Acta Sonet, octohr.^ t. IX, p
aa HISTOIRE LITTERAIRE
verain pontificat, non celle de sa mort. Mais l'anniversaire de l'élection d'un pape, ou de tout autre évêque, n'est jamais célébré que de son vivant ; d'où il suit qu'une portion au moins du martyrologe hiéronymien date du pontificat d'Anteros. Ce pontificat, il est vrai, fut d'une très-courte durée; mais le Liber pontificalis rapporte précisément qu'Anteros « rechercha avec beaucoup de soin les actes des martyrs, et les plaça dans le trésor de l'église » ; il ajoute que « à cause de cela ce pape reçut du préfet la couronne du martyre ». En examinant de près d'autres indices de même nature, dont la critique moderne a la première fait ressortir la signification et l'importance, des archéologues ont reconnu la main de deux autres compilateurs ou copistes du martyrologe, le premier contemporain du pape Miltiade (311-314), le second de saint Boniface P' (418-422); le martyrologe hiéronymien fixe, en effet, au 2 juillet la fête Ordinationis Miltiadis, et au 29 décembre celle Bonifacii epi. de ordinationey deux fêtes qui certainement ne furent célébrées que du vivant de ces papes. Nous ne pouvons exposer les répétitions, les contradictions et les erreurs qu'une critique pénétrante a relevées dans l'œuvre de ces différents copistes, et dont elle a souvent tiré un heureux parti pour serrer de plus près la vérité ; les imperfections de toute nature dont il abonde démontrent que, dans son état actuel, le martyrologe hiéronymien est l'œuvre de plusieurs époques , un composé de martyrologes plus anciens tantôt bien, tantôt mal cousus ensemble. Il est inutile d'insister sur la valeur d'une compilation qui a, pour ainsi dire, sauvé du naufrage des documents échappés à la persécution de Dioclétien.
Immédiatement après le martyrologe hiéronymien vient, en ordre chronologique, l'almanach chrétien (car nous ne pouvons le désigner par un meilleur nom) dont la première édition parait avoir été publiée en 336, et la dernière, enrichie de dessins et d'ornements calligraphiques, en 354, par Furius Dionysius Filocalus. Il contient les dates de la mort ou de la depositio des papes depuis Lucius jusqu'à Julius (255-352), une liste des principales fêtes chrétiennes de
Tannée, particulièrement celles des martyrs, et enfin un catalogue des papes depuis saint Pierre j usqu'à Libère * . Dans ce dernier catalogue, la date de la mort des papes ne commence à être marquée qu'à partir d'Anteros, ce qui semble indiquer que la première partie du catalogue est tirée de quelque ouvrage antérieur à ce pape, la chronique d'Hippolyte , par exemple. Le plus important de ces documents est sans contredit le premier des trois. Il vient immédiatement après une liste des préfets de la ville, et cette liste, qui paraît avoir été soigneusement copiée sur les registres officiels du temps, commence, comme celle des papes, en 254. Ce synchronisme est-il purement accidentel? ou bien, au contraire, les deux listes n'auraient-elles pas été empruntées Tune et l'autre à des documents officiels, à des registres de police, à des papiers d'État, par exemple aux archives de la préfecture urbaine ? A première vue il peut paraître étrange que les noms des papes aient été connus officiellement des gouverneurs de Rome. Il est certain cependant que dès le commencement du m* siècle beaucoup d'églises s'accoutumèrent à payer tribut au gouvernement afin d'échapper à la persécution, et furent, en conséquence, immatriculées, pour ainsi dire, sur les registres de la police, où elles se trouvaient, comme TertuUien * a soin de le rappeler, en trèssingulière compagnie. Nous lisons encore qu'après la mort du pape Fabien, Decius défendit expressément de lui nommer un successeur, et entra dans une grande colère quand il apprit l'élection de Corneille. Dans les interrogatoires des
I. Ce dernier catalogue est ordinairement appelé LihérUn^ ou Bu-chériaiy de son premier éditeur ^^Egidius Bucherius, S.-J., Dt doctrina tempor tarif i^34*
a. Non decet Christum pecunia constare. Quomodo et martyria fieri possent in gloriam Domini, si tributo licentiam sectae compensaremus... Massaliter totae ecclesic tributum sibi irrogaverunt. Nescio dolendum an erubescendum sit, cum in matricibus beneficiariorum, et curiosiorum, inter tabernarios et lanios et fures balnearum et aleones et lenones christiani quoque vectigales continentur. De fuga in ferstCy ce. xu, Xlll.
