‹ Rome souterraineChapitre 98 sur 113 · L'AVENTIN · texte numérisé non relu

L'AVENTIN

échapper. Il était presque nuit. L'Angélas achevait de Bonner à Sainte-Marie-Majeare.

Sorti pea auparavant de la maison do Forum, Anselme venait de rentrer chez loi. Après avoir pourvu à tout et tout surveillé d'un œil infatigable , il avait besoin de quelques heures de repos ; et , toutes choses étant en ordre pour le lendemain , il s'était ménagé cette dernière nuit de solitude pour se recueillir avant l'action. Sûr de lui, il ne craignait pas, comme Brancador, le téte-à-tâte avec loi-même; il le cherchait.

Il était assis près de sa fenêtre ; quelques colombes y voltigeaient encore ; on ne disthiguait plus la campagne et à peine encore les crêtes plos^ rapprochées du Palatin et les arbres du Forum ; le Gotossée ondoyait dans une vapeur grisâtre , les monts d'Albane étaient invisibles. La cloche du Capitole sonnait, elle se tut; s'arrétaiit sur la petite place du Grillo, une confrérie se mit à chanter des litanies devant une Madone nichée à l'angle d'une maison. Les voix étaient tristes et monotones, les torches rougissaient le mur géant des Pantani.

Anselme avait eu dam la journée des nouvelles de son ami. C'était la première fois depuis son arrestafaion. Un sbire carbonaro , toujours celui du Vé'labre , lui avait remis dans la rue un billet clandestin sorti des cachots du ehâlbau Saint-Ange. Marius l'avait écrit , avec son propre sang, quelques heures après sa condamnation ; mais il n'y parlait ni de lu ni de la sentence ; toutes ses pei^ées étaient à la

m BOME SOUTERBAINE.

pairie, toutes à la grande journée dn landemaiii.

Celte héroïque abnégation, cette hymne d'espérance sous l'échafaud touchait profondément Anselme ; ses larmes coulaient en silence sur le papier sanglant. Soudain la porte s'ouvrit, une femme tomba dans ses bras : c^était la fugitive des Qnatre- Fontaiues.

i J'ai rompu ma chaioe , s'écria-t-elle toute palpitante; je suis libre, l'univers est à nous! » Puis tout à coup sérieuse : Anselme , ajouta-t-elle d'une Toix soupçonneuse , vous teniez une lettre et vous pleuriez ! De qui est cette lettre ?

« D'une âme que vous avez calomniée et qui vaut mieux que nous. Mais quoi ! Loysa, votre première pensée est à la jalousie ! Est-ce que la captivité vons aurait à ce point changée que vous ne émisiez plus à la fidélité? Ai-je douté de la vôtre sur l'Aventin? Hélas ! il est captif aussi celui qui traça les lignes que j'arrosais de mes larmes! Il gît à cette heure enchaîné sur la paille d'un cachot , demain il monte à l'échafaud ; et vous étiez jalouse de ses derniers • adieux ! Repentez-vous , et demandez pardon à m* rius de l'avoir méconnu, de l'avoir calonmié. C'est le meilleur citoyen de Rome ; Rome n'en eut jamais de plus grand, i Mais revenu à la tendresse : « Par* donne à ma dureté, continua-t-il en serrant dans les siennes les mains de Loysa ; pardonne à ma douleur, t Et il tarit par d'amoureuses caresses les larmes prêtes à couler.

> Il faut quitter ce lieu , reprit-il quand elle lui

L"AVKNÏ1\. :ti:i

eut raconté sa délivrance y le quitter à Tinstant ; il n'est pas sûr : c'est ici qu'on viendra te chercher. Partons, t

il prit avec elle la route de TAventin.

Us descendirent sur le Forum obscur et désert. Eu passant devant la maison mystérieuse qui cachait les bannis d'Asture, Anselme tomba daos le silence, et il marcha quelque temps pensif. Appuyée sur son bras, la jeune fille se pencha vers lui : k Anselme ! » murmura-i*elle doucement à son oreille. Cette voix aimée le réveilla et le rendit à l'amour. Ils se trouvaient alors sous les ruines du temple de Vénus ; ils laissèrent sur la gauche la masse énorme da Golostée, et passèrent l'arc de triomphe de Constantin.

