‹ Rome souterraineChapitre 101 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

M6 ROME SOUTKBMAIKE.

le lieu do supplice. Quelle fête pour lui ! Voir briser tous la massue du bourreau la tète d'un carbonaro, d'un ami d'Anselme! Que n'était-ce loi!

Cependant le peuple envahissait la place , et son attitude hostile justifiait assez les terreurs du palais Madame. Le Trastévéré vint en masse ; il déboucba de Ripette comme un torrent ; à sa tête marchait Taddée , revêtu de sa culotte rouge ; on sait ce qae cela signifiait. Les aripées étaient en présence et te mesuraient de l'œil avant d'en venir ani mains. Les carbonari étaient répandus parmi les groupes , afin d'attiser par leurs paroles les passions vbdicattvea de la multitude ; plusieurs bannis d'Asture, et de ce nombre étaient Conradin, rendu à son sexe, et Septime , qui ne le quittait jamais , s'étaient joints aux carbonari romains; tons attendaient le signal qui devait les appeler à leur poste. Le signal était l'engagement des troupes avec le peuple.

Anselme avait hit une rapide reconnaissance, après quoi il s'était retiré avec ses principaux auxiliaires dans la maison du Forum , quartiei^énéral de l'insurrection.

Là aussi on attendait le signal de la mêlée.

Le lieu du supplice n'était pas seulement inondé de peuple et de troupes; la place d'Espagne, véritable square britannique, j avait fait irruption. Que vient chétrcher à Rome John Bullt Des spectacles. Or l'exécution d'un carbonaro romain sons l'obéfitque d'HéliopoUa est on spectacle qui en vint bien d'antres ; eelni-là du moins ne coûte rien» Et pnis

MARTVRK. 2i?

la tnoisoUUa est un mets de haot goût bien propre à réveiller les sens blasés des fashionables d*Alaiak, et à chatouiller agréablement le grossier palais des boutiquiers de la Cité ; leurs combats de coqs et lenrs boxeurs ne sont que des enfantillages auprès de cet épouvantable supplice. La main frémit à en retracer les détails, mais ils sont instructifs et font connaître la civilisation du Vatican au siècle dixneuvième.

Voici comment s exécute , aux yeux de la foule^ cet eifroyable carnage :

Le patient est à genoux sur Téchafaud. Le boui*reau s*approche par derrière , un coutelas entre les dents et une massue à la main ; avec la massue il frappe la victime aux tempes , avec le coutelas il lui coupe la gorge comme à un mouton. Gela fait , il lui abat lès deux bras , puis les deux jambes , et , tout dégouttant de sang , hisse aux crocs du charnier ces lambeaux palpitants de chair humaine. Voilà , ô Jésus ! homme de douceur et d!amour, voilà comme ils entendent la chanté dans la métropole de ton grand vicaire !

Telle est la tragédie atroce où Tami d'Anselme devait jouer le rôle de martyr. La place d'Espagne composait seule le parterre , car le peuple et les troupes étaient là, non comme spectateurs, mais comme acteurs ; un Anglais même avait escaladé la scène encore sèche et vide ; les bras croisés et nonchalamment appuyé contre les poteaux rouges, il contemplait tranquillement la foule du haut de ce

belvédère sanglant , autel répronvé du sacriûce humain dont le carbonaro était l'holocauste.

Cette espièglerie britannique eût pu plaire aux bords de la Tamise ; elle déplut aux bords du Tibre. La tribu du Janicule surtout trouva mauvais qu'on la prît ainsi elle-même pour point de mire.

c Qu'a cet insolent , dit Taddée de mauvaise humeur, à nous toiser du haut en bas comme des bétes rares dans une ménagerie?

— Maître , répondit le jardinier Spa^ , c'est justement ce que je pensais , et je me disais à moir même que j'irais de bien grand cœur loi tailler les basques, i

Tagliare le falde , ou plutôt le farde ^ suivant l'âpre dialecte romain, est la menace du peuple aux gens comme il faut, qui font les superbes on les dédaigneux. C'est une leçon d'humilité qu'il entend leur donner ; portant la veste ronde , il rappelle par là à l'égalité quiconque porte l'habit long , et se fait de ses basques un titre de suzeraineté pour traiter la jaquette en vassale.

