I. Voir livre V
ses cryptes étant, par hasard, devenue praticable, on y trouva, peinte au-dessus d'une tombe, l'image de saint Sixte avec cette légende : SVSTVS. On crut pouvoir donner au cimetière le nom de ce martyr. Une autre crypte fut mise au jour en 1850 : elle était décorée des peintures les plus anciennes et les plus classiques que Ton eût encore trouvées dans les catacombes (le vestibule et le grand ambulacre du cimetière de Domitille n'ont été explorés qu'en 1865). En 1852, M. de Rossi, dans un mémoire lu à l'Académie pontificale d'archéologie, affirma, en comparant la position de la nouvelle catacombe avec celle des autres cimetières de la voie Appienne et avec les données topographiques des anciens itinéraires, que les deux cryptes récemment découvertes devaient faire partie du cimetière connu autrefois sous le nom de Prétextât, dans lequel eut lieu la fameuse scène du martyre de saint Sixte, et ou furent enterrés saint Janvier, l'aîné des sept Hls de sainte Félicité, martyrisé le 10 juillet 162, saint Felicissimus et saint Agapit, diacres de saint Sixte, et beaucoup d'autres martyrs. En même temps il reconnaissait dans les ruines de deux édifices, l'un rond, l'autre rectangulaire, que l'on voit encore dans une vigne au-dessus du cimetière, les anciennes basiliques dédiées aux saints Tiburce, Valérien et Maxime, compagnons du martyre de sainte Cécile, et à saint Zénon. De nouvelles découvertes confirmèrent bientôt la vérité de ses affirmations. En 1857, les maçons qui travaillaient à réparer les ruines du cimetière de Calliste vinrent chercher des matériaux de l'autre côté de la voie Appienne, dans les souterrains contigus à la vigne dei pupa:i[p, voisins de l'église Saint-Urbain al!a Caffarella. Leur travail les conduisant assez avant dans ces souterrains, ils pénétrèrent, à travers les décombres, dans une large et belle- crypte. Prévenu aussitôt, M. de Rossi accourut, se glissa, en rampant, par l'ouverture à peine déblayée, et entra dans la crypte. A sa grande surprise il n'y vit pas à! arcosolium. Cependant on était certainement en présence d'un sanctuaire historique. En examinant de
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plus près, on reconnut que la crypte n'est pas creusée dans le tuf, mais, quoique souterraine, bâtie en solide maçonnerie. Sur trois côtés s'ouvrent des niches destinées à recevoir des sarcophages. Les murailles portent encore les traces d'un revêtement en marbre grec. La façade qui regarde Tintérieur du cimetière est construite en belles briques jaunes, et décorée de pilastres en briques rouges et de corniches en terre cuite, comme les tombeaux païens de la voie Appienne ou de la voie Latine. Ce mode de construction et de décoration est le signe incontestable d'une haute antiquité. La comparaison avec des édiiices païens d'une architecture analogue, par exemple avec les ruines nouvellement découvertes du logement des Vigiles de la septième cohorte, dans le Transtévére, nous permet de fixer la date de cet édifice sépulcral à la dernière moitié du second siècle. Les actes de saint Urbain nous expliquent pourquoi il fut bâti en briques, et non simplement taillé dans le roc. Il fut creusé par les soins et sous la maison d'une chrétienne, sainte Marménie, qui demeurait près du lieu où fut construit plus tard le cirque de Maxence. Pour assurer la solidité de la maison qui s'élevait au-dessus, il fut nécessaire de voûter la crypte, et de la maçonner comme une cave. A la vue de cette crypte, autrefois si célèbre, on comprend le sens précis de la phrase, j usque-là demeurée obscure, des actes qui la décrivent : u C'est une grande caverne carrée, très-solidement bâtie, » ingens antrum quadratum . et firmissimœ fabricœ. La voûte de la chapelle est peinte à fresque, et ses peintures rappellent les meilleures productions de l'art au ii^ siècle. Quatre guirlandes, Tune de roses, l'autre d'épis, la troisième de raisins et de feuilles de vigne, la dernière de feuilles de laurier, s'enroulent autour de la voûte; dans les trois premières des oiseaux voltigent, et l'on voit des nids d'où sortent de jeunes têtes emplumées. Peut-être ces guirlandes symbolisent-elles ici les diverses saisons de l'année; la dernière, l'hiver, celle où il n'y a plus de fleurs, plus de nids, celle où les oiseaux ne chantent plus, est représentée par le laurier, emblème de la victoire qui couronne la période suprême de la vie du chré-
tien, cette période à la fois dépouillée et pleine d'espérance. Au-dessous de ces guirlandes se déroule une longue fresque, moins bien conservée, qui représente des moissonneurs, la faucille à la main, coupant les blés épais. Enhn, plus basque tout cela, dans l'arc de la voûte, on reconnaît une scène champêtre dont le centre est occupé par la figure du bon pasteur portant une brebis sur ses épaules. Cette peinture est presque détruite; des chrétiens, dans leur désir ardent de reposer le plus près possible des martyrs, tirent percer la muraille, au milieu même de la fresque, pour y pratiquer des loculi.