K A quoi pensiez-vous? continua Loysa. Vous êtes distrait et rêveur. Une idée pénible vous préoccupe. Blâmeriez-vous ma fuite? vous en coûterait-il de n^ donner l'hospitalité ?

— Quelle folie ! répondit Anselme en lui pressant le bras. Décidément , ma chère , ajouta-t-il en souriant, la prison vous a rendue d'une susceptibilité intraitable.

-^ C'est vrai , Anselme , répliqua sérieusement la fille d'Orlandini , vous avez raison ; l'adversité rend ombrageux, et j'ai beaucoup souffert, je vous assure ; hkais je souffrais pour vous , et cette idée était une source de- force et de consolation. Le malheur me rendait lieureuse. «

Tout en cheminant au pied du Palatin, les amants avaient latasé derrière eux, sur lé inoBt Célien , l'é-

su ROME 80UTERRAINK.

glise eamaldttlr de Saint-Gr^oire , que les fresques da Guide et du Dominiquiu ont rendue si célèbre. Arrivés à l'entrée de Cantique vallée Murcia, ils escaladèrent FAventin par des sentiers ténébreux, mais connus d'Anselme de nuit comme de jour ; et le père de Loysa n'était pas encore sur sa trace, qu'elle était déjà hors de son atteinte ; l'amant avait ense¥eli son trésor dans son inaccessible retraite.

i Voici l'asile du pèlerin , dtt-il en entrant ; tu sais s'il est sûr. « Gela dit , il verrouilla la porte de la cabane.

Deux heures de nuit venaient de sonner au prieuré de Malte ; le rendez-vous des conspirateurs était à sept , c'est-à-dire au point du jour , dans la maison du Forum. L'ami de Marios avait donc cinq heures encore à donner à l'amour , avant de se donner tout çntier à la liberté , peut-être au tombeau.

« Et vous me quitterez sitôt ? lui dbait Loysa ; et vous me laisserez seule toute la journée ?

— Dieu veuille, pensait Anselme, que cette journée ne soit pas celle de l'éternité ! « Mais il se garda bien d'alarmer la noble fille par de si lugubres pressentiments ; tout occupé au contraire à lui dérober ses périls, il couvrit à ses yeux la vérité d'un voile qu'elle ne pénétra point. L'exécution de Marins était ua prétexte irréplicable ; elle servait merveilleusement les mensonges d'Anselme, et fermait la bouche à Loysa.

« Pourriez-vous, lui disait-il , envier le condamné et lui marchander les dernières et courtes consola-

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tioiit qa*il est permis à FainHié àe loi porter so« r^hafaad ? le pourries-vous , Loysa? tandis que Tamoar nous compte, à notu, les heores d*iine main si libérale ? Noos en avons cinq encore à rester ensemble.

-* C'est bien peu, répondit-elle tristement ; mais, reprit-elle après une pause et d'un ton résolu , c est folie qne de perdre le temps à en déplorer la brièveté ; prolongeons-le plutôt en remployant bien. Non , Anselme , Bon , je ne suis point jalouse de l'infortuné Marius ; il est votre ami, et il y aurait à moi de Finfamie, dans l'état où il est , à lui disputer votre affection. Je n'ai déjk que trop de reprochés à me faire. Je le calomniais indignement, je le haïssais. Ces haines aveugle» sont absurdes ; il faut laisser cela à notre bonne vieille tante Véronique. fit ! que m'importe après tout qu'il soit carbonaro? J'ai fait là-dessus, Anselme, croyez-moi, de sérieuses réflexions. Si la captivité rend , comme vous dites , soupçonneuse , eUe rend sage aussi et juste. Les cariionari ne m'inspirent plus que de l'intérêt. C'est mon père qui , sans s'en douter , a opéré ma conversion ; d'odieux qu'ils m'étaient^ ses injures me les ont fait prendre en amitié ; il les hait trop pOnr que je ne les aime pas de tout mon cœur. Mais vous, mon ami, est-il vrai, comme il me l'a dit mille fois, que vous soyez carbonaro ?

