapelle Olgiati, dessinée par Longhi. Le tableau de l'autel, représentant le Portement de la croix, est de Zucchero, les autres peintures sont du chev. d'Arpin. (10) Chapelle de Saint-Charles- Borroxnée. Le tableau de l'autel, par Parrocel, représente le saint priant pour la ville de Milan. Â gauche on voit son fauteuil, et à droite, la table sur laquelle il donnait à manger aux pauvres.
Saint Crarlbs avait d*abord été cardinal de Saiot-MartiD-des-Moots; U (1) Barbet de Jouy, ouvrage cité, p. 64.
366 ÉGLISE DB SAlNTË-PRlSÛCE.
échangea plus tard ce titre contre celui de Sainte-Praxède. Il fit de cette dernière église son lieu de délices alors qu'il se trouvait dans la Ville éter-> nelle. 11 y annonça la parole de Dieu avec le plus grand zèle, et fit disposer dans le monastère une habitation où Ton conserva religieusement après sa mort la chambre illustrée par ses austérités, ses veilles et ses prières. Quand il habitait Sainte- Praxède, il y récitait toujours Toffice divin, à genoux, tète nue, en compagnie d*un ou de deux chapelains. Bien que le lieu fut humide et froid et la saison rigoureuse, il disait régulièrement les matines dans la chapelle de la Colonne, où il arrivait à dix heures du soir. 11 avait coutume de prendre très-peu de sommeil, et encore, dans son oratoire, n'ayant d'autre lit qu*une chaise sur laquelle il demeurait assis, pendant deux ou trois heures au plus. Il allait même parfois se cacher seul dans la crypte qui se trouve sous le mattre-autel et il y passait la nuit en oraison. Avant son dîner, la cour qui précède l'église, se remplissait de pauvres auxquels il faisait distribuer d'abondantes aumônes. Il persévéra dans ce genre de vie pendant tout le temps de son séjour à Rome.
(11) Chapelle de Sainte-Praxède. Les peintures sont de Severoni. A l'extrémité de la nef latérale on voit incrustée dans le mur (12) une longue tabl^ de marbre, protégée par une grille en fer, portant cette inscription : Sur ce marbre dormait la sainte vierge Praxède. (13) Puits entouré d'une grille dans lequel sainte Praxède conservait les restes des martyrs et faisait couler le sang qu'elle avait recueilli avec des éponges.
SAINTE-PRISQUE (S. Prisca), Sur VAventin, non loin de Sainte-Sabine,
Tout près de cette église fut autrefois le temple de Diane* centre fameux de la confédération latine ; tout près, la demeure de Trajan et celle de Licinius Sura, célèbre personnage de cette époque ; devant elle on aperçoit des arcades pantelantes et l'emplacement du grand cirque dont il ne reste plus que les cachots. C'est l'une des plus anciennes églises de Rome, elle occupe l'emplacement de la maison où cette sainte fut baptisée par saint Pierre. Consacrée par le pape Eutychien en 380, elle fut rebâtie par le cardinal Giustiani Sur les dessins de Carlo Lombardi en 1600. Cette petite église est à trois nefs, séparées par quatorze colonnes antiques. L'autel
ÉGLISE DS SAlNTË-t>HlSûUE 376
de la nef latérale droite est dédié à saint Jean Gualbert ; celui qui est au fond de cette même nef, est consacré à la sainte Vierge. Le tableau du maître-autel par Passignani représente le baptême de sainte Prisque. Le fond de la nef gamhe est occupé par un autel dédié à saint Antoine de Padoue; le dernier autel de la même nef est consacré au Crucifix. Au milieu de la grande nef est une ouverture carrée qui éclaire la crypte. On descend dans l'église souterraine par un escalier qui se trouve dans la même nef. L'autel de la crypte est dédié à saint Pierre. Vis-à-vis, on voit le vase dans lequel, d'après la tradition, le prince des apôtres administra le baptême à Aquila, Priscille et à d'autres païens. C'est un grand chapiteau bien travaillé au milieu duquel il y a un large bassin. On y remarque trois trous, avec l'inscription en caractères du XIIP siècle : Baptismum sci Pétri. Cette église est ordinairement fermée, à l'exception du 18 janvier, jour de la fête de sainte Prisque.
Sainte Prisque. Cette sainte appartenant à une famille proconsulaire, dans laquelle saint Pierre reçut fréquemment Thospitalité, grâce à deux néophytes, juifs de nation , Aquila et Priscille , attachés peut-être à cette maison. Cette jeune vierge était âgée de treize ans lorsqu*eUe fut baptisée par Tapôire lui-môme dans la demeure paternelle. Dénoncée à Tempereur Claude, elle fut conduite au temple d'Apollon, pour sacrifier aux idoles. Sur son refus, le juge la fit cruellement flageller, puis jeter dans une étroite prison. Amenée une seconde fois devant le tribunal, elle montra la même fermeté. Le tyran transporté de fureur ordonna de lui verser sur la tête de Teau bouillante et de la précipiter dans un noir cachot, d*où elle ne fut tirée que pour être exposée aux bêtes. Ce spectacle ne put toucher les bourreaux qui soumirent la jeune vierge aux tortures du chevalet, du feu et de la faim, jusqu'à ce qu'enfin, honteux d'être vaincus par une enfant, ils Tentrainèreot sur la voie d'Ostie, où ils lui tranchèrent la tête. Elle est regardée comme la première martyre d'Occident.
