I. Od., II, xvr, V
On lit à gauche de la porte une inscription d'un genre un peu différent, assez difficile à déchiffrer . c'est une acclamation, un salut, une invocation, non plus à un saint, mais à la cliapelle elle-même, écrite par un pèlerin avant d'en franchir le seuil : Gerusale civitas et ornamentum martyrum Domini . cujus. . . : la phrase n'a pas été achevée. Ce qui en reste suffit à faire entendre de quel enthousiasme se remplissait le cœur des pèlerins dès qu'ils approchaient de ce sanctuaire. L'idée exprimée ici est évidemment celle qui se rencontre fréquemment dans les livres saints et dans la littérature ecclésiastique^ : l'Eglise triomphante comparée à la cité sainte, et célébrée comme une nouvelle Jérusalem. Le sanctuaire dont le pèlerin touchait le seuil, et devant lequel il s'arrêtait pour écrire d'une main frémissante une invocation que sa pieuse ardeur ne lui permit pas d'achever, était pour lui cette nouvelle Jérusalem, parée des reliques des martyrs et renfermant dans ses murailles les semences de la vie future.
La lecture de tous ces graffites , noms, acclamations, prières, suffirait seule à nous avertir que nous sommes devant un des plus célèbres sanctuaires de l'Eglise primitive. En franchissant la porte des deux côtés de laquelle ils sont tracés, on se trouve, en effet, dans la chapelle consacrée à la sépulture des papes du m'' siècle. La première impression du visiteur moderne sera sans doute différente de celle que ressentaient les anciens pèlerins : il s'arrêtera un instant désappointé. Il croyait entrer dans une crypte du 111'' ou du W siècle, et il se trouve dans une chambre dont presque toute la maçonnerie est moderne. Cette chambre est longue de 3 mètres 50 centimètres et large de 4 mètres 50 centimètres. Quand elle fut découverte en 1854, elle était complètement ruinée. On y pénétrait par le luminaire, qui avait servi à jeter dans la crypte abandonnée des
I. Psalm. cxxi; Jpoc.^ XXI, a; Tertullian., de Spectac^ c. 30. Le même auteur parle du monde comme exprcssus in ornamentum majestatis Dei.
pierres tombales*, des briques, des débris de toute sorte. Elle en était remplie jusqu'au faîte. Quand on l'eut vidée, la voûte, longtemps soutenue par cet amas de décombres, s'écroula d'elle-même faute de support. Pour prévenir une ruine complète , il fallut construire de nouvelles murailles et consolider la chambre entière. De là cette apparence moderne qui refroidit un instant le visiteur. Les restaurations nécessaires ont cependant été faites avec le plus grand soin et une extrême discrétion. On a réussi à conserver de nombreux vestiges de la construction primitive et des décorations qui, à diverses époques, y avaient été ajoutées. Plusieurs fois, en effet, l'ornementation de la chapelle des papes fut renouvelée. On en peut juger par les trois enduits successifs dont on voit encore les restes dans Tare de la porte, l'un orné de grossières arabesques du vii^ou viii^ siècle, celui de dessous, presque entier visible après la chute d'une grande partie du premier, portant le monogramme du Christ, œuvre contemporaine de Sixte III ou de Damase, et enlin un troisième, encore apparent en diverses places sous celui-ci, décoré de larges bandes rouges. Les murailles de la chambre avaient été, à l'origine, revêtues d'un stuc fin et blanc, orné de peintures, dont on voit encore dans un angle quelques vestiges. Ce premier revêtement fut, au v® siècle, recouvert de larges plaques de marbre : quelques morceaux en sont demeurés adhérents aux murs , et de nombreux débris de marbres ont été trouvés gisants sur le sol de la crypte, pêle-mêle avec quelques fragments de sculptures, des chapiteaux, les restes d'une balustrade, deux colonnes brisées. La base d'une de ces colonnes est encore debout à sa place primitive, sur un beau piédestal de marbre africain. Ces débris appartiennent probablement, comme le revêtement de marbre, aux travaux que fit exécuter dans la crypte le pape Sixte III : Platoniam fecit in cœmeterio Callisti. dit de lui le Liber pontificalis.
Au fond de la chapelle, du côté opposé à la porte