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LE CAUSÉE

I Vin. — AMPHITHÉÂTRES.

Les amphithéâtres ^destinés aux combats des gladiateurs'et des animaux féroces, étaient particuliers aux Etrusques et aux Romains. Lear iotrodnctiOD à Rome est môme d*UDe date assez réneute ; car le plus ancien ne re- BODle qn*au tempe de César, et il n'était construit que de bois. Le premier amphithéâtre en pierres fut celui que Statilius Laurus fit élever sous le règne d'Auguste.

Le plan de Tamphilbéâtre présentait un cercle parfait ou bien une ellipse ; la forme elliptique était la plus généralement adoptée. L^espaoe central au niveau du sol et circonscrit par les gradins, s'appelait arène, parce qu*il était couvert de sable. Là se livraient les combats des gladiateurs et des bêles féroces, dont les loges {carceres) étaient placées autour de Taréne sous le rang inférieur des gradins. Les corridors voûtés, par lesquels s'introduisaient les spectateurs, portaient le nom de vomitaria, nom expressif et bien approprié, puisque en effet ces corridors étaient destinés à vomir les flots de la multitude, lorsqu'elle entrait dans l'amphithéâtre ou qu'elle 60 sortait à la fin des jeux. Entre l'arène et les gradins se trouvait on large fossé rempli d'eau [euHpus), et un mur haut de 42 à 45 pieds qui portait le podium, galerie bordée d'un mur d'appui ou d'une grille en fer. Cette galerie, réservée aux spectateurs de la plus haute condition, était séparée des gradins qui s^élcvaient en retraite derrière elle, par un petit mur (6a/teua) richement décoré.

1. Le CoLisÉE ou AMPHITHÉÂTRE DE Flavien. Vespasieii et Titus voulurent effacer le souvenir des magnificences de Néron ainsi que le prestige qui en avait été la conséquence et qui leur pesait. Mais, en déblayant Rome, ils tinrent à rendre au peuple ce qu'ils reprenaient à la mémoire du tyran. Ainsi, d'abord le portail fermant la Voie SacréCy fut détruit et remplacé par Y Arc de Titus qui ne fut achevé qu'après la mort de cet empereur; le palais des Césars fut réduit à ses anciennes limites du mont Palatin ; le Colosse de Néron fut changé de place et transformé en Colosse du Soleil; les Thermes de Titus furent superposés à une maison de plaisance que Néron avait élevée au milieu de ses jardins; enfin, dans le fond de la vallée, le lac de Néron fut desséché, l'eau des aqueducs fut rendue à la ville et un immense amphithéâtre, jadis rêvé par Auguste, fut donné au peuple par la famille Flavia. Il est demeuré la plus gigantesque ruine de l'ancienne Rome (1),

(4) Franz de Champagny, Les Antonins, t. I, p. 76.

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Il fut commencé Fan 72 par Vespasien et dédié par Titus l'an 80, dix ans après la prise de Jérusalem. Il y eut à cette occasion cent jours de réjouissances ; toutes les variétés de plaisirs furent épuisées ; chasses, combats d'éléphants, combats de grues, combats de gladiateurs, batailles terrestres, batailles navales ; trois mille hommes à la fois combattirent ; cinq mille bêtes furent tuées en un seul jour, quelques-unes par des femmes. Des billets furent jetés aux assistants, dont quelques-uns gagnaient jusqu'à des esclaves, des vases d'or et des navires. Domitien acheva l'œuvre de ses prédécesseurs. La tradition rapporte qu'un chrétien, nommé Gaudentius, fut l'architecte du Golisée ; il fut martyrisé plus tard et repose aujourd'hui dans les souterrains de l'église de Sainte-Martineet-Luc. Plusieurs milliers de prisonniers juifs y travaillèrent entre autres; on dit que 12,000 succombèrent à la peine. Jusqu'en 823, l'amphithéâtre vit couler dans son arène le sang des gladiateurs et des bétes féroceâ. Entretemps, les barbares vinrent se promener sur ces gradins et purent contempler plus d'une fois cette arène du Golisée, qui avait bu si souvent le sang de leurs ancêtres. Du XI« au XIP siècle, il servit de forteresse aux familles puissantes qui dominèrent alors à Rome, et c'est à cette époque qu'il faut rapporter ses plus grands désastres. Au XIV»* siècle, on y donna de nouveau des spectacles. En 1381, la partie qui manque aujourd'hui, était déjà écroulée ; on transforma en hôpital la partie qui restait en* core debout. Au XV« siècle, on commença à l'exploiter comme une carrière, et bien des palais romains furent bâtis avec les matériaux qu'on tira du Golisée; tels furent les palais de Venise, de la Chancellerie, de Farnèse et de Barberini ; aussi tout le monde connaît le dicton : Quod non fecerunt barbarie fecére Barberini, Ce que n'ont point fait les barbares a été fait far les Barberini. Sixte-Quint voulut faire du Golisée une manufacture de laine, et chargea Fontana de convertir les arcades en boutiques. Glément XI songea à y établir une fabrique de salpêtre. Hais quand le docte et pieux Benoît XIV se fut assis sur le siège de saint Pierre , il tint à coeur de sauver ce gigantesque monument, si glorieux pour le ohris*

