Letronne, Inscr. de l'Egypte, t. II, p
3. Sur ce pèlerin, voir BuUettino di arch. cnst.. 1865, p. 82.
CIMETIÈRE DE CALLISTE. ryy
le même souhait, mais en lui donnant une forme plus religieuse : Sofronia (vivas) in Domino^ u Sophronie, puissestu vivre dans le Seigneur ! » Plus loin encore, près de Varcosolium d'une autre chapelle (V, C / 2). la dernière que visitaient en ce temps-là les pèlerins, il trace en caractères plus larges, plus réguliers, en grandes lettres monumentales, cette tendre affirmation : Sofronia dulcis. semper VIVES Deo^ (( ma douce Sophronie, tu vivras toujours en Dieu )) : et, immédiatement au-dessous, il répète encore, comme ne pouvant se détacher de cette pensée : Sofronia^ VIVES, (( oui, Sophronie, tu vivras. » Touchante histoire, retrouvée sur ces murailles, des sentiments qui se sont succédé dans râme de ce pèlerin, à son insu peut-être, pendant qu'il visitait l'un après l'autre les tombeaux des martyrs : d'abord le désir, l'amour, un souvenir fidèle, une tendre espérance, et bientôt, sous la pieuse impression des lieux saints, cette espérance se changeant en une douce conliance, se transformant en une certitude, s'affirmant en un cri de triomphe de l'amour illuminé par la foi.
De chaque côté de la porte de la principale chapelle on lit, mêlées aux noms des pèlerins et aux acclamations, de courtes prières adressées aux saints et aux martyrs. Quelquefois un pèlerin invoque tous les martyrs ensemble, et leur demande de se souvenir d'un frère, d'un ami. D'autres fois cette prière est adressée à un martyr en particulier, souvent à saint Sixte, un des saints enterrés dans la chapelle, et celui dont l'histoire s'y lisait gravée sur le marbre. Voici quelques-unes de ces invocations : Marcianum Successiim Severum Spirita ^ Sancta in mente havete. et omnes fratres nostros. Petite Spirita Sancta ut Verecnndiis cum suis bene naviget^. Otia petite et pro parente et pro fratri -
1. Dans les épitaphes du ni«= siècle, le neutre spiritiim au lieu de spiritus est souvent employé pour désigner l'âme. — Inscript, christ. ^ I, Prolégomènes^ p. CXII.
2. Optet sibi lit hene naviget esf un des graffites de Pompéi publiés par le P. Garrucci. — • Graffiti de Pompéi^ 2« édit., p. 81.
bus ejiis ; vibant cum bono. Sancte Suste in mente habeas in orationes Aureliu Repentinu. AIONYISIN EI2MNIAN EXETAI (pour eXETE) : a Saintes âmes, souvenez-vous de Marcianus Successus Severus et de tous nos frères. Saintes âmes, demandez que Verecundus et ses amis aient une heureuse navigation. Demandez le repos pour mon père et ses frères; puissent-ils vivre heureusement (ou peut-être, littéralement, « vivre avec celui qui est bon »). Saint Sixte, rappelezvous dans vos prières Aurelius Repentinus. Souvenez-vous de Dionysius. »
Ces courtes prières, simples et chaleureuses, portent avec elles comme un parfum des premiers âges. Rien ne ressemble moins aux épitaphes â la fois sèches et verbeuses du iv*" et du v® siècle. Une de ces acclamations fait penser au vers d'Horace : Otium Divos rogat in patenti prensus yEgeoK L'expression in mente habere a la même saveur d'antiquité. On la rencontre dans un graffite de Pompéi, sur deux épitaphes chrétiennes du iii'^ et du iv'' siècle, et saint Cyprien l'emploie dans une de ses lettres. « Souvenezvous, dit-il, de nos frères et sœurs dans vos prières, » fratres nostros ac sorores in mente habeatis in orationibus vestris. Les pèlerins de Saint-Calliste adressaient aux saints du ciel la même prière que saint Cyprien â ceux de la terre, et peut-être à la même époque, ou peu de temps après. Une circonstance, en eifet, lixe la date approximative de ces grafîites : l'un d'eux, probablement le plus ancien de tous, puisqu'il fut tracé sur le plâtre encore frais, fait allusion à la translation des reliques du pape Pontien, qui eut lieu par les soins de Fabien vers 245 : EN OEQ META HANTON ( STTtG'/oTTwv ) nONTIANE ZIICHC. Les plus anciens de ces grafîites se placent donc entre 245 et 370, année où saint Damase ht à la porte de la chapelle des travaux considérables, qui mutilèrent, effacèrent, coupèrent par moitié plusieurs des phrases que les premiers pèlerins avaient écrites.