‹ Rome & ses monumentsChapitre 354 sur 384 · S80 VIE DE SAINT BENOÎT · texte numérisé non relu

S80 VIE DE SAINT BENOÎT

bOus aTOOs fait Benoit. 11 sortait de cette illustre maison des Aaiciiis, qui avait donné tant de ses enfants à la vie monastique. 11 était, par sa mère, le dernier rejeton des seigneurs de Nursie.-U avait à peine quatorze ans quand il résolut de renoncer à la fortune, à la science, à sa famille et ao bonheur de ce monde. 11 s*enronce dans ces gorges abandonnées et se met à gravir ces monts presque inaccessibles. En chetoin, il rencontre ud moine, nommé Romain, qui lui donne un cilice d*un babit monastique formé de peaux de bétes. Poursuivant son ascension , et arrivé au milles de l'abrupte paroi du rocher qui fait face au midi et qui domine en surplombant le cours bondissant de TAnio, il découvre une caverne sombre et étroite, sorte de tanière où ne pénètre jamais un rayon du soleil. Il y fixe sa demeure et y reste inconnu de tous, excepté du moine Romain , qui le nourrit du reste de son jeûne, mais qui, ne pouvant arriver jusqu'à sa cellule, lui tend chaque jour au bout d'une corde un pain et une clochette dont le son Pavertit de cette nourriture que la charité lui apporte.

11 vit trois ans entiers dans cette sorte de tombeau. Des p&tres qui V^ découvrent un jour le prennent d'abord pour une béte fauve ; mats a se» discours et aux efforts qu'il fait pour instiller dans leurs âmes grossières h grâce de sa piété, ils reconnaissent en lui un serviteur de Dieu. Les tentalions ne lui manquent pas. L'appât de la volupté parle si haut à ses sens révoltés, qu'il est au moment de quitter sa retraite pour courir après une femme dont la beauté l'avait autrefois saisi, et dont le souvenir le persécute sans cesse. Or, il y avait auprès de la grotte un massif de ronces et d'épines : il ôte la peau de bête qui lui servait de vêtement, et s'y roole à nu. jusqu'à ce que son corps ne soit plus qu'une plaie, mais aussi jusqu'à c^ qu'il ait éteint pour jamais le feu infernal qui l'enflammait jusque dans k désert.

Sept siècles plus tard, un autre saint, saint François d'Assise, tidI visiter ce site sauvage et digne de rivaliser avec l'âpre rocher de la Toscane où Iir furent imprimés les stigmates de la Passion. 11 se prosterna devait k buisson d'épines qui avait servi de lit triomphal à la mâle vertu do patriarche des moines, et après avoir baigné de ses larmes le sol de ce ^orieax champ de bataille, il voulut y planter deux rosiers. Les rosiers de sain: François y ont crû et ont survécu aux ronces bénédictines. Ce jardin, deui fois sanctifié, occupe encore une sorte de plateau triangulaire qui se projette sur le flanc du rocher, un peu en avant et au-dessous de la grotte qc ser\'ait de gîte à Benott. Le regard , confiné de tous côtés par les rochers n'y peut errer en liberté que sur l'azur du ciel. C'est le dernier des lieui sacrés que l'on visite et que l'on vénère, dans ce célèbre et unique monasten' du Sagro Speco, qui forme comme une série de sanctuaires superposés k^ uns aux autres et adossés à la montagne que Benott a immortalisée. Tel fcle dur et sauvage berceau de l'ordre monastique en Occident. Ces! de cv tombeau où s'était enseveli tout vivant cet enfant délicat des derniers patriciens de Rome, qu'est née la forme définitive de la vie monastiqae, c^est-

SANGTA SCOLASTIGA. K8{

à -dire la perfection de la vie chrétieDoe. De cette caverne et de ce buisson d'épinee sont issues des légions de moines et de saints dont le dévouement a valu à l'Église ses conquêtes les plus vastes et ses gloires les plus pures (4 ].

A un mille de Subiaco, on rencontre d'abord la chapelle de San Placido. Il y avait ici autrefois un lac aujourd'hui desséché. Un jour que le jeune Placide, fils d'un sénateur romain nommé TertuUus, y était allé puiser de l'eau, le poids de la cruche l'entraîna et il tomba dans le lac. Saint Benoit ordonna à ^aint Maur, son fidèle disciple, de courir proraptement pour retirer l'enfant. Sur la parole de son maître, Maur part sans hésiter.... et plein de confiance dans l'ordre qu'il avait reçu, il marche sur les eaux avec autant de fermeté que sur la terre, et retint Placide du gouffre où il allait être abîmé.