Fig. 11. — Voûte d'un arcosolluiii d.ms le cimetière de Prétextât, ii» siècle.
QuandM. de Rossi examina de près ces loculi. il reconnut que, sur le bord de la niche qui coupe en deux l'image du bon pasteur, la chaux qui cimentait la fermeture conservait en grande partie les lettres qu'on y avait tracées en scellant le tombeau. Les lettres encore visibles formaient cette
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légende inattendue : ... mi refrigeri Janiiarius. oAgatopus, Felicissim... oMartyres... a Que Janvier, Agatopus, Felicissimus, martyrs, rafraîchissent l'âme de...^ » Ces mots, cette prière d'un parent en deuil pour une âme regrettée et chérie, avaient été gravés dans la chaux fraîche il y a quinze siècles ; aujourd'hui ils viennent révéler à un antiquaire du xix^ siècle un secret longtemps cherché : l'emplacement de la tombe des trois martyrs auxquels ils sont adressés. De nombreux exemples d'invocations analogues, découvertes dans d'autres cimetières, tout près des reliques des martyrs célèbres, lirent penser â M. de Rossi que le tombeau des trois saints qui avaient autrefois rendu illustre le cimetière de Prétextât ne devait pas être éloigné. Deux ans plus tard, cette belle conjecture reçut une première confirmation. La commission d'archéologie sacrée ayant fait de ce cimetière l'objet de ses études, on découvrit, en déblayant le sol de la crypte, trois ou quatre fragments de marbre sur lesquels se lisaient quelques lettres d'écriture damasienne, d'une grandeur inaccoutumée. D'autres fragments furent décou-
I. Le verbe Refrigerare était employé dans les invocations pour les fidèles trépassés. Dans ce cimetière même de Prétextât, M. de Rossi a vu, en iS^i, un tombeau où l'on avait écrit sur le mortier encore humide : Deus Chrlstus omnipotens refrigeret spiritum tuum. Sur une pierre du cimetière de Saint-Hippolyte, Bosio avait lu ces mots : Refrigeri tihi Domnus Ipolitiis. L'inscription de la crypte de saint Janvier peut être considérée comme ayant une double valeur dogmatique : elle indique chez celui qui l'a tracée la croyance au purgatoire et la foi dans l'intercession des saints. Sa valeur est d'autant plus grande, à ce point de vue, que, en la comparant à des inscriptions chrétiennes connues et datées, on peut affirmer, d'après des indices certains, qu'elle est, ainsi que celle trouvée par Bosio dans le cimetière de Saint-Hippolyte, antérieure à la paix de l'Eglise. En enterrant leurs morts dans les voisinages des tombeaux des martyrs^. les premiers chrétiens faisaient encore un acte de foi dans la vertu des reliques. Saint-Ambroise l'explique dans les vers suivants, consacrés à son frère Satyre enterré à la gauche du martyr Victor :
Uranio Satyro supremum frater honorem
Martyris ad laevam detulit Ambrosius; Hase meriti merces, ut sacri sanguinis liumor
Finitimas penetrans abluat exuvias.
verts plus tard, appartenant certainement à la même inscription, et l'on put enfin la recomposer ainsi ^ :
Les fouilles entreprises par la commission révélèrent, du côté opposé de la galerie, l'existence d'une autre cryjUe encore plus ancienne que celle de saint Janvier. Saint Janvier ayant été martyrisé en 162, M. de Rossi ne craint pas de désigner la seconde crypte comme la place certaine du tombeau de saint Quirinus, martyrisé en 130. Les anciens itinéraires mentionnent, dans le cimetière de Prétextât, deux autres cryptes historiques, celle des saints Felicissimus et Agapitus, que nous avons vus invoqués dans le cubiculum de saint Janvier, et celle d'un évêque nommé Urbain, dont l'histoire, mêlée peut-être à celle de sainte Cécile, a été Tobjet de discussions qui sont loin d'être épuisées. Le manque de fonds n'avait pas permis jusqu'à ce jour de les rechercher. Une souscription, provoquée en Angleterre, en 1870, parmi les amis des antiquités chrétiennes, a fourni à la commission
I. La gravure ci-jointe est empruntée au BulUttino di urch. crist.^ 1863, p. 17. Toutes les lettres figurées en blanc y étaient restituées par conjecture seulement, et les fragments alors retrouvés se voient figurés par les lettres noires. Depuis , la totalité de l'inscription a été retrouvée, et la découverte des nouveaux fragments justifie de tout point la restitution proposée dès 1863 par M, de Rossi. Nous n'avons pas eu le temps de faire faire une autre gravure, plus en rapport avec l'état présent de l'inscription : il suffit de lire comme si tout était écrit en lettres noires.
