‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 84 sur 247 · DISTINCTION DE SES DIFFERENTES PARTIES · texte numérisé non relu

DISTINCTION DE SES DIFFERENTES PARTIES

Sommaire. — Le cimetière de Calliste composé de plusieurs areœ distinctes. — Anciens plans des cimetières. — Leurs défauts. — Importante découverte de M. Michel de Rossi. — Sa méthode, son plan du cimetière de Calliste. — I. Crypte de sainte Lucine. — A l'origine propriété de la gens Csecilia. — Sainte Lucine probablement la même personne que la Pomponia Graicina de Tacite. — Signes caractéristiques de cette area. — II. Cimetière de Saint-Calliste proprement dit, commencé avant l'an 200. — Première et seconde arece. — Troisième area, donnée vers Tan 300 par la lille du consul ^milianus. — III. Cimetière de Sainte-Soteris, réuni au cimetière de Calliste. — IV. Cimetière de Sainte-Balbina.

Si l'on suit la voie Appienne, en se dirigeant vers Albano, on rencontre, du même côté que Saint-Sébastien^, mais environ un quart de mille plus près de Rome, une grande porte au-dessus de laquelle est écrit Cœmeterium Callisti. Cette porte donne entrée dans la vigne qui recouvre le célèbre cimetière. Laissons à celui-ci le nom de Calliste, alin d'embrasser ses différentes parties dans une dénomination générale. Le cimetière construit par Calliste est le centre et la portion la plus importante de l'immense nécropole qui s'étend sous terre entre la voie Appienne et la voie Ardéatine. En réalité, elle est composée de plusieurs groupes d'excavations parfaitement séparés, ayant chacun son histoire, et dont il est facile de retrouver encore aujourd'hui les limites respectives, quoiqu'ils aient

rini par être mis en communication les uns avec les autres, et par former un seul tout. Ce qui les distingue, ce ne sont pas seulement les tombes historiques, les différences architecturales et épigraphiques de chacun d'eux : on les reconnaît à la direction de leurs principales galeries, imposée aux fossores par les limites et les formes géométriques des diverses areœ, et par la situation des voies et des édifices sous lesquels ou près desquels elles s'étendaient.

On doit à M. de Rossi les moyens de distinguer avec certitude les différentes parties dont la réunion successive a fini par former une seule catacombe. C'est là une branche toute nouvelle de la science de Rome souterraine. Les écrivains qui, les premiers, ont décrit les catacombes pouvaient dif^cilement se former une idée claire de la manière dont chaque cimetière a été construit. Ils manquaient du plus indispensable des documents, un plan bien fait. Bosio n'eut pas le temps de préparer cette partie de son ouvrage. Des six cartes que le cardinal Barberini ht ajouter au livre de l'illustre archéologue , aucune n'est vraiment complète. Elles ont plutôt pour objet d'indiquer la place des principaux monuments que de retracer avec précision le plan intérieur des cimetières. Les quatre plans de l'édition latine d'Aringhi sont relatifs à de très-petites portions de catacombes ; le seul qui ait d'assez grandes dimensions est singulièrement inexact. Le plan dressé par d'Agincourt est trop peu étendu pour être de quelque utilité. Le P. Marchi a publié une très -bonne carte de ce qu'il estimait être à peu près le huitième du cimetière de Sainte-Agnès, i La seule partie achevée de son ouvrage est relative à l'architecture des cimetières chrétiens. Son but n'est pas d'en démêler les diverses époques , mais seulement d'en faire connaître les formes et les exemples les plus importants. Pour lui, les catacombes sont un monument de l'antiquité primitive, dont il ne cherche pas à distinguer les nuances chronologiques. Réduite à une petite portion du cimetière de la voie Nomentane, sa sphère d'observation était trop restreinte pour lui permettre de tirer des conclusions géné-

raies des dilférenccs existant entre les diverses parties d'une même catacombe, rapprochées les unes des autres et comparées entre elles. Aujourd'hui , non-seulement le champ des comparaisons a été immensément étendu, mais encore une ingénieuse invention a donné les moyens de tracer avec facilité et certitude le plan détaillé d'un cimetière souterrain. « Appelant la mécanique au secours de l'archéologie, )) M. Michel de Rossi, le frère de Fauteur de Roma sotterranea et le lidèle compagnon de ses travaux, imagina un instrument qui permet de tracer rapidement, avec une précision mathématique, le dessin, les mesures, et même les différents niveaux des galeries souterraines. Cet instrument, récompensé à l'exposition universelle de 1862,

1 a produit une vraie révolution dans la science. Grâce à lui, nous pouvons espérer avoir un jour un plan des rues de Rome souterraine aussi complet et aussi exact que celui de n'importe quelle ville moderne. La seule partie qui en ait été publiée, la carte de Saint-Calliste% rend en quelque

I sorte visible l'histoire de cette catacombe. La carte ouverte devant nous, nous pouvons suivre du doigt les lignes principales, les phases diverses de la formation du cimetière; nous voyons naître et croître sous nos yeux les divers hypo-

\ gées qui le composent. Nous distinguons, à la différence des teintes, les limites géométriques de plusieurs areœ. indé-

1 pendantes les unes des autres à l'origine, et plus tard

' unies par des galeries plus ou moins régulières. Nous voyons les galeries primitives suivant la forme et respectant

I les bornes des areœ avec une précision mathématique.