Santa Scolastica est un monastère qui date du VP siècle et qui a été restauré au X^ L'église est du siècle dernier. Des trois cloîtres qui forment le monastère, un est moderne ; on y a réuni une foule d'objets d'antiquités qui proviennent de la villa de Néron. Le second cloître est du XI« siècle ; si cette date est certaine, ce serait à l'Italie à réclamer pour elle Torigine de l'art ogival, cet art si original et si chrétien. Le troisième cloître et le réfectoire sont du XIIP siècle.

A un mille de là est le monastère de Saint-Benoît, le Sa- GRo Speco (la sainte grotte), du IX* siècle. L'église inférieure date de 1053, l'église supérieure de 1066, et le cloître de 1235. C'est ici que se trouve la célèbre caverne, première retraite de saint Benoît, et que M, de Montalembert a si admirablement dépeinte dans le passage que nous avons cité plus haut. Toutes les peintures du Sagro Speco qui datent du XIIP siècle (chapelle de S. Lorenzo) et du XV« (chapelle de S. iorenzo Loricato), méritent l'attention du voyageur catholique.

5. Hors la porte Saint-Jean. A peine a-t-on franchi le seuil de cette porte que l'on aperçoit bientôt , à droite, les verdoyantes montagnes du Latium et de Tusculum, à gauche, les Apennins aux teintes bleuâtres. Près du troisième mille, Yacqua Felice traverse la route. Un peu plus loin, et à gauche, est le monticule (monte del Grano) dont la base est un vaste tombeau qui mesure 200 pieds d'étendue. C'est là qu'au XVP siècle, on découvrit le précieux sarcophage du Capitole qui renfermait le célèbre vase de Portland. Un peu au delà du &^ mille, sont les ruines d'une ancienne villa d'Adrien. Après

(1) De Montalembert, Les Moines d'Occident, t. II, p. 40-43.

S8S PRASCATI.

avoir passé devant VOsteria Vermieino (9* mille), les Orti l»dcvisi (H« mille) la petite église Capo di Croce et la villa Pcnti, on arrive par une pente douce, au milieu de bois d'oliviers, de vignes et de champs cultivés, à

Frascati (13 milles de Rome).

Cette petite ville (5,000 habitants) est le rendez-vous de la haute société romaine qui y vient passer la belle saison. Elle est célèbre par ses villas, ses horizons magnifiques et sa situation unique au monde, où l'on jouit d*un air salubre et de vues admirables. Monuments. La cathédrale de Saint-Pierre, bâtie sur les dessins de P. Fontana. — L'église des Capucins qui possède une Sainte-Famille de Jules Romain, un Crucifiement de Muziano et un Saint - François de P. Bril. — Le palais épiscopal date du XV* siècle. Villas. — La Villa Aldobrandini, nommée del Belvédère^ a été construite par le cardinal Pierre Aldobrandini, neveu de Clémenl VIII , sur les dessins de J. délia Porta. Elle appartient à la maison Borghèse. La cassine est remarquable par h beauté des marbres dont elle est ornée, et par des peinture? du chev. d'Arpin. Les jardins sont ornés de fontaines, de cascades et de jets d'eau. La Villa Conti appartient aujourd'hui au prince Torlonia. — La Villa Falconieri a éié dessinée par Borromini. Le plafond du palais est de P. Maratta. — La Villa Montalto, est aujourd'hui la propriété du collège de la Propagande. Le palais renferme des fresques des Carrache et des frères Zucchero. — La Villa Mondragone a été construite par le cardinal d*Altemps; la façade dessinée par Van Santen compte 364 fenêtres. — La Villa Tavema est la propriété de la famille Borghèse. — La Villa Rutfinella, bâtie par Vanvitelli sur l'emplacement de la villa de Cicéron, appartient aujourd'hui à Victor-Emmanuel. De Frascati on peut se i-endre en deux heures à Tusculum, en passant par les villas Ruffinella. Taverna, Mondragone et le couvent des Camaldules. Au retour on verra la villa Rufiinella, le couvent des Capucins et la villa Aldobrandini.

Tusculum. — C'est ici que les Romains venaient se distraire des affaires sérieuses, Gabinius, Titus Anicius, Quintu5 Metellus, Cicéron y avaient leurs villas. On y trouve les ruines d'un amphithéâtre, d'un théâtre, d'une ancienne villa qui doit avoir appartenu à Cicéron, au témoignage des guides. L'ara: ou la citadelle offre une vue admirable qui s'étend

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