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tianisme, en le consacrant à la mémoire des martyrs, qui y avaient péri pour la sainte cause de la foi. L'administration française déblaya une grande partie du Cotisée. Pie VU fit construire, sur les dessins de Raphaël Stem; l'énorme contrefort que Ton aperçoit du côté de SaintnIean-de-Latran. Sous Léon XII, Yaladier étaya l'autre extrémité, en élevant dans le premier ordre trois arcades, deux dans le second et un dans le troisième. Grégoire XVI y fit faire beaucoup de constructions et de réparations. Enfin Pie IX résolut non-seulement de faire réparer, depuis le second ordre jusqu'au dernier, une partie des ambulacres, qui se trouvent du côté de Saint- Jean-de-Latran, mais il ordonna encore de le remettre dans l'état primitif. À cet effet, il fit rétablir les pilastres et les voûtes qui avaient disparu.

Le grand axe du Cotisée a 200 mètres de longueur et le petit 167 ; la hauteur de l'extérieur est de 49 mètres. De la base au sommet, le Colisée est tout entier en pierre de Tivoli, espèce de marbre fort dur et résistant au feu. A l'extérieur, on remarque quatre ordres d'architecture superposés : le dorique, l'ionique, le corinthien; le quatrième, en forme d'attique, est orné de pilasti^es corinthiens. A fleur de terre, on trouve un portique qui règne tout autour de l'édifice ; il servait d'entrée et communiquait avec les escaliers qui montent aux portiques supérieurs. Les portes du Colisée sont de deux espèces : les grandes et les petites. Aux deux pointes de l'ovale, s'ouvrent les deux grandes portes formant deux arcs d'une beauté et d'une dimension extraordinaires ; toutefois celle qui regarde le Forum est un peu plus petite que l'autre. On s'accorde à dire que c'est par la première qu'on introduisait les gladiateurs. La seconde, tournée vers Saint- Jean-de-Latran, donnait passage aux machines, aux arbres touffus et aux autres grands mécanismes employés dans certains jeux. A droite et à gauche des deux entrées principales, il y a 80 autres portes plus petites. Elevées de quelques marches au-dessus du sol, elles conservent encore, à la par* tie supérieure du cintre, des numéros d'ordre indiquant à chaque classe de citoyens la porte par laquelle ils pouvaient

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arriver plus facilement à leur place et éviter la confusion. On peut reconnaître encore les numéros XXII à LIV. Sur la façade qui regarde TEsquilin, il y a une porte entre la XXXVIIP et la XXXIX* où l'on ne remarque aucun numéro ; on suppose qu'elle était destinée à l'empereur. Du côté opposé, il y a une communication souterraine entre le Colisée et le Palatin, construite sur l'ordre de Commode.

Entrons maintenant dans l'intérieur du Colisée ; on y distingue YarènCy le podium, les gradins et les terrasses.

