XXXVI. — l'aventw
Que faisait i^oysa perdue dana cet orage ? Depuis que le mystérieux billet d'Anselme Tétait venu cou» soler et conforter dans sa prison , huit Jours , huit siècles s'étalent écoulés; toute communication dès lors avait^té interceptée ; la solitude de la jenne cap« tive n'avait plus été troublée. Sa chaîne était toujours aussi dure, sa résistance auMÎ ferme, son père aussi acharné. • Vous me briseres , lui disait-elle avec sa résolution froide et fière, vous ne me plierea pas. Je n'aurai jamais d'autre époux qu'Anselme ; lui ou point.
Ce jour-là même , Orlandini avait reçu une lettre de Ravenne. L'homme qu'il appelait déjà son gendre arrivait le lendemain : il venait foire connaissance avec sa fotore , et l'idée qu'il allait la trouver rebelle au lien de la trouver soumise jetait le capitaine hors de lui. Accoutumé à l'obéissance passive du soldat, il envisageait une révolte domestique du
L'AVBNTIK. Wi
même œil fii*«ie révolte de caterae , et il eAt volonliera appliqoé à ta fille le code du régîmeiit c Quelle honte ^ peasaiik-il , si mon gendre voit mon autorité méprisée! Il n'aura plna pour moi ni conaidération ni reèpeet II le dira à tout le monde, et je sttit un homme déshonoré. Non! il ne sera pas dil: quune petite entêtée me fasse la loi; j'en triom* pherai. f
C'était vers le soir; bien décidé à faire de la foira^ il monta chex sa fille avec le parti pris de n'en pas redescendre sans son consentement Loysa était ce soir-là plus tendre encore qu'à l'ordinaire ; son âme était ouverte àl'aaioar, au bonheur; la vue de son père la ferma, la resserra comme une flenr épanooîe qn'un reptile a tonchée. Elle se retrancha dans son droit, et fut, comme toujours, calme et négative. Oriandlni vonlat essayer ce qu'il appelait la douceur r il prit ou crut prendre un ton paterne, mais il y avait quelque chose de sinistre dans la disparité de ses
\ traits dors , de sa voix rode, avec ces velléités jésBi<»
^ tiques $ Loysa ne put se défendre d'un firisson d'ef»
firoi. Le léopard se lassa blutât de faire la patte douce , il tira ses griffes.
c Et tu crois donc vraiment , s'éeria<4-il en eroî^ sant les bras, que je te donnerai Jamais à ton scé» lérat de oarboaara ?
— Et vous croyes, vous, mon père, que Je veux Atre à votre inconnu ?
^ — Pardieu ! il le faudra bien. Je ne sors pas d'ici
t que tu n'aies dit oui*
9M ROMB lOUTBRRAIIIB.
— Eo ce cas, je tow plaint, car on y est.plof mal i|M dans la dernière celiole du dernier cenvent de Rome. A Sainte-Catherine j'étais beaucoup mieux. Vont toavient-il do parloir, mon père?
— Ah ! tu menaces ! Si ta crois m'effirayer , ta te trompes ; j*ai été faihle une fois , je ne le serai pas deoz.
— Je ne menace point , et je ne prétends nnllenmnt vous effrayer ; je venx seulement vous rappeler, poisqoe vous Tavez oublié , que la victoire peut bien ne pas toujours rester an plus robuste , et que le plus faible est quelquefois le pins fort quand il a pour lui la justice. Car enfin , mon père , la justice n'est pas plus de votre cAté ici qu'au monastère de Sainte-Catherine. Vous avez tort ; vous vous obstmez dans une action mauvaise. Allez , si monseigneur le cardinal-vicaire savait la manière dont vous me traitez, il en serait indigné. 11 est honteux k un homme de tyranniser ainsi une pauvre femme; et, fussé-je mille fois votre fdle, vous n'avez point d'excuse. L'autorité des pères a des limites; la loi ne leor donne pas sur leurs enfants le droit de vie et de mort , et c'est me tuer que de me violenter comme vous le faites ; mieux vaudrait abréger mon supplice par un coup d'épée , ce serait plus tftt fait.
— A rien ne tient que ta ne sois satisfaite, s'écria le capitaine , que ce langage droit et fermlo exaspérait ; j'y ai déjà pensé , continua-t-il ca tirant à demi son sabre. Je suis trop bon , en vérité , de tant supplier et d'écouter toutes tes sornettes. Ton
dmvlt «si de 4e taire et de m'oliéîr ; j m poor naei le droit ; et si U rtii on , li la religion ne peut ent rien sur toi, j'emploierti la forée. Ta me remtreîeras piua tard d'avoir fiùt, malgré toi , ton bonheor. Le mari que je t*ai trouvé me convient : il te convient «ansai; c'est d'ailieurt uoe affaire faite | et on' caprice de petite-maîtresse ne fera certainement pas manquer un militaire à sa parole. Voilà le contrat, ajouta-twl en étalant on papier sur la table. Il est des plus aftotageux; il n'yvsaoque plus que ta signature. Prends cette plunie ; mais avant, je vais te le lire,
— Je ne veux pas l'entendre. Je vous ai déjà dit et je vous répète que j'ai donné ma foi à nn autre ; je ne vois pas pourquoi je manquerais à ma parole plus que vous.
— Malédiction ! s*écria OriandinI en enfonçant la table d'un coup de poing. Ne me parle pins de Ion misérable, ou je te tue sur la place, t
Il ne s'était jusqu'ici porté à aucune violence snr la personne de Loysa. Le pèlcWn de Sainte«Marie-Majenre avait couvert la victime d'on Invifible bouclier ; mais Orlandioi n'était pins à lui ; la foreur, l'égarement de ses yeux disaient asses qa'il était prêt à se porter aux derniers excès. Toutes ses pasiioas brutales étaient déchainées, le meurtre grondait dans son Ame.
• KcoBte , reprit-il avec une rage coneentrée , je je suis las ; je ne veux plus entendre de pbrases ; tout ce que je veux de toi , c'est un mi on un non.
«0 ROME SOUTEKKAIVE.
U ne l'agit qne de ligner: je te doime encore nae minote, et je ne te le demande plus qoe trois fois : si à la troisième ta refuges , malbenr à toi ! Ve«x-ta signer? dii-il après une pause, en tenant sa fille par les deux bras.
— Non ! répondit-^lle intrépidement
— Venx-tn signer? répéta-t-il en la serrant presque à la faire crier de douleur.
— Non!
— Voici la dernière fois , prends garde. Veux-tu signer ?
— Non ! »
A cet héroïque refus, il la repoussa avec une telle violence , qu'elle alla tomber contre la muraille. La saisissant alors par ses longs cheveux noirs, il la traîn^Aur le parquet , et il allait la fouler aux pieds, lorsqu'un instinct de vie arracha Loysa à cette effroyable torture. Elle sauta sur ses pieds comme une tigresse , et, s'élançant d'un bond vers le capitaine , elle lui arracha son sabre du fourreau. Les passions de la Genci bouillonnaient dans son âme.
Orlandini eut peur; il pâlit, il recula d'un pas devant la lame aiguë , menaçante ; mais le. sangfroid était rentré an cdnuc de Loysa ; et, réveillé tout à eonp en elle, l'amour de la liberté l'emporta dans le corridor obscur de sa prison. Elle se jeta dans resoalîèr avec précipitation , et le capitaine n'était pas revenu de son effroi , que la fugitive volait dans la rue des Quatre -Fontaines , comme mie biehe