PORTIQUE DE SAINT-PIERRE
yeux du mosaïste pendant toute la durée de son travail. Ce beau dessin a conservé assurément beaucoup plus du caractère expressif et du style de Giotto, que la mosïaque modernisée et affaiblie de Mannetti (1). Selon Mgr Gaume, le motif pour lequel on a placé ce tableau dans l'atrium de la basilique, aurait été le suivant : « Des chrétiens ignorants conservèrent pendant plusieurs générations l'usage païen de regarder le soleil levant et de l'honorer avant d'entrer dans la basilique. Afin dé leur offrir un sujet digne de leurs hommages, la mosaïque fut placée au lieu où elle est encore. » Nous ne savons sur quoi cette tradition est appuyée ; quoiqu'il en soit, chaque jour, pendant trente années, le savant cardinal Baronius ne manqua jamais de vénérer cette image en entrant dans Saint-Pierre, et de réciter cette prière : (c Seigneur, sauvez-moi des flots du péché, comme vous avez sauvé Pierre des flots de la mer : Domine, ut erexisti Petrum a fltictibus, ita eripe me a peccatorum undis (2). »
Au fond du portique a droite est (3) la statue équestre de Constantin par le Bernin, et vis-à-vis, à gauche, celle de (6) Charlemagne, par Cornacchioni. La basilique a cinq portes; la première est celle qu'on nomme Porta Sancta ou du Jubilé; on ne l'ouvre qu'à l'année sainte, c'est-à-dire tous les vingt-cinq ans. Le souverain Pontife vient faire luimême la cérémonie, en frappant trois fois la porte au moyen d'un marteau en argent; puis on achève de la démolir. L'année sainte écoulée, on la ferme par une cloison en briques, au centre de laquelle on attache alors une grande croix de bronze. Les troubles politiques dont Rome fut le théâtre en 1850 empêchèrent cette année la fête du pardon général; on dut la remettre à l'année suivante. La (5) porte du milieu, appelée autrefois argentea^ parce qu'elle avait été couverte de lames d'argent par le pape Honorius, est aujourd'hui en bronze et fut exécutée sous Eugène IV par Antoine Philarète et Simon Baldi, frère du Donatello, artistes florentins, qui y
(4) Les mosaïques chrétiennes, par Barbet de Jouy, p. 4 H . (2) Les trois Borne, par Gaume, t. H, p. W.