I. Eusèb., Hist. eccL^ VII
foi^ Les tombes ordinaires étaient appelées locus'^ si elles ne contenaient qu'un seul corps, locus bisomus . trisomus. quadrisomus, si elles en renfermaient deux, trois ou quatre. Les terrassiers qui les creusaient dans les galeries, et qui creusaient les galeries elles-mêmes, portaient le nom de fossores. L'enterrement s'appelait depositio^ mot empreint d'un touchant respect et d'un pieux symbolisme. Les
Fi^. 4. — Arcosolium.
galeries ne paraissent pas avoir reçu de dénomination spéciale. Les chambres s'appelaient cubicula. On donnait le nom d'arcosolia à ces tombeaux que l'on rencontre souvent dans les chambres et les galeries des catacombes, et qui diffèrent par le style des tombes ordinaires : ce sont des cavités oblongues, construites en maçonnerie ou creusées dans le roc, couvertes par une table de marbre posée horizontalement et surmontées d'une niche voûtée en demi-cercle (fig. 4). Quelquefois la niche affecte la forme d'un rectangle {fig'. 5). Dans ce cas
1. C'est ainsi que la crypte qui s'étend sous le maître-autel de la basilique Vaticane est appelée la confession ou tombeau de saint Pierre.
2. M. de Rossi ne connaît aucun exemple chrétien du mot loculus.
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il n'existait pas ou nous ne connaissons pas de nom spécial à cette sorte de tombe; nous l'appellerons, pour la distinguer de Varcosoliiim, une table funéraire; c'est la traduction du terme italien employé par M. de Rossi, sepolcro a mensa.
Les arcosolia renfermaient souvent le corps d'un martyr. Ils servaient alors, le jour anniversaire de sa mort (le langage toujours symbolique de l'Eglise primitive appelait ces anniversaires natalitia , jour de la naissance) , d'autels sur lesquels on célébrait les saints mystères. Les ciibicula
Fig. 6. — Section de chambres dans la catacombe des saints MarctUin et Pierre; ouverture inférieure du luminaire.
OU chambres funéraires pouvaient ainsi se diviser en deux classes. Les unes étaient de vraies chapelles, des lieux consacrés au culte public. D'autres n'étaient que des sépultures de famille. Il est probable, du reste, que les saints mystères étaient également célébrés dans ces lieux de dévotion privée le jour anniversaire de la mort des fidèles qui y étaient enterrés. Un cubiculum était assez large pour servir ainsi à la dévotion de toute une famille. Pour qu'il pût, au besoin, servir également au culte public, on creusait souvent l'un à la suite de l'autre deux, trois, ou même quatre cubicula.
qui recevaient l'air et le jour par la même ouverture ou luminaire communiquant avec la surface du sol (fig. 6). De cette façon certaines parties des catacombes pouvaient contenir une centaine de personnes réunies dans la participation aux mêmes mystères ; un plus grand nombre pouvait même se tenir dans les galeries et les chambres adjacentes, et y recevoir le pain de vie , que distribuaient les prêtres et les diacres. Les plus anciens monuments de la littérature ecclé-
Fig. 7. — Intérieur d'un cubiculum à Sainte-Agnès, avec des sièges et des bancs taillés dans le roc,
siastique attestent qu'il en était souvent ainsi. La vue des lieux suffit du reste à le démontrer : dans certaines parties des catacombes on voit encore la chaire épiscopale, la chaire du surveillant ou du catéchiste, les bancs des fidèles taillés dans le roc, et retenant jusqu'à ce jour leur disposition primitive ; rien n'y a été changé depuis le moment où la main d'un architecte inconnu leur donna leur première forme.
Après la paix de l'Eglise les catacombes devinrent de véritables lieux de dévotion ; les tombeaux des papes et des martyrs y attiraient en foule les pèlerins. Les jours de la
commémoration des martyrs célèbres , d innombrables lidèles y descendaient. Il devint nécessaire de rendre plus faciles les entrées et les sorties de ces lieux vénérés ; on dut agrandir les chapelles, on voulut les décorer plus richement. Le pape Damase se distingua entre tous dans ce pieux travail. Il posa de place en place des inscriptions, la plupart en vers, gravées toutes, chose remarquable, par le même artiste, et rappelant les triomphes des martyrs ou les travaux exécutés par le pontife dans leurs sanctuaires.
