II. — A8TUnR
I Eh bien ! Oddo , demanda au sergent d'Asture une voix vénitienne sifflante et saccadée, avpz-vous découvert quelque chose?
— Rien encore, répondit le sergent.
— Voilà le soleil^ presque couché, et Anselme n'arrive pas. 11 devrait être ici depuis longtemps.
— Patience ! on ne chevauche pas dans nos bois comme on cingle en gondole sur vos lagunes. Pour moi , j'ai tant de confiance en lui que , ne vint-il pas du tout, je dirais encore : il viendra.
— Du reste, il n'est pas seul ce soir, dit un autre, que son cruscantisme dénonçait comme Toscan ; c'est là peut-être la cause de son relard.
— Sait-on , demanda un troisième avec un accent lombard fortement prononcé, quel est le mystérieux visiteur qu'il nous amène ?
-«- Non , répondit le sergent ; mais ce doit être à coup sAr un carbonaro solide. Lorsque Anselme honore un homme de sa confiance, on peut tettdre la main à cet homme-là les yeux fermés.
— C'est vrai, dit Tipaldo le Vénitien, le sergent a raison ; et sur ce point nous croyons sans forfanterie faire autorité. Si un Vénitien ne se connaît pas en hommes , qui s'y connaîtra ?
-^Kqw p«iit-é(re, FépQQdtt fièrement le Génois Grimaldi.
-* Oui, témoin Christophe Colomb que vous n^" ves pts rouBî de Uisser mendier un vaisseeu de cour en cour , quund il ne vous demandait quune misérable felouque pour vous aller chercher un monde.
'^h me caostitoe juge du combat, dit Septime, vieux soldat piémontais tout balafré, et je déclare Griraaidi vaincu. Tipaldo a trouvé le joint de la cuirasse et lui a porté là un coup de maître.
— Je récuse Septime, répliqua Grimaldi ; sa neu* tralité m*est suspecte : il ne m'est contraire que parce qu*jl est Piémontais et moi Génois.
— Il faut pourtant bien, dit Côme, le Toscan, un arbitre entre un Génois et un Vénitien ; les plaies du Bosphore et de Ghiosza saignent encore.
— Kn qualité de Lombard, s écria Gavalcabo, je suis neutre. Fils de Saiot-Marc et de Gènes, je vous cite 4 ma barre, venes plaider votre cause.
— Je suis Tavocat du Génois , dit Côme.
— Et moi du Vénitien , dit Septime.
— Assez, messieurs, assez, interrompit d'une voix grave un Modenais , jeune encore , mais pâle , et maigre comme Dante, comme lui usé et blanchi avant Tâge dans Feiil et dans les cachots. Rien, même en jouant, ne doit réveiller ici les rivalités de l'Italie ; tout , au contraire , doit nous rappeler que nous sommes les enfants d une mère commune , et que nous ne formons qu'une seule famille.
i3 ROME SOUTERRAINE.
— Oui, oui! s'écrièreut avec émotion tous les assistants , Azzo a parlé comme un véritable Italien. Romains et Lombards, Vénitiens ou Génois, nous sommes tous frères. Embrassons-nous donc , et vive la grande République Ausonienne ! i
Il y eut à ces mots une effusion générale , et Ton sentit que le sang italien coulait dans toutes ces veines, versait dans tous ces cœurs l'amour sacré du pays natal.
Un soldat de garde entra, annonçant au sergent que deux voyageurs à pied s'avançaient du cMé de Paola.
c Ce ne peut être Anselme , dit le sergent , car il viendrait du côté de Neptune , et ne serait pas à pied. Je m'en vais à la découverte ; vous, messieurs, de la prudence , ne vous montrez pas. « Oddo suivit le soldat et monta sur la tour. Il rentra l'instant d'après, disant que les deux voyageurs venaient du mont de Gircé , qu'ils demandaient à être hébergés pour la nuit dans la tour, et qu'ils étaient Allemands.
c Allemands ! s'écrièrent tous les Italiens avec des gestes de haine. Des Allemands ! Ge ne peuvent être que des espions. « Et le mot de Tédesqoes volait de bouche en bouche avec mépris.
K Enfin , messieurs , dit le sergent , décidons quelque chose. Us sont tous deux là-bas qui attendent une réponse; que dois-je faire?
— Les chasser avec ignominie ! s'écria le Lombard.