PIE VII ET LE PALAIS DU QUIRINAL
le tableau de l'autel, représentant TAnnonciation, qui est d'une beauté surprenante. Les fresques, peintes à droite et à gauche de l'autel, sont de l'Albane.
Dans la salle suivante on voit un tableau de Van Dyck, représentant la Résurrection ; une sibylle, tableau de Garofalo, et une tapisserie des Gobelins, représentant saint Etienne. Dans les trois grandes salles suivantes se trouvent plusieurs tableaux, dont les plus remarquables sont les suivants : la sainte Vierge, par le Guide ; un Ecce Homo, du Dominiquin; saint Jean, par Jules Romain; des tableaux d'Annibal Carrache ; une Madonne avec des saints, de l'ancienne école florentine. Dans la deuxième de ces salles, nommée la salle du consistoirjs, se trouvent des vues d'intérieur, très-intéressantes, des basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Jean-de-Latran, de Sainte-Marie-Majeure et de Saint- Paul.
Pis vu bt le palais du Quirinal. Le 6 juillet 4809, une heure avant Paurore, dit le cardinal Pacca, une troupe de sbires, de galériens et de gendarmes entourèrent Thabitation de Pie VII, comme la retraite d'un insigne malfaiteur. Ils en escaladèrent les murs, brisèrent à coups de hache les portes de Tappartement pontifical, et s'avancèrent jusqu'à la pièce où le Saint-Père les attendait. Eveillé au premier bruit de cette invasion, il s'était revêtu de ses habits ordinaires , et les attendait avec l'air le plus calme, entouré des cardinaux Pacca et Despuig, et de plusieurs prélats et ecclésiastiques. Le général Radet entra le premier, suivi de quelques officiers et de deux ou trois révolutionnaires romains. Le général se mit en face du Saint-Père. Pendant quelques minutes il régna un profond silence. On se regardait les uns les autres, tout étourdis, sans proférer une parole et sans quitter la situation où l'on était placé. A la fin, le général Radet, la figure toute pâle et la voix tremblante, trouvant à peine quelques paroles, dit au Pape qu'il avait une commission désagréable et pénible à remplir, mais qu'ayant fait serment de fidélité et d'obéissance à l'empereur, il ne pouvait se dispenser d'exécuter son ordre ; qu'en conséquence, au nom de l'empereur, il devait lui intimer de renoncer à la souveraineté temporelle de Rome et de l'Etat-Romarn, et que, si Sa Sainteté refusait, il avait ordre de le conduire au général Miollis, qui aurait indiqué le lieu de sa destination. Le Pape , sans se troubler, répondit au général : « Si vous avez cru devoir exécuter de tels ordres de Temperelir, parce que vous lui avez fait serment de fidélité et d*obéissance, pensez de quelle manière nous devons, Dons, soutenir les droits du Saint Siège auquel nous sommes liés par tant de serments I Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, nous ne vouions pas céder ni abandonner ce qui n'est pas à nous. Le domaine temporel appartient à rEglise, et nons n*en sommes que radministratear. L*em-
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pereur pourra nous mettre en pièces, mais il n^obtiendra jamais cela de nous. Après tout ce que nous avions fait pour lui, nous ne nous attendiODs pas à ce traitement. — Saint-Père, dit alors le général Radet, je sais que Tempereur vous a beaucoup d'obligations. — Plus que vous ne savez, répartit le pape d*un ton très-animé. Puis il demanda au général s^ii devait aller seul. Celui-ci répondit que Sa Sainteté pouvait emmener son ministre, le cardinal Pacca. Pie VU désira entrer dans sa chambre; Radet le suivit Entre les deux portes qui séparaient la salle d'audience de la chambre do Pape, il y avait un espace de peu de longueur, où Radet, sûr de do pas élre vu de sa troupe, saisit spontanément la main du Pape et la baisa. Tandis que le Pape arrangeait quelques objets dans sa chambre, Radet loi dit : c Que Votre Sainteté ne craigne rien ! on ne touchera à rien. > Le Pape lui répondit : « Celui qui ne fait aucun cas de sa propre vie , attache encore moins de prix aux choses de ce monde. » Enfin Pie YII, vivement ému, eut besoin de s'asseoir. Radet lui soutint la tète d*un air respectueux et empressé. Lorsque le cardinal rentra, il trouva qu'on avait déjà fait partir le Papa, sans lui laisser le temps de prendre aucune disposition. IJ se hftta de le rejoindre, et le trouva escorté de gendarmes et de quelques traîtres romains, et marchant difficilement au milieu des débris de portes renversées. A la porte du palais, on fit monter le Pape et le cardinal dans une voiture qu'un gendarme ferma à clef; mais au lieu de. prendre U route du palais Doria, on sortit de la ville par la porte Salara , et on arriva par un long détour à la porte du Peuple, où des relais étaient préparés. Ceci se passait le 6 juillet 1809. Le 24 mai 1815, Pie VII rentrait triompha* lemeot par la porte du Peuple, ayant dans sa voiture le cardinal Matteî et son fidèle Pacca.
Pie IX ET LE QuiaiNAL. Le 15 novembre, dit madame de Spaur, le malheureux de Rossi tombait sous le poignard des assassins. Le lendemain le peuple se ruait sur le palais du Quirinal, le cernait et dirigeait le canoo vers la porte principale ; les balles arrivaient jusque dans la chambre da Pape ; son secrétaire des lettres latines Mgr Palma^ tomba roide mort i deux pas de lui. Pie IX dut accepter un ministère pris dans les rangs les plus avancés du parti révolutionnaire. Le 21, il recevait une lettre de Tévêque de Valence qui lui envoyait la pixide en vermeil , dans laqaéUe le grand pape Pie VI avait porté sur sa poitrine la Sainte Eucharistie pendant son exil. Le lendemain, 22, Sa Sainteté fit savoir à Tambassadeor de Bavière qu'Elle était résolue de quitter Rome et qu'Elle aurait accepte volontiers son secours dans ces difficiles conjonctures. Le 24, à Theare convenue, le duc d'Harcourt, ambassadeur de France , vint au palais du Quirinal, et, ayant demandé audience, il entra dans le cabinet da Pape a cinq heures du soir. Aussitôt qu'il l'aperçut, le Saint-Père ôta ses habits ordinaires, c*est-à-dire sa soutane et sa calotte blanche, les souliers de maroquin rouge avec la croix brodée sur l'empeigne, et s'habilla en simple prêtre , puis il se mit une paire de lunettes vertes sur le nez« Etant sorti