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d'archéologie le moyen de reprendre les fouilles interrompues. Les excavations furent recommencées, au mois d'avril, dans le voisinage de la crypte de saint Janvier, près de laquelle doit se trouver celle des saints Felicissimus et Agapitus. Un grand arcosoliiim a été découvert. Il avait été autrefois revêtu de plaques de marbre, dont on a retrouvé de nombreux fragments, et dont le mortier porte encore l'empreinte. Il était flanqué de deux colonnes qui ont été retrouvées avec leurs bases et leurs chapiteaux. Vis-à-vis la tombe s'ouvre une abside semi-circulaire, très-vaste, et d'une forme encore sans exemple dans les catacombes : elle servait évidemment à contenir la foule des visiteurs venus dans ce sanctuaire vénérer les reliques d'un martyr et assister à la célébration des saints mystères. Il est certain, en effet, que l'on vient de retrouver une des deux cryptes historiques non encore découvertes jusque-là dans le cimetière de Prétextât. Laquelle.^ on le saura bientôt sans doute, car M. de Rossi a trouvé, le 2 1 avril 1870, dans le cubiculum nouvellement fouillé, un petit fragment d'une inscription damasienne. Il ne contient que deux lettres, mais il est probable que la suite des travaux fera découvrir de nouveaux fragments, et permettra de lire le nom du saint auquel la crypte était dédiée ^ Voilà donc une belle découverte ou plutôt le commencement d'une série de découvertes, dont l'initiative individuelle aura fait tous les frais. Pourquoi quelqu'un ne prendrait-il pas en France une initiative pareille } pourquoi, dans tous les pays civilisés, les amis de la science ne rechercheraient-ils pas le moyen de donner une vie plus active aux découvertes romaines, forcément languissantes } Au point où est parvenue la science de l'archéologie chrétienne, on connaît l'emplacement des principales catacombes, on sait quel coin du sol romain il faudrait frapper de la pioche pour en faire jaillir des trésors de connaissances nouvelles : d'immenses découvertes sont pressenties, la science est fondée, les savants
I. Lettre de M. de Rossi à M. Northcote, 23 avril 1870, et Bidlectino di arcli. crise. ^ 1870, p. 42-48.
sont prêts : seul, l'argent manque. Ne rougissons pas de demander l'aumône au nom de la religion, de l'archéologie et de Tart^
L'opinion commune fait remonter au ii^ siècle le cimetière de Saint-Alexandre sur la voie Nomentane. Le Liber pontificalis rapporte que saint Alexandre, évéque de Rome, fut décapité pour la foi, en 132, sur cette voie même, et enterré au lieu de son martyre. L'endroit désigné par le livre pontifical est le septième mille de Rome. A cette distance de la ville fut découvert, il y a douze ou quatorze ans, un ancien cimetière chrétien et, dans ses ruines, un fragment d'une inscription en l'honneur de saint Alexandre, très-probablement le pape et martyr de ce nom. Cette inscription avait été placée, à une époque très-reculée, dans une basilique élevée au-dessus du tombeau du martyr, et récemment restaurée. Dans les étroites galeries souterraines qui entourent la basilique, beaucoup de loculi sont encore fermés, et conservent, derrière le marbre, la brique ou la tuile qui les bouchent, les corps qui y furent originairement déposés. Mais les galeries ne sont pas la plus ancienne partie du cimetière ; celle-ci a subi de telles altérations, qu'il est aujourd'hui très -difficile de la reconnaître. Le cimetière de Saint-Alexandre, à la distance où il est placé, sort, du reste, de la zone des cimetières romains, et par conséquent du cadre de notre étude. Les anciens documents qui nous ont si sûrement guidés indiquent encore deux ou trois cimetières appartenant aux confins de l'âge apostolique, celui, entre autres, des saints Processus et Martinien, sur la voie Aurélia; mais leur emplacement n'a pu jusqu'à ce jour être déterminé avec certitude.
I. Ces lignes étaient écrites avant l'annexion de Rome au royaume d'Italie. « Cette année, nous apprend M. de Rossi, la saison des fouilles s'est terminée sans que la commission d'archéologie sacrée ait pu entreprendre ses travaux accoutumés. Malgré les ressources fournies par la libéralité des souscripteurs anglais, les belles découvertes du cimetière de Prétextât n'ont pu être continuées, par suite d'obstacles matériels aujourd'hui insurmontables. » Bullettino di arch.crist., 1871, p. 30