— Voilà les ombrages de la recluse qui reviennent , dit Anselme en souriant ; mais écoute : un jo^r qne je faisais fort importunémcnt 1« même

iltf ROMB «OVTSRJlAHiK.

qMstttn à r«ii de mêê «mil : « Umn eii«r, me vé-

> pondiUil , je ne connut pti les usages des carbof aari ; je sais sealement qu ils jurent, par ce qn ils

> ont de pins sacré , de ne jamais dire i personne t qu'ils le sont. Ainsi donc , si je Tétais , et que je » IMS le révélasse , vous n!aoriea pas le droit de « me croire, à moins de me mépriser, puisque, • dans ce cas , je ne serais qu'on bomme sans foi , I un parjure; qoe je dise oui, que je dise non, t e est la même chose ; Tun n'a pas plus de probat biltté, pas plus de valeur que l'autre. > I»a réponse, ma cbére enfant, me parut bonne ; je me tas.»

lioysa fit de même.

i Bas ! dit-elle en se jetant sur un siège , Uissons votre politique, elle m'ennuie*

— Laissons la pdlUiqoe, répéta Anselme après elle, je ne demande pas mieux. Cette nuit appartient à l'amour ; donnons-la Idi tout entière ; il est jaloux d'une seconde. « Et le conspirateur se mit aux genoux de la jeune fille.

— Qui eût cru ce matin , lui dit-elle , 6 mon Anselme ! en me voyant si triste , si seule, que je t'aurais ce soir à mes pieds ? il est donc bien vrai que les extrêmes se touchent I II n'y a pas deux heures qne j'étais la plus malheureuse des femmes ; j'en sois maintenant la plus heureuse.

— Dieu veuille , se disait tout bas l'ami de Marins en songeant au lendemain , qu'un nouveau tour de la rone fatale ne la replonge pas dans quelques heures aux fers d'où elle échappe à peme ! Si les extré-

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mei se ti«Bt, le mel tooehe au bien comme le bien toaehe an mal. « Mais il étouffa ces pensés funestes , et s'étonrdii lui-même dans les caresses de rameur. Leysa les recetait avec une joie mêlée de surprise , presque de remords. Voyant si tendre , si oublieux , Tami du condamné dont l'échafaud se dressait à cette beure sur la place du Peuple, elle lui reprochait, elle se reprochait à eUe*même une indifférence dont elle était la cause. Anselme lut dans son

« Non , lui dit-il , je n'ai Tâme ni égoïste ni légère ; je n oublie pas le prisonnier; mais l'espérance, que di»*je? Ia4sertitude qu'il ne mourra point ajoute au bonheur d'être à tes pieds et le légitime. En vain se dresse l'échafaud , il n'y montera pas ! Il faudra bien qu'un cardinal se trouve sur le passage de la victime, et qu'il la sauve du sacriûce par sa rencontre. Eh ! pourquoi les princes de l'Eglise auraient-ils donc hérité des vestales ce privilège auguste si ce n'est pas pour sauver des hommes comme Marins ? »

Telle fut la justification d'Anselme ; mais ce qu'il ne dit pas , c'est qu'à l'espoir de délivrer son ami se joignait en lui l'espoir de délivrer sa patrie, et qu'exaltée par cette grande idée , son ftme était ouverte à tous Tes amours. Loysa le voyait assez. Rassurée dès lors sur le condamné, elle se livra au bonheur sans retour, sans remords , el la nuit marchait à pas de géant. Quatre heures— minuit— sonnaient sur l'Aventin.

« Gomme les heures fuient! b disait la jeune fille;

«I« BOME SOCTKKKAIXE.

et ckaqM e0«p delA dMhe nieaUe fin^pMtdtDt

flOfl C4MH*.

