‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 54 sur 247 · Voir page · texte numérisé non relu

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2. Voir le plan de l'hypogée, Bullettino di archeologia cristiana y 1865, p. 35.

s'ouvre du côté opposé de l'ambulacre, quelques tombes encore fermées portent les noms des défunts écrits en noir sur de larges tuiles. C'est absolument le style des inscriptions que nous avons rencontrées dans la portion la plus ancienne du cimetière de Priscille. Les épitaphes des autres tombeaux de cette galerie ont également la simplicité et la brièveté de l'épigraphie primitive.

Fig. 9. — Vigne peinte sur une voûte du cimetière de Domitille. i*'' siècle.

A partir du vestibule^ la voûte du grand ambulacre est couverte dans toute sa longueur par une fresque d'un dessin exquis, représentant des branches de vigne au

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milieu desquelles se jouent des oiseaux et de petits génies. Les feuillages courent sur la voûte, se répandent sur les murailles avec la souplesse et la liberté de la nature, ne se laissant arrêter ni par les emplacements destinés aux tombeaux, ni par ces lignes et ces cadres géométriques qui, dans les fresques de l'âge postérieur, circonscrivent en un espace donné l'inspiration ou le caprice de l artiste. Çà et là on distingue encore quelques paysages dans le goût pompéien ; le paysage est un genre très-rare dans l'art des catacombes, et Ton n'en trouve un autre spécimen que

Fig. lo. — Daniel dans la fosse aux lions. ler siècle.

dans la chambre sépulcrale des saints Nérée et Achillée. Les murs de l'ambulacre sont ornés de peintures symboliques, première apparition des sujets qui devinrent si chers à l'art chrétien. A gauche, sur la paroi qui sépare deux des niches dont nous avons parlé, on distingue le groupe de Daniel dans la fosse aux lions. Malgré les

HISTOIRE DES CATACOMBES. loi

outrages du temps et des hommes, il est facile de reconnaître encore la belle ordonnance de cette peinture. Vêtu de la tunique, les mains élevées dans l'attitude de la prière, le prophète, debout sur un petit monticule, a la pose élégante et grandiose d'une statue antique : les lions qui rugissent à ses pieds sont pleins de vie. Dans un enfoncement de la muraille, on voit l'image d un pêcheur. Plus loin paraît une brebis paissant à côté d'un arbre. Au fond de l'ambulacre est peinte une représentation des agapes célestes, semblable, pour le style et la disposition générale, à ces repas funèbres que l'on voit sculptés sur les stèles grecques; mais le pain et le poisson posés sur un trépied reportent l'esprit à l'un des traits les plus expressifs du symbolisme chrétien. Les peintures qui décoraient la muraille de droite sont entièrement effacées. Les fresques de cet hypogée méritent d'être comparées à celles récemment découvertes de la villa de Livie ad gallinas albas. et aux peintures des plus élégants colombaires du siècle d'Auguste. Malheureusement leur beauté même leur a nui; des visiteurs indiscrets les ont presque détruites en essayant de les détacher de la muraille : procédé stupide, qui ruine à jamais des monuments d'un prix inestimable, et ne peut laisser, aux mains insensées qui le tentent, qu'une poignée de mortier, de stuc écrasé ou de tuf réduit en poudre.

Il est bien regrettable que le vestibule de l'hypogée soit en grande partie ruiné, et que l'inscription qui surmontait la porte ait péri. Cette inscription nous eût révélé sans doute le nom du Flavien chrétien pour lequel fut construit ce magnifique tombeau, et peut-être y aurionsnous lu celui du consul Flavius Clemens, mari d'une Domitille, dont les ossements furent plus tard, selon la tradition, transportés dans la basilique de Saint-Clément. Bien que demeuré anonyme, le monument qui vient d'être décrit n'en est pas moins une des plus belles et des plus importantes conquêtes de l'archéologie chrétienne. Il rend visible et palpable ce qui a été dit de la liberté et de la légalité

dont jouissaient les premières sépultures chrétiennes; il fait toucher du doigt le premier anneau de cette chaîne indissoluble de l'art chrétien que nous suivrons de siècle en siècle et de catacombe en catacombe jusqu'aux jours de la paix : il montre de quelle sécurité fut entouré son berceau, a Non-seulement, dit M. de Rossi, le sépulcre était visible, exposé à tous les yeux par le vestibule extérieur et par l'inscription mise sur la porte, mais les peintures mêmes représentant des sujets bibliques, comme Daniel dans la fosse aux lions, étaient placées près de l'entrée, au niveau du sol, éclairées par la lumière du jour^. »

Nous venons de parcourir les principales catacombes dont l'origine est reportée par la tradition aux temps apostoliques. Résumons en quelques mots les conclusions qui ressortent de cet examen.