Aussi longtemps que les corps des martyrs restèrent déposés dans leurs tombeaux primitifs, la féte annuelle de chacun d'eux continua d'être célébrée en grande solennité dans les catacombes. Mais des jours mauvais arrivèrent. L'invasion des barbares pénétra jusqu'en ces sanctuaires souterrains. Les Lombards et tous les envahisseurs successifs de Rome les profanèrent et les pillèrent. Les reliques les plus précieuses durent être transportées dans l'enceinte de Rome et déposées dans les églises. Pendant une période de soixante à soixante-dix ans, à partir du milieu du viii*^ siècle, les papes se consacrèrent à ce pieux sauvetage.
Les catacombes, dépouillées ainsi de leurs plus beaux ornements, se virent naturellement négligées. Elles finirent par tomber dans l'oubli; leur trace se perdit peu à peu. En 1568, un moine augustin, Onuphrius Panvinius, publiant un livre sur a les cérémonies des enterrements chrétiens et les anciens cimetières » , dut emprunter les noms de ceux-ci aux actes des martyrs et aux documents écrits: les traditions locales étaient devenues muettes. Il dit expressément que trois cimetières seulement étaient encore accessibles : celui de Saint-Sébastien, celui de Saint-Laurent (ou du moins la galerie unique que l'on voit encore d'une fenêtre de la chapelle de Saint-Cyriaque, dans la basilique de Saint-Laurent), et celui de Saint- Valentin sur la voie Flamiiiienne, situé sous une propriété de l'ordre des Augustins.
Dix ans après, le hasard remit en lumière une autre catacombe, beaucoup plus intéressante que les portions de
médiocre étendue qu'avait pu voir Panvinius. On désira bientôt, dans l'intérêt de la religion comme dans celui de la science, apprendre quelque chose de plus sur de si vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. Mais cela n'était possible qu'au prix de beaucoup de travail et de beaucoup de temps. Il fallait retrouver, créer de nouveau une histoire perdue, en comparant, par un examen attentif et minutieux, les parties connues ou nouvellement découvertes des catacombes avec les témoignages des documents écrits. Nous avons montré, en esquissant l'histoire littéraire des catacombes, comment, pendant les deux derniers siècles, ce travail fut entrepris et poursuivi par différents auteurs avec des succès divers, et comment, de nos jours, M. de Rossi, attiré dès sa jeunesse vers cet immense et admirable sujet d'études, lui consacre depuis vingt ans les efforts d'un esprit merveilleusement doué et les ressources d'une érudition infatigable. Ayant de plus sous la main des appuis et des avantages qui avaient manqué à la plupart de ses devanciers, il a fait faire à l'archéologie chrétienne un pas immense, et a donné à l'étude des catacombes des règles précises, des principes absolus, qui la font sortir du cercle des connaissances conjecturales pour l'élever au rang d'une science proprement dite.
Le livre que nous publions n'a d'autre but que de mettre à la portée de tous les lecteurs le fruit des travaux de M. de Rossi. Marchant fidèlement sur ses traces, nous raconterons d'abord l'histoire des catacombes depuis leur origine; puis nous décrirons le cimetière de Calliste, qui en embrasse toutes les époques, et peut être considéré comme le type le plus complet du cimetière chrétien primitif; nous exposerons ensuite les lumières si nouvelles et, pour plusieurs, si inattendues, que les découvertes modernes ont jetées sur l'histoire de l'art et de la doctrine dans les premiers siècles de l'Eglise.
Avant d'entrer dans l'étude de ce triple sujet, il est nécessaire d'en bien établir le point de départ historique. Nous consacrerons deux chapitres préliminaires à étudier
rintroduction du christianisme à Rome, et à rechercher quelle fut, entre le temps de la prédication apostolique et celui de la paix de l'Eglise, la position légale et sociale des chrétiens.