Tmô««i à geMVx, AatebiM rhnrhtff à k dis* traire, à-se dnlnire lunnême du temps par Fanioar; cbai^ae eoap de cloche le rendait plus leadre.

c Le bratal! s*éeria-t-il toat à ea«p en déooownnt •or les fans de Lejsa Tempreinte encore fraîche des riolenees pafettteiles. L'impie! répétait-il indigné en y posant les lètres.

— Ne parions pas de loi , intemnqiit Loysa, ctr j'en dirais des choses horribles ; il vant mieux n'en rien dire dn toot Ecoute, aîonta-t*elie de cette voix résolue qui ne souffrait pas de réplique , il a beau être mon père , il a perdu tous ses droits en en abusant ; il ne m'est plus rien. Je me suis mise en révolte ouverte , et j'y persisterai. Tout Rome sera pour moi, car tout Rome a été indigné déjà de l'aventure de Sainte-Catherine. Et puis , me blAmâlon , que m'importe le blâme de l'univers , si j*ai ton approbation? Mais cela ne suffit pas : il faut user de la liberté ; je veux mettre entre mon père et moi l'irrévocable. Je sots à vous, Anselme; je veux être à toi dès demain. Tu me quittes au point du jour ; je ne m'y oppose pas ; le devoir qui te réclame eut saint ; mais fy mets une condition sans laquelle ta ne sortiras d'ici qu'en passant sur mon corps : c'est de ne revenir qu'avec un prêtre qui nous unisse. Une fois mariés, mon père dira ce qu'il voudra. Ge que le ministre de Dieu a lié sur la terre est lié dans le ciel. Ty engages-tu ?

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T- Oui , si I Si je reviens , allait dire le conspirateur; mais il s'arrêta tout court; d'ailleurs il eût voulu continuer sa phrase que Loysa ne Teût pas laissé finir.

K Point de si, t Interrompit-elle vivement. Et, tirant son crucifix d'ambre de son sein : « Jure làdessus, continua-t-elle , mais jure sans /condition, comme j'ai juré , moi , d'être ta femme ; il doit t'en souvenir : c'était aux Quatre-Footaines, le soir même où j'écrivis à Ravenne. Depuis , il ne m'a pas quittée, et m'a consolée dans ma captivité. Veuzitu jurer ? »

Anselme jura sur le crucifix , et baisa l'heureuse image sortie tiède et embaumée du sein de la jenne fille. Loysa l'y remit , et sa voix , désarmée , repassa tout d'un coup de sa résolution à la tendresse.

« C'est à présent , dit-elle , 6 mon Anselme I que je suis ta fiancée, que tu es mon fiancé. Que les heures fuient maintenant , qu'elles volent ; la cloche peut sonner sans me briser le cœur ; elle annonce l'heure fortunée de notre union. «

Cinq heures sonnèrent.

s Qu'elles se traînent lentement! dit-elle après avoir compté un à un les cinq coups. Cette nuit ne veut donc pas finir? le jour ne naîtra jamais, t

En disant ces mots , elle se leva brusquement , et alla regarder le ciel par l'étroite fenêtre de la chaumière. Tout était sombre : elle revint s'asseoir désappointée. ^

t Mais qu'avez-voBs donc ? demanda-t-elle à An-

âJO ROMK SOITERAAINE.

nê\me resté immobile au pied de son siège. Comme vous êtes pftie ! i

Une affreuse tempête renait de s'élever an sein du conspirateur. Cette longue l'Heine d*araour, tant de paroles passionnées f d*émotions tendres, tant -de caresses données, reçues, toutes ces pensées d'hymen et de possession avaient embrasé son sang italien. Songeant que sa maîtresse était là , sous son toit , dans ses bras ; que le désert et la nuit les couvraient de leur mystère ; qu'il régnait sur elle , qu'elle était à lui , qu elle Fadorait ; qu'elle ne lot résisterait pas, et qu il était là comme Tantale; qu'il fallait la quitter, ne revenir à elle qu'en passant sous l'échafaud de Marins, sous le sien, qu'il pouvait périr sous l'on ou sur l'autre , et qu'il mourrait sans avoir goâté ces voluptés ineffables , si longtemps attendues et que le destin lui envoyait lui-opéme, il fut pris d'un tel accès de rage qu'il insulta dans son cceur jusqu'à la vertu.

