I. Roma sotLerruneajJj p
nous sommes certain que nul critique ne songerait à mettre en doute son authenticité :
Aspice; descensu exstructo tenehrisqiie fugatis Corneli monumenta vides tumulumque sacratum. Hoc opus aegroti Da.masi prœstantia fecit Esset ut accensus mekW^ populisque paratum Auxilium sancti, et vaîeas si fundere puro Corde preces, Damasus melior consurgere posset^ Que m non lucis amor, tenait mage cura, lahoris.
« Voyez : un escalier a été construit, et les ténèbres ont été mises en fuite : vous pouvez contempler maintenant les monuments élevés en l'honneur de Corneille, et sa tombe sacrée. Cette œuvre, le zélé de Damase l'a accomplie, bien qu'il soit malade ; il a facilité l'accès et mis à la portée du peuple le secours du saint. Si vous voulez, d'un cœur pur, verser une prière, demandez que Damase puisse revenir à la santé : non qu'il aime la vie, mais la sollicitude de sa charge le retient ici-bas. »
Si nous possédons le vrai sens de cette inscription, il en résulte que Damase fit pénétrer par un luminaire le jour jusqu'au tombeau de saint Corneille, et construisit un escalier pour l'usage des pèlerins. A ce moment il devait être gravement malade, sa vie même était sans doute en danger. Cette dernière circonstance donne de la vraisemblance à la restitution — beaucoup plus difficile — de la seconde inscription, que M. de Rossi suppose avoir été ainsi :
vS^iricius perfecit opus, Conclusit et arcam iWizrmore, Corneli quoniam Pia membra retentat,
« Siricius compléta l'œuvre, et, avec une table de marbre, ferma le tombeau, parce qu'il contient les membres sacrés de Corneille. »
Cette restauration est assurément bien moins certaine que la première. Il s'en faut, cependant, qu'elle soit l'œuvre de la seule imagination. Voici, en abrégé, les raisons qui ont guidé M. de Rossi dans la tâche délicate de rétablir quatre vers avec douze lettres seulement. La forme
de ces lettres se rapproche beaucoup du caractère damasien, mais ne le présente pas dans toute sa pureté; peut-être cette seconde inscription fut-elle faite par les ordres du successeur de Damase, et l'artiste voulut-il, comme il a été dit plus haut, indiquer par quelques variantes la différence d'origine, tout en suivant dans ses lignes générales le type de l'écriture damasienne. Précisément, la seule lettre qui reste du premier vers est une S, et le successeur de Damase se nommait Sirice. L'inscription peut donc être l'œuvre du pape Sirice, qui aurait continué les travaux entrepris dans la crypte par Damase pendant sa dernière maladie. Or le tombeau de Corneille, qui, à l'origine, comme nous l'avons dit, n'était point fermé, fut plus tard bouché par une plaque de marbre très-épaisse, sans doute pour consolider la muraille ébranlée par les travaux trop hardis du pape Damase. Le mot marmore^ dont les premières lettres existent encore sur un des fragments de notre inscription, semble une allusion à cette œuvre ; n'en peut-on pas conclure qu'il s'agit dans l'inscription de ce travail d'achèvevent et de consolidation, et que le pape Sirice en fut l'auteur > Quant au dernier vers, pia membra r et entât, il se relie naturellement à la pensée qui précède : ces travaux auraient été faits parce que dans ce tombeau reposent des restes sacrés. Cette formule, d'ailleurs, se retrouve si souvent dans l'épigraphie damasienne, que M. de Rossi, en
complétant ainsi les lettres pia tentât, n'a guère de
chances de s'être trompé. Nous ne pouvons développer ici, dans tous les détails qu'elle comporte, cette série d'inductions qui s'appellent et se complètent l une l'autre. M. de Rossi s'avance si prudemment dans le champ de la conjecture, il déduit si modestement et si clairement ses raisons, il a tant de peur de s'en faire accroire, et de donner comme certain ce qui n'est pas absolument démontré, qu'on peut le suivre sans crainte dans les hypothèses qu'il propose. En ce qui concerne notre inscription, nous croyons pouvoir sans trop de présomption émettre après lui la conclusion suivante : si l'on n'ose affirmer la vérité
littérale du texte qui a été donné plus haut, il y a au moins de fortes raisons de croire qu'il reproduit exactement le sens original.
Les peintures dont est décoré le tombeau de saint Corneille nous donnent un exemple du bonheur qui accompagne presque toujours les conjectures de M. de Rossi. x4vant de découvrir la tombe du saint pape, il avait bien des fois annoncé qu'il y trouverait sans doute quelque souvenir de son contemporain et correspondant saint Cyprien. Les deux saints ne furent pas martyrisés dans la même année, mais, par une coïncidence singulière, ils le furent le même mois et le même jour. Aussi leurs fêtes ont-elles toujours été célébrées à la même date, le i6 septembre, et, ce jour-là, les prières liturgiques faisaient mention de l'un et de l'autre ^. Les calendriers et les missels les plus anciens nous apprennent que la commémoration des deux saints avait lieu dans le cimetière de Calliste : — XVIII Kal : Oct : Cypriani^ Africœ; Romœ celebratur in Callisti, dit le calendrier Buchérien, si souvent cité; — Natale SS. Cornelii et Cypriani^ via Appiâ in Callisti, dit, pour le même jour, un vieux recueil de la liturgie romaine. M. de Rossi trouva même, dans un de ces anciens Itinéraires qui ont été pour lui des guides si précieux, l'indication, certainement erronée, que les corps de saint Corneille et de saint Cyprien reposaient ensemble dans le cimetière de Calliste Il était évident par le texte lui-même — Cornélius et Cyprianus dormit — que le nom de Cyprien avait été ajouté par un copiste maladroit. Une telle confusion, cependant, ne pouvait avoir été faite sans cause ; M. de Rossi conjectura que l'erreur du copiste ou du pèlerin provenait de quelque indication fournie par la tombe même de saint Corneille, et mal interprétée par un visiteur ignorant. En effet, quand, dans ces derniers temps,
1. Tous les jours encore, au canon de la messe, le prêtre nomme l'un à côté de l'autre saint Corneille et saint Cyprien.