«Que dites-vous là, canaille? s'écria le Breton en sautant de l'échafaud sur le pavé ; faut-il que je vous enseigne le respect que vous devez aux étrangers qui veulent bien vous apporter du pain et vous empêcher de mourir par la famine? t Et, sans attendre la réplique , il apostropha le vieux maçon d'un coup de cravache au travers du visage.

La riposte fut prompte. L'Anglais n'avait pas retiré le bras qu'il tomba roide mort; le jardinier

UARTYRE. ii9

Spada Tavait frappé au cœur d'an conp de couteau. Tous les Trastévérins applaudirent, et maître Taddée serra la main de son vengeur en signe de remercîment.

Les sbires s'émurent ; ils hasardèrent une tentative d'arrestation ; mais, entouré et protégé par les fils du Janicule , le meurtrier se retira en bon ordre, où plutM fut porté par eux en triomphe jusque sur les degrés de l'église voisine de Sainte-Marie-du- Peuple. Bien que les églises aient perdu leur antîqne droit d'asile, le porche d'un temple est toujours à Rome un lieu saint d'où l'on n'arrache personne sans de longues formalités ; on eut beau mettre des sentinelles au bat de l'escalier, l'ordre d'arrestation n'était pas signé que le coupable s'étidt évadé à Taidede ses amis du faubourg. Les sentinelles avaient vu sa retraite sans pouvoir l'empêcher. L'ordre arriva trop tard.

( Ma foi ! disaient les hommes avec admiration , voilà un fameux coup de couteau !

— Pauvret ! disaient les femmes. Et l'exclamation charitable s'appliquait, suivant l'usage, non pas au mort , mais au meurtrier.

— C'était un hérétique , disaient les prêtres , dispensés par ce fait de toute pitié.

— Et puis, disait tout le monde , il l'a bien voulu. Ces Anglais font les insolents dans notre sainte ville. Tant pis pour eux ! Il devait bien savon: que ceux du Trastévéré sont des gens terribles.

— $i riris Homœ , Romano virito more : ajon-

taieiit les beaux parleurs qui savaient le latia : Si lu vis à Rome , vis comme à Rome, i

L'Anglais n'inspira guère de commisération qu'aux hôteliers de la place d'Espagne.

Cet épisode fit prendre patience à U multitude et réchauffa davantage encore. Les carbouari n'eurent pas besoin d'intervenir; leur éloquence devenait inutile , elle était dépassée. La police avait eu le dessous dans cette escarmouche, et cette victoire préliminaire avait enhardi le peuple mieux que ne Taurait pu faire la plus chaude philippique des Démosthènes de l'ordre.

A demi démoralisée par ce premier échec, la force armée était snr ses gardes et se contemplait pas sans inquiétude maître Taddée et cette culotte rouge et flamboyante que le soleil faisait briller comme un feu sinistre au milieu des groupes noirs et menaçants. Le moment approchait ; la cloche du supplice sonnait déjà ; les canonniers étaient à leurs pièces, les Trastévérins à leurs couteaux, et la brèche était faite au pavé snr divers points de la place , afin d'avoir au moins sous la main des boulets de pierre à opposer aux boulets de fer.

Cependant le cortège de mort était en route. Sorti du château Saint-Ange comme il était entré , c'est-à-dire calme et fier , le condamné marchait à pied au milieu d'une armée de sbires commandés par le bargel et renforcés d'une nombreuse escorte de carabiniers. Il avait les bras garrottés derrière le dos ; son pas était ferme , et il portait la tête haute.

MAMTVRE. iâl

A sa gauche marchait le bourreau, à ta droite ou prêtre.

Stufiiiie et grossier , le prêtre ne «mprenait rieo à ce qu'il y a de touchant et de saint dans ce dernier devoir du ministère .de Dieu envers rhomme que la société retranche; cooime le bourreau, il faisait son métier. Il nélait préoccupé que d'une idée, c'était de fsire tnatérieUemoit baiser au eondanwé le sale cruci^de buis qu'il brandissait devant lui. Il croyait son salut attaché à cet acte visible. Pour le lui faire accomplir , il lui appliquait de force le crucifix sur les lèvrea, en murmurant à son oreille d'innombrables Ave , redites fastidieuses et vides, dont le bout» donnemenisomnifère obsédait le Prométhéeenchatné du Janicule.

