‹ Rome souterraineChapitre 99 sur 113 · L'AVENTIN · texte numérisé non relu

L'AVENTIN

n'en rougît. Je me •ois déshonoré,- et tu as le droit de me mépriser ; mais sois mon Egérie ; inspire<raoi la vertu.

— Anselme , répliqua Loj^sa , vous m'ajirez horriblement effrayée; mais je vous pardonne de tout mon cœur, puisque vous m'avez répondu et que vous avez rompu enfin cet atroce silence qui me désespérait, i > , ■

-Cette crise passée et T orage apaisé, Anselme était calme, il était sûr de lui ; fortifié par sa victoire, il venait de triompher d'un assaut^trop furieux pour en craindre désormais d'autres. Il retint sur son cœur la jeune fille ; il déposa sur son front un baiser pudique , repentant , et fondit en larmep. Elle mêla ses pleurs aux siens et l'oubli fut scellé.

Six heures de nuit sonnèrent « Plus qu'une , reprit l'ami de Marins ; employonsla dignement, t

L'œil fixé sur les étoiles, dont l'éclat déjà pâlissait; l'âme ouverte aux brises parfumées des nuits, les deux amants s'enivraient ensemble de ces voluptés chastes; leurs deux vies se confondaient en one; mais „ quelque intimité qui régnât entre eux , le carbonaro fut fidèle aux siens : il garda an fond du cœur tous les mystères de cette grande journée. Une telle confidence d'ailleurs était-elle à faire? ITeût-ce pas été une croa'uté inutile? L'attente de Loysa aurait été affreuse ; elle n'apprendrait que trop tât la vérité.

Plus rbeure avançait , plus Anselme était calme :

ii4 ROME gOt'TEKKAlNE.

tel Mt ie privilège det âmes ferles, qne TapproçlM» (In danger, au lien de les troubler, les pacifie. Il eût été impossible à Loysa , il i*eût été à Tceil de Tinqui* siteur le pins pénétrant , de deviner dans Roméo Procida. Un instant dépossédée par la volupté , TItalie avait ressaisi tons ses droits et détrAné à son tour l'usurpatrice.

Bien des étoiles avaient disparu, les plus vives étaient pâles ; le ciel , déjà moins sombre , blanchissait du câté des monts d'Albane , les rossignok se taisaient; la cloche argentine des Gamaldules de Saint-Grégoire sonna matines ; Taube pointait

I Voici Theure ! « dit Anselme d'une voii résolue ; et , donnant à Loysa ses instructions pour la journée , il la baisa au front une dernière fois; il dévora une larme prête à couler, étouffa un soupir , un regret peut-être, et sortit d'un pas ferme pour aller fonder sur Fécbafaud de Marins la république ausonienne.

Restée seule et résignée , Loysa le suivit quelque temps de rœil dans toute la candeur de son igno* ranee ; elle le vit monter la colline , vers la petite église de Samt-Prisque , pois elle ne le vit plus.

Anselme passa à l'antique bois sacré des Furies , afin de se recommander aux mânes du dernier des Grecques, comme le croisé partant pour la Terre- Sainte se mettait sous la garde de son céleste pa* (ron. Descendu de là au Vélabre, il cAtoya le Pala* tin en songeant au bâtard de Sicile , et à la fièvre d'attente qui devait le consumer. Rnfin il déboucha

MAttTYRB.

sur le Forum; en face de Saint-Laurentrà-Hliranda. Gomme il passait le seuil de la maison m]^sté> rîeuse, sept heures dltalie sonnaient au Gapitole. Il faisait jour.

Page 1