BASILIQUE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN
Historicpie. L'an 67 de l'ère chrétienne une vaste conspiration se trama contre Néron ; le consul désigné Plautus Lateranus en fit partie par amour pour la patrie, dit Tacite. Découvert, il fut mis à mort et ses biens confisqués. Le palais du consul conserva le nom des anciens maîtres, mais devint
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alors propriété du fisc et agrandit le domaine impérial. Maximien, collègue de Dioclétien, l'assigna comme demeure à sa fille Fausta, femme de Constantin le Grand. Ce dernier, proclamé César en 306, défit complètement Maxence Tan 312 près du pont Milvius ; le sénat et le peuple érigèrent alors au libérateur de la ville, à V auteur de la tranquillité publique Tare de triomphe que nous avons décrit plus haut. De son côté l'empereur reconnaissant envers la creix du Sauveur qui lui avait donné la victoire, promulgua plusieurs édits en faveur des chrétiens, combla d'honneurs le pape Melchiade que Maxence avait persécuté, et lui assigna pour demeure le palais des Laterani. Pendant plusieurs années les chrétiens continuèrent à jouir de la protection de l'empereur. Mais ce zèle se refroidit par le temps. En 323, Constantin promulgua redit de Sardique par lequel il permettait d'avoir recours aux aruspices et aux augures ; des signes évidents de persécution se montraient partout et le souverain Pontife saint Sylvestre dut quitter secrètement le palais de Latran et se réfugier dans les solitudes du Mont Soracte. Tel était l'état des choses quand Constantin revint à Rome. Alors la justice divine le frappa et soudain il vit son corps couvert d'une lèpre affreuse. Il consulta les augures. Ces imposteurs lui conseillèrent de faire égorger un certain pombre d'enfants et de prendre dans leur sang un bain qui, disaient-ils, lui rendrait la santé. Constantin rejeta avec horreur cet épouvantable conseil, et, la nuit suivante, il vit apparaître les apôtres saint Pierre et saint Paul, qui lui ordonnèrent de faire rappeler de son lieu d'exil le pape Sylvestre et de recevoir de. ses mains le bain vraiment salutaire qui non seulement remettrait son corps en son premier état, mais qui effacerait aussi toutes les taches de son âme. Constantin obéit. Ayant raconté sa vision à Sylvestre, le pontife lui présenta les images des deux Apôtres. L'empereur les reconnut et demanda aussitôt à recevoir le baptême, mais il désira que ce fût dans l'un des vestibules de son palais de Latran, parce qu'il lui répugnait de se montrer en public dans l'état hideux où la lèpre l'avait mis. Ayant été baptisé et guéri, Constantin fit éclater sa re«
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connaissance aux yeux du monde entier. Ne se bornant point à orner richement le lieu où il avait été lavé de ses souillures physiques et morales, H voulut que la capitale de son empire fût peuplée de basiliques consacrées au vrai Dieu, et que la principale de toutes s*élevftt dans son propre palais. Telle est l'origine de la basilique de Saint-Jean-de--Latran ; l'empereur commença de ses propres mains l'excavation, et le pape Sylvestre consacra sollennellement l'église au Sauveur le 9 novembre 324, et y plaça l'autel de bois qui avait servi à saint Pierre et à ses successeurs (1).
En 1144, Lucius II joignit au nom du Sauveur le vocable de saint Jean Baptiste.
Lorsqu'on pénètre à l'intérieur, dit M. Letarouilly, on est d^abord frappé par la magnificence et la majesté de la grande nef; mais bientôt l'œil plus attentif ne rencontre que bizarreries dans les détails des frises et des architraves interrompues, des croisées mesquines et incorrectes, des niches à frontons anguleux, arï^ondis et déversés. Quelque répulsion que l'on ait pour ces extravagances, on ne peut cependant s*empêcher de reconaaître que, 5i l'étude des détails eût répondu au grandiose de la disposition, l'œuvre de Borromini eût été justement classée parmi les monuments dont Rome peut s'enorgueillir. Clément XI y plaça les statues colossales des douze Apôtres et enfin Clément XII, en 1734, couronna
(4) Tel est le récit adopté par Barooius, Annales ad an. 32i, Papebrocbius, TilJeinont et le Bréviaire romain au 9 novembre et au 34 décembre. 11 a pour lui les Actes de S. Sylvestre, écrits au V« siècle et déjà recommandés dans un concile tenu par le pape saint Gélase qu'on n'oserait accuser de supercherie. U 8*appuie en outre sur le témoignage des écrivains orientaux Nestorianus, S. Jean de Sarug et Moïse de Chorène, lesquels vivaient au V* siècle, et même sur un passage de Zosime, auteur payen du VI*' siècle, et passionné contre Constantin. Au contraire, tous ces faits sont repoussés par H. de Broglie [VEglise et l'Empire, t. H, p. 409) s'autorisa nt du témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme qui ne nie pas le baptême de Constantin à Rome mais qui atteste que ce prince reçut le baptême à la fin de sa vie des mains d*Eusèbe de Nicomédie.
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l'œuvre en faisant élever par Galiléi la façade orientale de la basilique et là chapelle de saint André Corsini (1).
Saint-Jean-de-Latran a eu dès sa naissance une prééminence qu'elle n'a jamais perdue. Saint Sylvestre l'investit du titre d'église épiscopale des pontifes romains, et c'est là en effet qu'ils ont continué jusqu'à nos jours de prendre possession de leur siège. Comme l'autorité de chef suprême de l'Eglise universelle est attachée à la qualité de successeur de saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ et premier évêque de Rome, l'église épiscopale de Rome ou Saint-Jean-de-Latran, est par là même la première de toutes les églises de la Ville et du Monde entier, ainsi que l'atteste l'inscription qu'on Ht sur ses murs : sagrosancta lateranensis ecclesia omnium urbis ET oRBis EccLEsiARUM MATER ET CAPUT. Ccttc prééminence se fait remarquer dans les grandes réunions du clergé romain, et c'est ainsi que; dans la procession générale de la Fête-Dieu, le clergé de Saint-Jean-de-Latran a le pas sur celui de Saint- Pierre, bien que cette cérémonie religieuse ait lieu sous le portique et dans la nef de cette dernière basilique.
Description (2). La façade (1) est en travertin à 4 colonnes et 6 pilastres; la balustrade est surmontée de la statue de Notre-Seigneur et de dix autres saints. Elle est percée de cinq arcades ; dans celle du milieu est la loggia d'où le Pape donne la bénédiction apostolique le jour de l'Ascension. Dans le fronton triangulaire on voit une image en mosaïque du Sauveur laquelle ornait l'ancienne basilique. Sous le portique, à gauche (2), statue antique, en marbre, de Constantin; elle fut trouvée, ainsi que celle de ses deux fils Constantin et Constance, dans les ruines des Thermes de cet empereur au Quirinal. Clément XII la fit transporter du Capitole afin qu'elle vînt remplacer sa propre statue que la reconnaissance des chanoines de Latran lui avait élevée à cette place. Cinq portes donnent accès à la basilique ; la première à droite est celle du jubilé, celle du milieu est en bronze et provient de
(4) Th. deBussière, Les hcutiliques de Ëome, t. I, p. 58. 2) Voir le plao ci -joint.