COLLINES DE ROME
Ton renfermait les dépouilles opimes. On conservait dans cette forteresse la petite cabane ronde de Romulus, une statue colossale d'Apollon, etc. etc. De tous ces monuments on n'aperçoit plus que quelques substructions dans les jardins du palais Caffarelli.
De l'autre côté du Capitole , à la place où est bâtie aujourd'hui l'église d'Ara-Cœli , s'élevait le Temple de Jupiter Capitolin qui dominait majestueusement l'Intermont , la Forteresse et la Ville. Ce temple était divisé en trois nefs terminées chacune par un édicule. L'édicule du milieu renfermait la statue de Jupiter, très-bon pour ses bienfaits , très-grand pour sa puissance; celui de gauche, l'image de Junon, sa femme, et celui de droite, Minen^e, sa fille. Devenu à différentes reprises la proie des flammes, le temple de Jupiter fut rebâti par Sylla, Vespasien et Domitien ; les barbares, et entre autres les Vandales, vinrent le dépouiller. On ne connaît pas l'époque de sa destruction. Entre ces deux collines s'étendait Ylntermont qui renfermait d'abord Y Asile que Romulus avait ouvert pour attirer des habitants à sa ville nouvelle ; c'était un petit bois de chênes , entouré d'une haie vive; au milieu était le Temple consacré à Jupiter enfant, Véjovis ; presque vis-à-vis, VArc de Scipian V Africain, arc flanqué de fontaines jaillissantes. Un portique spacieux reliait pour ainsi dire la forteresse au temple de Jupiter Gapitolin. Derrière ce portique on voyait le Tabulariumy où l'on conservait, sur des milliers de tables d'airain, les traités anciens et nouveaux conclus avec les nations étrangères et avec les peuples vaincus , ainsi que les lois et les ordonnances du Peuple Romain.
La Roche Tarpéienne formait l'extrémité du Mont Capitolin vers le Tibre. C'était de là qu'on précipitait ceux qui s'étaient rendus coupables du crime de haute trahison. La description qu'en fait Sénèque est effrayante ; aujourd'hui elle ne serait plus exacte , le sol ayant été exhaussé d'au moins 40 pieds. Dans un petit jardin du Monte Caprino sur la porte duquel on lit ces mots : Qui si vede la rocca Tarpea (1), on voit une
[\) Ici l'on voit la Roche Taqiéienne.
COLLINBS DE ROME. 8
partie de cette fameuse roche qui se compose d'une masse de tuf volcanique d'un rouge sombre.
2. Vis-à-vis du Mont Capitolin , est le Mont Palatin , le quartier le plus salubre de Rome ancienne et d'où l'on jouit d'une vue admirable. L'histoire du Palatin est l'histoire de Rome. Sur cette colline de peu d'étendue , où il avait été précédé par les Sicules et les Pëlasges, Romulus le pâtre, qu'on disait né du sang des dieux et des rois, fonda ou agrandit une bourgade qui fut le noyau de la cité romaine. A la tin de la République, l'ancienne bourgade était devenue la demeure des citoyens opulents; puis la colline fut graduellement envahie par les accroissements successifs de la demeure impériale. Le nom du mont Palatin était Palatium, comme Capitolium celui du mont Capitolin. Ce mot Palatium devint le nom de la maison d'Auguste, plus tard celui de l'ensemble des édifices qui composaient le palais des empereurs et qui finirent par couvrir la colline toute entière. Les plus riches citoyens, Crassus, les deux Gicéron , Catilina, les empereurs Octave Auguste, Tibère, Caligula, Néron, y eurent de somptueuses habitations. On voit encore tes ruines du palais des Césars; tout le reste a disparu.
3. L'AvENTiN, autrefois abondant en bosquets, est, pour ainsi dire, désert aujourd'hui. On y trouve les églises solitaires de Sainte-Balbine, Sainte-Prisque, Sainte-Sabine, Saint- Alexis et le prieuré de Malte.
4. Le Mont Coelius a été jadis couvert de chênes, quercus, d'où lui était venu le nom de quei'quetulanus,
8. L'EsQuiLiN. Là, s'élevaient les bains de Titus, le jardin et la somptueuse demeure de Mécène, sur un emplacement dont Auguste avait gratifié son ministre.