martyrs on trouve souvent la question suivante : « A quelle église appartenez-vous? » Quand les propriétés ecclésiastiques sont restituées après une persécution, c'est à Tévêque que la restitution est faite ; quand, au contraire, une nouvelle persécution commence, c est à lui que l'on demande les livres sacrés, c'est contre lui et contre ses clercs que sont quelquefois dirigés les édits. Tout cela semble indiquer une certaine connaissance et même une certaine reconnaissance du rang qui appartient à Tévêque dans la hiérarchie ecclésiastique. Et, remarque curieuse, plusieurs points obscurs du catalogue dont nous parlons s'éclaircissent si Ton admet qu'il a été emprunté à des sources civiles et officielles. Ainsi, par exemple, on y lit qu'en 304 la dignité épiscopale demeura vacante pendant sept ans, six mois et vingt-cinq jours. Ce fait est en contradiction avec rhistoire et avec les dates qui se rencontrent en d'autres parties du même catalogue. Il devient clair, si Ion se rappelle que, précisément pendant l'espace de temp^ indiqué, les loca ecclesiastica demeurèrent confisqués et la hiérarchie ecclésiastique fut (au moins légalement) supprimée. Le Liber pontificalis en rapporte un curieux exemple: il nous montre l'empereur Maxence voulant contraindre S. Marcel à confesser qu'il n'était point évêque (parce qu'il n'avait pas été reconnu par le gouvernement impérial) ; et précisément le nom de Marcel ne figure point sur notre liste. Quelle que soit la valeur de ces inductions en ce qui concerne Torigine officielle des listes rapportées dans l'almanach philocalien, il est au moins certain qu'elles ont été composées d'après des documents remontant à la plus haute antiquité, et qu'elles sont une des sources les plus utiles auxquelles ait puisé M. de Rossi.
Aux deux sources déjà mentionnées, il faut ajouter les nombreuses inscriptions composées par le pape Damase en l'honneur des martyrs, et gravées par le même Furius Dionysius Filocalus. Quelques-uns de ces monuments, détruits par les Goths, les Lombards, et tous les barbares qui successivement dévastèrent les catacombes, furent plus
-OU moins correctement restaurés par les papes; beaucoup nous ont été conservés par les copies qu'en ont prises les pèlerins du ix* ou du x* siècle : plusieurs sont demeurés intacts jusqu'à nos jours, et d'autres ont été très-habilement retrouvés ou recomposés par M. de Rossi. Ces monuments sont, partout où on les rencontre, des documents d'une valeur hors ligne pour l'histoire et la géographie des catacombes.
Nous avons eu déjà, et nous aurons souvent occasion de citer le Liber pontificaliSy ou , comme on l'appelle quelquefois, moins correctement, les vies des papes, par le bibliothécaire Anastase. Ce livre fut, dès Torigine, composé d'après des documents plus anciens, comme Pavait été le Martyrologium Hieronymianum, On en compte au moins trois éditions ou versions successives avant celle d'Anastase. Deux d'entre elles remontent au commencement ou au milieu du viii* siècle, l'autre au commencement du vi* ; une portion de cette dernière peut même être attribuée à répoque de Damase, sinon à une période plus ancienne. Les renseignements du Liber pontificalis sont souvent en contradiction avec ceux de Talmanach philocalien et du martyrologe hiéronymien , particulièrement en matière de dates ; mais ces variantes sont quelquefois utiles, et mettent sur la trace d'événements qui sans elles demeureraient inconnus. Elles s'expliquent souvent par ce fait qu'elles ont traita quelque translation des reliques d'un pape, dont la date a été confondue par le compilateur avec celle de sa mort ou de sa première depositio, La plupart des contradictions que présentent, comparés entre eux, les anciens documents que nous étudions ont ainsi une raison cachée, se rapportent à un fait ignoré, ou proviennent de quelque autorité dont la trace est perdue : à elles seules, elles fournissent souvent des indications utiles.
hes martyrologes de Bède, d'Ado, d'Usuard, méritent aussi d'être consultés ; mais ils sont inférieurs en importance aux actes des martyrs, qui, même lorsqu'ils ne sont pas authentiques, contiennent souvent de très-précieux
fragments de vérité. Tillemont et d'autres critiques de la même école ont traité avec trop de dédain ces vénérables monuments de Tantiquité chrétienne. Rebutés par les anachronismes flagrants, la diction barbare, l'exagération légendaire, les difficultés historiques qui s'y rencontrent à chaque page, ils ont trouvé plus facile de les rejeter en bloc que de porter dans ces obscurités la lumière de la critique, et d y faire les distinctions nécessaires. Une étude plus exacte et moins défiante réussit souvent, au contraire, à y démêler les traces, la trame d'une histoire vraie, d'un récit sérieux. Les actes de sainte Cécile, par exemple, si complètement rejetés par Tillemont qu'il en vint à se demander s'il avait réellement existé à Rome une vierge martyre de ce nom, et si sa légende n'était pas un mythe venu de Sicile, ne sont pas certainement, dans la forme où nous les possédons, un document authentique et original; ils ne sont pas contemporains du martyre qu'ils racontent ; au contraire, la préface et le corps même de ces actes trahissent un écrivain du temps de la paix, ayant vécu entre le iv" et le v* siècle ; mais des indices nombreux, certains, incontestables, démontrent en même temps qu'ils durent être composés sur des renseignements très-minutieux et très-dignes de foi, et un grand nombre des événements qu'ils relatent ont reçu une confirmation décisive de la découverte, à la fin du xvi^ siècle, des reliques de sainte Cécile, qui certainement étaient cachées à tout œil humain, étaient perdues au moment où ils furent écrits. De plus, si l'on compare avec soin les différentes leçons des manuscrits encore existants, il est aisé de distinguer les additions, les embellissements, les amplifications que les copistes ont fait entrer successivement dans le texte primitif*. Ces variantes sont en réalité peu nombreuses, elles laissent intact le fond, se bornant à donner à la forme quelque chose de plus oratoire, à remplacer par un équivalent vague des expressions dont on avait perdu le sens légal, à