I Nous en voyons d'autres qui, après avoir suivi pendant une distance considérable une même direction, se détournent brusquement, se jettent dans la galerie voisine, ou

I même s'arrêtent court. Un regard jeté sur le plan donne la raison de ces bizarreries : il nous montre, à la surface du

i sol, les ruines de quelque édifice, ou même quelque édifice

I r . Le lecteur peut consulter à la fin du volume une réduction de cette l carte, ou atlas, exécutée à Rome sous la direction de M. Michel de Rossi

encore debout, dont les architectes de la catacombe n'ont pas voulu ininer les fondements. Parfois aussi une galerie creusée en ligne droite est obligée de s'arrêter devant une autre galerie ou une chambre coupant le tuf parallèlement à sa direction, ou même devant quelque hypogée païen rencontré à Timproviste. Dans le livre V, nous présenterons aux lecteurs l'analyse, aussi minutieuse que possible, d'un des plus remarquables groupes de galeries du cimetière de Calliste ; ils pourront apprécier par eux-mêmes la précision delà méthode et des plans de M. Michel de Rossi. Bornons-nous, quant à présent, à énumérer les différentes areœ de la catacombe, et les caractères généraux qui distinguent chacune d'elles.

La plus ancienne area comprise dans la catacombe que nous étudions est celle qu'on appelait autrefois a la crypte de Lucine, pj^ès le cimetière de Calliste ». Les limites primitives de cette area peuvent être déterminées avec une exactitude absolue, car elle est bornée de chaque côté par un petit hypogée païen (atlas, C /z 4, D /z 5). Comme la tombe des Scipions, comme celle de Cscilia Metella et d'autres monuments célèbres de la voie Appienne, elle occupait une largeur de cent pieds romains sur une longueur de deux cent trente. De ces deux cent trente pieds, les cinquante premiers paraissent avoir été primitivement laissés libres , formant ainsi Varea proprement dite , de cent pieds de large sur cinquante de long, au centre de laquelle s'élevait le monument ( D /2 4 ), dont les vastes ruines dominent la voie Appienne ^ Derrière cette area s'en étend une autre en i dépendant {area adjecta monumento) . et c'est sous cette dernière que furent faites les premières excavations chrétiennes. Les excavations postérieures envahirent Varea réservée, et passèrent même sous un angle du monument.

I. Il n'est pas impossible que le monument lui-même ait été le mausolée d'un chrétien [Roma sotterranea^ t. II, p. 367). M. de Rossi cite a ce propos Tertullien, écrivant dans son traité de Resnrrectione carnis : Corpora medicata condimentis sepulturje mausoleis et monumenùs sequestrantur, processura inde quum jusserit Dominus.

Cet hypogée appartenait à des membres ou à des alliés de la gens Cascilia. Nous savons par Cicéron^ que cette noble famille possédait des terrains funéraires sur la voie Appienne; et, au commencement de ce siècle, on a découvert, à peu de distance de notre area ^ au-dessus même du cimetière de Calliste, des colombaires et des tombeaux païens ■ appartenant à des Cagcilii. La présence de plusieurs épitaphes de Cscilii et de Cc-eciliani dans l'hypogée plus tard réuni au cimetière de Calliste , et connu sous le nom de crypte de Lucine, ne saurait être l'effet du hasard. Les désignations officielles ajoutées à leurs noms, vir clarissimus ^ clarissimafemîna^ clarissima piiella^ honestafemina. prouvent que ces C^ecilii et C^eciliani n'étaient pas des affranchis ayant pris, selon l'usage, le gentilitium de leur patron, mais de vrais membres de la famille. D'autres noms illustres

' se lisent dans la crypte de Lucine. On y a trouvé des fragments de sarcophages ayant contenu les corps de plusieurs

Il descendants des Antonins, parents d'Annia Faustina, petite-

' fille de Marc-Aurèle, femme de Pomponius Bassus, puis d'Héliogabale. Les Annii, les Pomponii, les Attici, les Bassi paraissent avoir été alliés entre eux et alliés aux C^ecilii , parents eux-mêmes, comme on le verra plus tard, des Cornelii. Les Pomponii Bassi héritèrent probablement des biens de T. Pomponius Atticus, Tami de Cicéron, et habitaient, vers la fin du i^'" siècle, en sa maison, sur le Quirinal - ; or Pomponius Atticus était entré, par adoption, dans la famille de son oncle Q. Caecilius. Les liens établis entre toutes ces familles expliquent le mélange de noms qui se rencontre sur les inscriptions du cimetière aristocratique de Lucine : plusieurs Cascilius Faustus , un Faustinus Atticus , une

À Annia Faustina, une Attica C^eciliana , un Atticianus, une Pompeia Octavia Attica, etc. Des Pomponii Bassi, païens,

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