6. Le QuiRiNAL, quartier très-sain, dominé maintenant par le Palais qui ser\nt longtemps de résidence d'été aux Souverains Pontifes.
7. Le VimxAL est ainsi nommé de l'abondance des saules, irimina, qui y croissaient.
Outre ces collines qui sont proprement celles que renfermait l'enceinte du roi Ser>1us-Tullius, Rome en a envahi
successivement quelques autres qu'il nous faut faire connaître au lecteur.
Le Monte Gitorio, près du Corso.
Le Honte Sacro, hors de la porte Salaria.
Le Monte Mario, hors de la porte Angelica.
Le Monte Pincio, autrefois la Collis hortuhrum, est aujourd'hui une promenade publique des plus agréables.
Le Mont Vatican, sur la rive droite du Tibre , près duquel on voyait jadis le cirque de Néron , est couvert aujourd'hui par la basilique de Saint-Pierre et par le palais des successeurs du Prince des Apôtres.
Sur la même rive, le Janicule que dominait autrefois une forteresse bâtie par Àncus-Martius pour protéger la navigation du Tibre.
Près de la porte de Saint-Sébastien, à gauche , on aperçoit le Monte Testaccio, ainsi nommé parce qu'il est formé de fragments de vases en terre cuite, de poteries, en latin testa, tesson. On y a creusé des caves où l'on conserve le vin nécessaire à la consommation de la population romaine.
Servius-TuUius fut le premier, qui, l'an 535 avant J.-C, entoura Rome d'une enceinte militaire. Les hautes murailles, qui la formaient, étaient flanquées de tours carrées et construites en grosses pierres équarries de tuf lithoïde, grisâtres et dont chacune ferait la charge d'un chariot. L*an 371 après J.-C, Aurélien la ceignit d'ouvrages en briques, élevés à la hâte et garnis aussi de tours. Mais déjà les Barbares apparaissaient sur divers points de l'Empire , et Honorius crut veiller efficacement à la sécurité de sa capitale en réparant et en fortifiant l'œuvre d'Aurélien. Vain espoir! On vit bientôt les Goths conduits par Àlaric, les Vandales par Genséric, les armées impériales elles-mêmes commandées par le goth Ricimer, les Hérules par Odoacre, d'autres Goths par Attila renverser ces frêles défenses et venir demander dans Rome
même vengeance de tous les crimes dont le Peuple-Roi s*étaii rendu coupable pendant dix siècles. Grégoire II et Grégoire III relevèrent les ruines amoncelées par ces barbares. Leurs successeurs, parmi lesquels on remarque Adrien I, Léon IV, Alexandre VI, Paul III, Pie IV, saint Pie V, Urbain VIII et Benoît XIV, voulurent mettre Rome à Tabri d'un coup de main en restaurant et en complétant Tœuvre des empereurs romains. De là ces différents appareils que Ton remarque dans cette enceinte à laquelle tant de siècles ont apporté leur pierre.
Rome comptait autrefois un nombre considérable de portes, dont plusieurs sont bouchées aujourd'hui. Nous commençons notre itinéraire au Corso, en prenant à droite ; c'est ordinairement de cette manière que nous comptons procéder.
1. La Porta del Popolo, assez mesquine, a été bâtie en 1561 par Vignole sur les dessins de Michel Ange et ornée par Mochi des statues de saint Pierre et de saint Paul. À quelque distance de là, à gauche, se trouvait l'ancienne porte Flaminia ouverte par Honorius et qui donnait sur l'ancienne Via Flaminia, C'est ordinairement de cet endroit que les évéques datent les lettres pastorales qu'ils adressent à leurs diocésains pendant qu'ils séjournent à Rome. On sait qu.e le Souverain Pontife seul a le droit de dater ses lettres de l'intérieur de la Ville Eternelle.
2. La Porta di Castello, à côté du château Saint-Ange, est fermée aujourd'hui.
3. La Porta Angelica (Porta JEnea ou Comelia d'Aurélien) a été restaurée par Alexandre VI et Paul III ; elle conduit à la colonnade du Bernin.