SAINTE-PUDENTIENNE (S. Podenziana),
Dans la Via di S. Pudenziana^ près de la basilique de
Sainte-Marie-Majeure.
Saint Pieeee arriva à Rome, l'an 42, et il descendit d*abord dans le quartier des Juifs. Bientôt il convertit le sénateur Pudens, sa mère nommée Priscille, ses deux fils Novat et Timothée, ainsi que ses deux filles Praxède
et PudentieDDe avec leurs serviteurs. La maison de ces fervents néophytes devint la demeure de l'apôtre, qui y séjourna pendant sept années entières. Ce que le cénacle fut à Jérusalem, cette sainte maison le devint à Rome. Le vicaire de Jésus-Christ y célébra les augustes mystères, y présida les synaxes, y donna Tonction sacrée à saint Lin et à saint Clet, ses successeurs, et leur mission aux nombreux apôtres de TOcddent. Saint Paul luimême fréquenta plus tard Tbabitation de Pudens, et Dieu sait tout ce que les fondateurs du christianisme ont dit, ont fait dans ce lieu vénérable. Cependant la persécution s'était déclarée; avant qu'elles en fussent les glorieuses victimes, savez-vous qu'elle était l'occupation des jeunes vierges Pudentienne et Praxède? Recueillir les corps des martyrs, prendre leur sang avec des éponges et le faire couler dans les fioles funéraires et dans les puits où elles descendaient furtivement les restes sacrés de leurs frères ; tel fut le périlleux objet de leur infatigable charité. La tradition constante, tes monuments écrit<«, le< tableaux, les inscriptions placées dans les deux églises dédiées à la gloire des deux sœurs, les puits fermés d'une grille de fer, .«ont autant de témoignages de ces faits d'ailleurs parfaitement conformes aux mœurs chrétiennes.
La maison sénatoriale, vénérable à tant de titres, fut, dès le second siècle, changée en église par le pape saint Pie I, célèbre dans l'histoire sous le titre du Pasteur. Cette église, dédiée à sainte Pudentienne, est située dans le Viens Patiidus. Elle fut successivement restaurée au VHP siècle par Adrien I, au XIP par Grégoire VII et Innocent II, et enfin rebâtie en 1598 par le cardinal Gaëtani, sur les dessins de Fr. da Volterra. Elle est divisée en trois nefs par quelques pilastres dans lesquels on voit encore douze colonnes de marbre gris antique. Les chapelles du côté droit sont : (1) chap. de TAnge-Gardien ; (2) chap. de Notre-Daxne-dela-Miséricorde ; (3) chap. de Saint-Bernard ; au fond (4) chap. de Saint-Pudens. Le tableau qui orne le maître-autel, ainsi que les peintures qui se trouvent à côté', sont de Nocchi. (5) La coupole a été peinte par Pomarancio. (6) La mosaïque qui décore Fabside est une des plus belles de Rome chrétienne. M. Barbet de Jouy, dans son travail si consciencieux sur les mosaïques de Rome, la rapporte au VIII® siècle ; M. Vitet l'attribue au IV«, « si même quelque preuve nouvelle ne nous démontre pas un jour qu'elle est encore un peu antérieure, et qu'elle appartient même au
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règne de Constantin. » Quoiqu'il en soit de l'époque, ces deux critiques sont d'accord pour reconnaître dans cette œuvre une des plus belles pages de l'art chrétien. « La mosaïque de Saintè-Pudentienne, dit M. Vitet (1), est un vrai tableau où toutes les conditions du style pittoresque sont fidèlement conservées : disposition savante et animée des personnages, distribution par groupes et à des plans divers, draperies franchement accusées, nobles plis, amples étoflFes, attitudes variées, accent individuel, tous les traits essentiels de l'art antique sont là encore vivants ; vous ne sentez la décadence qu'à certaines faiblesses d'exécution et de détail, et, par compensation, vous découvrez dans ces figures des trésors tout nouveaux, d'austères et chastes expressions, une fleur de vertu, une grandeur morale, dont les œuvres de l'antiquité, même les plus belles, ne sont jamais qu'imparfaitement pourvues; » — « La disposition générale est imposante, dit M. Barbet, la composition habile, le dessin ferme et expressif. Sainte Praxède est remarquablement belle, la tète de saint Pierre est d'un grand style, et pour retrouver des exemples d'un type aussi austère, il laut se reporter aux images du prince des apôtres décorant ces précieux fragments de verre doré et travaillé à la pointe, qu'on a rencontrés dans les catacombes près des sépultures des premiers chrétiens (2). »
Au centre de l'hémicycle, le Chtist est assis sur un trône splendide ; de la main droite il bénit, de la gauche il tient un livre ouvert sur lequel on lit ces mots : dominvs conservatok EccLEsi^ pvDENTiANx. c< Lc Seigucur conseiTateur de l'église de Pudentienne. » En arrière du trône s'élève un monticule de forme conique sur lequel est plantée une grande croix d'or couverte de pierreries. Au-dessus de la croix, on voit les images symboliques des quatres évangélistes. A droite de Notre-Seigneur se trouve saint Paul, et, à gauche, saint Pierre. Le premier est couronné par sainte Pudentietine^ le second par sainte Praxède. Près de ce groupe est un vieillard,
(1) L. Vilet, ouvrage cilé, p. 221.
(2) Barbet de Jouy, ouvrage cité, XIII.