c Mon père, loi dit-il enfin, vous me fatigues sans me convaincre. Au lieu d'adoucir mes derniers mo^ ments , vous les aggravez par l'ennui. Veuilles , je vous prie, me laisser mourir en paix. »

Cette supplique souleva les passions vulgaires du prêtre; il oublia son caractère sacré, et, \k pour bénir, il s'emporta jusqu'à la malédiction.

c Va, répondit^il au Trastévérin, comme son col» lègue de Naples avait répondu naguère an martyr Morelli sur l'échafaud, va, pécheur impénitent, éternellement damné, va à Satan et à ses anges ! b

Après cette gracieuse réplique, le ministre de Jésus-Christ se tut. Marins en fut débarrassé.

Cette scène évangéliqoe s'était passée sur la place Nicosie. Au lieu de tourner de là par Ripette, (ft qui

ffât été le plus court, le cortège avait continoé par la place Borghèse et avait été prendre le Cours au bout de la me de la Fontanelle, afin de donner plot de solennité à son entrée sur la place du Peuple.

Il avait laissé déjà derrière Ini Saint-Gharles^et- Lombards , et rien n'avait encore troublé sa marche lente et silencieuse. Craignant une embûche à chaque coin de rue , les sbires et les carabiniers n'en étaient pas moins sur leurs gardes ; mais , de même qu'ils avaient passé £aint-Cbarles , ils passèrent sans entrave Saint-Jacques ; nulle tentative d'enlèvement ne fut faite , et ils atteignirent avec leur prisonnier le haut du Cours.

Un attroupement considérable , presque tout féminin , était campé là. Conradin et l'inséparable Septime en faisaient partie. Appuyé contre Sainte-Mariedes-Miracles , une des deux églises qui terminent le Cours, ou plutôt qui l'ouvrent, le jeune Aronais épiait de l'œil l'apparition du condamné , jaloux d'être le premier à le découvrir et à l'annoncer.

c Le voici ! i s'écria-t-il tout d'un coup. Volant de bouche en bouche , ce mot donna une secousse à la foule et lui imprima un grand mouvement ; quelque temps oscillante, elle se rassit, et le silence, un silence précurseur de la tempête, régna sur la vaste place.

La contenance du condamné était plus fière à mesure qu'il approchait du lien du supplice. Quand il aperçut l'échafaud sous l'obélisque, son œil s'arma d'un(f audace altière et méprisante qui imposa même

MAETYRE. SS8

au hargel. La fooie alors commença de bouillonner comme un lac que soulève un vent faible d'abord , mats croissant et bientftt furieux. Ce n'était plus le sourd et vague murmure d'une multitude impatiente, c'était l'amour, la baine, l'admiration, la vengeance, tontes les passions fortes de l'âme humaine , qui grondaient au cœur du peuple, prêtes à se décbainer. Il n'y avait encore ni cris ni menaces; on s'agitait, mais on se taisait. Taddée n'avait pas donné le signal da combat.

En entrant sur la place, Marins avait reconnu Gonradin , et il lui avait adressé un sourire douloureux, coinme s'il eût vu déjÀ la mort planer sur cette tète charmante. Gonradin en fut tout ému ; la vue de cette grande figure calme et enchaînée le pénétra d*une telle pitié , qu'il rendit à Marius son sourire par un torrent de larmes. En vain le tendre adolescent essaya-t-il de résister aux sympathies puissantes qui Tentraioaient vers le condamné ; emporté parune attraction invincible, il s'élança vers lui, et tombant, non dans ses bras, ils étaient garrottés, mais snr son coeur, il le pressa dans les siens en sanglotant.

Gette pathétique reconnaissance suspendit la marche du cortège ; elle attendrit le peuple , surtout les femmes , déjà captivées d'avance par la grâce de Gonradin; et, comme les sbires brutalisaient le bel enfant et l'éloignaient do passage à coups de pied , une Trastévérine vola à son secours.

« Holà! mon héroïne, lui cria le bargel , >)n n'a

iU ROME fiOUTIftftAINE.

pM encore applique «ok japon» le eovaletto ; hmàgmt*il que je faiM exception ponr voiif?