Il filait sur Loysa des regards qui la troublaient et la forçaient de baisser les yeux ; il déinorait d'un œil ardenf ses chastes beautés ; il maudissait cette infâme société toute verminée de prêtres et de princes qui se jetait là comme un spectre entre sa maîtresse et lui. Son âme est tendre , amollie ; elle aspire au repos, aux doux rien-faire des champs, et la gneiTO civile l'arrache à la volnpté; elle le traîne sur la place pablique ; et quand il veut essayer jusqu'à la dernière les larmes de. la captive , il faut qu'il aille - verser du sang !

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► Toutes ses eonvictions le quittèrent, tom se8,8oe|iticitmearevioreut; mille étranges fantômes lui appe^ rurent ; il revit jusqu'à la vision Mamertine ; assailli de tentations inouïes, il eut jusquà l'inconcevable idée , non pas de vendre ses amis , une telle infamie ne pouvait Ini traverser la tête, même en rêve au

► milieu du plus affreux des cauchemars, mais de les abandonner, mais de déserter la conspiration, mais de fuir à l'instant Rome , mais de s'aller ensevelir avec sa maîtresse dans les coupables délices de quelque lâche et lointain Tibur.

Dans cet état violent , il ne répondit que par un \ silence farouche à la question de Loysa. ^ <i Anselme , répéta-t-elle d'une voix timide » par-

lez-moi donc ; vous m'effrayez. Qu'avez-vous ?

— J'ai l'enfer dans l'âme , s'écria-t-il en bondi»sani sur ses pieds, comme un frénétique ; j'ai l'hor* reur des prêtres , la haine du Dieu qui pouvait créer une terre de félicité et qui Ta frappée de malédiction. Anathème! anathème! Il n'y a de vrai que f l'amour, l'amour seul est bon ; patrie, vertu, libeiié, tout, le reste n'est que délire et démence. Je t'aime, tu es à moi, tu le seras, dût la république ne jamais renaître ! dût Rome s'engloutir, papale, sous les sept collines! «

Il prononça ces blasphèmes avec une sauvage V ivresse ; il saisit la jeune fille dans ses bras , l'enleva ' de terre , l'ctreigoit avec fureur, et trouvant ses lèvres, il allait y imprimer un de ces acres baisers qui brident , qui domptent. . . Tout à coup il dctaurna

Stt EOME SOUTERRAINE.

U Céte, il alMiidonna Loysa déjà vamcae, et, la repoiMsaiit sur «on siège , il se précipita vers la fenêtre ; il s'y cramponna des deux mains comme ponr se retenir malgré lai.

Les étoiles brillaient au firmament d'un éclat tran> qnille et doux ; la brise nocturne était fraîche ; un rossignol chantait dans les Thermes voisins de Garacalla; un molosse aboyait bien loin dans quelque vigne isolée du vallon d'Ëgérie ; Saint-Jean-de-Latran fermait Thorizon ;robéUsque égyptien se dressait dans Tombre , roide , immobile , gigantesque comme une divinité de TOrient.

Anselme se livra longtemps en silence à ces paisibles harmonies de la nuit , s' efforçant de rasseoir son âme orageuse et de rentrer dans son repos. Le calme de la nature passait peu à peu d'elle à lui ; son sang se rafraîchissait par degrés , la tempête était vaincue. Il fut tire de sa muette contemplation par la voix de Loysa.

« Anselme, lui dit-elle en s'approchant de lui et passant un bras timide autour de son cou , je suis à vous , je suis votre femme , faites de' moi toot ce que vous voudrez ; mais , au nom du ciel , parlez-moi ; ne vous obstinez pas dans ce farouche silence. Il m'effraie plus que tous vos blasphèmes. ^

— Chère enfant, répondit-il en Fappuyant sur son cceur, je ne suis pas digne de toi , je sais un misérable ; tu étais sous ma garde , et j'ai manqué à Tfaospitalité; c'est une action infAme; il n'est pas un bandit de Galabre^ pas un bédooin d'Afrique qui

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