I. BttlUttino di arch, crût., 1863, p
le poisson est dessiné à côté de Fancre : il semble qu'on lise alors, aussi clairement que s'ils étaient écrits au-dessous (ce qui a lieu quelquefois), les mots SP ES IN CHRISTO, SPES IN DEO, SPES IN DEO CHRISTO. Souvent aussi le poisson est figuré près de la colombe. On le trouve ainsi plus de vingt fois : nous avons déjà vu que cet oiseau
Fîg. 20. — Pierre tombale d'une très-ancienne partie du cimetière de Priscillc.
portant dans son bec une branche d'olivier est une traduction de la plus fréquente des anciennes épitaphes : S PI RIT VS ( TVVS ) IN PAGE : si l'on y ajoute le poisson, il semble
DEO JANC<^VNI
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Fig. 21. — Pierre sépulcrale trouvée dans un cimetière de la voie Latine.
qu'on lise un motde plus dans la phrase : IN PAGE ET IN CHRISTO. Sur quelques anneaux ou cachets on voit gravé le poisson portant sur son dos un agneau ou une
colombe, emblème de Tâme chrétienne portée par le Christ à travers les flots et les tempêtes de ce monde. A côté du poisson on trouve quelquefois le nom de Jésus, le monogramme, ou la figure du Bon Pasteur* [fig- 21) : ces rapprochements parlent d'eux-mêmes, et n'ont pas besoin de commentaires.
Une autre combinaison du symbole du poisson joue un rôle considérable dans l'histoire du symbolisme chrétien : c'est celle qui présente réunis le poisson et le pain. Le lecteur sera probablement tenté de rapprocher du miracle de la multiplication des pains et des poissons les représentations de cette espèce, et dans plusieurs d'entre elles certains traits de ce prodige sont en effet reconnaissables. Mais alors même que l'allusion n'est pas douteuse, l'artiste s'écarte toujours en quelque point de la vérité littérale du récit évangélique, comme s'il voulait manifester l'intention de ne pas s'arrêter à la lettre, de pénétrer jusqu'au sens caché, jusqu'à l'esprit du texte, d'idéaliser le fait historique et de l'élever à la hauteur d'un symbole. S'il en était autrement, nous ne parlerions pas encore de ces peintures, et nous les renverrions au chapitre qui traite des sujets empruntés à l'Ecriture sainte. Mais quelle histoire biblique peut expliquer des peintures comme celles-ci : un poisson nageant et portant sur son dos une corbeille pleine de pains; une table en forme de trépied sur laquelle sont posés plusieurs pains et un grand poisson ; une table semblableportant également un pain et un poisson, au-dessus desquels un homme étend la main comme pour bénir, tandis qu'une femme se tient debout dans l'attitude de la prière*? Si de telles représentations ne sont pas de purs caprices de l'artiste.
I. Sur le très-ancien sarcophage de Livia Primitiva, trouvé près du tombeau de saint Pierre, et transporté à Paris après l'acquisition par le gouvernement français de la collection Campana, le Bon Pasteur est représenté entre deux brebis; un poisson est placé auprès de Tune, et une ancre à c6té de l'autre, — BtdUttino di arch. crise. ^ 1870, tav. V.
a. Voir planche VIII, 1, a, 3.
a8a ROME SOUTERRAINE.
elles ont évidemment pour but de rendre sensible une doctrine, et non de représenter un fait, elles sont des signes d'idées, non des allusions à un événement déterminé, en un mot ce sont des peintures symboliques, des peintures idéographiques^ selon l'expression de Raoul-Rochette, et à ce titre elles viennent à leur place ici. Pour en bien pénétrer le sens, il est nécessaire d'avoir étudié d'abord une autre peinture semi-historique , semi-symbolique , assez souvent reproduite dans les catacombes, et dont les Pères donnent eux-mêmes l'interprétation.
Sur les murailles de plusieurs chambres souterraines on voit représentés sept hommes assis ou couchés autour d'une table ^ : c'est la reproduction littérale d'un passage du dernier chapitre de l'Évangile selon saint Jean, racontant la troisième apparition de Jésus ressuscité à ses disciples. Les anciens peintres chrétiens paraissent avoir eu pour cet épisode une prédilection toute particulière, car, de tous les sujets de même nature que leur offre le récit évangélique, ils ont choisi celui-ci à la presque complète exclusion des autres. Sept des disciples, raconte l'évangéliste, avaient passé la nuit à pêcher dans le lac de Tibériade, et n'avaientpu rien prendre. Le matin venu, Jésus parut sur le rivage, et leur ordonna de jeter leurs filets à la droite de la barque. Ils obéirent, et firent une pêche miraculeuse. Lorsqu'ils descendirent de leur barque sur le rivage, ils y virent préparé un feu de charbons, au-dessus duquel cuisait un poisson; à côté était posé un pain. Jésus leur dit d'apporter aussi quelques-uns des poissons qu'ils avaient pris. Quand ils l'eurent fait, il les invita à se mettre à table, et, prenant le pain, il le distribua entre eux : il leur distribua ensuite le poisson.
Tout le monde reconnaîtra dans cette pêche miraculeuse une image prophétique du succès qui devait accompagner les travaux des apôtres, quand ils seraient devenus pêcheurs d'hommes. Il est difficile de ne pas soupçonner quelque