Varène est, comme nous l'avons dit plus haut, l'espace vide dans lequel combattaient les animaux et les hommes. Au milieu, où s'élevait autrefois un autel portatif, apparaît maintenant la croix du divin Rédempteur, devant laquelle le premier mouvement du voyageur chrétien est d'aller se prosterner. L'arène est recouverte d'environ quinze pieds de sable. D'une part, les Souverains Pontifes n'ont pas voulu que la terre, qui a bu le sang des martyrs, fût foulée par les pieds des voyageurs et des curieux ; d'autre part, la conservation de ces ruines rendait ces précautions nécessaires. Autour de l'arène règne le podium avec un revêtement en marbre d'environ huit pieds d'élévation. Plus haut on voit trois rangs de gradins, séparés par des couloirs ; ils vont toujours en s'élargissant à mesure qu'ils s'élèvent ; de là le nom de cunei (coins) qu'on leur a donné. Apparaît enfin la terrasse formant une esplanade autrefois bordée d'une galerie en parapet. On compte qu'environ 100,000 spectateurs pouvaient trouver place aux fêtes impériales. Il faut monter à la terrasse pour pouvoir se faire une idée de la grandeur du Colisée; un escalier très-facile, du côté du Forum, y donne accès. Au dehors, on remarque, dans la coniiche de l'ambulacre, des trous sous lesquels sont des consoles qui supportaient les poutres destinas à soutenir le velarium, grande toile tendue au dessus de la partie découverte. D'autres trous proviennent en grande partie des crampons de fer qui y étaient fixés antérieurement, et qu'on aura arrachés au moyen âge.

Que de souvenirs glorieux viennent assiéger l'âme du chrétien quand il pénètre dans l'enceinte du Colisée ! Ici, dans

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cette arène, sont entrés Eustache, capitaine de cavalerie sous Titus au siège de Jérusalem, et général des armées romaines sous Adrien ; avec lui son épouse et ses deux fils ; puis les illustres vierges Martine, Tatiane et Prisca, toutes trois filles de consuls et de sénateurs ; le sénateur Julius ; Marin, fils d'un autre sénateur; les évéques Alexandre et Eleuthère ; les jeunes princes persans, Abdon et Sennen, et une foule de héros dont le triomphe illustra ce Capitole des martyrs (1). Cest au Colisée qu'il faut lire les lettres de S. Ignace d'Antioche et le récit de ses compagnons de souffrances. « Nos » frères de Rome, disent ces derniers, vinrent à notre ren- » contre, pleins de crainte et de joie, joyeux d'avoir été jugés y> dignes de voir Théophore (Ignace), effrayés à la pensée de » la mort prochaine d'un tel homme. A quelques hommes » ardents qui voulaient essayer de fléchir le peuple, instruit » de leur pensée par l'esprit de Dieu, il conseilla de rester » en paix... A tous, après les avoir salués, il demanda de » nouveau de l'aimer véritablement, c'est-à-dire à ne pas faire » obstacle à son empressement d'aller au Seigneur. Il le leur » persuada, et alors, tous les frères fléchissant le genou, il » implora le Fils de Dieu pour toutes les églises , pour la » cessation de la persécution, pour le mutuel amour de tous » les fidèles. Ensuite, il fut mené en hâte à l'amphithéâtre et » y fut immédiatement introduit en vertu des ordres depuis » longtemps donnés par César. On était aux derniers jours » des spectacles : c'était le jour solennel, le treizième des » calendes de janvier, comme on l'appelle en langue ro- » maine. Tout le peuple était réuni. Alors Ignace fut jeté aux » bêtes, et, conformément à cette parole de l'Écriture : Le » désir du juste est agréable à Dieu, son dernier désir fut » accompli. Ainsi qu'il l'avait souhaité dans sa lettre, aucun » des frères n'eut la peine de recueillir ses restes ; il ne de- » meura des saintes reliques que les os les plus durs. Ils » furent emportés à Antioche , déposés dans une étoffe de » lin, inestimable trésor laissé à la sainte Église en souvenir

(4) Ganme, Les trois Romeê, 1. 1, p. 929.

