‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 31 sur 43 · LA RUE DES QUATRE-FOM AINES · texte numérisé non relu

LA RUE DES QUATRE-FOM AINES

avec les longs cheveux noirs dont son épaule blanche était inondée. On ne consentait pas, mais on laissait faire , et la résistance doublait le prix de la victoire, comme la défense ajoute à la saveur du fruit défendu. On menace pour être bravée, on ordonne pour être désobéie, et les prières ne veulent pas qu'on les exauce. C'est l'éternelle fable de Galathée fuyant sous les saules pour être vue , vieille histoire toujours nouvelle.

Anselme donc égarait sa main audacieuse et charmée dans les doux cheveux de Loysa. On devisait d'amour ; on parlait bas quoi qu'on fût seuls , l'amour aime tous les mystères ; on faisait des projets ; on recréait le monde à son gré ; on le peuplait de bienveillans fantômes, de délicieuses chimères; père et patrie étaient oubliés, l'avenir en fête , l'illusion mamertine au néant. Au travers du prisme fascinateur, tout dans l'univers se revêtait des formes les plus pures, tout se colorait des plus riches teintes, et l'espérance au vol d'or planait sur leur vie comme le soleil levant dore au loin les mers et les montagnes. O magie des sens ! ô féerie du cœur ! ô baguette enchantée et féconde en métamorphoses 1 Anselme , le conspirateur, n'était plus dans la rue des Quatre- Fontaines qu'un enfant.

La douce chaleur d'une main aimée monte vite

■2'2^ LA RUE DKS QUATRE-FONïAINES.

au cœur, et Anselme n'avait point quitté les mains de Loysa. De plus en plus tendre , il les pressait avec enchantement, tantôt sur sa poitrine, tantôt sur ses lèvre». Le discours déjà languissait; on se taisait pour rêver; il y avait des pauses, des silences , des sourires embarrassés, des regards inquiets, supplians, des soupirs furtifs ou étouffés. C'était trop de séductions, trop d'embûches pour tant de jeunesse, pour tant d'amour.

Quelque chose d'étrange se passait au cœur de la jeune Romaine; les tressaillemens de son sein révélaient quelque sourde tempête, une lutte interne; on l'aurait dite aux prises avec quelque vision singulière. Elle se réveilla tout-à-coup comme en sursaut, elle se leva brusquement, et, s'arrachant de deux bras puissans qui l'étreignaient, elle alla tomber au pied de la Madone qui protégeait de son ombre sa couche virginale et sans tache.

Resté seul et debout, Anselme contemplait d'un œil ému la suppliante à genoux ; les yeux et les bras tendus vers la sainte image, elle priait à voix basse , et , tombée rudement à ses pieds , la guitare vibrait seule encore, emplissant la chambre silencieuse d'une harmonie vague , plaintive, semblable au soupir du flot qui meurt sur la grève , du vent qui gémit dans les cyprès.

Vingt et une heures sonnèrent et rappelé-

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