Pour qui veut étudier sérieusement la Rome chrétienne, les récits des anciens pèlerins viennent, dans l'ordre des sources historiques , immédiatement après les actes des martyrs. Les Itinéraires du vii^ et du viii'' siècle, le Livre des Merveilles . le Livre des Indulgences , les relations de quelques voyageurs du moyen âge, en recueillant sur place les traditions locales non encore effacées et des souvenirs demeurés vivants, ont mérité de servir de guides à l'érudition moderne et de la diriger dans sa recherche des sanctuaires historiques, comme ils avaient autrefois guidé vers ces mêmes sanctuaires la foule des pieux visiteurs. Or tous ces documents s'accordent à désigner cinq ou six des cimetières de Rome comme ayant passé de tout temps pour dater de l'âge apostolique. Chacun des cimetières ainsi désignés présente en effet quelque particularité frappante, qui vient donner créance à la tradition dont il est l'objet. Et quand on rapproche les unes des autres les notes ainsi recueillies dans ces divers cimetières, on aperçoit que, réunies, elles concordent parfaitement entre elles, et se

I. Sur le cimetière de Domitille, voir le Bullettino di arch. crist.^ 1865, numéros de mars, mai, juin, décembre.

trouvent, par leur ensemble comme par leurs détails, en un rapport exact avec la date alléguée. Ainsi, les peintures qui décorent les cimetières que la tradition assigne à l'âge apostolique sont du plus pur style classique, à peine inférieures, comme exécution, aux meilleures œuvres de Fart païen de la même époque. Leurs murailles sont revêtues de très -beaux stucs, comme il ne s'en rencontre dans aucune catacombe chrétienne après le ii^ siècle. Eux seuls renferment des cryptes de vastes dimensions , non pas creusées, comme d'ordinaire, dans le roc nu, mais maçonnées avec soin , ornées d'élégants pilastres et de corniches en brique ou en terre cuite. Leurs galeries ne sont pas ces étroits couloirs percés d'innombrables tombeaux que l'on rencontre dans les catacombes du m® siècle, mais bien de spacieux ambulacres , dont les murailles , couvertes de peintures , ne contiennent qu'un petit nombre de niches, destinées à recevoir des sarcophages. Leurs inscriptions forment une famille à part, offrant un grand nombre de noms classiques, et ne présentant encore aucune des formules qu'adopta Tépigraphic chrétienne. Quelquesunes de ces inscriptions ont des dates certaines, et ces dates sont du premier et du second siècle. On ne peut admettre qu'une si exacte concordance entre les caractères et le style de chacun de ces cimetières et le caractère, le style distinctif de l'âge que leur assigne une tradition constante, recueillie et contrôlée par des écrivains appartenant eux-mêmes à diverses époques, soit un pur effet du hasard ou le résultat d'une opinion préconçue.

Bien loin qu'il ait existé, dans ce sens, un courant d'idées préconçues, les savants modernes refusaient, il y a peu d'années encore, toute créance aux traditions qui viennent d'être rappelées et toute foi aux anciens documents de qui nous les tenons. On refusait de croire qu'aucune catacombe chrétienne put prétendre à une antiquité aussi reculée que le premier ou le second siècle. On enseignait que les commencements de Rome souterraine furent petits et misérables, que les grandes et riches con-

structions, les parties vastes et ornées qu'elle renferme ne peuvent appartenir qu'à l'âge de paix. Les découvertes contemporaines ont renversé cette théorie. En présence des monuments qu'elles ont mis au jour, il est impossible de ne pas accepter les conclusions de M. de Rossi. Il suffit d'avoir quelque teinture de l'histoire de l'art, il suffit d'avoir à un degré quelconque le sens artistique, pour reconnaître que les fresques de quelques cryptes récemment découvertes sont plus anciennes, plus classiques, d'un meilleur temps que les peintures si intéressantes à d'autres égards , mais bien moins parfaites , des cimetières du iii^ siècle. L'architecture, le système de décoration de ces mêmes cryptes, sont également en rapport avec les usages funéraires des Romains des deux premiers siècles, et concorderaient beaucoup moins avec la situation de l'Eglise chrétienne au siècle suivant. Ces notions deviendront plus claires encore quand nous aurons exposé, dans le livre, l'histoire et les caractères des diverses périodes de l'art chrétien; l'analyse architectonique d'une partie du cimetière de Calliste, que nous emprunterons aux travaux de M. Michel de Rossi, achèvera de les mettre en lumière, en donnant au lecteur les moyens de distinguer chronologiquement les époques successives de la construction de Rome souterraine ^

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler d'un autre cimetière dont l'origine est encore inconnue, mais qui, s'il n'appartient pas à l'âge apostolique, était certainement en usage au ii^ siècle. On y retrouvera quelquesuns de ces traits caractéristiques que ne présentent plus les cimetières de l'âge suivant, et qui marquent d'une empreinte si originale les monuments contemporains des apôtres ou de leurs disciples immédiats.

Le cimetière dont nous voulons parler est celui de Prétextât sur la voie Appienne , presque en face de Saint- Calliste. Il a été récemment découvert. En 1848, une de

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