— Le cavaletto à moi ! répondit la Trattévériae avec indignation ; et ta fierté romaine était lévoltée, A moi le cavaletto! «

Les ffbiret l'avaient déjà saisie , et lui relevant in* solerament la jape , ils allaient cxéonter but place la menace dn bargel, c'est«à-dire la fonetter pnbliqae* ment, lorsqu'une seconde Trastévérine, pnis une troisième, puis beaucoup d*autres, vinrent à sms aide, et, grossissant toujours, Tarmée féminine dépassa bientôt celle du bargel en nombre et en andaee. Les ' sbires reculèrent intimidés , les carabiniers s'ébran* l^ent; la confusion fut au comble, et Tabord de k place intercepté.

Ce n'était point là le signal de la mêlée ; ce le devint! et l'épisode fut le poème. Hacé sons le fea des deux canons, la position était pourtant mal priée , et le bon sens de Taddée en avait cboisi une meilleure; mais, dans l'état d'effervescence où était la foule, il n'en. était plus maître; ses sages plans furent ren» versés , et l'iostinct passionné des femmes triompha de ses calculs de tacticien.

Dociles aux instructions de leur dictateur, les fils dn Jamcttle n'intervinrent cependant qu'à la dernière extrémité, et restèrent asseï longtemps spectafenrs immobiles de la valeur toute masculine des modernes Clélies. Elles s'étaient emparées de Conradin, et, se le passant de l'une à l'autre , elles le couvraient de caresses qui n'étaient pas toutes sans douceur, filles

MAMTïaK. Mi

M le dispntftieDt , elles le ramcluûeDt des maiiit ; chacune vouleit pour soi toute seak ramuitdlsoUiM; et tiré à droite, tiré à gauche, le pauvre enfant ne s'appartenait plus. Étourdi par tant de conquêtes , il faisait un plaisant visage pour un conquérant ; jamais il n avait rêvé tant de maîtresses ; sultan malgré lui , il envoyait de hon cœur à Ëblis toute» les houris de son sérail en plein air.

Mais il n'était pas le plus fort Septirae avait en vain essayé de le tirer d'affaire, il n'y avait gagné que des injures et des coups ; le vétéran de Moicoa avait été repoussé.

Enfin, après avoir beaucoup tournoyé, voltigé ^ Gonradin était échu à nne Trastévérine qui semblait dominer les autres : elle l'accapara et le garda pour elle. Il pouvait tomber plus mal. C'était une grande et belle femme, qui au port majestueux des Agrip« pines, joignait sans en avoir la farouche austérité, l'é* nergie classique de l'épouse de Gotlatin. Feignaat de ne voir dans le bel Aronais qu'un enfant sans conséquence, afin de le pouvoir caresser impunément, elle cachait sous les dehors d'une protection toute maternelle une impression beaucoup plus intéressée.

« Pauvre petit ! disait-elle en l'appuyant contre son corset de velours cramoisi et en passant les doigts dans ses boucles blondes , pauvre petit amour! Ces brutaux , sans nous , allaient le fouler aux pieds. Quel péché de meurtrir ces joues roses et ces mains mignonnes I «"—Et la jeune matrone couvrait les

2M ROME SOOTBRRAIKE.

maint et les jonet de soo enfant adoptif de baisers soi-^ifant platoniques.

En ce moment les carabiniers tentèrent une trouée dans la muraille Tivante qni leur fermait la place; le sabre avait dévasté déjà pins d'une ooifAire et percé plus d'nn corset ; le sang même avait coulé , lorsque tont à coup la mère adoptive de Gonradin le saisit dans ses bras, sans qu'il pût s'en défendre, tant elle y mettait de force, et l'élevant au-dessus de la foule : -— c Lâches ! cria-t-elle aux Trastévérins , laisserez-vous massacrer cet ange sons vos yeux?

— Ceci devient par trop long , répondit en jurant du milieu de la place le capitaine Orlandini , que ce retard impatientait. En joue !. . . . Feu ! t

L'explosion fut terrible. Gomme si les soldats eus* sent visé tous au même bot, Gonradin fut frappé de plusieurs balles ; sa tête blonde se pencha sur son sein , il resta mort dans les bras étrangers qui l'enlaçaient. Le vieux Septime vit de loin expirer le martyr adolescent , et il ne put l'approcher assez tôt pour recueillir son dernier soupir. Il ne trouva plus qu'un cadavre.