4. La Porta di Pio IV [Porta Pertusa) est fermée aujourd'hui.
5. La Porta Fabbriga, près de la sacristie de la basilique de Saint-Pierre, est également fermée.
6. La Porta Cavalleggieri se trouve non loin de la colon* nade de Saint-Pierre. C'est par là qu'anciennement les voyageurs , arrivant de Civita-Vecchia , faisaient leur entrée dans Rome.
7. La Porta di S. Pangrazio, nommée autrefois Janiculensis, parce qu'elle était bâtie sur le Janicule, puis AureUa^ a été rebâtie par Urbain VIII sur les dessins de Rossi. Considérablement endommagée par les batteries françaises, en 1849, elle a été entièrement renouvelée en 1853 par l'architecte Vespignani. C'est ici que l'armée française commandée parle général Oudinot, essuya le 30 avril 1849, un échec qu'elle répara complètement le 3 juin, en s'emparant des villas Pamphili et Corsini.
8. La Porta Portesr, autrefois Porta Portuensis d'Aurélien, est l'œuvre d'Urbain VIII et d'Innocent X.
9. La Porta di S. Paolo, qui conduit à la basilique de ce nom, se nomme aussi Porta Ostiense, parce qu'elle est sur la route qui se dirige vers la ville d'Ostie.
10. La Porta àppia, Appiana ou di S. Sebastiano, a reçu les deux premiers noms, parce qu'elle traverse la Voie Appienne, et le troisième, de la basilique Saint-Sébastien, bâtie à quelque distance de là. L'ancienne Porta Capena, qui était proprement la porte débouchant sur la Voie Appienne, était beaucoup plus rapprochée de la ville que la porte actuelle de Saint-Sébastien.
11. La Porta Latina est ainsi nommée de la Voie Latine qu'elle traversait; elle est fermée aujourd'hui. Près de là, à l'endroit où les eaux Mariana entrent dans Rome, il y avait autrefois une porte antique dont on connaît seulement le nom de Metronia qu'elle avait au moyen-âge.
12. La Porta di S. Giovanni fut élevée sous Grégoire XII par J. délia Porta.
13. La Porta Asinaria, à deux tours, fermée aujourd'hui, et qui donnait autrefois sur la voie Asinaria, fut bâtie par un membre de la famille des Asinius.
LE TIBRE. if
14. La Porta Maggiore, eii travertin , est une des plus magnifiques portes de Tancienne Rome. Elle est formée au moyen de deux arcs du monument des eaux Claudia Nuova et s'appelait autrefois Prenestina, parce que c'est par elle qu'on se rendait à Préneste. Elle est décorée de trois inscriptions ; la première nous apprend que l'empereur Claude fut l'auteur de cet aqueduc, la seconde et la troisième, que Titus et Yespasien en furent les restaurateurs.
15. La Porta di S. Lorenzo, à deux tours, fut bâtie sous Arcadius et Honorius ; elle est ainsi nommée de la basilique de Saint-Laurent à laquelle elle conduit. On l'appelait autrefois Tiburtina, parce que la voie de ce nom menait à la ville de Tibur, Tivoli.
16. La Porta Yiminalis faisait partie de l'enceinte d'Aurélien. Cette porte est fermée aujourd'hui.
17. La Porta Pia, bâtie par Pie IV, en 1564, sur les dessins de Michel-Ânge, est aujourd'hui en voie d'achèvement par ordre de Pie IX. L'ancienne Porta Nomeniana, qui reçut son nom de la via Nomentana sur laquelle elle s'ouvrait , se trouve un peu en deçà de la Porta Pia.
18. La Porta Salaria, ornée de deux tours en briques , est ainsi nommée de l'ancienne Voie Salaria qui passait près de là ; c'est par elle qu'Àlaric pénétra dans Rome.
19. La Porta Pinciana flanquée de deux tours, bâtie par Honorius est fermée aujourd'hui. C'est ici, d'après la légende, que Bélisaire aveugle aurait demandé l'aumône aux passants.