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B du martyr. Ceci arriva le 13 des calendes de janvier, c*est- » à-dire le 10 décembre, étant consuls chez les Romains » Sura et Senecio pour la seconde fois. Pour nous, témoins » de ce martyre, nous passâmes dans nos demeures la nuit x> au milieu des larmes, fléchissant le genou et priant mille » rois le Seigneur d'avoir pitié de notre faiblesse et de nous » instruire. Puis, nous nous endormîmes et, après quelques » instants de sommeil, certains d'entre nous virent le bien- » heureux Ignace se lever tout à coup et nous embrasser ; » d'autres le virent prier pour nous; d'autres le virent cou- » vert de sueur, comme à l'issue d'un rude travail, et debout » auprès du Seigneur. Après nous être réjouis de ces visions, » et nous les ôtre mutuellement racontées, nous chant&mes » Dieu, l'auteur de tout bien, et nous célébrâmes la gloire » du saint (1). »

En 17S0, Benoît XIV érigea au Golisée les quatorze stations du chemin de la Croix, et saint Léonard de Port-Maurice fonda la confrérie qui, le dimanche et le vendredi de chaque semaine, deux heures avant YAve Maria, y fait solennelle-* ment ce pieux exercice. Les confrères partent de leur oratoire situé au Forum; une grande croix de bois marche en tête, portée ordinairement par le cardinal protecteur de la confrérie, revêtu ûu sac de la pénitence. La procession des confrères est immédiatement suivie de celle des sorelle (sœnvs) qui s'avance, comme la première, précédée de la croix portée par une dame romaine. Le double cortège se dirige lentement vers le Golisée au chant des hymnes et des cantiques. Arrivées au centre de l'arène, les deux confréries se rangent autour de la grande croix, sur le piédestal duquel monte un religieux du couvent de Saint-Bonaventure-du-Palatin. On s'arrête successivement à chaque station, puis le cortège retourne à son oratoire.

Avant de quitter le Golisée, n'oublions pas la meta sudans, fontaine foite de manière à imiter un cône, sur lequel Teau

' (I) Àet, S* ignat. 6, trad. de Franz de Champagny, L$s Ànionin$f t. I, p. 343.

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se répandait et tombait d'en haut. On prétend qu'elle servait aux gladiateurs pour se laver au sortir de leurs combats; elle fut reconstruite par Domitien. Vis-à-vis, on voit au niveau du sol, près des substructions du temple de Vénus et de Rome, les fondements de forme quadrangulaire du piédestal sur lequel s'élevait la célèbre statue colossale de Néron, exécutée en bronze par Zénodore. En prenant la Via di S. Gregario, puis tournant à gauche, on arrive au couvent des Passionistes des Saints-Jean-et-Paul. Là, sont des ruines remarquables consistant en deux grandes cavernes et huit arcs formés de travertin. On s'accorde à y voir l'ancien vivarium, caverne où l'on retenait les animaux réservés à l'amphithéâtre. Une large citerne d'eau limpide abreuvait ces armées du désert, dont la nourriture descendait par des soupiraux pratiqués à la voûte. Les bons religieux sont d'une obligeance extrême pour permettre au voyageur la visite de ce terrible complément du Golisée.

2. Amphithéâtre de Stàtilius Taurus , que quelques antiquaires supposent avoir occupé la place de Monte-CUario. C'est là qu'on a découvert la colonne en marbre cipolin que Pie IX a fait ériger à la place d'Espagne, en souvenir de la définition du dogme de l'Immaculée Conception de la Très- Sainte-Vierge Marie.

3. AMPHITHÉÂTRE Castrensr, cn briquc, avec un ordre de colonnes corinthiennes et un soubassement en travertin. Il fait partie du mur entre les portes majeures de Saint-Jeande-Latran. On croit qu'il était destiné aux spectacles de la garde prétorienne.

S IX. — CIRÛUES.

Le ctrqae, édifice dedtinô aux courses de toute espèce, mais principalement à celles des chars, était formé de deux longues lignes parallèles de gradins; ces deux lignes se rejoignaient à une des extrémités par une portion de cercle, dont le centre était près d*ane grande porte d'entrée, dite porte triamphaie, parce que c*est par cette porte que sortaient les

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