La douleur du soldat fut silencieuse et sans larmes, comme toutes les grandes douleurs ; celle de la Trastévérine , au contraire , fut bruyante : elle éclata en cris, en sanglots ; et, tandis que l'un fixait un œil sec et immobile sur la froide dépouille de l'enfant expiré, beau jusque dans la mort , l'autre l'arrosait de ses pleurs , le pressait sur son sein , le réchaufiait de ses lèvres ; elle déchirait ses vêtements teints de son

MAUTYRE. 237

jeune sang ; elle se meartrisaait les joues, elle s'ar-^ rachaît les cheveux , elle s'accusait de l'avoir ellemême assassiné en Toffranf aux coups des assassins.

Cependant la décharge d'Orlandioi avait dispersé Tavunt-garde féminine et les Anglais ; mais le corps d'armée masculin était intact, et il avait répondu spontanément an feu par une grêle de pavés ; un en* gagement général s'en était bientôt suivi , et l'on se battait sur tous les points de la place. Les passions de la multitude s'étaient déchaînées avec une furie d'autant plus indomptable qu'elle avait été plus longtemps étouffée ; le canon avait beau entamer le peuple et faire brèche dans ses rangs , les pavés ne cessaient de pleuvoir sur les troupes, et ils n'étaient guère moins meurtriers que les boulets.

Les choses avaient tourné de manière à dérouter la police ; elle ne savait pas si l'émeute était fortuite ou préméditée , car Gonradin avait fait oublier Marins ; mais le doute ne fut plus permis lorsqu'on vit le Trastévéré se porter en masse vers l'église de Sainte-Marle-des-Miracies, où les carabiniers s'étaient retranchés avec leur prisonnier. La pensée de Témente fut dès lors connue ; elle le fut bien plus encore quand au cri de : Mort aux sbires ! s'unit le cri de : Vive Marius !

Les Trastévérins se battaient vaillamment.

c Aux pièces ! t ava^t crié Taddée ; et les deux batteries qui les foudroyaient avaient été emportées d*assaut « A l'abordage! » s'était ensuite écrié le vieux général populaire ; et le faubourg s'était pré-

i38^ ROMK SOtjTEnRAINE.

cifNté à coups de conteaa sur les sbires et les cara^ bîniers.

Cause et prix du combat , Marias confimiplait la mêlée dtt pied de Tescalier de Sainte-Marîe*des-lfirades , comme Hélène do haut des tours dllium. Tout ému encore de la mort affreuse de Conradin et gardé par une triple haie de sabres et de carabiues , il ne pouvait intervenir dans Faction que de la pensée et du regard ; ses bras étaient toujours garrottés, et l'avaient mémo été avec un redoublement de précautions , c'est-à-dire de barbarie. Tous les yeux des sbires étaient fixés sur loi ^ et, à la première tentative d*évasion, le bargel eût fait lui-même, au besoin , Toffice du bourreau.

Mais )è bourreau n avilit pas léché sa proie : armé de son coutelas, il était à craindre qu'il ne Tégorgeât plutôt que de se la laisser arracher des mains. Quant au prêtre, pâle et muet, il se mourait de peur; croyant déjà Marius libre , il i^urait bien voulu pouvoir ravaler sa malédiction de la place Nicosie.

Le but de Témeote une fois connu , le capitaine Orlaodfni , qui ne manquait pas d'un certain courage soldatesque , s'était porté avec toutes ses forces au secours des carabiniers ; c'est sur ce point unique que le combat s'était concentré.

Il était acharné , sanglant. Depuis que le peuple avait imposé silence aux canons, l'avantage était tout de son cêté : la première ligne de l'armée ennemie avait fléchi ; la seconde fut entamée , puis enfoncée comme la première; la troiMème d^à. pliait,

et Mftrins éteit saavé , lorsqu'un brait éclttant de trompettes détourna tons les yeux de lui sur le mont Pincio , jardin public qui surplombe au-dessus de la place du Peuple et commun ique avec elle par une large chaussée en zigzag,

Porté sous le baldaquin par ses douze cstafiers en robes rouge et revêtu du grand costume pontifical , le pape parut tout à coup au front de la colline , et la descendit lentement au milieu de ses hallebardiers padfiqnes. Cette apparition fut si subite, quelle sembla à tous venir du ciel ; elle frappa la foule d'une émotion superstitieuse si puissante , que les armes s'échappèrent de toutes les mains ; peuple et soldats tombèrent spontanément à genoux; Taddée luimême et Orlandini forent entraînés par Tezemple ; il n'y eut pas jusqu'au bourreau qui ne s'agenouillât ; et dans cette multitude immense un seul homme resta debout , Marius.

