‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 184 sur 247 · Agresti turbida cultu · texte numérisé non relu

Agresti turbida cultu

Nuda humeros ^ intonsa gênas, exscrta. lacenos. (V, v. 21, 22.)

2. De Bono Paticntiœ^ § 2, 3. « Exerti ac seminudi pectoris inverecunda jactantia. »

appelés infantes ou pueri; de même, près de la table où reposent les redoutables mystères, une femme est représentée non pour faire honneur à telle ou telle personne enterrée dans cette chambre, mais parce que, quand on voulait personnifier l'assemblée des fidèles, l'Eglise, on le faisait sous la figure d'une femme. Dans les épîtres de saint Paul et dans les écrits des plus anciens Pères, l'Eglise est appelée l'épouse du Christ, qui n'a ni taches ni rides. Elle partage, comme nous l'avons déjà vu, le privilège de Marie, étant comme elle une vierge pure et une mère féconde ; beaucoup de traits de l'une, selon la remarque de saint Ambroise, peuvent être appliqués à l'autre : une femme est devenue ainsi l'image naturelle de l'Eglise entière. A Rome, dans la mosaïque de l'église de Sainte-Sabine, œuvre du pape Célestin au commencement du v^ siècle, les deux Eglises, celle issue du judaïsme, celle formée des incirconcis, sont représentées par deux femmes debout, tenant à la main un livre ouvert. L'une, désignée par cette légende: ECCLESIA EX CIRCUMCISIONE a au-dessus d'elle saint Pierre, l'autre, dont l'origine est exprimée par les mots ECCLESIA EX GENTIBUS, est accompagnée de saint Paul : allusion à la vocation spéciale des deux apôtres, exprimée par ces mots de l'épître aux Galates : Creditiim est mihi Evangelium prœputii^ sicut Petro Evangelium circiimcisionis. Les mosaïques, conservatrices, si l'on peut ainsi parler, plutôt que créatrices, reproduisirent en général les types déjà consacrés par la peinture ; et il est probable que ces deux figures de l'Eglise furent empruntées par le mosaïste du v^ siècle à une tradition depuis longtemps établie dans l'art chrétien. Cette forme symbolique de l'Eglise ne fut jamais abandonnée; nous la retrouvons souvent au moyen âge, sculptée sur les portails des cathédrales gothiques; on peut voir, dans un manuscrit du xi*^ ou xii® siècle, conservé à la bibliothèque Barberini, et contenant les prières liturgiques pour la bénédiction du cierge pascal, l'image d'une orante. au-dessus de laquelle est écrit le mot ECCLESIA. Quelle que soit, du reste, la signification précise de la figure fémi-

nine représentée les bras étendus dans la fresque de notre ciibiciilum , qu'elle soit l'image d'une dame chrétienne, ou de TEglise, ou de la vierge Marie, cela est, au fond, peu important. L'attitude de Vorante. sa place auprès de l'autel, suffisent à appeler notre attention : elle nous rappelle ces mots de saint Cyprien : a Les prières les plus puissantes sont celles qui sont faites en présence des offrandes consacrées. »

Nous avons déjà parlé du sujet qui fait suite à celui-ci, les sept disciples assis ensemble devant le poisson et le pain (planche VII). Sa signification eucharistique nous paraît évidente, et nous jugeons ainsi, non-seulement d'après la disposition et la place de la peinture, mais d'après les témoignages formels des Pères de l'Eglise, et en particulier de saint Augustin. Un critique allemand refusait récemment de voir dans cette fresque autre chose qu'une représentation des agapes chrétiennes, ou une allusion au banquet mystique du paradis. Ces deux sujets sont quelquefois dessinés dans les catacombes : ils ne ressemblent en rien à la composition uniforme représentant le repas des sept disciples. On y voit toujours des femmes assises à côté des hommes : le nombre des convives n'est pas fixe, il varie selon les convenances de la composition et les caprices de l'artiste. Au contraire, dans toutes les images du repas préparé par Jésus sur les bords du lac de Tibériade, le nombre des convives est invariable, ils sont sept, et tous du sexe masculin. Dans le cubiculiim A - , ce sujet est peint sur la même muraille que l'image du Baptême, à laquelle il fait suite : visible indice du sens sacramentel que lui prêtaient les premiers chrétiens. Dans le cubiculum A^, nous avons déjà fait remarquer, comme le principal caractère des peintures qui le décorent, le parallélisme constamment établi entre la figure et la représentation littérale des mêmes mystères : ainsi, près de I homme qui tire de l'eau un poisson, symbole du Baptême, un autre homme est représenté versant de l'eau sur la tête d'un enfant; de même, sur la muraille voisine, près de l'image liturgique de la consécration de l'Eucharistie, est

peint le repas des sept disciples, c'est-à-dire, ici encore, l'allégorie à côté de la représentation réelle, la ligure du sacrement à côté du sacrement lui-même. Tout se réunit donc pour conserver à ce sujet sa signification eucharistique : les textes des Pères cités dans un précédent chapitre, et la place occupée par lui dans un ensemble de peintures oii tout a un sens, ou tout s'enchaîne.

Sur la muraille de gauche, les fresques dupêcheur et du Baptême sont accom.pagnées de l'image du paralytique, dont nous avons reconnu le sens baptismal. De même, sur la muraille faisant face à la porte, après les deux scènes que nous venons de décrire, et qui Tune et l'autre ont trait au mystère eucharistique, le sacritice d'Abraham est représenté (planche V, n^ i ), et complète l'ensemble décoratif inspiré par ce mystère ^ Isaac sacrifié par son père figure plus parfaitement encore le sacrifice de la messe que celui de la croix - : dans le sacrifice d'Abraham comme dans le sacrifice de la messe, il y a une victime, mais une victime non sanglante : si Abraham, comme le répète deux fois saint Paul, « offrit son fils unique, » cependant le sang d'Isaac ne fut pas versé : pareil à l'agneau dans la vision apocalyptique, il fut seulement a comme s'il avait été immolé)) ^tanquam occisum^. Le sacrifice d'Isaac est souvent sculpté sur les sarcophages chrétiens du iv^ et v*^ siècle, à côté d'autres histoires bibliques figurant le sacerdoce et le sacrifice de la nouvelle alliance. Ici il fait pendant à la peinture déjà décrite du prêtre consacrant sur l'autel, a remplissant l'office du Christ, dit saint Cyprien^, imitant ce que le Christ a fait, offrant un vrai et parfait sacrifice au nom de l'Eglise à Dieu le Père. ))

Il ne reste rien, nous l'avons dit, du principal sujet qui était peint sur la muraille de droite, faisant face aux repré-

I.. Une autre fresque représentant le même sujet a été vue par Bosio. — Roma sott.j p, 503.

2. Dans le canon de la messe il est nommé à côté du sacrifice d'Abel et de celui de Melchisedech.

Apoc, V, 6.

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