‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 83 sur 247 · I. 0pp. S. Gregorii, t. II, Ep · texte numérisé non relu

I. 0pp. S. Gregorii, t. II, Ep

les corps des apôtres ne furent rendus à leurs anciennes sépultures qu'après un an et sept mois. Quelques auteurs placent dans la première moitié du iii^ siècle une nouvelle translation des reliques de saint Pierre. Rien ne prouve que celles de saint Paul aient été éloignées une seconde fois de la voie d'Ostie. Les deux Itinéraires cités plus haut ne disent pas sur quelle autorité ils se fondent pour affirmer que les corps des apôtres restèrent déposés dans la basilique de Saint-Sébastien pendant une période de quarante ans. Une seule chose est certaine, ils y furent déposés, et sans doute l'édilice antique dont nous avons décrit les restes abrita plus tard l'emplacement de leur tombe provisoire; mais combien d'années y demeurèrent-ils Sur ce point les traditions sont muettes ou contradictoires.

Le tombeau de saint Cyrinus, et celui où reposèrent pendant plusieurs années les reliques de saint Pierre et de saint Paul, voilà tout ce que les anciens Itinéraires jugeaient digne de mention dans la basilique et le cimetière de Saint- Sébastien. Et cependant on lit, dans ce cimetière, des inscriptions désignant à l'attention et à la piété du visiteur bien d'autres monuments, bien d'autres souvenirs. Une plaque de marbre qu'y lit placer, en 1409, Guillaume, archevêque de Bourges, invite les pèlerins à vénérer la tombe de sainte Cécile. D'autres inscriptions, contemporaines de celle-ci, ou plus récentes, leur apprennent que dans cette catacombe reposent près de cinquante papes et plusieurs milliers de martyrs. Quelle est la valeur de ces indications ? Elles sont, à un double titre, en désaccord avec les relations des témoins qui virent encore, à leur place primitive, les reliques des martyrs enterrés sur la voie Appienne ; elles attribuent au cimetière de Saint- Sébastien des tombes que les pèlerins du vu'' et du viii** siècle n'y ont pas vues, et qu'ils ont vues en d'autres cimetières de la même voie. Il suffit de jeter les yeux sur les deux Itinéraires que nous avons cités au commencement de ce chapitre pour se rendre compte de l'évidente confusion contenue dans les inscriptions de Saint-Sébastien. Composées pour la plupart vers le xv^ siècle,

elles appartiennent à une époque où, tous les autres cimetières souterrains étant perdus, celui de Sainf-Sébastien était seul demeuré ouvert. On a déjà vu comment toutes les traditions des catacombes romaines se concentrèrent, au moyen âge, dans le cimetière de Saint-Sébastien. La pieuse imagination des pèlerins de cette époque y plaçait, instinctivement, les tombes de tous les martyrs delà voie Appienne. Il est facile de comprendre qu'un archevêque, se faisant récho de la vénération populaire, ait inscrit les noms des principaux d'entre eux sur une plaque commémorative de sa visite dans la catacombe. Mais ce témoignage de piété est aujourd'hui dépouillé de toute valeur historique ; la seule lecture des anciens documents suffit à en montrer l'erreur, et les découvertes des vingt dernières années coniirment de tout point le témoignage si clair et si explicite des vieux pèlerins, en achevant de détruire la confusion établie au moyen âge entre le cimetière de Saint-Sébastien et celui de Calliste.

En 1849, Rossi trouva, dans une vigne de la

voie Appienne, beaucoup plus rapprochée de Rome que n'est Saint-Sébastien, un large morceau de marbre sur lequel on distinguait encore la partie supérieure de la lettre R, suivie des lettres entières :...N ELI VS MARTYR.

Il pensa de suite que ce fragment devait être une partie de la pierre tombale de saint Corneille, pape vers le milieu du m' siècle. A la demande de M. de Rossi, le pape Pie IX acheta cette vigne et la vigne adjacente. Des fouilles y

furent immédiatement commencées. En 1852 , elles firent découvrir, dans une chambre du cimetière souterrain qui s'étend sous ces vignes, l'autre moitié de la plaque de marbre trouvée trois ans auparavant. On la ramassa au pied d'un tombeau, auquel elle avait, évidemment, servi primitivement de fermeture. Elle contenait la partie inférieure de la lettre R, précédée des lettres C O, et, au-dessous, les deux lettres E P.

L'évidence venait mettre le sceau à Theureuse conjecture de M. de Rossi. Cette découverte en amena bientôt plusieurs autres non moins importantes. En étudiant les anciens documents, M. de Rossi s'était convaincu que la tombe de saint Corneille, sans faire partie du cimetière proprement dit de Saint-Calliste, en était très-rapprochée, et que ce cimetière contenait une chapelle plus célèbre que toutes les autres, dans laquelle avaient reposé beaucoup de papes du 11 siècle, et près de laquelle était situé le tombeau de sainte Cécile. Des fouilles furent dirigées d'après ces indications. D'abord infructueuses, elles rirent enfin découvrir un fragment de marbre, sur lequel on voyait la lettre H trois fois répétée, et paraissant former le commencement de trois lignes différentes ^ L'œil exercé de l'archéologue romain reconnut immédiatement le beau caractère damasien ; il en tira cette conséquence, « aussi certaine qu'un texte de l'Ecriture sainte », que là était la crypte papale, dans laquelle Damase avait placé une de ses plus célèbres inscriptions. La suite des fouilles mit en lumière cent vingt autres fragments de la même inscription. Rapprochés les uns des autres, et ajustés en un tout, on peut les lire aujourd'hui à la même place où nos pères les ont lus pour la première fois il y a quinze siècles : les quelques fragments qui manquent encore ont été remplacés par des lettres d'une couleur différente. L'occasion se présentera pour nous d'examiner de plus près et en détail cette inscription. Nous

I. Voir, à la fin du volume, la planche XI. Ce fragment contient la première lettre des vers 4, 5, 6.

la citons, en ce moment, comme une preuve certaine de la découverte du véritable cimetière de Calliste. Les inscriptions de la catacombe de Saint-Sébastien confondaient, avec tout le moyen âge, le premier et le troisième des quatre groupés de sépultures distingués avec tant de soin par les anciens Itinéraires. Aujourd'hui nous sommes en- état de rétablir la distinction et de désigner avec certitude l'emplacement des quatre cimetières de la voie Appienne.

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