Cependant les trompettes s'étaient tnes. Le souverain pontife descendait la montagne en silence ; le même silence régnait sur le champ de bataille , et il était si profond qu'on entendait chanter dans les pins les cigales du Pincio. Un cri soudain partit de la place : « Saint-Père , s'écria la grande voix do peuple , rotre bénédiction ! d<Snnez-noos votre bénédiction ! t Le cortège alors s'arrêta et se rangea contre les flancs ombragés de la colline. Couronné du tri* règne , Tauguste vieillard du Vatican se dressa de toute sa hauteur sur son trône aérien ; il étendit les deux bras sur la multitude agenouillée à ses pieds ,

ROME OUTKRRAINK.

et U bénit On eût dit Moïse béoissaiit les tribus d'Israël da haut do Sioaï.

Seulement la montagne n'était pas en flammes, la fondre du Dieu vivant ne sillonnait pas les nuées ; les cieuz étaient en fête , le soleil radieux ; couverte d'arbres et de fleurs , la colline était fruche et parfumée. La pourpre pontificale ressortait plus éclatante iur la verdure sombre des cbêoes verts , et la \ croix d'or du triple diadème sciutillait dans le fcuil- [

làge comme une étoile à travers les bois. Ainsi la I nature mariait ses beautés simples et riantes aux ) pompes sévères et grandioses de Th^imanité. i

C'était un spectacle en effet grand et sublime que j ces multitudes furieuses prosternées tout d'un coup || devant un vieillard désarmé, et subissant à ses pieds I

l'empire, non de la force brutale, mais d'une idée. |'

Éteintes sans violence, sans paroles, par la seule pré- 1

sence de l'idole antique, les passions meurtrières i

av^ent cédé la place aux passions pacifiques , quoi- '

que non moins vives , de la dévotion : humblement ^1 agenouillé dans la poussière , tout ce peuple superstitieux se frappait la poitrine en sanglotant ; il bat- i tait la terre de son front, il arrosait de ses larmes les pavés sanglants.

Dans cette nouvelle tempête, et, c'en était vraiment i

une , tant la contrition populaire était broyante , la I

pensée de l'émeute était oubliée, Marius abandonné. ]

Un cœur pourtant loi était fidèle. A genoux comme tous les autres , le vieux Taddée ne l'avait pas quitté de l'oeil un instant, et, se relevant le premier, il s'é-

cria d'une voix toaDante : t Saint-Père, U grâce da condamoé ; accordes-nons sa grâce ! — Grâce ! répéta la foule comme on écho sonore ; grâce \ grâce Ii

Toujours mobiles, toujours entraînées, les masses se livrèrent k cette nouvelle idée avec le même em* portement qu'elles avaient mis dans le combat et dans le repentir. Guidées par Taddée, elles se précipité» * fent au-devant du cortège , et le rencontrèrent an moment où il atteignait le bas du Piacio ; là, prenant la place des douse porteurs, le peuple s'empara de son pape et le conduisit vers son client enchaîné, en criant toujours : Grâce ! grâce !

il peine Orlandini avait-il compris l'intention des Trastévérins, qu'il s'était approché du bourreau, et lui avait dit à l'oreille que le Saint»Père allait être dans l'impossibilité de refuser la grâce de Marius. t Ce sera, poursulvitril, une clémence arrachée, non volontaire ; ce misérable carbonaro n'en échappera pas moins , et ce serait un vrai service à rendre à l'Église et à TÉtat que de le dépêcher sur-le-champ. Moneeigneur le geuvemeur de Rome vous en saurait gré et ne l'oublierait certainement pas. IXailleurs, ajoutait le capitaine, le condamné n'est plus an pape, il est à vous ; le palais Madame vous l'a consigné, c'est à vous d'en répondre. L'échafand n'est-il pas là - qoi l'attend? Dessus on dessous, qu'importe? Allons, un pen de eœnr.

— - Ce n'est pas le cœur qui manque, mais cette populace va me massacrer.

— Ne craignes rien d'elle ; la présence de Sa Sain*

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